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Une politique teintée de racisme et de xénophobie. Le degré zéro de l’asile

En ligne depuis le 6 septembre 2005 et publié dans - modifié le 24 juin 2017

Nous publions ici un texte de Boël Sambuc, vice-présidente de la Commission fédérale contre le racisme, rédigé à l’occasion de la Journée du réfugié du 18 juin. Cet article de réflexion plus global permet de prendre du recul. Il nous a aussi intéressé par sa manière de rejoindre les préoccupations régulièrement exprimées dans Vivre Ensemble concernant la dérive xénophobe de la politique d’asile et son rôle de «laboratoire» dans le démantèlement de l’état social. (réd.)

Le 17 mars marque le degré zéro dans l’histoire de la politique de l’asile de notre pays. Ce jour-là, sur le plan des droits de l’homme, la Suisse est entrée en état de régression. En l’absence de toute menace sur le pays et avec un nombre de demandes d’asile au plus bas, le Conseil des Etats a souscrit à un durcissement sans précédent de la législation. Plus qu’un coup d’arrêt à une politique jugée laxiste, il faut y voir une tentative de déconstruction du dispositif du refuge en Suisse. A terme, c’est sans doute le système des droits humains qui est visé, tel qu’il a été élaboré en Europe et dans notre pays depuis deux générations, sur la base de la Convention européenne des droits de l’homme et de la Constitution fédérale.

Dérive annoncée

Vue sous cet angle, la législation sur l’asile est devenue l’enjeu emblématique d’un rapport de forces politique opposant les tenants de la démocratie libérale de l’Etat de droit helvétique actuel aux partisans d’une révolution conservatrice. Dans ce sens, si nous ne réagissons pas, il est à craindre que les restrictions des libertés fondamentales des personnes relevant de l’asile n’annoncent une dérive autoritaire dans d’autres domaines.

Devoir de protection bafoué

Il est encore temps de s’opposer à une évolution qui n’est en rien inéluctable. Dans le passé, la Suisse a disposé d’une législation de l’asile progressiste en comparaison internationale, conforme à l’idéal humaniste de l’après- guerre. L’époque n’était pas encore au soupçon généralisé d’abus. Au contraire, dans le discours officiel comme au sein de la population, prévalait l’attachement au devoir ancestral d’hospitalité et de protection des personnes persécutées dans leur pays d’origine.

Aujourd’hui, à coups d’affiches mensongères et xénophobes, les termes du débat public ont été inversés. A la demande de sécurité des réfugiés on oppose le sentiment d’insécurité de la population. Au devoir de protection de la Confédération, on répond par l’abandon ou le renvoi forcé et on invoque le souci d’économies.

Racisme omniprésent

Un aspect largement sous-estimé dans le débat est la permanence du racisme à l’encontre des réfugiés. Or, nous sommes convaincus que les préjugés racistes et les fantasmes liés au métissage et à la pureté culturelle ont été et sont toujours, de façon consciente ou non, des raisons importantes au durcissement de la politique officielle de l’asile.

En 1985, le Conseil fédéral déclarait ainsi devant le Parlement:

«… Contrairement à la situation de 1956 ou de 1968, le public ignore souvent tout des raisons qui ont poussé les réfugiés à fuir. La couleur de leur peau, leur culture si différente de la nôtre nous effraient.»

C’est un fait que la majorité des candidats à l’asile vient des pays extra-européens. Il est aussi significatif qu’un nombre surprenant de personnes frappées de décision de non-entrée en matière depuis avril 2004 sont des Noirs.

Discours ravageurs

Dans le domaine de l’asile, les discours d’incitation à la haine ethnique et religieuse et en particulier la criminalisation des personnes noires ont eu manifestement le temps de déployer tout leur venin, jusque dans les administrations cantonales et fédérales, atteignant des sommets lors de chaque campagne de votation.

Comment expliquer sinon, dans plusieurs cantons ou communes, le peu d’empathie constatée à maintes occasions vis-à-vis des plus vulnérables même quand ceux-ci sont exposés à des situations intolérables ? Pas de toit pour dormir, pas de soins élémentaires, pas moyen de rester ni de partir: du jour au lendemain, des hommes, des femmes et des enfants sont rejetés littéralement aux marges de la communauté humaine, certains après de longues années passées en Suisse.

Conformes à la loi ou non, beaucoup de ces mesures paraissent aujourd’hui dépourvues de légitimité éthique. Le sentiment finit par s’imposer d’un nombre indéterminé de personnes livrées, en raison de leur absence de statut, à une procédure administrative déshumanisante et privées de toute possibilité de se faire entendre, avec la bénédiction explicite ou tacite de la majorité des responsables politiques.

Focalisation du débat

La question de l’ouverture ou de la fermeture de la Suisse aux étrangers a été au cœur du discours de l’appareil étatique depuis le début du XXe siècle comme si la seule façon pour le pays de se construire et de préserver son existence était de se positionner «contre» les autres. Toutefois, aujourd’hui, il y a quelque chose de plus: la focalisation du débat identitaire et nationaliste sur un phénomène somme toute mineur pour l’avenir du pays, l’asile, est source de division et de désagrégation sociale. Cette démarche est aussi le fruit d’une stratégie patiente de décrédibilisation des droits humains tels que stipulés dans les conventions internationales liant la Suisse.

L’engagement pour la défense des droits humains est aux antipodes du nationalisme teinté de racisme et de xénophobie qui tente de s’imposer dans la vie politique suisse. Lui faire barrage c’est faire preuve de patriotisme institutionnel.

Boël Sambuc
vice-présidente de la Commission fédérale contre le racisme

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