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En ligne depuis le 2 décembre 2019 et publié dans

Passeur, tourisme de la criminalité, afflux de réfugiés

L’expression verbale est une arme tranchante, surtout si elle est dirigée contre des minorités. Et particulièrement s’il en va de personnes ayant besoin de protection. De nos jours, comme le confirment les recherches, beaucoup de gens lisent online à peine le titre ou le chapeau d’un article. Ce qui reste ensuite, ce sont les expressions clés comme « augmentation des entrées illégales » ou « encore des réfugiés noyés ».

Cela fait longtemps que des études scientifiques montrent à quel point l’utilisation de mots peut influencer les opinions; personne ne le sait mieux que les nouveaux partis de droite qui marquent le discours politique depuis un certain temps. La répétition d’expressions comme «tourisme de la criminalité» ou «afflux de réfugiés» cherche clairement à représenter les migrantes et les migrants comme une menace, comme un groupe informe qui veut «nous» prendre quelque chose.

Le discours de la droite se glisse dans les médias parce qu’il anime des ressentiments et des angoisses profondes. Nous le voyons précisément dans le contexte toujours aussi dramatique des naufrages en Méditerranée lorsque, dans les colonnes des journaux, ceux-ci remettent carrément en question le droit d’êtres humains à la vie et à la survie. Il est aussi frappant qu’un journal comme la NZZ écrive qu’avec son action de sauvetage, Carola Rackete, capitaine du « Sea Watch 3 », se serait implicitement rendue « partenaire des passeurs libyens ». Beatrix von Storch, vice-présidente de l’AfD, s’était exprimée presque dans les mêmes termes en qualifiant Carola Rackete de « complice des passeurs ».

Jeanne Menjoulet

Accuser quelqu’un de «passeur» est aujourd’hui un bon exemple de mot qui tue. Le mot déclenche les furies des réactions dans les colonnes de commentaires. On y trouve évoquée en bloc l’image de cupides individus agissant dans l’ombre (il y en a sans doute aussi) et il y est suggéré qu’il existe des organisations qui racolent voire houspillent les personnes dans leur fuite. Ces dernières se font passer pour des victimes passives qui se laissent entraîner apparemment sans le vouloir à travers déserts et mers; cela alimente l’image d’une menace à la fois grande, informe et incontrôlable. Et, du coup, il n’est plus fait de différences entre les individus et organisations qui font passer les frontières
à des personnes et ceux qui les exploitent.

Cependant, c’est manquer la bonne cible que de prétendre qu’avec de telles « finesses » de langage, on aboutit à un « politiquement correct » insensé étant donné que, dans les comptes rendus de presse aussi, il est bel et bien requis « de dire quels sont les faits ». Le choix minutieux et réfléchi des mots est la tâche la plus fondamentale du journalisme: décrire avec exactitude ce qui est. Et cela fait une différence de parler de «réfugiés économiques » plutôt que d’« exilés » ou de « migrants », ou d’entrées « illégales » au lieu d’ « irrégulières »; et il serait encore préférable, dans chaque compte rendu ou article, de donner un nom, une origine, un but et une histoire aux personnes et groupes dont il est question. Tout comme tel devrait aussi être le cas au sujet d’autres personnes et groupes.

CHRISTOPH KELLER
*Ancien chef de rédaction à SRF2 Kultur, Cofondateur de podcastlab.ch et auteur

Article publié dans le bulletin de Solidarité sans frontières n° 3, septembre 2019.


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