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Témoignages | Révision de la loi sur l’asile: Parole aux principaux concernés

En ligne depuis le 12 septembre 2006 et publié dans - modifié le 26 juin 2017

Remise d’une pièce d’identité dans les quarante-huit heures dans les centres d’enregistrement, renvoi vers le pays de transit, mise à l’aide d’urgence pour tous les déboutés de la procédure d’asile, emprisonnement en vue du renvoi pendant deux ans… Les mesures de durcissements prévues dans la révision de la loi sur l’asile auront de graves conséquences pour de nombreuses personnes, et ce à tous les stades de la procédure. Comme le montrent les propos d’Anani, Jakupi et Johnson, recueillis par Manuel Lanquier Hiol, ainsi que le témoignage d’un ex-réfugié statutaire en Suisse depuis dix-sept ans. (réd.)

Anani, 36 ans, originaire du Togo, requérant d’asile

Je suis parti de mon pays en 2001 pour des raisons politiques. Je suis allé chez mon frère en Allemagne. Je n’avais pas l’intention de demander l’asile. Je voulais juste me faire oublier pendant quelque temps avant de retourner au pays. J’étais régulièrement en contact avec ma famille restée au pays et les nouvelles qu’elle me rapportait ne m’encourageaient pas à y retourner. Après deux années de fuite, je me suis résolu à demander l’asile. Pas en Allemagne à cause de la langue, encore moins en France parce la France soutient toujours les dictatures en Afrique. J’ai décidé de venir en Suisse pour demander l’asile. Les gardes-frontières allemands m’ont arrêté. J’ai été gardé pendant vingt-quatre heures, ils m’ont fait remplir les formulaires en vue d’une demande d’asile en Allemagne. Exaspérés par mon refus, les agents de la police m’ont remis en liberté avec la recommandation ferme de quitter le territoire allemand. Une fois en Suisse j’ai déposé ma demande d’asile à Bâle. La clause du pays tiers sûr, qui figure dans la nouvelle loi sur l’asile, ne m’aurait pas permis de déposer une demande d’asile en Suisse. Je trouve cette loi absurde et scandaleuse.

Jakupi, 27 ans, originaire de Serbie Monténégro, admis provisoire

Je suis venu en Suisse en 2000 avec mes parents et ma sœur. Notre demande d’asile a été rejetée après six mois, ainsi que notre recours auprès de la Commission de recours. Mais nous sommes restés dans l’appartement de la Fondation vaudoise pour l’accueil des requérants d’asile (FAREAS), ce qui était très important, car ma mère et ma sœur sont malades à cause du traumatisme de la guerre. Avec la nouvelle loi sur l’asile, nous n’aurions reçu que l’aide d’urgence et nous aurions été expulsés du foyer, ce qui nous aurait probablement empêché de faire par la suite une demande de réexamen de notre dossier, qui nous a permis de recevoir une admission provisoire.

Johnson, 41 ans, originaire du Ghana, requérant d’asile

Je vois que la Suisse ne veut plus accueillir les demandeurs d’asile. Premièrement avant d’arriver en Suisse, il faut passer par au moins un autre pays européen et à l’avenir on voudra nous y renvoyer. Deuxièmement, on ne peut pas demander à quelqu’un qui fuit une répression de porter ses papiers d’identité. Dans ce genre de situation, on veut rester discret dans le plus grand anonymat pour ne pas se faire repérer. Une fois dans un pays d’accueil comme la Suisse, on peut bien demander ses papiers d’identité à sa famille. Mais en quarante-huit heures, il n’est pas possible de les obtenir.

Recueillis par Manuel Lanquier Hiol
avril 2006


Asile politique. Une question de survie

Je commencerai par dire que si la loi avait été il y a dix-sept ans, telle que celle qui est mise en votation, je serai aujourd’hui éventuellement absent de ce monde ou condamné à vivre entre quatre murs. En résumé, je n’avais pas un passeport quelconque, ni la possibilité de m’en procurer un dans un délai extraordinaire de quarante-huit heures et que je m’étais retrouvé en Italie et depuis ce pays voisin, j’avais déposé une demande d’asile par l’intermédiaire de personnes actives. Je n’avais pas non plus une preuve quelconque pour confirmer mes dires, donc j’étais bon pour un renvoi sur le champ vers mon pays d’origine via l’Italie.

On ne vient pas au monde comme candidat à l’asile dans un pays signataire d’une Convention. On s’y retrouve comme cela, comme un extraterrestre. Il ne s’agit pas d’un voyage qu’on prépare soigneusement; les conditions de vie, le système politique, les impératifs du moment du pays dont provient le candidat à l’asile sont déterminants. Quand il s’agit de survie, on ne pense pas à ces détails-là; ils sont mineurs.

Un droit fondamental

Souvent, il faut absolument mener une enquête dans un de ces pays concernés pour confirmer la vraisemblance, voire la véracité des motifs avancés par un candidat. J’ai comme l’impression qu’on n’arrête pas de chercher des solutions pour remédier à des problèmes de toutes autres natures dans ce pays, avec une vision purement technique ou juridique, voire intéressée comme c’est le cas de l’UDC alors qu’ainsi, on commet – à mes yeux – un délit grave qui est le non-respect de l’humain qui est concerné. On pourrait aussi l’appeler le non-respect vis-à-vis d’un statut qui est noble et nécessaire: le droit à l’asile. Je me demande donc pourquoi la Suisse n’abolirait-elle pas la Convention qu’elle a ratifiée à Genève ? Cela simplifierait la vie à ces pauvres politiciens/marchands de misère et rendrait le visage de la Suisse au clair; son vrai visage à savoir un système extrêmement complexe vivant des déchets du néolibéralisme.

Comme cela, on saura à qui on a à faire. Mais non, l’hypocrisie générale – signifiant dans ce pays l’intérêt général – est de rigueur. Vivre ensemble n’est pas un acte à prendre à la légère et en Suisse particulièrement, il est à la limite du ridicule, car les préoccupations sont ailleurs… Une terre d’asile ne doit pas être une prison que l’on promet à l’asile.

Ex-réfugié politique
(Connu de la rédaction)

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