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Vaud | Aide d’urgence pour les déboutés

En ligne depuis le 13 juin 2008 et publié dans - modifié le 10 août 2015

Graves atteintes à la dignité

Depuis le 1er janvier 2008, les déboutés de la procédure d’asile sont soumis au même régime d’aide d’urgence que les personnes frappées de non-entrée en matière (NEM). Les mouvements de défense des réfugiés alertés par la mise en place de cette aide ont mis sur pied en mars 2008, une permanence d’accueil à Lausanne dans une Maison de quartier proche du centre d’aide d’urgence du Simplon. Cette initiative a également soulevé un grand intérêt du côté du centre d’aide d’urgence de Vennes, destiné aux hommes seuls. Des informations ont pu ainsi être recueillies sur les conditions de vie dans les centres. Alors que l’EVAM (Etablissement vaudois d’accueil des migrants, ex-FAREAS) conteste l’ensemble des reproches qui lui ont été adressés, un groupe de dix-huit députés vaudois de divers bords politiques a visité, le 20 mai, deux centres accueillant des requérants d’asile déboutés et des personnes frappées de NEM. Ils y ont découvert des conditions de vie «spartiates», admissibles pour quelques semaines, mais «inhumaines sur la durée».

Les récits des premiers déménagements forcés ont montré les violences symboliques que représentent le fait de devoir quitter un logement devenu souvent un lieu de refuge pour des personnes ayant fui des persécutions, et l’obligation d’abandonner meubles et objets quotidiens.

Un régime de liberté surveillée

Dans les centres, les personnes déboutées sont encadrées par des agents de sécurité de sociétés privées, qui les fouillent régulièrement à l’entrée, et qui semblent bénéficier d’une grande liberté dans l’application – ou non – du règlement, déjà très restrictif. Comme cela a été concrètement vérifié, et contrairement aux dénégations de l’EVAM, les visites et l’apport d’aide par des bénévoles sont extrêmement restreints. Dernièrement, une femme ayant besoin d’une transfusion sanguine a été mise en danger, car un surveillant a refusé d’appeler une ambulance pour l’amener à l’hôpital. Le respect de la dignité personnelle n’est pas garanti dans ce régime semi-carcéral: les personnes à l’aide d’urgence se plaignent de tracasseries, de brimades, voire de coups.

Une nourriture peu variée

Les repas aux centres de Vennes et de Vevey sont servis à des heures fixes et aucune exception n’est autorisée même en cas de force majeure. Alors que l’EVAM prétend le contraire, la nourriture en quantité restreinte n’est pas variée et peu saine, et ne semble pas correspondre aux critères d’équilibre alimentaire. De plus, des résidents ont rapporté qu’à quelques reprises, des «barquettes» étaient de mauvaise qualité. Bien que les régimes ou habitudes alimentaires ne soient pas respectés, les résidents n’ont pas la permission de disposer de leurs propres condiments, y compris de sel ou poivre.

L’eau potable n’est disponible qu’aux WC, ce qui est vécu comme quelque chose d’avilissant. Par ailleurs, il n’y a aucune possibilité réelle pour les mamans du centre du Simplon de réchauffer le biberon d’un bébé pendant la nuit et dans la chambre: l’EVAM affirme qu’il leur suffit de s’adresser aux agents de sécurité, mais l’expérience a montré que l’accueil réservé par ces derniers à ce genre de demande est franchement décourageant.

Mise en danger pour la santé

Quoi qu’en dise l’EVAM, on constate que la mauvaise nourriture et son manque de variété causent des troubles fréquents et persistants. Le stress, la peur, la solitude et la promiscuité sont à l’origine de dépressions graves ou d’actes de violence. L’accès aux soins est difficile et les actes médicaux sont décidés par le personnel des centres. On a pu constater que des médicaments et même des tranquillisants sont distribués par des infirmières sans avis du médecin. La consommation de «cachets» est énorme et entraîne une dépendance.

Absence de vie privée

Les affaires personnelles sont séquestrées et seulement le strict minimum décidé par les autorités est toléré. L’espace privé disponible est restreint à un lit et une petite armoire. Les chambres ne sont pas fermées à clef. La promiscuité est difficilement soutenable, et des bagarres éclatent, sans que la police ne soit appelée. Par contre, le sommeil des personnes est souvent dérangé par des visites et des fouilles intempestives des agents de sécurité. Les centres ne sont pas équipés pour assurer une hygiène personnelle normale. L’eau chaude pour les douches n’est pas toujours suffisante ou disponible. Le chauffage a été arrêté pendant plusieurs jours à Vennes pendant des jours de grand froid.

Dans les centres, pas d’accès non plus aux journaux ou à Internet. Les émissions de télévision sont limitées aux chaînes suisses. A Vennes, le choix d’une chaîne est géré par l’agent de sécurité. Enfin, pas d’accès aux transports publics. Depuis Vennes, les personnes déboutées doivent se rendre à pied en ville, même pour se rendre aux rendez-vous obligatoires et très fréquents du Service de la population (SPOP) ou pour des visites médicales.

Affaire à suivre

Lors de leur visite, les députés du Grand Conseil ont ainsi pu voir par eux-mêmes que les faits dénoncés n’étaient pas de simples affabulations, contrairement à ce que laissaient entendre le Conseiller d’Etat Leuba et l’EVAM. Le thème va donc être traité prochainement au parlement, tandis que les mouvements de défense et les personnes concernées continuent à rassembler des informations du terrain. Sûr que l’on va encore reparler de l’aide d’urgence dans le canton de Vaud !

Christophe Tafelmacher

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