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Analyse | Haro sur le Nigeria, ce pays que l’ODM voudrait rayer de la carte

En ligne depuis le 1 octobre 2010 et publié dans - modifié le 8 juillet 2017

Pour marquer ses 100 jours à la tête de l’Office fédéral des migrations (ODM), Alard du Bois-Reymond n’a pas caché son aversion pour le droit d’asile (voir ci-contre). Dire que 99,5% des Nigérians ne viennent pas ici comme réfugiés, mais pour y faire des affaires illégales, c’est un peu comme dire que 99,5% des fonctionnaires se font engager pour faire la sieste au bureau. Cette déclaration de guerre n’est pourtant pas qu’une maladresse. Impuissant depuis des années à freiner la montée du nombre de demandeurs nigérians, obligé de suspendre les renvois après la mort d’un Nigérian expulsé par la force à Kloten, l’ODM cherche désespérément à reprendre la main.

Parce qu’il est le pays le plus peuplé d’Afrique, le Nigeria ne peut que retenir l’attention de l’ODM. D’autant que les candidats à l’asile venant d’Afrique noire n’ont jamais été en odeur de sainteté à Berne. Ces pays ont beau cumuler de multiples violations des droits de l’homme, le taux de reconnaissance de la qualité de réfugié y est extrêmement bas. Il y a quelques années, les “Africains de l’Ouest” étaient déjà désignés globalement comme des fauteurs de troubles à renvoyer au plus vite. Dans ce contexte, la crainte d’une arrivée croissante de ressortissants nigérians avait conduit l’ODM à organiser au Nigeria des projections publiques donnant une image très négative de la Suisse, pour dissuader les Nigérians de venir dans notre pays. Et dès l’entrée en vigueur, courant 2004, de l’exclusion de l’aide sociale en cas de non-entrée en matière (NEM), les Nigérians ont eu droit à des taux de NEM tout à fait extraordinaires (voir tableau).

Alors que la moyenne générale était inférieure à 20% en 2005 et 2006, le taux nigérian de NEM tourne autour de 50%. Il monte ensuite à 75%, et il dépasse aujourd’hui les 90%. Dans leur très grande majorité, les demandeurs d’asile nigérians sont ainsi exclus des structures d’accueil au terme d’une procédure sommaire. Il ne leur reste plus qu’à mendier une aide d’urgence tellement réduite qu’elle est une incitation à «disparaître» et à «se débrouiller», trafic de drogue compris.

Négation de la réalité

De l’exclusion de l’aide sociale après NEM, l’ODM attendait au moins un effet dissuasif sur les nouveaux arrivants. Le bouche à oreille aurait dû faire à la Suisse une mauvaise réputation et amplifier le message du film projeté dans les stades nigérians. Mais cette stratégie dissuasive a totalement échoué. Les chiffres relatifs aux Nigérians le disent on ne peut plus clairement. Après plusieurs années de NEM à haute fréquence, le nombre de demandes d’asile a triplé en 2008 et encore doublé en 2009, le Nigéria devenant dès cette date le 1er pays dans la statistique des demandes d’asile. Exactement l’inverse de ce qui était visé, et cet échec de l’ODM explique sans doute que l’on passe aujourd’hui, avec les rodomontades d’Alard du Bois-Reymond, à des déclarations proprement insensées.

Il suffit de consulter un rapport d’Amnesty international ou de toute autre organisation spécialisée pour se rendre compte que le Nigeria est un pays traversé de violences. Affrontements répétés dans le delta du Niger, où les populations locales n’acceptent plus la mainmise des compagnies pétrolières, mutilations génitales imposées à des milliers de femmes, application de la charia dans la moitié nord du pays, massacres entre chrétiens et musulmans, comme c’étaient encore le cas dans la région de Jos, au centre du pays, avec des centaines de victimes en mars 2010, exécutions extrajudiciaires et assassinats imputés à la police dans un contexte de corruption généralisée, etc.

Affirmer a priori que les Nigérians qui nous demandent l’asile sont des trafiquants à 99,5%, ce qui signifie que jamais personne ne fuit ce pays à cause des violations des droits de l’homme qui s’y produisent, est totalement aberrant. Le drame, c’est que les collaborateurs de l’ODM n’ont aucune raison d’examiner soigneusement les motifs d’asile des Nigérians, puisqu’ils sont tous étiquetés «délinquants» dès le premier jour. A ce jeu là, la statistique des NEM peut aussi bien continuer de monter jusqu’à 100% (pardon, jusqu’à 99,5%). Et tant pis pour le droit d’asile et la protection des personnes persécutées au Nigeria.

Yves Brutsch

Détruire l’asile

Cent jours après son arrivée à la tête de l’ODM, Alard du Bois-Reymond n’a pas seulement décrété que les Nigérians pouvaient être exclu de l’asile à 99,5%, il a aussi, deux jours plus tard, déclaré sa volonté de supprimer tout droit de recours dans les “renvois Dublin”. Et l’homme garde sans doute pour lui d’autres idées du même acabit. Exclure a priori l’existence de personnes en danger au sein du groupe le plus important parmi les demandeurs d’asile, chercher à empêcher que le droit de recours, pourtant garanti par la Constitution et la Convention européenne des droits de l’homme ne puisse s’exercer: le directeur de l’ODM se donne manifestement comme but de détruire le droit d’asile.

Yves Brutsch

Drôles de dealers

A en croire le directeur de l’ODM, les Nigérians viennent délibérément en Suisse pour dealer. Question: pourquoi diable ces trafiquants s’empressent-ils à leur arrivée de s’annoncer dans un centre d’enregistrement de l’ODM où ils vont être retenus jusqu’à 60 jours plutôt que d’aller dealer directement? Et pourquoi vouloir à tout prix ouvrir une procédure d’asile, qui commence par la prise d’empreinte digitales et de photos d’identité qui seront très utiles à la police? Et quel est l’intérêt de se faire attribuer à un canton où l’on n’a pas forcément de contact pour dealer, avec une NEM suivie de l’exclusion de l’aide sociale après quelques semaines? Et si les filières de drogue nigérianes tirent les ficelles, pourquoi recruter et envoyer en Europe des dealers qui n’arriveront pas à destination en raison d’aléas du voyage, plutôt que de recruter sur place parmi ceux qui n’ont plus à leur disposition qu’une aide d’urgente insuffisante? Décidément, ces Africains sont bien difficiles à comprendre.

Yves Brutsch

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