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ONU Info | Covid-19 : l’ONU demande un moratoire sur les renvois de migrants en Libye

En ligne depuis le 14 mai 2020

L’ONU rappelle aux États leur obligation de respecter le droit international et les droits des réfugiés en Méditerranée, malgré la pandémie de Covid-19. L’Organisation insiste ainsi sur le maintien des opérations de sauvetage, la Méditerranée restant la voie de migration la plus meurtrière de toutes. Le fait que des appels de détresse aient été ignorés ou que des navires avec des rescapés à bord aient été repoussés est “particulièrement préoccupant”. En outre, les migrant.e.s ne doivent pas être renvoyé.e.s en Libye, où les attendent des détentions arbitraires, tortures et autres mauvais traitements. Les restrictions et obstacles au travail des sauveteurs doivent donc être levés afin de protéger les personnes migrantes, suivant le principe de non-refoulement et le droit international.

Nous relayons ci-dessous l’appel de l’ONU, tel que publié sur sa page ONU Info le 8 mai 2020. Vous retrouvez le texte original ici.

Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme demande un moratoire sur toutes les interceptions et les retours de migrants en Libye.

8 mai 2020 – Droits de l’homme

« Conformément à nos lignes directrices récemment publiées sur le Covid-19 et les migrants, nous réitérons que les États doivent toujours respecter leurs obligations en vertu du droit international des droits de l’homme et des réfugiés », a déclaré Rupert Colville, porte-parole du Haut-Commissariat lors d’une conférence de presse ce vendredi à Genève.

Pour les services de la Haut-Commissaire Michelle Bachelet, les opérations de sauvetage des migrants et réfugiés doivent se poursuivre malgré la pandémie de Covid-19. « Les opérations doivent être maintenues, mais le débarquement des migrants dans un port sûr, tout en veillant à ce qu’elles soient compatibles avec des mesures de santé publique », a ajouté M. Colville.

« Depuis le 9 avril, l’Italie et Malte ont déclaré leurs ports ‘peu sûrs’ pour le débarquement en raison du Covid-19 », a regretté M. Colville. Pourtant selon le Haut-Commissariat, les départs de Libye ont déjà quadruplé au cours des trois premiers mois de cette année par rapport à la même période en 2019.

Selon l’Agence de l’ONU pour les réfugiés (HCR), 18.210 personnes sont arrivées en Europe par la mer, essentiellement via la Grèce avec 9.629 arrivées. Selon le HCR, l’Espagne comptabilise 6.445 arrivées suivi de l’Italie avec 3.767 arrivées et de Malte avec 1.209 arrivées de migrants et réfugiés. Au moins 179 migrants sont morts en tentant de traverser la Méditerranée depuis le début de l’année, selon un bilan établi le 7 mai dernier.

Des appels de détresse restés sans réponse ou ignorés

De plus, les services de la Haut-Commissaire font état d’allégations sur « des appels de détresse restés sans réponse ou ont été ignorés » et qui ont été adressés aux centres de coordination du sauvetage maritime concernés. « Ce qui, s’il est vrai, remet sérieusement en question les engagements des États concernés en matière de sauvetage des vies et de respect des droits de l’homme », a ajouté M. Colville.

Pendant ce temps, les garde-côtes libyens continuent de renvoyer les navires sur ses côtes et de placer les migrants interceptés dans des centres de détention arbitraires où ils sont confrontés à des conditions horribles, notamment la torture et les mauvais traitements, la violence sexuelle, le manque de soins de santé et d’autres violations des droits de l’homme. « Il y a un risque élevé de de contamination du nouveau coronavirus dans ces installations surpeuplées », a prévenu M. Colville.

Le 15 avril, la Mission de l’ONU en Libye a vérifié qu’un navire contenant 51 migrants et demandeurs d’asile, dont 8 femmes et 3 enfants, avait été renvoyé en Libye sur un bateau privé maltais après avoir été intercepté dans les eaux maltaises. Les migrants ont été envoyés au centre de détention de Takiq al-Sikka par les autorités libyennes. Au cours de leurs six jours en mer, cinq personnes sont mortes et sept autres sont portées disparues et présumées noyées.

Au moins trois navires avec des migrants à bord sont en attente de débarquement. Le 7 mai, les médias ont rapporté qu’un petit groupe d’adultes, dont une femme enceinte, et d’enfants ont été autorisés à débarquer d’un des navires après que le gouvernement maltais ait accordé une concession pour des raisons humanitaires.

Tout en saluant cet effort, le Haut-Commissariat demande que tous les migrants actuellement détenus à bord de ces navires soient débarqués d’urgence, car les conditions sur les navires marchands ne sont pas adaptées à un hébergement à long terme.

Les navires empêchés de venir en aide aux migrants en détresse en Méditerranée centrale

« Les rapports selon lesquels les autorités maltaises ont demandé à des navires commerciaux de repousser en haute mer des bateaux transportant des migrants et des réfugiés en détresse sont particulièrement préoccupants », a relevé le porte-parole du Haut-Commissariat qui s’inquiète de l’absence d’assistance et de refoulement coordonné des bateaux de migrants en Méditerranée centrale, qui reste l’une des voies de migration les plus meurtrières au monde.

De façon générale, les navires de recherche et de sauvetage humanitaires, qui patrouillent habituellement dans la zone centrale de la Méditerranée, sont empêchés de venir en aide aux migrants en détresse. A la suite de l’immobilisation des navires Alan Kurdi et Aita Mari, il n’y a actuellement aucun bateau de recherche et de sauvetage humanitaire actif en Méditerranée centrale. « Il a également été allégué que des règlements et des mesures administratives sont utilisés pour entraver le travail des ONG humanitaires », a fait remarquer M. Colville.

Dans ces conditions, le Haut-Commissariat prône la levée immédiate des restrictions sur le travail de ces sauveteurs. « De telles mesures mettent clairement des vies en danger », a insisté M. Colville. Selon l’ONU, les migrants et les réfugiés tentant la périlleuse traversée méditerranéenne doivent être protégés pour éviter qu’ils ne soient victimes « du principe de non-refoulement, une expulsion ou un renvoi dans des environnements dangereux ».


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