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Accueil | Nouvelle optique pour la politique d’asile: Zurich appelle au changement

En ligne depuis le 16 avril 2003 et publié dans - modifié le 23 juin 2017

«Les conditions de vie imposées aux requérants d’asile représentent, pour le dire très clairement, une invitation à la petite délinquance ou au trafic de drogue».

On croirait lire l’extrait d’un éditorial de Vivre Ensemble. Mais ce sont les neufs membres unanimes de l’exécutif de Ville de Zurich qui le disent: il faut changer radicalement d’optique, et tout faire, non plus pour marginaliser les demandeurs d’asile, mais pour leur permettre de travailler et rétablir ainsi des conditions de vie normale. Face à Zurich, et aux autres villes qui l’appuient, Mme Metzler a cependant déjà donné sa réponse. Pour elle, il faut au contraire pousser au départ ceux dont le renvoi ne peut être exécuté en leur coupant purement et simplement les vivres.

L’Appel de Zurich, publié le 31 janvier 2003, a cela de remarquable qu’il émane des mêmes autorités municipales qui, paniquées par la scène ouverte de la drogue au Letten, avaient, il y a dix ans, poussé à l’adoption d’une loi sur les mesures de contrainte autorisant, contre les seuls étrangers et en dehors de toute procédure pénale, une détention administrative pouvant aller jusqu’à douze mois. Une loi purement répressive, qui n’a évidemment pas empêché le trafic de drogue de perdurer pour répondre aux besoins de consommateurs suisses, et qui a par contre frappé, en majorité, des requérants d’asile déboutés qui n’avaient jamais commis le moindre délit de droit commun.

Condamnés au désœuvrement

Il faut ensuite souligner que, plus que toutes autres, ce sont les autorités municipales qui sont confrontées à la réalité quotidienne générée par la politique d’asile dissuasive développée par la Confédération depuis bientôt vingt ans. L’ “Appel de Zurich” le dit sans ambages:

«Ce sont surtout les villes et les communes qui supportent les charges financières et sociales résultant d’une politique d’asile inadaptée… Car dans l’espoir de décourager le plus grand nombre possible de requérants d’asile… on a fait en sorte que les conditions de vie des requérants d’asile se situent à un niveau qui n’est plus guère acceptable». Condamnés au désœuvrement ils ne disposent pas d’endroit ou séjourner durant la journée et il ne leur reste plus qu’à se retrouver dans les centres villes, «avec pour résultat que ceux qui ont tout entrepris pour leur interdire de travailler, leur reprochent d’être des “étrangers fainéants”».

Effets pervers

Une analyse qui rejoint largement la motivation de la pétition de Solidarité sans frontières contre l’interdiction de travailler déposée le 26 juin 2000 munie de près de 20’000 signatures, et dont les instances parlementaires s’étaient contentées de «prendre acte sans y donner suite». Car tous ceux qui sont sur le terrain le savent bien la politique actuelle de marginalisation des requérants se traduit par une perte de l’autonomie personnelle, un encouragement du travail au noir et de la délinquance, et des coûts d’assistance insensés. C’est de surcroît sur cette problématique que s’est développé une bonne part de la xénophobie qui a envahi la scène politique suisse depuis des années.

Propositions à discuter

Les dix points proposés par la Ville de Zurich pour sortir de cette impasse ne vont bien sûr pas sans discussion, notamment celui concernant l’obligation de travailler qui a un relent de travail forcé, bien que les auteurs de l’appel posent surtout une exigence de contre-prestation. L’idée avancée par les Zurichois de retenir une part du salaire comme épargne personnelle disponible seulement après clôture de la procédure fait un peu paternaliste et introduit une inégalité de traitement par rapport aux autres assistés. Mais, il ne s’agit pas pour autant de maintenir les requérants dans le dénuement. Jugeant très insuffisants les trois francs d’argent de poche actuels, le maire de Zurich estime qu’il faudrait monter à dix ou quinze francs par jour, en plus des frais d’entretien, pour sortir des cercles vicieux actuels. L’idée d’une prise en charge par les intéressés eux-mêmes tranche plutôt agréablement avec l’assistanat forcé. Quant à l’intransigeance à l’égard des criminels – et d’eux seuls ! L’Appel de Zurich précise bien, qu’il ne se justifie que si les autres points sont vraiment respectés. Au demeurant, il est clair que cette idée n’est applicable que dans les limites posées par le principe de non refoulement des personnes menacées de persécution.

Metzler s’enferre

Reste le dernier point, qui demande l’organisation d’urgence d’une Conférence nationale sur l’asile. Et c’est là que le bât blesse. Car toute occupée à promouvoir, voire à aggraver dans un sens encore plus restrictif, la révision en cours de la loi sur l’asile, Madame Metzler, dont dépend sa mise sur pied, s’est bien gardée d’entrer dans cette logique. Loin d’admettre qu’après quinze années d’errements, il serait temps de chercher d’autres solutions que celles de la répression et de la dissuasion, elle en a rajouté une louche, le 13 février 2003, en proposant de pousser les déboutés que leur pays d’origine n’accepte pas de reprendre à «disparaître», en affirmant que cette catégorie de personnes devait par principe être exclue du système d’aide sociale. Une réponse aux antipodes de ce que demandait l’Appel de Zurich, qui ne devrait en fin de compte être débattu que dans le cadre limité de l’association des Villes suisses. On ne pouvait mieux montrer l’aveuglement des autorités fédérales à perpétuer le pourrissement des problèmes de l’asile en s’inspirant des seules recettes de l’Union démocratique du centre (UDC), tout en occultant des propositions, qui même si certaines peuvent être sujettes à caution, ont le grand mérite d’ouvrir d’autres pistes pour l’accueil des requérants d’asile et de lancer la discussion.

Les dix points de l’Appel de Zurich

1. Autoriser et obliger les requérants d’asile à travailler

2. Proposer des emplois qui servent la collectivité

3. Financer le séjour des requérants d’asile par leur propre travail

4. Former les enfants et les adolescents

5. Faire en sorte que les requérants d’asile s’occupent eux-mêmes de leur logement

6. Demander la coopération des compatriotes

7. Accélérer le traitement des dossiers

8. Financer les prestations des communes par la Confédération et les cantons

9. Expulser immédiatement les requérants d’asile criminels

10. Organiser d’urgence une Conférence nationale sur les questions d’asile.

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