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Fermeture des frontières | Les personnes en besoin de protection victimes des frontières verrouillées

En ligne depuis le 17 août 2020 et publié dans - modifié le 16 juillet 2020

La fermeture des frontières est l’une des mesures les plus spectaculaires prises par le Conseil fédéral pendant le pic pandémique du Covid-19. Quelles en ont été les conséquences pour les réfugié-e-s et personnes en besoin de protection?

Avec l’état de nécessité, le Conseil fédéral a décidé de refouler les requérant-e-s d’asile à la frontière suisse vers le pays voisin [1]. Toutes les frontières sur la route de l’exil, c’est-à-dire ailleurs en Europe sur le chemin de la Suisse, se sont fermées de façon identique. S’en est suivie une baisse drastique des nouvelles demandes d’asile adressées à notre pays: 332 demandes en avril (dont seulement 111 demandes primaires [p. 26]), contre environ 1100 demandes par mois pour les trois premiers mois de l’année. Ce chiffre mensuel représente la valeur la plus faible depuis au moins 1986, soit depuis plus de 30 ans.

On ne peut que se demander dans quelles conditions ont vécu les personnes en demande d’asile coincées dans les pays limitrophes. En particulier, pour probablement la majorité d’entre elles, celles contraintes de rester en Italie. Non seulement des défaillances dans l’accueil des requérant-e-s d’asile sont constatées en temps ordinaire chez notre voisin transalpin, mais celui-ci a été un des pays les plus gravement touchés par la pandémie. Les personnes qui arriveront bientôt pourront témoigner de ce qu’elles ont dû endurer [2].
Mais les frontières fermées, cela signifie aussi la suspension de l’octroi de tout visa au moins jusqu’au 15 juin. Cette suspension a un impact certain pour les personnes réfugiées en raison de l’impossibilité de pratiquer le regroupement familial. Là aussi, les chiffres sont spectaculaires: durant le semestre qui précède la pandémie, le nombre d’entrées pour regroupement familial dépasse en moyenne la centaine chaque mois… alors qu’il n’y a que 13 entrées pour regroupement familial en avril 2020.

Frontière bloquée avec la Suisse en raison de COVID-19. Passage frontalier Schmitter à Lustenau © Asurnipal

Une attente angoissante
Monsieur Mülteci* est un ancien fonctionnaire turc défendu par le Centre social protestant. Arrivé seul dans notre pays, parce que le trajet était trop dangereux pour le faire avec sa femme et ses enfants, il a rapidement reçu l’asile au mois de mars dernier. Il est considéré comme un traître par le régime d’Erdogan et est activement recherché. Dans cette situation, il y a tout à craindre pour sa famille qui vit encore en Turquie. Sa femme et ses enfants ont le droit d’entrer en Suisse au titre de l’asile familial, mais tout est suspendu en raison du Covid-19. Ils sont nombreux et nombreuses à voir l’attente du regroupement familial se prolonger et le risque de persécutions de leurs proches augmenter.

La fermeture des frontières bloque aussi l’octroi des visas humanitaires. Pour rappel, ces sésames sont accordés à des personnes qui sont directement menacées de graves persécutions. 222 visas de ce type avaient été octroyés en 2018, 172 en 2019. Il s’agit là encore de personnes vulnérables qui peuvent difficilement attendre d’être protégées, pandémie ou non.
En résumé, la porte d’entrée en Suisse a été hermétiquement close jusqu’au 15 juin. À l’heure où nous mettons sous presse, il est impossible d’affirmer que les frontières rouvriront comme avant au-delà de cette date. Les défenseur/se-s du droit d’asile doivent être vigilants, car la Confédération dispose à ce jour de toute la latitude pour invoquer les raisons de santé publique et la difficulté d’organiser des voyages. Les importantes opérations de rapatriement des citoyens suisses à partir du monde entier parallèlement mises en place ont démontré que tout franchissement de nos frontières par des êtres humains ne constituait pas le problème en soi (voir également p.4).

On a pourtant stoppé net le droit de quelques centaines de personnes de pouvoir mettre les membres de leur famille en sécurité, ceci sans beaucoup de scrupules et pour des raisons qui n’ont sûrement rien à voir avec les enjeux de santé publique.

N’est-ce pas, Mme Keller-Sutter ?

ALDO BRINA
CSP GENÈVE

[1] « L’interdiction d’entrée s’applique aussi aux requérants d’asile, qui sont refoulés à leur arrivée à la frontière suisse ou à proximité de celle-ci. » Newsletter interne du SEM du mois de mai, p. 9
[2] The New Humanitarian / Heidi News | Comment le coronavirus frappe de plein fouet migrants et demandeurs d’asile en Italie, 16/25 mars 2020
* Nom d’emprunt

Illustration: Ambroise Héritier / Vivre Ensemble n°178 | juin-juillet 2020

Également dans ce numéro, sur le sujet de la fermeture des frontières – bilan post Covid-19 : Main-d’œuvre saisonnière bloquée. Une opportunité pour les réfugié-e-s? – Orphée Mouthuy


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