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Ouganda | Un modèle perfectible

En ligne depuis le 3 février 2019 et publié dans

L’Ouganda est le premier pays d’accueil du continent africain, avec plus d’un million de réfugiés sur son territoire, principalement originaires du Soudan du Sud et de RDC (voir statistiques ci-dessous). Souvent présenté comme un modèle pour avoir ouvert ses portes aux réfugiés et défendu la vision que ces derniers peuvent contribuer au développement local, le pays fait face à certaines limites pouvant remettre en cause cet accueil. Alors que l’Europe se crispe sur les questions migratoires et se barricade face à une prétendue « invasion », l’Ouganda est un exemple d’ouverture et témoigne du caractère avant tout régional des déplacements forcés, notamment en Afrique.

L’Ouganda a décidé depuis plusieurs années d’ouvrir ses frontières aux personnes fuyant les conflits faisant rage dans les pays voisins. Dans le nord du pays, ce sont principalement les Sud-Soudanais exilés par la guerre civile de 2013 qui trouvent refuge. À leur arrivée, ils se voient attribuer un petit lopin de terre sur un des sites qui leur sont dédiés. Ils obtiennent un droit d’usage sur ce terrain, prêté par des résidents ougandais via le gouvernement. Selon le Refugees Act de 2006, les réfugiés ont le droit de travailler, de se déplacer librement et les enfants sont scolarisés aux côtés des locaux. Les autorités ont par ailleurs décidé qu’au moins 30% de l’aide internationale allouée pour les réfugiés doit bénéficier à la population locale par le biais du développement d’infrastructures comme des écoles ou des centres de soins. La situation générale des régions accueillant des réfugiés, caractérisées par une grande pauvreté, s’est donc améliorée sur certains aspects. Cette politique vise notamment à éviter des tensions entre les communautés hôtes et les personnes réfugiées.

Une vision à court terme

©UNHCR / F. Noy

Si l’Ouganda est présenté comme un modèle, il existe des disparités entre la rhétorique du gouvernement – qui souhaite grâce à cette success-story détourner l’attention de son régime autoritaire et s’ériger au rang de partenaire international respectable – et la réalité que vivent les réfugiés sur place.

De nombreuses critiques émaillent en effet la politique d’accueil ougandaise, principalement son absence de projection sur le long terme. La seule solution envisagée sur la durée est le retour des personnes exilées vers leur pays d’origine et non leur intégration. Il n’y a pas de possibilité d’accéder à la nationalité ougandaise et presque aucune chance d’être réinstallé dans un pays tiers. Or, la persistance et la virulence des conflits au Soudan du Sud et en RDC rendent peu probable le retour volontaire des réfugiés dans un avenir proche. Leur localisation sur des sites dédiés les isole et ne leur permet pas de s’insérer pleinement dans la société. Ceux qui souhaitent s’installer en zone urbaine, notamment à Kampala, ne reçoivent pas de soutien. De plus, il est quasiment impossible pour eux d’obtenir un contrat de travail à durée indéterminée malgré le fait que la loi leur donne ce droit. Les perspectives d’avenir sont donc limitées pour les per- sonnes ayant fui leur pays et la situation reste fragile. Le pays est dépendant de l’aide internationale, en diminution, et des tensions peuvent éclater en raison du manque de ressources, en eau et en bois. Or, des personnes déplacées franchissent quotidiennement la frontière pour trouver une protection.

La politique progressiste d’accueil des réfugiés en Ouganda, malgré ses insuffisances, montre que si l’un des pays les plus pauvres au monde et ses 43 millions d’habitants arrivent à accueillir autant de personnes en exil, les pays industrialisés devraient également en être capables. S’en inspirer pour ce qui y fonctionne (indépendance économique, droits et libertés, bénéfices pour la population locale) tout en comblant lacunes et défaillances pourrait servir de cadre à la communauté internationale. Tout modèle est perfectible et adaptable; encore faut-il avoir de la volonté politique. Et un sens des responsabilités.

MAËVA VILLARD

Ouganda

Capitale : Kampala
Président : Yoweri Museveni (depuis 1986)
Langues officielles : anglais, swahili
Population : 43 millions (2017, source : Banque Mondiale)
Espérance de vie : 62,5 ans (2016, source : OMS)
Religions : christianisme (82,4 %), islam (13,7 %), autres (3,4 %)
Classement indice de développement humain : 162e position sur 189 pays (source : UNDP)

Quelques chiffres

En juin 2018, il y avait selon le HCR 1 470 981 personnes déplacées en Ouganda, représentant 3,4 % de la population. Une majorité d’entre elles sont mineures. Plus d’un million viennent du Soudan du Sud, et 242 000 de République démocratique du Congo (2017). Les autres pays d’origine fortement représentés sont le Burundi, la Somalie, l’Éthiopie, le Rwanda, l’Érythrée et le Soudan, donc majoritairement des pays géographiquement proches.

L’Ouganda est également un pays de départ, bien qu’à des degrés très inférieurs. Les principaux pays d’accueil sont l’Afrique du Sud et le Kenya, avec respectivement 5135 et 2482 demandeurs d’asile et réfugiés ougandais. En 2017, il y avait 40 réfugiés ougandais en Suisse, ainsi que 18 demandeurs d’asile.

Quelques sources

» International Refugee Rights Initiative, Uganda’s refugee policies: The history, the politics, the way forward, Octobre 2018
» New York Times, As Rich Nations Close the Door on Refugees, Uganda Welcomes Them, Joseph Goldstein, 28.11.2018
» Al Jazeera, Is Uganda really a « refugee paradise » ?, Julie Schiltz et Kristof Titeca, 29.07.2017
» France Culture, Accueil des réfugiés: l’exception ougandaise, 04.05.2018
» News Deeply, We need a more honest discussion of Uganda’s model refugee policies, Lucy Hovil, 22.11.2018