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Accueil | Vivre comme un requérant d’asile: Paroles aux premiers concernés

En ligne depuis le 20 juin 2003 et publié dans - modifié le 23 juin 2017

Quand un étudiant africain rencontre des requérants d’asile, les langues se délient plus facilement. Dans le cadre d’un travail de recherche, un étudiant béninois, a multiplié les contacts avec des requérants d’asile de différentes nationalités résidant dans le canton de Genève. Il a bien voulu nous livrer ici quelques échos reflétant le point de vue de ceux qui vivent l’asile de l’intérieur. (Réd.)

«Tout est fait pour vous humilier, vous traiter de menteur. Devant des autorités qui font de la surenchère dans l’exigence des preuves, on ne peut qu’avoir le sentiment de ne jamais être crédible et les conditions de vie et d’hébergement ne sont rien d’autre que celles qu’on a bien voulu concéder aux malhonnêtes sans dignité que nous sommes».

L’observation d’Augustin n’est pas singulière. Depuis plusieurs années, les subsides accordés aux requérants en Suisse ne font que diminuer, et les conditions de logement ne sont guère meilleures. Les requérants étant de plus en plus souvent logés à plusieurs par chambre dans des foyers, où ils partagent cuisine et sanitaires. Souvent sans possibilité d’intimité, voire tout simplement de calme et de tranquillité. A Genève, depuis plusieurs mois, des requérants célibataires sont logés dans les dortoirs des abris de la protection civile, sous terre.

Précarité rampante

Les requérants d’asile reçoivent une assistance réduite (voir encadré) par rapport aux personnes de nationalité suisse ou assimilées, qui représente environ la moitié du minimum vital. L’assistance est devenue un élément de dissuasion de plus, visant à décourager «l’afflux» de requérants d’asile en Suisse (voir Vivre Ensemble, n°88, «L’hospitalité de la Suisse en question»). Ces derniers ne sont pas dupes lorsqu’ils affirment:

«On comprendrait si la Suisse n’avait pas les moyens de nous accueillir. Mais moins qu’une question de moyens disponibles, c’est plutôt une façon de nous faire sentir constamment que nous ne sommes pas chez nous et que nous finirons par partir sous la pression des restrictions financières. L’indignité est à son comble lorsque cette aide est versée au compte-gouttes (dans certains cantons, le requérant doit se présenter chaque semaine pour recevoir son assistance) comme on jetterait des grains aux oiseaux.»

Mal vus par la population

«S’il est exagéré de dire que tout le monde est contre nous, il n’est pas moins vrai de reconnaître que nous ne sommes que simplement tolérés», nous a confié Caroline venue depuis quelques mois des Grands Lacs africains. Les réactions au vitriol contre les requérants ne manquent effectivement pas. Il suffit de considérer les protestations soulevées par les projets d’installation de centres d’accueil pour requérants dans les cantons de Genève ou de Vaud, où certains élus locaux ainsi que des habitants se sont mobilisés pour refuser toute installation de réfugiés.

Soupçonnés par la police

Etiqueté comme un pêcheur en eau trouble, le requérant est tout le temps suspecté. Un requérant arrivé à Genève début 2003, a été interpellé par la police à quelques mètres de la sortie de son foyer, plaqué contre une voiture et fouillé au corps, alors qu’il se rendait à une conférence «Requérants tous dealers?» organisée par un mouvement de défense des réfugiés. Après le contrôle de ses papiers, lorsqu’il voulut savoir pourquoi il avait été contrôlé de la sorte, la seule réponse des policiers fut un laconique «Au revoir monsieur». Loin d’être un fait divers (voir VE no 91, p.9), il est clair que les requérants d’asile sont pris pour cible lors de contrôles de police, en raison principalement de trafics de stupéfiants dont certains d’entre eux sont suspectés. La plupart des requérants que j’ai rencontrés affirment avoir connu une fois au moins un contrôle, soit dans le foyer où ils résident, soit en ville. Ils ont surtout été marqués par le manque d’humanité et le manque de professionnalisme qui ont caractérisé ces interventions.

Dissuasion sournoise

L’accueil et l’assistance des requérants d’asile à Genève et en Suisse relèvent de la dissuasion sournoise. Vivre avec peu d’argent est ressenti comme éprouvant pour les requérants rencontrés et d’autant plus difficile à supporter que les autorités leur interdisent de travailler (interdiction de travail les trois à six premiers mois et ensuite multiplications des restrictions) pour se prendre en charge. Dans un tel contexte, Il est difficile de ne pas rejoindre Marie Claire Caloz-Tschopp, philosophe et militante, qui évoquait l’assistance en terme «d’entreposage à moindre coût des requérants durant la période de procédure et de renvoi»*.

*Caloz-Tschopp, 1986, citée par Ludovic Rossel dans L’assistance aux demandeurs d’asile et aux personnes admises provisoirement: Genève en l’an 2000, mai 2001, p. 15.

Assistance: quelques chiffres

A Genève, un requérant adulte vivant seul, reçoit 325 fr. pour son entretien (nourriture, produits de soin, etc.), 90 fr. au titre d’argent de poche et 36 fr. pour ses vêtements (total: 451 fr. par mois). Ne sont pas compris dans ce montant, les frais de logement, la prime d’assurance maladie et l’abonnement aux transports publics.

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