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Le Courrier | Le Val-de-Travers se mobilise contre un renvoi

En ligne depuis le 9 janvier 2020

Une famille de musiciens ukrainiens se bat depuis quatre ans contre son expulsion. Six mille personnes se sont engagées pour demander aux autorités le réexamen de leur dossier. Musiciens professionnels, les Ayvazov-Korolova sont engagés dans de multiples activités en lien avec la musique. 

L’article de Julie Jeannet “Le Val-de-Travers se mobilise contre un renvoi” a été publié le 8 janvier 2019 dans le quotidien Le Courrier.

SOLIDARITÉ

A Noiraigue, les rayons du soleil tentent de percer le brouillard. Yaroslav Ayvazov habite au dessus d’une école primaire avec sa femme Vera Korolova et leurs trois enfants. «Lorsque j’ai découvert ce village, il y a onze ans, je l’ai tout de suite adoré. Avec la montagne et la forêt, on se croirait dans un conte», confie la Vallonnière d’adoption.
La fable de ces musiciens professionnels pourrait pourtant prendre un mauvais tournant. En Suisse depuis quinze ans, la famille risque d’être expulsée. Le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) a refusé de lui accorder un permis de séjour. Un recours auprès du Tribunal administratif fédéral est pendant. Alertée par leur situation difficile, Viviane Jeanneret, une voisine et amie de la famille, a décidé de mobiliser la population. Elle espère donner un coup de pouce à la famille en témoignant aux autorités de l’apport précieux de ces spécialistes du chant liturgique orthodoxe slave et de leur intégration dans la région.
Originaire de Kiev, le couple russophone s’installe en Suisse en 2004. Yaroslav Ayvazov étudie le chant et l’alto au Conservatoire de Neuchâtel, alors que Vera Korolova perfectionne son violon à l’Académie Kayaleh à Crans-près-Céligny, à côté de Nyon. Au terme de leurs études, un permis de court séjour. Le couple se marie en 2008, puis met au monde Varvara, Alexandra et Andrei, aujourd’hui âgés de 11, 9 et 2 ans.

Cet article a été reproduit grâce à l’aimable autorisation du quotidien Le Courrier. L’accès à cet article ne doit pas faire oublier que l’information a un coût et ce sont les abonné-e-s au Courrier qui garantissent son indépendance.

La difficulté du métier de musicien

Fin 2014, le couperet tombe: les autorités refusent de renouveler leur autorisation de séjour en raison d’une «instabilité financière». «Depuis quatre ans, c’est le serpent qui se mord la queue: il nous est encore plus difficile d’obtenir un contrat de travail», déplore le père de famille. Les Ayvazov-Korolova accumulent les dettes. Le service des migrations du canton de Neuchâtel a beau avoir formulé un préavis favorable, le SEM leur refuse une autorisation de séjour.
Pourtant les musiciens ukrainiens multiplient les activités. Yaroslav Ayvazov dirige trois ensembles vocaux, il se produit régulièrement comme soliste baryton, donne des cours de chants et gère les relations publiques du chœur de Moscou. Alors que Vera Korolova enseigne le violon dans le canton de Vaud. «Nous avons beaucoup de mandats, mais dans notre métier, il est extrêmement rare d’obtenir un contrat de travail fixe.»
Depuis 2014, l’Ukraine s’est enfoncée dans un bourbier, avec la crise de la Crimée et la guerre dans le Donbass, dans laquelle des dizaines de milliers de civils ont perdu la vie. «Nous ne voulons pas retourner dans notre pays. Les écoles russophones ont été fermées, l’ukrainien est imposé partout et nos enfants ne parlent pas cette langue. De plus, les nombreuses exactions commises par les ultranationalistes restent impunies», explique Vera Korolova. Alexandra, la fille cadette, souffre de troubles du langage et sa mère craint qu’elle ne puisse poursuivre son éducation en Ukraine, sans suivi thérapeutique.

Un large soutien

Les musiciens sont longtemps restés discrets sur leur situation. «Ce sont des gens très dignes, ils n’ont jamais demandé d’aide. C’est en leur donnant un coup de main dans la relecture d’un document administratif que j’ai réalisé les difficultés dans lesquelles ils se trouvaient», relate leur voisine. Début décembre, Viviane Jeanneret comprend que les autorités reprochent à la famille de ne pas être suffisamment intégrée et demande alors à leur cercle de connaissance de témoigner de leurs activités dans la région.
En deux semaines, une pétition demandant aux autorités de réexaminer la situation de la famille recueille 6000 signatures. «Leur réseau est large, toutes les personnes qui ont eu contact avec eux se sentent concernées. Ce sont des gens talentueux, très engagés dans la vie culturelle et sociale de la région.» Le 16 décembre, les Verts, soutenus par le POP, déposent une résolution urgente au Conseil général de la commune du Val-de-Travers demandant au SEM de réexaminer leur demande. Celle-ci est refusée de justesse à 18 voix contre 15 et 3 abstentions.Echanges entre l’Est et l’Ouest

Les fêtes de fin d’année ont pourtant ranimé l’espoir dans les contrées de la fée verte. Grâce au soutien financier de connaissances, la famille ukrainienne est en train de régulariser sa situation financière. «Anne Moradpour, de l’association de chant Les Deux Ailes, ainsi que Florine Massy nous aident à sortir la tête de l’eau. C’est grâce à leur courage et leur générosité que le soutien populaire a pris une telle dimension», explique le couple ému. Ces personnes les appuient désormais pour mettre sur pied une entité qui pourrait chapeauter leurs activités et leur offrir un contrat de travail. «Nous l’avons appelé ‘Dom’, ce qui signifie ‘maison’ en russe. Son but est de promouvoir les échanges entre l’Est et l’Ouest», détaille Yaroslav Ayvazov.
La famille espère que ces nouveaux éléments leurs permettront d’enfin obtenir un permis de séjour. Ils attendent désormais une décision sur leur second recours au Tribunal administratif fédéral. «Nos enfants sont nés en Suisse. Nous nous battrons jusqu’au bout pour leur offrir une vie dans ce pays que nous adorons.»

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UNE PÉTITION PEUT-ELLE FAIRE PENCHER LA BALANCE ?

De nombreuses pétitions de soutien à des personnes risquant l’expulsion sont régulièrement remises au Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM). Interrogées à ce sujet, les autorités fédérales affirment examiner l’ensemble des circonstances et prendre connaissance des mobilisations publiques en faveur de personnes, mais elles précisent que «celles-ci ne lient pas l’autorité fédérale, par souci de traitement d’égalité». Le SEM peut également refuser d’approuver une décision des autorités cantonales. A contrario, il n’entre pas en matière, si le canton n’est pas disposé à régler les conditions de séjour de personnes étrangères. Le soutien de la population, d’un canton ou d’une commune peut donc exercer une influence sur la situation de personnes bien que celle-ci reste minime. JJT


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