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En ligne depuis le 6 février 2006 et publié dans - modifié le 26 octobre 2016

Projecteur sur une réalité méconnue

Déposer une demande d’asile en Suisse n’est de loin pas la préoccupation première des Africains du Sud du Sahara qui se lancent sur les chemins de l’exil. Il ne s’agit donc pas d’un départ vers l’Eldorado décidé sur un simple coup de tête, comme l’affirment certains, mais plutôt d’une ultime solution après moult réflexion qui rend parfois la décision difficile.

«La Suisse n’est tendanciellement pas le pays de premier accueil des Africains du Sud du Sahara, car les réseaux sociaux y sont moins développés qu’ailleurs en Europe» relève le Forum suisse pour la migration et l’étude de la population (SFM) qui a publié en automne dernier, les conclusions de sa recherche intitulée: «Trajectoires d’asile africaines. Déterminants des migrations d’Afrique occidentale vers la Suisse

trajectoiresasileafricainesCe rapport d’une centaine de pages appuyées par deux annexes est une première en Suisse. Une septantaine de personnes dont 30 experts et 51 migrants ont été interrogées au cours de cette enquête qui a duré de septembre 2003 en mai 2004. Parmi les interviewés, des requérants d’asile, des étudiants et des personnes bénéficiant d’un permis de séjour ou d’établissement.

Réalité méconnue

L’étude dirigée par la sociologue Denise Efionayi-Mäder, met en lumière une réalité peu connue des migrations d’Afrique occidentale vers la Suisse. L’on apprend au long des chapitres, que déposer une demande d’asile en Suisse n’est de loin pas la préoccupation première des Africains originaires du Sud du Sahara qui prennent le chemin de l’exil.

Ultime recours

Dans la plupart des cas, cette solution s’impose à ces personnes comme un ultime recours, après avoir épuisé tout les autres moyens susceptibles de les aider à se procurer des perspectives d’avenir à moyen ou long terme: formation, emploi, déplacement à l’intérieur du pays, puis vers le pays voisin: «Les récits des migrants nous amènent à penser que ce n’est pas nécessairement l’ampleur des difficultés, mais surtout leur dégradation qui est déterminante pour les décisions des migrants» souligne le rapport. Et la résolution de débarquer aux frontières de l’Europe pour demander l’asile n’intervient qu’à la fin de ce périple qui peut durer plusieurs années.

Des idées préconçues

«Ces migrants n’ont pas nécessairement envie de s’installer en Europe. Des jeunes femmes ou des jeunes hommes issus de familles traditionnellement commerçantes, peules, malinkés, ibos ou autres, ont parfois l’habitude de voyager en Afrique ou en Asie et veulent également se rendre en Europe. Mais faute de documents de voyages valables (difficultés d’obtenir un visa), ils n’ont pas les moyens de leurs ambitions et se font arrêter aux frontières ou dans un aéroport. Ils peuvent alors être amenés à déposer une demande d’asile pour éviter d’être refoulés sur le coup; de fil en aiguille, ils restent, avec l’intention de mettre à profit leur déplacement d’une façon ou d’une autre.» affirme l’équipe de chercheurs. Pour cette dernière hypothèse, la Suisse n’est guère la destination favorite des migrants d’Afrique subsaharienne. Certes, en valeurs absolues les contingents de demandeurs d’asile originaires de cette partie du globe se sont avérés importants en Suisse pendant plusieurs années, mais la chute drastique des statistiques depuis deux ans, a diminué ces proportions.

Mesures inutiles

On l’a souvent entendu ouvertement ou insidieusement au niveau politique, les verrouillages successifs de la loi en matière d’asile participeraient de la mise en œuvre des moyens dissuasifs pour décourager les candidats à l’exil: diminution de l’aide sociale et médicale, suppression de l’aide d’urgence, interdiction de travailler, interdiction de circuler dans certaines communes, prorogation de la durée de détention en vu du refoulement.

Politiques inadaptées

Le rapport sur les trajectoires d’asile africaines démontre que ces politiques discriminatoires inadaptées n’ont pas d’influence sur les potentiels migrants: «Les informations transmises par les tiers, qu’ils s’agissent d’amis, de proches ou d’agents de voyages sont rarement innocentes, car les communicateurs (…) maquillent la réalité; les raisons peuvent être la fierté, l’envie de ne pas se rappeler certaines choses douloureuses ou de ne pas inquiéter les proches restés au pays, la conscience de ne pas être compris, etc. Mais la responsabilité se trouve autant du côté des récepteurs, qui interprètent l’information en fonction de leur vécu, de leurs représentations propres et surtout en fonction de leur désir de partir», tranchent les rapporteurs.

Ce travail de recherche a le mérite de rétablir la vérité sur un sujet sensible occulté par un discours politique subjectif. Cette contribution est un verre d’eau ajouté au moulin des défenseurs du droit d’asile.

Manuel Lanquier Hiol