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Covid-19 | Position d’une médecin des HUG: «Maintenir les auditions va à l’encontre des mesures préconisées par la Confédération»

En ligne depuis le 23 mars 2020 - modifié le 24 mars 2020

Médecin adjointe au chef du service de médecine de premier recours des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), Sophie Durieux s’inquiète des risques sanitaires et de santé publique mis en jeu par la poursuite des procédures d’asile, rappelant que le mot d’ordre de l’OFSP est «restez à la maison, sauvez des vies». Elle en appelle les autorités fédérales à faire primer la santé publique de l’ensemble de la population sur toute autre considération.

Samedi 21 mars 2020, l’annonce dans la presse de Mario Gattiker de suspendre les auditions d’asile pendant une semaine a été comprise par le public comme le signe que le Secrétariat d’État aux migrations (SEM) avait enfin pris la mesure de l’enjeu sanitaire et stoppé les procédures, comme le demandent depuis une semaine un nombre croissant d’organisations et de politiques. Or il n’en est rien. Le Secrétaire d’État a juste annoncé sept jours d’arrêt pour permettre la pose de plexiglas en vue de diminuer les risques de contagion lors des auditions. Dans ce contexte, nous publions ici la position d’une médecin  adjointe au chef du service de médecine de premier recours des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Sophie Durieux  soulève les risques sanitaires et de santé publique mis en jeu par la poursuite des procédures, rappelant que le mot d’ordre de l’OFSP, repris en quatre langues par les conseillers fédéraux, est «restez à la maison, sauvez des vies». Face à des auditions qui, rappelons-le, ont lieu à Berne ou dans les centres fédéraux et réunissent a minima cinq personnes dans une salle durant souvent plusieurs heures, leur demandant de se déplacer pour certaines depuis leurs cantons de résidence, Sophie Durieux s’inquiète des risques d’infection et de propagation dans les transports publics (dont la cadence va baisser et qui seront donc plus remplis). Risques que fait sciemment courir le SEM à l’ensemble de la population. Toujours sous l’angle sanitaire, elle questionne la pertinence de poursuivre des procédures qui demandent aux médecins -dont l’énergie professionnelle est centrée sur Covid-19- d’établir des certificats médicaux. Une position qui rappelle aujourd’hui que la santé publique prime et doit guider les décisions politiques, y compris dans le domaine migratoire, n’en déplaise à Monsieur Gattiker, patron du SEM, ou la Conseillère fédérale en charge du dossier, Madame Karin Keller Sutter, cheffe du Département fédéral de justice et police.

Sophie Malka 
Vivre Ensemble | asile.ch

Source: Julien Gregorio ©HUG

J’ai appris jeudi dernier que les auditions fédérales de nos patients dans le cadre de leur procédure d’asile n’étaient toujours pas suspendues, alors même que l’office cantonal de la population et des migrations du canton de Genève a fermé ses portes au public au titre de la lutte contre l’épidémie de COVID19. Il semble ce jour que le SEM ait décidé de les suspendre pour la semaine, le temps de « prendre des mesures de prévention ».

En tant que médecin hospitalier, ce maintien des auditions, même dans une configuration réorganisée, m’interroge sérieusement en termes de santé publique. En effet :

–       Le message clé de la campagne de l’OFSP destiné à « aplatir la courbe de l’épidémie » est « restez à la maison, sauvez des vies » : https://ofsp-coronavirus.ch/. Maintenir les auditions signifie que des personnes déjà à haut risque d’être infectées (il y a plus de promiscuité dans les centres d’hébergement collectifs pour requérants d’asile que dans des appartements privés du canton) vont devoir emprunter des bus et des trains, ce qui va à l’encontre des mesures de restriction préconisées vendredi par la Confédération.

–       Même si le SEM renforce ses mesures pour limiter le risque de transmission du virus lors des auditions, il est à noter qu’elles regroupent déjà 5 personnes pour une durée bien supérieure à 1 heure. Or 5 personnes est le nombre maximum de rassemblement de personnes autorisé par le CF en raison de l’épidémie (auditeur, greffier, requérant, interprète, ROE). Par ailleurs, cette limitation ne permet pas au requérant de se faire accompagner d’une tierce personne.

–       Dans ce contexte, toutes les personnes présentes à l’audition sont à risque accru de contracter une infection à COVID19, y compris les auditeurs, les greffiers, les interprètes et les ROE, et ce risque étant connu, il relève de la responsabilité du SEM de le faire sciemment encourir aux personnes concernées.

Par ailleurs, maintenir les procédures d’asile sous-entend également que les médecins continueront à être sollicités pour établir des certificats médicaux. Or, en tant que médecin hospitalier, mon activité professionnelle, comme celle de mes collègues prenant en charge des demandeurs d’asile en ambulatoire, est entièrement réorganisée pour contribuer à la lutte contre l’épidémie de COVID19 au sein de notre institution. Prendre du temps pour rédiger un rapport médical est du temps perdu pour la lutte contre l’épidémie et c’est éthiquement peu acceptable. Je vous serai donc reconnaissante de transmettre au SEM que, comme le signale l’OFSP, l’ensemble des efforts de la population doit contribuer à « aplatir la courbe » de la propagation de l’épidémie.

Dre Sophie Durieux-Paillard
Médecin adjoint
Programme santé migrants
Service de medecine de premier recours – HUG


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