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ForumAsile | Un dehors = un dedans: la réponse simpliste et coûteuse de l’UE à la crise des réfugiés

C’est un accord honteux et il est mort né! Hier, l’UE s’est donné 10 jours pour finaliser un nouvel accord avec Ankara face à l’afflux de migrants vers l’Europe avec sur la table la proposition de renvoyer en Turquie tous les migrants qui se trouvent en Grèce après avoir traversé la mer Égée, y compris les Syriens.

Billet de Jasmine Caye, publié sur le blog ForumAsile, le 9 mars 2016. Cliquez ici pour lire le billet sur le blog ForumAsile.

En proposant cela, la Turquie souhaite soulager la Grèce et apporter une solution pour que la route des Balkans ne soit plus empruntée par les migrants. Elle propose en fait d’agir en «centre de triage» où les migrants économiques seraient renvoyés (on ne sait comment) vers leurs pays d’origines et les réfugiés actuellement en Turquie envoyer vers l’UE sur une base de 1 migrant repris par la Turquie = 1 réfugié renvoyé vers l’UE.

Présenté comme le plan pour détruire les filières de passeurs, celui-ci bénéficiera à la Turquie qui, en échange, demande:

  • trois milliards d’euros d’aide européenne supplémentaire, en plus de trois milliards déjà promis, pour accueillir et intégrer les réfugiés 2,7 millions de réfugiés syriens,
  • à l’UE de supprimer «d’ici juin» les visas pour les Turcs circulant dans l’espace Schengen et
  • en vue d’adhérer à l’UE d’ouvrir cinq chapitres de négociations sur cette question.

Le Haut Commissariat aux Réfugiés a tout de suite réagi à l’annonce de cet accord probable «préoccupé par tout arrangement qui impliquerait le retour indiscriminé de gens d’un pays à un autre sans détailler les garanties de protection des réfugiés en vertu du droit international.» (1)

Les modalités de ce marché doivent encore être convenues lors du sommet extraordinaire qui se tiendra à Bruxelles les 17 et 18 mars. Mais déjà les critiques fusent, et à juste titre. Amnesty International estime que la Turquie ne peut être considérée comme un pays tiers sûr alors que des Syriens ont déjà été renvoyés en Syrie. Qu’en sera-t-il des réfugiés kurdes, comment seront-ils traités par les autorités turques et des réfugiés afghans considérés encore par plusieurs pays européens comme ne pouvant prétendre au statut de réfugié alors que selon le HCR 31 régions sur 34 sont affectées par des mouvements de population importants dus à l’insécurité croissante.

Alors que près de 60% des personnes migrantes arrivées en Grèce et parcourant les Balkans sont des femmes et des enfants, il faut se demander comment les dirigeants européens et turques envisagent l’application de ce plan. Exiger le retour de ces familles vers la Turquie pour peut-être revenir un jour en Europe est honteux, inefficace et couteux.

Certains observateurs (2) on aussi exprimé le fait que cet accord encouragera au contraire la traversée de la Mer Egée et découragera les autorités turques de les arrêter. En effet, si l’Europe accepte autant de réfugiés de Turquie que de migrants qui sont renvoyés en Turquie alors elle n’a pas intérêt à surveiller ses côtes. Enfin même si l’accord est finalisé, sa mise en oeuvre prendra des mois et entre-temps les réfugiés continueront d’affluer en Grèce. La Turquie devra de son côté signer des accords de réadmission avec les pays d’origines sensés reprendre leurs migrants économiques. Cela prendra du temps. Le temps pour la Turquie d’obtenir toutes les demandes soumises à l’UE pour un marchandage inhumain.

(1) Filippo Grandi, haut-commissaire HCR, 8.3.2016.

(2) Patrick Kingsley, The Guardian: One in, one out, the EUs simplistic answer to the refugee crisis and The Turkey deal: Q & A, 8 March 2016.

Voir aussi la position de ECRE: EU-Turkey deal: Trading in People and outsourcing the EU’s responsibilities