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En ligne depuis le 15 octobre 2002 et publié dans - modifié le 21 juin 2017

Frédéric a effectué en 2001 onze mois de service civil au Centre social protestant (CSP) de Neuchâtel, en tant que collaborateur social rattaché au secteur «requérants d’asile et réfugiés». Onze mois qui lui ont permis de prendre connaissance des conditions de vie difficiles de ces derniers, et de se confronter aux multiples écueils administratifs auxquels ils se heurtent quotidiennement. (réd.)

Ce qui m’a le plus marqué dans cette expérience, c’est l’accueil des personnes venant demander l’asile au CSP. Leur détresse et leur impuissance nous touchent directement et nous affectent émotionnellement. Elles ne savent pas où elles se trouvent, ont voyagé pendant des jours en mangeant très peu, n’ont pas dormi, ont été abandonnées par les passeurs et se retrouvent seules sans savoir ce qu’elles pourraient entreprendre. Souvent, elles rencontrent une personne qui leur conseille de s’adresser au CSP. Quand elles arrivent, il est vital de pouvoir leur consacrer son entière disponibilité et toute son empathie pour les accueillir de la meilleure façon qui soit.

De manière générale, on ne peut qu’être frappé par l’angoisse dont sont victimes absolument tous les requérants d’asile, même ceux vivant en Suisse depuis des années. La conjonction de l’instabilité du statut, de l’attitude de rejet d’une partie de la population suisse et des cicatrices des problèmes ayant entraîné la fuite du pays d’origine, est particulièrement destructrice.

Un travail complexe

La tâche première de l’équipe formée d’assistants sociaux et d’une juriste est la défense juridique des requérants d’asile (notamment l’instruction du dossier et la rédaction de recours), ce qui signifie plusieurs discussions avec le mandant afin de bien connaître son parcours en vue de le défendre de manière optimale. Puis il faut se mettre à la recherche d’éléments appuyant ses dires: prise de contact avec les directions des partis politiques dont le requérant était membre, recherches de rapports concernant la situation dans le pays d’origine, etc. Dans de nombreux cas, il est primordial d’obtenir des informations sur l’accessibilité aux soins médicaux sur place ou de faire établir des rapports médicaux en Suisse. Une fois que tous ces éléments sont récoltés, le recours peut être rédigé.

Du juridique au social

Au CSP, l’équipe assure également le suivi et le soutien psychosocial des personnes dont elle prend en charge le recours (problèmes d’endettement, adaptation scolaire des enfants, aide à la recherche d’un emploi,…). Ces petites aides peuvent idéalement contribuer à une amélioration légère des conditions de vie très dures imposées par la Confédération aux requérants d’asile. Je n’ai malheureusement pas passé dans cet emploi une période assez longue pour pouvoir constater la richesse humaine du suivi de réfugiés sur le long terme. Cependant, les requérants semblent apprécier le fait d’avoir une personne de contact avec qui partager les soucis de la vie quotidienne et les embûches (dont les tracasseries administratives) de leur parcours en Suisse. Le traitement conjoint de l’aspect juridique et social est très important dans certains cas, comme lors de la transformation de permis F (admission provisoire) en permis B, où l’octroi du permis dépend en grande partie de l’intégration et du cheminement du requérant dans notre pays.

Aux cours de mes rencontres, j’ai pu observer directement les ravages causés par la violence et les conséquences, souvent à long terme, des persécutions vécues. Mes convictions non-violentes s’en sont trouvées renforcées. En effet, quoi de plus important pour une personne non-violente que d’essayer de réparer les dégâts causés par tous les types de violence ? Cela pourrait être une explication au nombre élevé de civilistes œuvrant dans le domaine de l’asile.

L’ignorance prédomine

Les personnes astreintes au service civil et les requérants d’asile ont en commun le fait, que la majorité de la population ignore tout de leur situation et de leur statut. En conséquence, l’image populaire de ces deux catégories est, malheureusement, assez négative et pleine de stéréotypes. La remarque selon laquelle un objecteur de conscience n’est pas vraiment «un homme» puisqu’il n’a pas effectué son service militaire n’est pas rare. De même, et on le constate facilement lors des débats concernant chaque projet de révision de la loi sur l’asile où sont exploités sans scrupules toutes les peurs et les fantasmes concernant «ces étrangers», les requérants d’asile sont souvent considérés comme de «faux réfugiés» qui abusent de notre accueil.

Attitudes schizophréniques

En revanche, chaque fois que j’ai discuté de situations précises avec des juristes, des fonctionnaires cantonaux, voire des gens menant les auditions, on me disait que les personnes concernées pourraient sûrement rester en Suisse, que leur renvoi serait dangereux, etc… Et pourtant, les décisions négatives concernant ces requérants tombent régulièrement. Le fait de côtoyer ces personnes déracinées, de les entendre raconter leur parcours touche, bouleverse même. La schizophrénie entre l’attitude bienveillante, voire protectrice envers les individus «connus» et le mépris envers la catégorie «requérants d’asile», est patente.

Casser les idées reçues

Il est primordial d’informer, de casser les idées reçues, d’expliquer le fonctionnement et les procédures. Puisque l’expression de ces opinions au niveau politique est quasiment absente – du fait du désintérêt de la grande majorité des hommes et femmes politiques pour ce dossier – l’importance de l’action locale, par l’intermédiaire de petits groupes de bénévoles, n’en est que plus grande. Qu’il s’agisse d’informer les gens sur la situation des requérants d’asile en Suisse, sur la situation politique des pays d’origine ou de faire se rencontrer des cultures différentes, toute action contribuant à présenter les réfugiés sous un aspect positif est bienvenue.