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Irak | Cul de sac humanitaire pour les réfugiés irakiens: Que reste-t-il du droit d’asile?

En ligne depuis le 8 juin 2007 et publié dans - modifié le 28 juin 2017

Avec ses millions de réfugiés qui cherchent à fuir les violences, pour moitié à l’extérieur des frontières, pour moitié en se déplaçant à l’intérieur, l’Irak est en train de devenir le terrible révélateur de la crise du droit d’asile. Le statut de réfugié n’est pratiquement plus accordé à quiconque, les pays limitrophes improvisent sous le poids du nombre, la communauté internationale cherche à détourner le regard du problème, et la Suisse, gardienne de la Convention de Genève sur les réfugiés, multiplie les tergiversations.

La plupart des réfugiés s’accumulent en Syrie et en Jordanie sans statut particulier, cas échéant avec des visas et des passeports dont l’expiration est programmée. Même les Irakiens qui parviennent à surmonter tous les obstacles et à demander l’asile dans les pays industrialisés n’obtiennent le plus souvent qu’un statut provisoire, note le numéro 146 du magazine Réfugiés, publié par le Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR). Le statut de réfugié prévu par la Convention de Genève est ici systématiquement contourné, et même l’octroi d’un statut subsidiaire est une vraie loterie. La chance d’obtenir une protection dans un pays industrialisé varie de 90% à 0%, note également Réfugiés.

Deux poids, deux mesures

On l’a vu lors de la Conférence convoquée par le HCR à la mi-avril, personne n’est très pressé d’accueillir qui que ce soit. Les pays occidentaux ont fini par promettre 60 millions (à comparer aux 650 milliards consacrés à la guerre par les Etats-Unis et leurs alliés…). Cela permettra tout juste de faire survivre les réfugiés dans les pays limitrophes. Mais avec quelles perspectives? Rien que pour les enfants réfugiés au Moyen-Orient, calcule Réfugiés, il faudrait des milliers de classes d’école et 9000 postes d’enseignants.

Pays limitrophes surchargés

La Jordanie, avec une population de 5,7 millions de personnes accueille déjà 750’000 Irakiens, ce qui équivaudrait pour la Suisse à accueillir un million de réfugiés en Suisse ! Face à la charge qui pèse sur les pays limitrophes de l’Irak, le refus de la Suisse d’accueillir un contingent de 500 réfugiés à la demande du HCR sont injustifiables. Car dans ce contexte de crise, l’indifférence des pays éloignés de l’Irak et qui sont de ce fait à l’abri de l’afflux des réfugiés, ne peut qu’inciter ceux qui sont en première ligne à refuser d’en faire plus, par peur d’être définitivement débordés. Déjà, Amnesty International signale des renvois forcés depuis la Jordanie vers l’Irak. Et Libération annonçait en titre le 27 avril «L’Egypte ferme ses portes aux réfugiés irakiens». Sans solidarité internationale, le droit d’asile ne peut que s’effondrer.

Une attitude provocatrice

Dans ce contexte, l’annonce par la Suisse, le 3 mai, de sa volonté de renvoyer les requérants irakiens venant des provinces kurdes relève de la provocation. Une région calme ? Plus que d’autres sans doute. Mais le 10 mai Le Monde signalait 12 morts et 40 blessés à Erbil dans l’explosion d’un camion piégé… Selon toute probabilité, les renvois s’avèreront irréalisables. Les autorités kurdes irakiennes ont d’ailleurs déjà dit au Danemark qu’elles n’accepteraient pas de renvois forcés (Migration News Sheet, avril 2007).

Alors? Blocher, qui sait que la Suisse devra tôt ou tard faire un geste pour sauver la face, avait sans doute besoin de donner un nouveau gage de dissuasion à son électorat en fabriquant quelques déboutés de plus. Même s’ils leur renvoi ne peut être exécuté, ces Irakiens du Nord seront ainsi exclus de l’aide sociale dès le 1er janvier 2008, et poussés à disparaître dans la clandestinité.

Pire, la fermeture de la Suisse et des pays européens, Suède mise à part, est en train de faire fructifier les filières mafieuses, qui restent les dernières à offrir, au prix fort, l’espoir de parvenir à trouver un refuge, même précaire, loin de l’enfer irakien. Les passeurs, dernière sauvegarde des réfugiés? Le droit d’asile est vraiment tombé très, très bas.

Yves Brutsch

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