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Le Courrier | Les réfugiés arc-en-ciel vivent dans la peur

En ligne depuis le 30 janvier 2017

La prise en charge des LGBTI relevant de l’asile n’est pas adaptée, constate un rapport. De peur de revivre la stigmatisation qu’ils ont fuie, ils vivent dans l’isolement et la crainte.

Article de Rachad Armanios, publié dans Le Courrier, le 30 janvier 2017. Cliquez ici pour lire l’article sur le site du Courrier.

Rapport_asileLGBTI_GE

Rapport « Asile LGBT Genève: recherche-actions sur l’accueil des réfugié.es LGBTI à Genève »

A Genève – mais le constat pourrait être transposable partout en Suisse –, les réfugiés «arc-en-ciel» (LGBTI*) vivent dans une insécurité constante, qu’elle soit réelle et/ou ressentie, en particulier dans les foyers d’accueil. Cette situation les pousse à l’invisibilité et à l’auto-exclusion. Avec pour conséquences un isolement social et émotionnel très fort, des obstacles à certaines ressources et services et un accroissement de leur fragilité physique et psychique. Un rapport publié fin 2016 propose des pistes d’action pour améliorer la prise en charge de ce public doublement stigmatisé. Car elle ne lui permet souvent pas de s’affirmer ouvertement comme LGBTI, surtout dans les foyers, et de recevoir des réponses adéquates.

Le rapport de 40 pages présente les résultats d’une recherche sur neuf mois effectuée en 2016 auprès de personnes LGBTI relevant de l’asile, mais aussi d’un grand nombre d’acteurs associatifs et institutionnels agissant dans ces deux domaines. La chercheuse, Anne Arvy (Enquêtes – plateforme d’anthropologie), a mené ce projet mis sur pied par la Coordination asile.ge et la Fédération genevoises des associations LGBT. Treize réfugiés ont participé à cette recherche, dont 2 lesbiennes, 7 gays, 3 femmes transexuelles et 1 intersexe.

Premier facteur d’invisibilité, il est impossible de savoir combien de réfugiés LGBTI vivent à Genève, car le Secrétariat aux migrations ne tient aucune statistique spécifiques aux demandes d’asile liées à l’orientation sexuelle. Mais leur nombre augmente en Europe. On estime qu’ils seraient 40 à 80 à arriver par année à Genève.

Le placement en foyers s’avère être la principale difficulté pour vivre ouvertement et en sécurité son orientation sexuelle. En cause? La promiscuité, le manque d’espaces privatifs, les violences verbales, psychologiques et parfois physiques.

Le rapport est parsemé de témoignages: «Je marchais pour rentrer au foyer. (…) Et deux gars [nationalité] m’ont attaqué et j’ai eu un coma.» «Je ne suis pas intéressée à leur parler. Il.les viennent de cultures fermées. Je ne suis pas venue ici pour continuer à me battre contre ce type de personnes.»

Que les menaces soient craintes ou réelles, elles font vivre les LGBTI dans un climat de peur quotidien, sur leur propre lieu de vie, souligne l’auteure. Elles se méfient aussi du personnel, vu comme représentant d’une autorité dont elles ont appris à prendre garde. Parfois à raison: «J’ai subi une agression d’un des gardiens qui a soulevé ma robe pour vérifier si j’étais un homme.»

Climat de peur quotidien

Le logement en chambre individuelle, mis en place pour protéger ces réfugiés, suscite des jalousies dans un contexte de logement en foyer extrêmement précaire pour tous. Certains sont placés dans des appartements individuels, complète par téléphone Mme Arvy.

Alors que la communauté d’origine est une ressource clé pour les migrants, ces réfugiés craignent d’être à nouveau confrontés aux stigmatisations vécues chez eux. Cet isolement accroît leur détresse et a des conséquences néfastes sur leur santé – plus de la moitié des participants étaient ou avaient été en dépression.

Pour les mêmes raisons, certains évitent les associations d’aide aux migrants, en particulier les programmes de socialisation ou d’intégration. Par ailleurs, ce tissu associatif n’est pas assez outillé sur les questions LGBTI. De même que ne l’est pas assez le tissu associatif arc-en-ciel sur les complexes problématiques migratoires.

Tabou interiorisé

Or cette communauté représente un espace d’ouverture. Mais ceux qui n’ont pas eu de contacts avec elle dans leur pays ne cherchent pas ce lien ici, aussi parce que certains ont intériorisé le tabou de l’homosexualité. Quant aux réfugiés avec un parcours militant, tous rapportent des difficultés dans cette rencontre: obstacle de la langue, codes culturels différents, une sociabilité basée sur la fête qui les exclut économiquement, et le fait de ne pas se sentir accueillis par la communauté. Car chez eux, où les LGBTI font face à des questions de survie, ils ont développé l’accueil, la solidarité et le partage comme des valeurs inconditionnelles. A Genève, l’action associative serait davantage centrée sur la prestation de service, la gestion de projet et des revendications de normalisation.

*Lesbiennes, gays, bi, trans, intersexe.