{"id":11917,"date":"2013-11-03T17:15:11","date_gmt":"2013-11-03T17:15:11","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/?p=11917"},"modified":"2021-08-26T14:09:46","modified_gmt":"2021-08-26T12:09:46","slug":"le-courrier-lesbos-lile-des-migrants-mineurs-abandonnes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/de\/2013\/11\/03\/le-courrier-lesbos-lile-des-migrants-mineurs-abandonnes\/","title":{"rendered":"Le Courrier | Lesbos: L\u2019\u00eele des migrants mineurs abandonn\u00e9s"},"content":{"rendered":"<h3>Apr\u00e8s avoir d\u00e9barqu\u00e9 sur l\u2019\u00eele de Lesvos, vingt-trois migrants mineurs non accompagn\u00e9s v\u00e9g\u00e8tent dans un centre d\u2019accueil abandonn\u00e9 par ses employ\u00e9s, faute de financement.<\/h3>\n<p><em><strong>Article d&rsquo;Emmanuel Haddad paru dans Le Courrier, le 24 septembre 2013. Cliquez <a href=\"http:\/\/www.lecourrier.ch\/114509\/l_ile_des_migrants_mineurs_abandonnes\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">hier<\/a> pour lire l&rsquo;article sur le site du Courrier.<\/strong><\/em><\/p>\n<div>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<p>Dans le r\u00e9fectoire, des cro\u00fbtons de pain rassis gisent encore sur le sol. La pharmacie est ferm\u00e9e \u00e0 cl\u00e9, la cuisine aussi. Depuis que les employ\u00e9s du centre d\u2019Aghiasos, d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l\u2019accueil des migrants mineurs non accompagn\u00e9s, sont partis pr\u00e9cipitamment en mars dernier, seul le directeur fait l\u2019aller-retour deux fois par jour pour apporter la tambouille du midi et du soir. Le b\u00e2timent, perch\u00e9 sur les hauteurs du village de montagne de l\u2019\u00eele de Lesvos, est \u00e0 l\u2019abandon. Pourtant, vingt-trois jeunes y vivent encore, vingt Afghans et trois Congolais. \u00abAu d\u00e9but, on recevait des cours de grec, on organisait des jeux, on s\u2019amusait! Mais depuis six mois, on a plus qu\u2019internet pour nous \u00e9vader\u00bb, explique Aziz, un Afghan au visage \u00e9maci\u00e9, arriv\u00e9 sur l\u2019\u00eele de la mer Eg\u00e9e par bateau \u00e0 14 ans, depuis les c\u00f4tes turques dont on aper\u00e7oit les silhouettes depuis Lesvos.<\/p>\n<p><strong>Une alternative \u00e0 l\u2019enfermement<\/strong><br \/>\nEst-ce la crise qui est pass\u00e9e par l\u00e0, fauchant le budget du Minist\u00e8re de la protection des citoyens, charg\u00e9 du financement des centres pour migrants mineurs? \u00abLe gouvernement grec a tard\u00e9 \u00e0 mobiliser le Fonds europ\u00e9en pour les r\u00e9fugi\u00e9s utilis\u00e9 pour couvrir les d\u00e9penses de ces centres, qui h\u00e9bergent actuellement quelque 400 migrants non accompagn\u00e9s\u00bb, explique le m\u00e9diateur de la R\u00e9publique hell\u00e8ne, pr\u00e9cisant que \u00able ministre comp\u00e9tent a annonc\u00e9 que le probl\u00e8me allait bient\u00f4t \u00eatre r\u00e9solu\u00bb.<br \/>\nD\u00e8s 2009, la multiplication de ces centres sp\u00e9cialis\u00e9s \u00e9tait pourtant appel\u00e9e des v\u0153ux du directeur de l\u2019Agence des Nations Unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s (UNHCR) en Gr\u00e8ce, pour r\u00e9pondre au flux croissant de mineurs isol\u00e9s, pass\u00e9s par la Turquie pour rejoindre la Gr\u00e8ce, porte d\u2019entr\u00e9e de l\u2019Union europ\u00e9enne. Pour Giorgos Tsarbopoulos, le centre d\u2019Aghiasos \u00e9tait cit\u00e9 comme un mod\u00e8le du genre, afin d\u2019\u00e9viter que les mineurs ne soient enferm\u00e9s dans les m\u00eames conditions que les adultes, dans les centres de r\u00e9tention, o\u00f9 ils peuvent passer jusqu\u2019\u00e0 douze mois selon la loi hell\u00e8ne.<br \/>\nA l\u2019instar de celui de Samos, l\u2019\u00eele grecque la plus proche de la Turquie, \u00e0 sept heures de bateau au sud de Lesvos. Mardi 20 ao\u00fbt, une cinquantaine de migrants attendent dans le port de Vathi, sa capitale, le prochain navire \u00e0 destination d\u2019Ath\u00e8nes. Ils viennent de passer un mois et demi dans le centre de r\u00e9tention de l\u2019\u00eele et se plaignent de la nourriture, \u00abque des spaghettis\u00bb, de l\u2019enfermement et du traitement des gardiens. La plupart sont des gosses. Tels Reyshad et Anouar*, qui montrent leurs t\u00e9l\u00e9phones sans batterie et sans carte SIM, leurs pantalons sans ceinture, parce que les gardiens du centre ont tout gard\u00e9. Apr\u00e8s autant de jours sans loisirs, leur premier r\u00e9flexe est de danser et de se jeter dans l\u2019eau de la M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Pris au pi\u00e8ge<\/strong><br \/>\nSerge, Abedi et Junior ont eu la chance d\u2019\u00e9viter le m\u00eame sort. Ces trois Congolais vivent dans le centre d\u2019Aghiasos depuis six mois pour les deux premiers, deux ans pour Junior. Mais ils se sentent pris au pi\u00e8ge: \u00abQuand on ne fait rien, la t\u00eate a le temps de ressasser les mauvais souvenirs\u00bb, explique Serge, 17 ans, sans nouvelles de sa famille rest\u00e9e \u00e0 Kinshasa. Aghiasos \u00e9tait pourtant une aubaine pour eux. \u00abA Ath\u00e8nes, c\u2019\u00e9tait dur. Du jeudi au dimanche, je faisais la queue pour obtenir le statut de demandeur d\u2019asile. Nous \u00e9tions des centaines, mais la police en choisissait une dizaine par jour. J\u2019ai attendu six mois sans r\u00e9sultat. Je vivais dans la rue. Alors quand on m\u2019a propos\u00e9 de venir ici, j\u2019ai accept\u00e9\u00bb, explique Abedi, 17 ans, qui a fui le Nord-Kivu, la r\u00e9gion la plus meurtri\u00e8re de RDC.<br \/>\nD\u00e9sormais, leur seul but est de faire le trajet inverse, direction Ath\u00e8nes et, peut-\u00eatre la France, la Belgique ou la Scandinavie. \u00abEn novembre, les vieux du village recrutent des bras pour la r\u00e9colte des olives. Il y a un banc o\u00f9, si on s\u2019assied, ils savent qu\u2019on cherche du travail. On esp\u00e8re se faire assez d\u2019argent pour pouvoir quitter Lesvos. Apr\u00e8s on verra. Tout est dans les mains de Dieu\u00bb, philosophe Junior. Il r\u00eave de rejoindre les quarante autres migrants du centre qui ont d\u00e9j\u00e0 rejoint Ath\u00e8nes, voire la France ou le Danemark. Lors de leurs conversations sur Skype, ils lui vantent les m\u00e9rites de leurs nouvelles destinations. \u00abOn veut juste quitter ce pays\u00bb, souffle Serge.<br \/>\nCar le temps presse. Junior est chef de famille depuis que ses parents sont d\u00e9c\u00e9d\u00e9s. Ses deux fr\u00e8res et s\u0153urs comptent sur lui \u00e0 Kinshasa. \u00abJe ne pense qu\u2019\u00e0 \u00e7a\u00bb, dit-il en pi\u00e9tinant dans les rues d\u2019Aghiasos, o\u00f9 il d\u00e9nonce le racisme chez certains villageois. Aziz, lui, n\u2019attend plus rien. Parti d\u2019Iran pour trouver une solution \u00e0 la maladie g\u00e9n\u00e9tique de ses fr\u00e8res, il n\u2019a pas su les aider \u00e0 temps. \u00abIls sont morts\u00bb, l\u00e2che-t-il. L\u2019absence de travail en Gr\u00e8ce, o\u00f9 27% de la population est au ch\u00f4mage, et la lenteur de la proc\u00e9dure d\u2019obtention du droit d\u2019asile ont eu raison de ses efforts.<\/p>\n<p><strong>Retour volontaire, la seule issue?<\/strong><br \/>\nPour Daniel Esdras, directeur de l\u2019Organisation internationale des migrations en Gr\u00e8ce, \u00able seul geste humanitaire que l\u2019on puisse faire pour ces migrants est de les aider \u00e0 retourner chez eux, dans des conditions dignes\u00bb. Affirmant que, malgr\u00e9 ce qu\u2019ils d\u00e9clarent, les migrants r\u00e9sidant \u00e0 Aghiasos ne sont plus mineurs apr\u00e8s y avoir pass\u00e9 plusieurs ann\u00e9es, il \u00e9voque la solution du retour volontaire propos\u00e9 par l\u2019OIM, auquel 15 000 migrants ont d\u00e9j\u00e0 adh\u00e9r\u00e9s. \u00abSans \u00eatre forc\u00e9s\u00bb, pr\u00e9cise-t-il. Selon lui, \u00able probl\u00e8me est que les migrants ne font pas la demande d\u2019asile en Gr\u00e8ce car ils veulent rejoindre d\u2019autres pays europ\u00e9ens. En m\u00eame temps, ils restent bloqu\u00e9s car les fronti\u00e8res sont tr\u00e8s surveill\u00e9es, et ils ne b\u00e9n\u00e9ficient pas des avantages du statut de r\u00e9fugi\u00e9.\u00bb<br \/>\nNi Junior, ni Serge, ni Aziz ne comptent demander l\u2019asile en Gr\u00e8ce. D\u2019une part, ils savent qu\u2019avec la convention Dublin\u00a0II, ils ne pourraient plus obtenir l\u2019asile dans un autre pays europ\u00e9en; de l\u2019autre, ils savent que la Gr\u00e8ce a le taux de reconnaissance du statut de r\u00e9fugi\u00e9 le plus faible de l\u2019UE. Reste \u00e0 savoir si les trois Congolais et les vingt Afghans du centre d\u2019Aghiasos, qu\u2019ils soient mineurs ou non, accepteront de rentrer dans leurs pays, en proie \u00e0 la guerre et \u00e0 la pauvret\u00e9, ou s\u2019ils tenteront de passer \u00e0 travers les mailles du filet pour rejoindre l\u2019Europe. \u00abEt oui, rit Junior, parce que la Gr\u00e8ce, c\u2019est l\u2019Afrique!\u00bb I<br \/>\n*Les pr\u00e9noms ont \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9s.<\/p>\n<p><\/div><\/div><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s avoir d\u00e9barqu\u00e9 sur l\u2019\u00eele de Lesvos, vingt-trois migrants mineurs non accompagn\u00e9s v\u00e9g\u00e8tent dans un centre d\u2019accueil abandonn\u00e9 par ses employ\u00e9s, faute de financement. Article d&rsquo;Emmanuel Haddad paru dans Le Courrier, le 24 septembre 2013. 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