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Interview | Aumônière à l’Agora: Vingt ans aux côtés des réfugiés

En ligne depuis le 10 septembre 2007 et publié dans - modifié le 28 juin 2017

Véronique Egger a accompagné pendant presque vingt ans, les personnes venues chercher refuge en Suisse. Laborante en chimie de formation, elle s’est engagée dès 1988, date de la création à Genève du ministère de l’Agora (Aumônerie genevoise œcuménique auprès des requérants d’asile), d’abord comme bénévole pour l’accueil des requérants d’asile dans un mobil home à côté de l’aéroport, puis après une formation de diacre à l’Eglise protestante comme aumônière à l’Agora en 1995. Figure bien connue des requérants d’asile, elle a durant toutes ses années visité régulièrement les lieux d’hébergement des réfugiés. Petit retour sur son parcours, au moment où elle prend sa retraite.

En quoi consiste ton travail?

J’effectue des visites dans les lieux où se trouvent les requérants pour leur offrir une aide spirituelle, une écoute, un soutien. J’ai effectué des visites régulières au Centre d’enregistrement (CERA) de Genève jusqu’à son transfert à Vallorbe. Après l’entrée en vigueur des mesures de contrainte, l’Agora a demandé de pouvoir se rendre dans les lieux de détention des requérants déboutés. Depuis lors, je me suis rendue une fois par semaine à la Maison d’arrêt de Favra, puis à sa fermeture au Centre de détention de Frambois.

En 2001, j’ai repris le poste d’une collègue à l’accueil œcuménique à l’aéroport de Genève et je vais tous les matins dans la zone de transit. J’y rencontre notamment les personnes qui y sont retenues après avoir demandé l’asile en Suisse. J’effectue également un accompagnement individuel des requérants d’asile à leur demande ou à la demande de médecins ou de travailleurs sociaux.

Les requérants ont besoin d’une écoute. Ils sont impuissants face à l’administration qui s’occupe de leur procédure d’asile ou de leur hébergement, et ils sont souvent traités sans considération par cette dernière. Le travail devient de plus en plus dur, mais l’important c’est «être avec». Des fois tu ne dis rien, tu es juste là, tu écoutes, parce que c’est tellement dur ce qu’ils vivent où ce qu’ils ont vécu, qu’il n’y a rien à dire.

Y-a-t-il des personnes qui t’ont particulièrement marquées?

J’ai accueilli au début des années 90, un esclave mauritanien venu demander l’asile en Suisse. Il ne regardait que le ciel. C’était un esclave de père en fils, qui s’était révolté, avait blessé son maître et avait été mis en prison. Je contacté une œuvre d’entraide qui l’a accompagné durant sa procédure d’asile. Il a été attribué au canton du Valais et il a finalement obtenu l’asile.

En 1993, j’ai rencontré au CERA juste après son audition, une femme soudanaise avec ses trois enfants. Elle me disait: «Je ne peux pas le dire, je ne peux pas le dire», un viol en fait. Elle a, elle aussi, été attribuée en Valais et s’est retrouvée à Gliss où elle était la seule noire dans le foyer et où l’intendant lui faisait des avances. Un jour, n’y tenant plus, elle a débarqué à Genève avec enfants et bagages. Elle a été changée de foyer et s’est retrouvée à Martigny. Elle a obtenu l’asile et, trois ans après, elle maquillait les Valaisans et les Valaisannes à l’occasion du Carnaval!

Qu’est-ce qui a été le plus difficile dans ton travail?

L’introduction de la procédure de non-entrée en matière. Les personnes ne sont plus correctement auditionnées, on n’écoute plus les gens et on passe à côté de leurs problèmes. Le système des interrogatoires est piégé dès le début. Pour recevoir l’asile, il faut venir avec la tête sous le bras.

La situation des requérants déboutés détenus dans le cadre de mesures de contrainte est peut-être la plus dure. La personne est enfermée dans l’attente de son renvoi, elle ne sait pas de quoi sera fait le jour d’après, si son pays va lui accorder des papiers et si elle sera expulsée au petit matin. De plus, dans de nombreux cas il n’y a pas de doute sur la nationalité, et ce n’est pas de leur faute si leurs pays ne leur accordent pas le laissez-passer nécessaire au renvoi. On se rend bien compte de l’inefficacité des mesures de contraintes, qui maintiennent des personnes de long mois en détention.

Qu’est-ce qui a été le plus gratifiant?

Essayer des stimuler les ressources intérieures des gens, car l’attente d’une décision, les difficultés voire l’impossibilité de trouver un travail, l’inactivité, l’incertitude,… tuent les ressources personnelles. Quand les gens ont l’impression d’être dans une impasse, quand les personnes sont détenues en vue leur expulsion, j’essaie de leur donner la possibilité de voir plus loin. Et le fait que des personnes s’engagent bénévolement pour l’accueil des requérants d’asile à la Maison de la Croisette, me fait chaud au cœur.

Qu’est-ce qui t’a «fait tenir» toutes ces années?

Le fait de ne pas être seule, je fais partie d’une équipe. J’ai des collègues pour partager ce que je vois et je suis entourée des bénévoles. Le réseau militant et professionnel des personnes que se battent pour le droit d’asile à Genève est riche et dense. Par ailleurs, j’ai la chance d’avoir le contact facile avec tout le monde. J’arrive à m’adapter aux personnes et aux situations.

J’ai créé des liens durables avec de nombreux réfugiés et voir l’évolution positive de certains est un réconfort. Des requérants que j’ai rencontré à leur arrivée me rappellent des années après pour me donner de leurs nouvelles. Ce sont des moments très forts. J’ai pu visiter le monde entier sans voyager avec les gens que j’ai accueillis, J’ai beaucoup plus reçu que je n’ai donné.

Et maintenant que vas-tu faire?

Je vais profiter de ma retraite, voyager et… continuer comme bénévole à l’Aéroport.

Propos recueillis par Isabelle Furrer