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Témoignage | Expulsion brutale d’une famille kurde de Syrie: récit d’un témoin

En ligne depuis le 5 avril 2011 et publié dans - modifié le 8 juillet 2017

Nous publions ci-dessous le récit de l’expulsion forcée d’une famille kurde syrienne, déboutée de sa demande d’asile. Les événements auraient dû rester confinés dans les murs de la prison de Sehnnhof, à Coire dans les Grisons, où était détenu le père de famille. Mais leur brutalité et leur disproportion ont choqué les autres détenus. De leur récit, l’association «Miteinander Valzeina» a dressé un rapport. Edifiant.

L’après-midi du 14 juillet 2010, Madame S., accompagnée de ses 4 enfants, rend 
visite à son mari détenu dans la prison de Sennhof à Coire. Au même moment, plusieurs policiers accompagnés d’un employé de l’Office cantonal de la police et du droit civil se rendent au foyer «Fluëli» dans lequel ils résident, rassemblent et emmènent toutes leurs affaires. (Explication de la police à une résidente: «On va leur offrir un meilleur foyer»). Puis la police se rend à la prison de Sennhof pour chercher toute la famille.

Des cris et du bruit

Un détenu de la prison de Sennhof à Coire raconte: «Mercredi 14 juillet, on nous a dit que nous ne devions pas travailler. Nous avons demandé pourquoi, c’est férié? La réponse fut: «Non, c’est juste comme ça, aujourd’hui on ne travaille pas». Nous sommes alors retournés dans nos cellules. L’après-midi, j’ai entendu l’arrivée d’une voiture, puis d’une deuxième, dans la cour de la prison. J’ai regardé par la fenêtre et j’ai vu un bus bleu et un bus rouge aux vitres teintées. Juste après, j’ai entendu des cris et du bruit. Là, j’ai vu un homme avec le visage masqué, des menottes aux mains et aux pieds, une femme avec un casque, des menottes aux mains et aux pieds et quatre petits enfants. Les masques comportaient des trous pour le nez et des trous pour les yeux, mais le reste du visage était caché. L’homme criait constamment: «Libérez-moi! Libérez-moi!»

La femme criait juste, sans rien dire. Les quatre enfants pleuraient. Il y avait deux grands policiers et une employée de la police des étrangers (FREPO). Un détenu du Sennhof, qui connaissait l’employée de la FREPO, l’a appelée depuis la fenêtre de sa cellule par son nom. La fonctionnaire a tourné la tête et regardé qui l’appelait ainsi.

Il lui a alors crié de laisser la femme et les enfants tranquilles. D’autres prisonniers s’y sont mis et nous avons invectivé les policiers depuis les fenêtres pour qu’on ne traite pas la femme et les enfants de cette manière. La femme entravée regardait vers le haut, balançait son visage masqué tout le temps et criait. Les enfants pleuraient de panique.

Jetés comme des jouets

Alors un policier a pris la femme et l’a mise dans le bus comme si elle était un jouet. La fonctionnaire de la FREPO a attrapé les enfants par derrière et les a jetés à sa suite. Ils les ont traités comme des poupées – ils les ont sans doute blessés. L’homme et deux enfants ont été mis dans un des bus, la femme et les deux autres enfants dans l’autre.

Pour protester contre ce qui se passait dans la cour de la prison, nous avons lancé des objets de nos fenêtres: tasses à café, journaux, papier de toilettes auquel nous avions mis le feu. Nous avons même jeté les installations d’arrosage. Les employés ont voulu nous arrêter avec des sprays.

Nous ne pouvions croire ce que nous avions vu. C’était comme dans un film 
d’horreur et les images me revenaient constamment. Cette nuit-là, personne n’a pu dormir. Nous avons écrit une lettre, dans laquelle nous décrivions les événements dont nous avons été les témoins. La plupart des détenus ont signé. Les employés nous ont menacé de nous mettre chacun notre tour à l’isolement.

Le lendemain, ce qui s’était passé n’a plus été évoqué. Personne n’a été mis à l’isolement et la cour de la prison a été nettoyée par les employés. Nous n’avons même pas dû les aider.»

Traduit de l’allemand
 par Pauline Milani

Davantage d’informations: 
“Verein Miteinander Valzeina”.

 

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