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Politique | Intégrer… Après des années de marginalisation? Un peu de cohérence, s.v.p.!

En ligne depuis le 2 février 2007 et publié dans - modifié le 27 juin 2017

De l’UDC aux socialistes, tout le monde s’exprime depuis quelques mois sur l’intégration des étrangers, thème de prédilection en vue des prochaines élections fédérales. Les faits divers ne manqueront pas hélas d’alimenter un débat, qui mériterait pourtant d’être traité avec plus de sérieux. Car ce qu’on nous présente parfois comme une politique cohérente rate son objectif en laissant de côté les étrangers au statut précaire, qui devraient pourtant être les premiers destinataires d’une politique d’intégration.

Il est évidemment légitime de chercher à définir une politique d’intégration ambitieuse, à un moment où les faits divers, la propagande populiste et les perceptions subjectives liées au brassage des populations semblent remettre en cause un «vivre ensemble» spontané. Encore faut-il voir à qui s’adresse cette politique. Car paradoxalement, l’intégration figurant dans la législation sur les étrangers ne concerne a priori pas grand monde. Mis au bénéfice des bilatérales, les Européens sont traités à part, et du fait de la discrimination qui frappe les non-européens, seuls des cadres et spécialistes venant d’autres pays devraient être admis en Suisse. Va-t-on vraiment faire une politique d’intégration pour les directeurs de multinationales?

Requérants mis de côté

Le problème majeur, largement ignoré, c’est que la politique d’intégration dont on nous parle laisse délibérément de côté les demandeurs d’asile, que l’on continue de traiter en les marginalisant à l’extrême, comme s’ils allaient repartir dès demain.

C’est pourtant la présence de ces personnes délibérément précarisées qui est à l’origine du malaise social qui conduit à vouloir renforcer les mesures d’intégration. La Suisse officielle se laisse piéger ici par sa volonté d’exclusion et de dissuasion. Car la réalité est têtue: même si on s’emploie toujours à perpétuer l’argument du 90% de cas abusifs, le fait est que près de la moitié des demandeurs d’asile finissent tout de même par rester en Suisse, au prix d’un véritable parcours du combattant très peu propice à une intégration satisfaisante.

Idem pour les sans-papiers

A certains égards les sans papiers, auxquels on s’obstine à refuser une régularisation massive fondée sur la réalité économique, font l’objet d’un même traitement. Vivant dans la précarité, ils ne font bien sûr pas l’objet d’une politique d’intégration. A long terme, certains d’entre eux finissent pourtant par décrocher un statut, suite à un mariage, en lien avec des motifs humanitaires, ou autres. Comme pour les rescapés du droit d’asile, la Suisse découvre alors l’existence de ces étrangers qui vivent déjà en Suisse de longue date, et elle voudrait désormais les sommer de s’intégrer au plus vite.

Tout le paradoxe est là. Dans les faits, notre politique d’intégration ne s’adresse pas à des nouveaux venus, mais à des femmes et des hommes qu’on s’est longtemps appliqué à traiter comme des sous-hommes. Croit-on vraiment que c’est ainsi qu’il est possible de réussir?

Un accueil dissuasif

On peut bien souligner, comme le faisaient le 12 janvier les quotidiens 24 Heures et Tribune de Genève, que le problème d’intégration le plus brûlant s’observe chez certains enfants des migrants des années 80 et 90. Encore faudrait-il se demander comment ces adolescents et jeunes adultes d’aujourd’hui ont vécu leur enfance, alors que leur famille vivait dans la promiscuité d’un logement collectif pour requérants d’asile ou dans la peur générée par la clandestinité. Une part de la délinquance, des incivilités et de l’asocialité qui s’observent ici où là, résulte à n’en pas douter du gâchis humain lié à notre politique «d’accueil dissuasif». S’attaquer sérieusement aux problèmes d’intégration implique de s’attaquer véritablement à cette question centrale. La plupart des non européens admis en Suisse sont en effet aujourd’hui des anciens requérants d’asile et sans papiers.

Une intégration trop tardive

C’est à l’arrivée qu’un immigrant est le plus disposé à fournir des efforts, parfois considérables, pour se faire sa place dans la société d’accueil. Il a franchi de nombreux obstacles pour arriver en Suisse et il reste prêt à en franchir d’autres pour obtenir enfin le droit à une vie digne. Ceux qui insistent sur la nécessité de parler la langue du pays, en en faisant une condition pour l’obtention du permis C avancent en marchant sur la tête. Ce n’est pas après dix ans de permis qu’il faut pousser les migrants à parfaire leurs connaissances linguistiques. C’est tout de suite, quand le nouvel arrivant y est le plus ouvert.

L’apprentissage de la langue

Hélas, s’il existe divers cours de français pour les requérants d’asile, ils sont partout en nombre insuffisant et se limitent souvent au b-a ba. Parce qu’elle est essentielle pour s’insérer dans la société d’accueil la maîtrise de la langue devrait être un objectif de base des structures d’accueil, et l’occasion de véhiculer dans le même temps nombre de notions clés de la vie sociale dans notre pays. Dire à un ancien requérant qui décroche enfin son permis B après cinq ans de galère qu’il doit apprendre le français n’a guère de sens. S’il a pu se débrouiller jusqu’ici, il n’en verra pas la nécessité.

Tout indique, malheureusement, que la Suisse, va poursuivre sa politique négative à l’égard de ceux qui ne demanderaient pas moins que de s’y intégrer harmonieusement. Dans ce débat faussé par les positionnements politiques, l’intégration n’est malheureusement plus qu’un enjeu électoral utilisé avec beaucoup d’hypocrisie. On y manie plus la menace du non renouvellement de permis, que l’invitation à trouver sa place parmi nous dès le premier jour.

Yves Brutsch


Plus de 120’000 permis de séjour

Pour les onze premiers mois de l’année 2006, 9601 demandes d’asile ont été enregistrées, alors que 7090 permis de séjour ont été accordés, après octroi de l’asile, suite à un mariage ou à titre humanitaire (transformation de l’admission provisoire en permis B). Depuis 1990, 123’432 anciens demandeurs d’asile sont ainsi passés dans la population étrangère ordinaire. Un nombre auquel il faudrait ajouter les regroupements familiaux ultérieurs, pour avoir une idée complète de cet apport à la population étrangère.

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