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Le Nigéria et la Suisse | Reconnaissance des motifs d’asile : un fait objectif ou politique ?

En ligne depuis le 25 mars 2021 et publié dans

Plusieurs membres du mouvement nigérian IPOB ont demandé l’asile en Suisse ces dernières années. Le SEM rejette presque systématiquement leurs demandes en énonçant que le récit n’est pas vraisemblable ou qu’ils ne sont que de « simples sympathisants » donc qu’ils ne risquent rien en cas de renvoi. Au contraire des allégations des membres d’IPOB ou les rapports émanant d’organismes de défense des droits humains (voir chronique Monde). La faible médiatisation de la situation sur place les rend inaudibles. En 10 ans, alors que 14 970 ressortissant·e·s du Nigéria ont demandé l’asile en Suisse, seules 18 personnes ont obtenu un permis B réfugié. Comment l’expliquer ?

La pratique helvétique a toujours été hermétique à l’égard des demandes d’asile nigérianes. Si lors du conflit du Biafra (1967), les autorités accordent une protection provisoire aux personnes déjà en Suisse, « elles partent du principe qu’il ne peut s’agir d’une solution durable, estimant que « le problème des réfugiés africains » doit se résoudre avant tout en Afrique » [1] Au lendemain du conflit, Berne refuse l’asile au leader de la sécession biafraise.

Une longue tradition du refus
Par la suite, alors que d’autres pays européens accueillent les réfugiés nigérians, la Suisse s’y refuse, considérant comme déri-oire le nombre de personnes pouvant pré-tendre à des motifs de persécutions politique, religieuse ou ethnique. La politique d’asile s’oriente vers les retours et la dissuasion. Berne finance des films destinés à être pro-jetés au pays pour décourager les candidats à l’exil. Et diffuse une image péjorative des ressortissants nigérians auprès des Suisses, façon de justifier sa politique de renvois.
En 2010, le directeur du SEM décrète que 99,5 % des Nigérians n’ont pas de motifs d’asile et qu’ils viennent en Suisse pour y commettre des actes illégaux. À l’époque, les autorités d’asile rendent des décisions de non-entrée en matière (NEM) à tour de bras au terme d’une audition sommaire [2]. Un homme, décédé lors d’un vol spécial, oblige Berne à suspendre ses renvois forcés.
Les ressortissants nigérians sont alors en tête dans le nombre de demandes d’asile. La Suisse les soumet à la procédure « fast-track », expéditive, permettant d’aligner ses décisions à sa théorie statistique. Les Nigérians partent ainsi quasi perdants. Parallèlement, elle conclut en 2011 un Pacte migratoire avec le Nigéria, premier de la sorte. Moyennant certaines contreparties, notamment financières, cet accord permet d’exécuter plus facilement les renvois.
Dans sa stratégie de traitement des demandes d’asile publiées le 9 mai 2019, le SEM reste sur cette ligne. Il annonce traiter en priorité les dossiers « qui peuvent être bouclés dans le cadre d’une procédure accélérée ou d’une procédure Dublin [Berne n’y examine pas les motifs d’asile sur le fond] ». En font partie les demandes de ressortissants de pays pour lesquels le SEM a déjà une pratique très restrictive et un taux de reconnaissance de protection très faible, comme le Nigéria. Un serpent qui se mord la queue.

ÉLISE SHUBS ET SOPHIE MALKA

[1] SEM; Stephan Parak, “La pratique de la Suisse en matière d’asile de 1979 à 2019” 2020
[2] Yves Brutsch, “Haro sur le Nigéria, ce pays que la Suisse voudrait rayer de la carte” Vivre Ensemble, n°129, juin 2010

 

 


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