{"id":13885,"date":"2014-01-27T14:55:20","date_gmt":"2014-01-27T14:55:20","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/?p=13885"},"modified":"2021-08-26T14:08:37","modified_gmt":"2021-08-26T12:08:37","slug":"les-patronnes-veillent-au-train-a-cordoba-au-mexique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/de\/2014\/01\/27\/les-patronnes-veillent-au-train-a-cordoba-au-mexique\/","title":{"rendered":"Lib\u00e9ration | Les \u00ab\u00a0patronnes\u00a0\u00bb veillent au train \u00e0 Cordoba, au Mexique"},"content":{"rendered":"<h3 itemprop=\"headline\">Article de Emmanuelle STEELS, envoy\u00e9e sp\u00e9ciale \u00e0 Cordoba (Etat de Veracruz, Mexique), paru dans <em>Lib\u00e9ration<\/em>, le 25 d\u00e9cembre 2013. Cliquez <a href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/monde\/2013\/12\/25\/les-patronnes-veillent-au-train-a-cordoba_968924\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">hier<\/a> pour voir l&rsquo;article sur le site de <em>Lib\u00e9ration<\/em>.<\/h3>\n<blockquote>\n<h3 itemprop=\"description\" style=\"text-align: justify;\"><\/h3>\n<h3 itemprop=\"description\" style=\"text-align: justify;\">Au Mexique, des femmes du village de La&nbsp;Patrona lancent des vivres aux migrants qui filent vers les Etats-Unis sur le&nbsp;toit des wagons. Un temps contest\u00e9, le mouvement est maintenant soutenu par l\u2019Etat.<\/h3>\n<\/blockquote>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elles se tiennent au bord de la voie ferr\u00e9e, brandissant \u00e0 bout de bras des sacs de nourriture et des bouteilles d\u2019eau. Eux sont accroch\u00e9s aux wagons qui d\u00e9filent dans un grondement infernal. Leurs vies se croisent un bref instant, le temps d\u2019un \u00e9change \u00e9clair : ils attrapent les colis au vol en criant <em>\u00abQue Dieu vous le rende !\u00bb<\/em> et leurs bienfaitrices anonymes leur sourient. Ce petit miracle se reproduit quotidiennement dans le village de La&nbsp;Patrona, dans l\u2019Etat de Veracruz, o\u00f9 un groupe de femmes, touch\u00e9es par le sort de ces migrants centram\u00e9ricains qui traversent le Mexique sur les toits des trains de marchandises, s\u2019organise pour leur apporter un peu de r\u00e9confort, sous forme de colis-repas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00abCes fr\u00e8res centre-am\u00e9ricains ont faim, il faut leur donner \u00e0 manger\u00bb <\/em>: en&nbsp;1995, Norma Romero a rassembl\u00e9 ses voisines, ses amies et ses s\u0153urs autour de ce simple constat. Une quinzaine de femmes ont r\u00e9pondu \u00e0 l\u2019appel et se r\u00e9unissent tous les matins dans la maison de Norma, dont un mur porte, en lettres bleues sur fond rose, l\u2019inscription \u00ablas&nbsp;patronas\u00bb (les patronnes), surnom donn\u00e9 par les migrants. Pendant plusieurs heures, elles couperont des l\u00e9gumes, tourneront riz et haricots dans de grandes marmites, emballeront des pains et des bo\u00eetes de thon. Elles entasseront plus d\u2019une centaine de colis dans des brouettes, align\u00e9es sur le pas de la porte, non loin des rails. Puis elles attendront, guettant le sifflement de&nbsp;ce train qui n\u2019a pas d\u2019horaires et qui peut passer deux ou trois fois par&nbsp;jour, charg\u00e9 de centaines de migrants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elles ont brav\u00e9 toutes les difficult\u00e9s pour remplir la mission qu\u2019elles se sont impos\u00e9es il y a dix-huit ans, consacrant leurs maigres ressources aux aliments. Lorsqu\u2019elles ont commenc\u00e9, la loi interdisait d\u2019aider des migrants sans papiers, sous peine d\u2019\u00eatre accus\u00e9 de trafic. Mais elles ont tenu t\u00eate aux gens du village qui&nbsp;les critiquaient et \u00e0 la police qui les harcelait.<em> \u00abLes policiers nous disaient : \u00ab\u00a0Ils vont vous violer, et quand cela arrivera, ne venez pas vous plaindre chez&nbsp;nous\u00a0\u00bb\u00bb,<\/em> raconte Norma alors qu\u2019elle \u00e9pluche une montagne de patates.<em> \u00abNous \u00e9tions tr\u00e8s inqui\u00e8tes, <\/em>se souvient Bernarda, sa s\u0153ur, <em>car nous craignions d\u2019\u00eatre jet\u00e9es en prison. Mais nous ne comprenions pas : nous donnions simplement \u00e0&nbsp;manger \u00e0 des personnes qui avaient faim. Quel mal y a-t-il \u00e0 cela ? Nous savions au fond de nous-m\u00eames qu\u2019il fallait continuer.\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Des Gangs.<\/strong> Les <em>patronas<\/em> ont toutes plusieurs enfants et un mari qui travaille dans les plantations de cannes \u00e0 sucre. Mais elles trouvent le temps. 365&nbsp;jours par an, elles vivent au rythme de \u00abla&nbsp;Bestia\u00bb, ce train qui r\u00e9serve bien des mauvaises surprises \u00e0 ses passagers de fortune centre-am\u00e9ricains : chaleur, froid, faim, soif et attaques des gangs criminels. Proies faciles, ils sont kidnapp\u00e9s par groupes entiers pour r\u00e9clamer une ran\u00e7on \u00e0 leurs familles ou alors sont d\u00e9valis\u00e9s sur place. Luis Romero, un jeune Guat\u00e9malt\u00e8que qui s\u2019appr\u00eate \u00e0 monter sur le train \u00e0 Tierra Blanca, au sud de La&nbsp;Patrona, tremble encore de ses m\u00e9saventures de la nuit pr\u00e9c\u00e9dente : <em>\u00abDeux hommes sont mont\u00e9s sur le train et ont point\u00e9 leurs armes sur moi. Ils m\u2019ont vol\u00e9 le peu d\u2019argent que j\u2019avais, puis ils m\u2019ont frapp\u00e9. J\u2019ai peur, mais je vais continuer.\u00bb <\/em>Les migrants ne peuvent c\u00e9der au sommeil, sous peine de tomber et d\u2019\u00eatre tu\u00e9s ou mutil\u00e9s par la&nbsp;Bestia. La majorit\u00e9 d\u2019entre eux ont entre 14 et 30&nbsp;ans, et 13% sont des femmes, une proportion en baisse ces derni\u00e8res ann\u00e9es, du fait des agressions sexuelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">R\u00e9cemment, le gouvernement mexicain a salu\u00e9 le courage des <em>patronas <\/em>en leur d\u00e9cernant le prix national des droits de l\u2019homme. Les m\u00e9dias s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 elles et les supermarch\u00e9s de la r\u00e9gion leur donnent des invendus. Une fondation fran\u00e7aise a financ\u00e9 la construction, derri\u00e8re la maison de Norma, d\u2019une cuisine et d\u2019une petite b\u00e2tisse pour h\u00e9berger les migrants de passage. Le jeudi 12&nbsp;d\u00e9cembre, elles ont re\u00e7u la visite de la caravane des m\u00e8res centram\u00e9ricaines qui recherchent leurs enfants disparus. Pour la neuvi\u00e8me ann\u00e9e cons\u00e9cutive, ces femmes parcourent le Mexique durant deux semaines en suivant l\u2019itin\u00e9raire de la&nbsp;Bestia pour tenter de localiser des migrants dont elles ont perdu la trace, parfois depuis des ann\u00e9es. L\u2019an dernier, la piste de six personnes avait ainsi \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Solidarit\u00e9.<\/strong> Entre ces deux groupes de femmes, la solidarit\u00e9 est instinctive. <em>\u00abA chaque fois, quand le train passe, je pense aux m\u00e8res des migrants, qui ne peuvent pas s\u2019occuper d\u2019eux. Je me dis qu\u2019aujourd\u2019hui au moins ils auront eu \u00e0 manger\u00bb,<\/em> explique Norma. Deux jours plus t\u00f4t, quelques patronas avaient re\u00e7u leur prix des mains du pr\u00e9sident mexicain, Enrique Pe\u00f1a Nieto. Toutes n\u2019ont pas assist\u00e9 \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie \u00e0 Mexico car ce jour-l\u00e0 aussi, le train passait. <em>\u00abJe reste pr\u00e9parer \u00e0 manger\u00bb,<\/em> nous expliquait peu auparavant Julia Ram\u00edrez, le sourire aux l\u00e8vres. Autour d\u2019elle, toutes semblaient d\u2019accord pour dire que rester \u00e0 La&nbsp;Patrona, c\u2019\u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 la vraie r\u00e9compense<span style=\"color: #000000;\">.<\/div><\/div><\/span><\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au Mexique, des femmes du village de La Patrona lancent des vivres aux migrants qui filent vers les Etats-Unis sur le toit des wagons. 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