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Érythrée | Fuir, au péril de sa vie [2017]

En ligne depuis le 1 juin 2017 et publié dans

Souvent surnommée «la Corée du Nord de l’Afrique», l’Erythrée est dirigée d’une main de fer depuis l’indépendance en 1993 par le leader de la guerre contre l’Ethiopie, Issayas Afewerki. Concentrant tous les pouvoirs à la tête d’un régime totalitaire, le président érythréen bloque le processus de démocratisation qui devait aboutir à l’adoption d’une constitution (le pays en est toujours dépourvu).

Image du reportage “Erythrée, la terre des évadés”, Envoyé spécial, France 2, 24.06.2016

La plupart des libertés civiles et politiques ont été supprimées et la situation des droits de l’homme y reste très préoccupante: la Commission d’enquête sur les droits de l’homme en Erythrée de l’ONU estimait en juin 2016 avoir «des motifs raisonnables de croire que des crimes contre l’humanité, à savoir l’esclavage, l’emprisonnement, la disparition forcée, la torture, d’autres actes inhumains, la persécution, le viol et le meurtre, sont commis en Erythrée depuis 1991».

Les citoyens sont à la merci des persécutions d’une justice arbitraire, d’une police toute-puissante et risquent une incarcération sans procès ni possibilité de se défendre. Selon Amnesty International, l’Érythrée compte au moins 10’000 prisonniers politiques, détenus dans «des conditions atroces, inimaginables». Les droits humains font l’objet de graves violations dans le cadre du «service national» militaire ou civil, d’une durée illimitée et assimilé par la Commission de l’ONU à de l’esclavage. Enrôlés de force officiellement à 18 ans, mais bien souvent bien avant, les Erythréens y subissent brutalités et abus en tout genre, la grande majorité d’entre eux n’étant démobilisée qu’à l’âge de 40 ou 50 ans. S’ajoute au tableau une grande pauvreté ; les perspectives économiques sont inexistantes du fait de l’isolement politique du pays.

C’est dans ce contexte que le pays a vu quelque 12% de sa population se résoudre à l’exil. Selon le HCR, 305’000 personnes auraient fui le régime d’Afewerki ces dix dernières années – en majorité des jeunes hommes. Ceci, au péril de leur vie: comme l’indique le SEM dans son rapport rédigé pour le Bureau européen d’appui en matière d’asile EASO en 2016 «un ordre de tir létal sur toute personne tentant de quitter le pays illégalement est en vigueur le long des frontières.»

Quitter l’Erythrée est en principe interdit pour tous les citoyens de 5 à 50 ans, relève en effet le rapport. Des autorisations de sortie peuvent être délivrées par le gouvernement, mais les conditions pour une sortie légale du pays sont inatteignables pour l’immense majorité des Erythréens: passeport valide, visa de sortie, certificat international de santé. L’obtention d’un tel sésame est largement conditionnée à la proximité avec le régime. En cas de sortie illégale, la loi prévoit jusqu’à 5 ans de prison, même si la peine réelle dépend de l’arbitraire des tribunaux et des officiers militaires. Pour les citoyens astreints au service national, la sortie illégale se double d’une accusation de désertion qui est, «en temps de guerre», passible de la prison à perpétuité ou même de la peine de mort. Précisons aussi que ces peines sont identiques en cas de découverte par les autorités d’un simple projet de départ et pour quiconque aurait aidé ou incité une personne à partir, ou omis de la dénoncer.

Le rythme des départs mensuels ne cesse pourtant de s’accélérer: en 2009, le HCR dénombrait entre 1000 et 3000 nouveaux réfugiés érythréens par mois en Ethiopie et au Soudan, principaux pays d’accueil de leurs voisins (environ 110’000 personnes chacun en 2015); aujourd’hui, ils seraient plus de 5000 à franchir la frontière chaque mois.

«Quand il existe un consensus au sein des institutions de l’ONU pour dire que les dangers rapportés doivent être pris au sérieux et qu’il demeure dangereux de retourner en Erythrée, cela devrait être la position de l’ensemble de la communauté des Etats jusqu’à ce que la preuve du contraire soit apportée. L’Etat de droit ne peut quand même pas bâtir sa politique migratoire et d’asile sur des doutes. L’inverse doit prévaloir: tant que des doutes existent sur les besoins de protection, la protection doit avoir la priorité»

François Crépeau
Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l’homme des migrants, Bernerzeitung, 17.02.2017

Données démographiques

Capitale: Asmara
Population: 5,6 millions (2012, ONU)
Langues officielles: tigrinya, arabe, anglais
Religions : chrétiens orthodoxes (env. 50%), musulmans (env. 50%),
Groupes ethniques: Tigrinyas (50%), Tigréens (31%), puis Afar, Saho, Bedja, Bilen, Kunama,
Nara (tous en-dessous de 5%)
Chef d’Etat reconnu par la communauté internationale: Issayas Afeworki

Statistiques suisses 2016

Nouvelles demandes d’asile: 5178 /
Cas réglés: 7934
Asile: 3187 – Admissions provisoires: 2560 – Rejet : 719
Décisions de non-entrée en matière: 1039 (dont 975 NEM Dublin)

Contexte juridique en Suisse

Le 30 janvier 2017, le Tribunal administratif fédéral (TAF) a décidé, dans un arrêt de principe, de ne plus reconnaître automatiquement la qualité de réfugié aux Erythréens quittant leur pays de manière «illégale». Tout en indiquant être conscient que le non-respect systématique des droits humains reste la règle en Erythrée, le TAF considère que «le seul fait pour une personne d’avoir quitté l’Erythrée de manière illégale ne l’expose pas à une persécution déterminante». Cet arrêt vient confirmer le durcissement décidé par le SEM en juillet 2016, qui rend depuis lors un nombre croissant de décisions négatives à l’encontre des ressortissants érythréens. Y reste cependant réservée la question de la désertion et du refus de servir, sur lesquels le TAF n’a pour l’heure pas modifié sa jurisprudence. Or, au vu des pratiques du régime en terme de service national, la sortie illégale du pays est souvent précédée par un de ces motifs.

ROBIN JUNOD

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