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Privatisation de l’asile | ORS. Des profits pour une mission sociale et publique ?

En ligne depuis le 3 février 2021 et publié dans

Proposer ses services à moindre coût pour remporter les marchés publics. Telle a été la stratégie de l’entreprise zurichoise ORS dès 1992 pour s’étendre en Suisse et y rafler la gestion et l’encadrement des centres collectifs hébergeant les requérant·e·s d’asile. Une stratégie qu’elle exporte (voir p. 26) dans un secteur florissant à en croire les comptes– jusqu’ici sous le sceau du secret – figurant au rapport d’activité d’ORS publié en 2019 [1].

Son bénéfice « opérationnel » se chiffre en 2019 à près de 1,7 million de francs suisses pour les marchés suisse, allemand et autrichien, alors que son chiffre d’affaires global – autrement dit ses recettes, provenant essentiellement de fonds publics – s’élevait l’an passé à 132,7 millions de francs pour ces trois pays, dont 87 millions rien que pour la Suisse.

À noter que malgré une baisse de revenus de 25 millions entre 2018 et 2019, attribuée par l’entreprise à la chute des demandes d’asile dans les trois pays, le bénéfice d’ORS a augmenté. Comment ? Difficile à dire vu le manque de détails dans les comptes.

Dans une enquête du Temps en 2016, ORS revendiquait une plus grande souplesse et un management plus efficient[2] lui permettant de dégager des économies. Mais jusqu’où peut-on réduire les charges, sans peser sur les conditions de travail et le degré de qualification des employé·e·s embauchés, et sans s’attaquer aux conditions de vie des personnes hébergées ? C’est sur ces aspects que portent l’essentiel des critiques des organisations de défense des réfugié·e·s, qui ont à plusieurs reprises fait part de traitements problématiques dans les centres, de personnel insuffisant ou insuffisamment formé, du manque d’accès aux soins. Nous nous en sommes fait l’écho dans notre revue à plusieurs reprises pour ce qui est de la Suisse[3].

En éliminant des organismes publics ou associatifs avec des offres systématiquement moins chères pour assumer cette tâche à vocation sociale[4], ORS s’est progressivement placée comme le prestataire numéro 1 des cantons et communes et Confédération, profitant également de la restructuration de l’asile. Aujourd’hui, elle gère plus de 35 centres d’hébergement, centres de transit et structures d’aide d’urgence, près de 450 logements et 10 centres fédéraux pour la Confédération.

Pour la conseiller, elle peut compter, parmi les 5 membres de son Comité consultatif, sur trois personnalités politiques suisses actives dans l’asile au moment où ORS a commencé à étendre ses ailes: à sa présidence, Ruth Metzler (PDC), Conseillère fédérale chargée du Département fédéral de justice et police de 1999 à 2003 ; Rita Führer (UDC), Conseillère d’État zurichoise de 1995 à 2000, qui a mené une politique très dure à l’égard des demandeurs d’asile dans son canton, et qui est à l’origine de la suppression de l’aide sociale aux personnes déboutées (coauteure du fameux rapport Führer-Gerber). Et enfin Erwin Jutzet (PS), Conseiller d’État fribourgeois entre 2006 et 2016. Il était à la tête de la Direction de la Sécurité et de la Justice lorsqu’ORS a obtenu le mandat à Fribourg. Quels sont les honoraires versés à ces personnalités ? Mystère.

Tout ceci n’empêche pas le directeur d’ORS de se plaindre, en introduction de son rapport annuel 2019, d’une « concurrence accrue en Suisse, en particulier de la part des prestataires publics, des prestataires subventionnés par l’État ainsi que des organisations caritatives [qui] a entraîné une situation de concurrence déloyale et une pression accrue sur les coûts ». On croit rêver !

SOPHIE MALKA

[1] ORS, rapport annuel 2019.
[2] Le Temps, L’asile, un marché convoité, Magalie Goumaz, 13 juin 2016.
[3] Vivre Ensemble, Hébergement. Gestion de la pandémie dans les centres collectifs : mission impossible ? !, Sophie Malka, VE 178 / juin-juillet 2020 ; Vivre Ensemble ; Sur les violences : Gestion de l’asile, ORS Fribourg : Quand l’État fait la sourde oreille. Business is Business ? Droit de rester Fribourg,
VE 172 / avril 2019 ; « ORS, dégage ! » : La gestion de l’asile par des firmes privées en question, Philippe Blanc, VE 138 / juin 2012.
[4] En 2005, elle affichait un chiffre d’affaires de 25 millions de francs. Depuis lors, elle a décidé de ne plus le publier.

Cet article a été publié dans le cadre d’un dossier sur la privatisation de l’asile:

ORS, un empire en construction

OSEARA | Des médecins aux ordres du SEM


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