{"id":15583,"date":"2014-04-09T05:17:23","date_gmt":"2014-04-09T05:17:23","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/?p=15583"},"modified":"2021-08-26T14:08:06","modified_gmt":"2021-08-26T12:08:06","slug":"la-cite-belgique-le-miroir-afghan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/de\/2014\/04\/09\/la-cite-belgique-le-miroir-afghan\/","title":{"rendered":"La Cit\u00e9 | Belgique, le miroir afghan"},"content":{"rendered":"<h3>Depuis six mois, des r\u00e9fugi\u00e9s afghans multiplient les protestations contre le renvoi de certains des leurs vers Kaboul, capitale meurtrie en proie \u00e0 des violences quotidiennes. \u00e9rigeant un camp dans une \u00e9glise au centre de Bruxelles, ils font \u00e9clater les contradictions de la politique d\u2019asile belge, tiraill\u00e9e entre deux camps oppos\u00e9s, d\u00e9stabilisant la coalition au pouvoir \u00e0 quelques semaines des \u00e9lections l\u00e9gislatives.<\/h3>\n<p><em><strong>Article de Luisa Pace, photos d&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.albertocampiphoto.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Alberto Campi<\/a>. Article paru dans <a href=\"http:\/\/www.lacite.info\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">La Cit\u00e9<\/a> du mois d&rsquo;avril 2014. Cliquez <a href=\"http:\/\/www.lacite.info\/belgique-le-miroit-afghan\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ici<\/a> pour lire l&rsquo;article sur le site de La Cit\u00e9 ou cliquez\u00a0<a href=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/Pages-de-03_CITE_AVRIL_ABO.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ici<\/a> pour t\u00e9l\u00e9charger l&rsquo;article original en pdf<a href=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/Pages-de-03_CITE_AVRIL_ABO.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">.<\/a><\/strong><\/em><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<p>[caption id=\"attachment_15589\" align=\"alignright\" width=\"327\"]<a href=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/bxl_12122013_052-2_H.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-15589  \" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/bxl_12122013_052-2_H-682x1024.jpg\" alt=\"bxl_12122013_052-2_H\" width=\"327\" height=\"491\" \/><\/a> D\u2019ethnie balouche, cet Afghan a install\u00e9 son lit de fortune sous la nef centrale de l\u2019\u00e9glise du B\u00e9guinage.<br \/>Photo: Alberto Campi, 2013[\/caption]<\/p>\n<p>Au c\u0153ur de Bruxelles, l\u2019\u00e9glise du B\u00e9guinage est, depuis le 16\u00a0novembre dernier, le th\u00e9\u00e2tre d\u2019une protestation sans pr\u00e9c\u00e9dent en Belgique. Dans ce lieu de culte b\u00e2ti en 1657, des familles afghanes ont \u00e9rig\u00e9 un \u00abcamp de r\u00e9fugi\u00e9s\u00bb, \u00e9quip\u00e9 de tentes, matelas, couvertures, ne disposant toutefois que de deux cabinets de toilettes et d\u2019un unique lavabo pour des dizaines de personnes. Elles r\u00e9clament leur r\u00e9gularisation, au nom du collectif \u00ab450\u00a0Afghans sans statut!\u00bb, r\u00e9unissant les demandeurs d\u2019asile afghans, soutenus par un comit\u00e9 de r\u00e9sidents belges.<\/p>\n<p>Cette mobilisation \u2014 n\u00e9e au lendemain de la vague de renvois forc\u00e9s qui, en \u00e9t\u00e9 2013, a reconduit des dizaines d\u2019Afghans dans leur pays \u2014 culmine pour l\u2019heure \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des murs en style baroque du B\u00e9guinage. L\u2019\u00e9glise est devenue l\u2019\u00e9picentre d\u2019un mini s\u00e9isme qui met le gouvernement en porte-\u00e0-faux, \u00e0 quelques semaines du scrutin du 25 mai prochain, jour o\u00f9 se d\u00e9rouleront \u00e0 la fois les \u00e9lections r\u00e9gionales, f\u00e9d\u00e9rales et europ\u00e9ennes. \u00abLe sort de quelques centaines de demandeurs d\u2019asile afghans divise la coalition qui a stabilis\u00e9 le royaume\u00bb, analyse <i>Le Monde, <\/i>dans son \u00e9dition du 30 janvier 2014. C\u2019est sur ce dossier que se joue en partie l\u2019avenir de la recette gouvernementale vant\u00e9e par Elio Di Rupo.<\/p>\n<p>Le premier ministre craint la mont\u00e9e en puissance de la formation populiste Nieuw-Vlaamse Alliantie (N-VA, la Nouvelle alliance flamande), galvanis\u00e9e par le popularit\u00e9 de son leader Bart De Wever. N\u00e9 en 2011 des cendres du vieux parti nationaliste Volksunie \u2014 b\u00e9n\u00e9ficiant de la faveur des sondages apr\u00e8s les succ\u00e8s obtenus dans plusieurs grandes villes flamandes en octobre 2012 et l\u2019ascension Bart De Wever \u00e0 la mairie d\u2019Anvers \u2014, le parti N-VA pourrait remporter le scrutin r\u00e9gional et percer au niveau national \u00abau point de se placer en arbitre et peser sur les choix politiques\u00bb, analyse le politologue Henk de Smaelegi, de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Anvers.<\/p>\n<p>\u00e0 en faire les frais, c\u2019est la politique belge en mati\u00e8re d\u2019asile, marquant un durcissement sous la pression populiste. Un durcissement qui se manifeste dans le traitement du dossier afghan, poursuit le politologue: \u00abOn assiste \u00e0 la r\u00e9cup\u00e9ration d\u2019un conservatisme typique d\u2019une droite nationaliste qui obtient le plus de consensus l\u00e0 o\u00f9 la crise, qu\u2019elle soit \u00e9conomique ou politique, conduit le peuple \u00e0 consid\u00e9rer l\u2019immigr\u00e9 comme un potentiel concurrent et donc une menace, un danger pour l\u2019emploi et l\u2019\u00e9conomie locale.\u00bb En Belgique, la mont\u00e9e de la x\u00e9nophobie est une r\u00e9alit\u00e9 qui s\u2019est amplifi\u00e9e pendant la longue vacance du pouvoir \u00e0 la t\u00eate de l\u2019\u00e9tat, le pays ayant \u00e9t\u00e9 dix-huit mois sans gouvernement. Les tensions se sont exacerb\u00e9es entre les r\u00e9gions wallonne et flamande, \u00able mythe des Flandres rurales, dont l\u2019orientation \u00e0 droite remonte au XIXe si\u00e8cle, s\u2019opposant au cosmpolitisme de Bruxelles et de la partie francophone\u00bb, ajoute Henk de Smaelegi.<\/p>\n<p>Le gouvernement surfe sur le sentiment anti-r\u00e9fugi\u00e9s qui gagne la soci\u00e9t\u00e9 belge. \u00abC\u2019est la pilule empoisonn\u00e9e dans la \u2018recette belge\u2019 vant\u00e9e par le premier ministre Elio Di Rupo.\u00bb Pour justifier les renvois des requ\u00e9rants afghans dans un pays ravag\u00e9 par des violences quotidiennes, il a trouv\u00e9 un escamotage, en divisant l\u2019Afghanistan en zones dangereuses et non dangereuses. \u00abBien que l\u2019ambassade d\u2019Afghanistan \u00e0 Bruxelles ne d\u00e9livre pas de laissez-passer pour le retour de ses ressortissants au pays, ce qui signifie que juridiquement la Belgique ne peut pas les expulser, le gouvernement passe par la m\u00e9thode du <i>ni vu ni connu <\/i>et les renvoie directement \u00e0 Kaboul, o\u00f9 l\u2019a\u00e9roport est curieusement entre les mains des Belges et des Allemands\u00bb, d\u00e9nonce Alexis Deswaef, pr\u00e9sident de la section belge de la Ligue des droits de l\u2019Homme. Une fois arriv\u00e9s dans une \u00abzone non dangereuse\u00bb, les expuls\u00e9s \u00abqui n\u2019\u00e9taient pas originaires de cette zone se seraient vu conseiller de d\u00e9m\u00e9nager&#8230;\u00bb, rel\u00e8ve encore <i>Le Monde<\/i>. Ce n\u2019est pas la seule contradiction frappant l\u2019action gouvernementale, influenc\u00e9e par l\u2019imposante figure de Maggie De Block, du parti des Lib\u00e9raux et d\u00e9mocrates flamands, secr\u00e9taire d\u2019\u00e9tat \u00e0 l\u2019asile et \u00e0 la migration, \u00e0 l\u2019int\u00e9gration sociale et \u00e0 la lutte contre la pauvret\u00e9, ainsi qu\u2019adjointe \u00e0 la ministre de la Justice. Elle a officiellement d\u00e9clar\u00e9 en 2013: \u00abKaboul est une ville s\u00fbre\u00bb. Dirk Van den Bulck, pr\u00e9sident du Commissariat g\u00e9n\u00e9ral aux r\u00e9fugi\u00e9s et aux apatrides (CGRA), lui a embo\u00eet\u00e9 le pas, le 15 janvier 2014, dans une tribune libre publi\u00e9e dans <i>La Libre Belgique<\/i>: \u00abLe CGRA reconna\u00eet que la situation est probl\u00e9matique dans de tr\u00e8s nombreuses r\u00e9gions d\u2019Afghanistan. Dans d\u2019autres r\u00e9gions, dont Kaboul, j\u2019estime que les civils ne courent pas un risque r\u00e9el d\u2019\u00eatre victimes d\u2019une violence aveugle.\u00bb<\/p>\n<p>Mal lui en a pris, deux jours plus tard, le 17 janvier, une fusillade faisait vingt-et-unes victimes dans un restaurant du quartier Wazir Akbhar Kham, consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019un des plus s\u00e9curis\u00e9s de la capitale, fr\u00e9quent\u00e9 par des organisations internationales comme la Croix-Rouge, un quartier o\u00f9, ironie du sort, l\u2019ambassade de Belgique a \u00e9lu domicile. Ce carnage a mis \u00e0 mal la cr\u00e9dibilit\u00e9 du gouvernement de coalition, faisant \u00e9clater des dissensions internes entre la gauche et la droite, aussi bien au niveau parlementaire. C\u2019est ce que le mouvement des \u00ab450\u00a0Afghans sans statut!\u00bb d\u00e9nonce depuis ses d\u00e9buts: la c\u00e9cit\u00e9 du gouvernement quant \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du pays afghan. Fin septembre 2013, ses militants tiennent une premi\u00e8re protestation de rue \u00e0 Bruxelles, durement r\u00e9prim\u00e9e par la police. Dans tout le pays, les r\u00e9fugi\u00e9s afghans ont ensuite multipli\u00e9 les manifestations, dont une marche de soutien de 70\u00a0kilom\u00e8tres en trois jours, de Bruxelles \u00e0 Gand dans les Flandres.<\/p>\n<h3>Renvoy\u00e9, il meurt sous les balles des talibans<\/h3>\n<p>Apr\u00e8s quatre mois de contestation, le 15 d\u00e9cembre 2013, le premier ministre belge Elio Di Rupo s\u2019est r\u00e9solu \u00e0 rencontrer une d\u00e9l\u00e9gation de demandeurs d\u2019asile, en marge d\u2019un hommage public \u00e0 Nelson Mandela \u00e0 Bruxelles. Il a assur\u00e9 qu\u2019il suivait le dossier et a propos\u00e9 l\u2019intervention de la m\u00e9diatrice f\u00e9d\u00e9rale, Catherine De Bruecker, pour sortir de la crise. Accompagn\u00e9 de Maggie De Block, le chef du gouvernement a insist\u00e9 pour que tous r\u00e9introduisent des demandes d\u2019asile individuelles. En attendant, les arrestations et les renvois se sont poursuivis, et de plus belle. Parfois, le comit\u00e9 de soutien au Collectif des 450 a r\u00e9ussi \u00e0 faire reporter quelques expulsions. Mais il n\u2019a pu rien faire pour Jawadjon Hasanzade, 20\u00a0ans, l\u2019un des Afghans arr\u00eat\u00e9s pendant la manifestation de fin septembre, renvoy\u00e9 le 28 janvier dernier. Il est parti vers l\u2019inconnu, puisqu\u2019il a quitt\u00e9 l\u2019Afghanistan \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 6 ans&#8230;<\/p>\n<p>N\u2019envisageant aucun moratoire, Maggie De Block mart\u00e8le son refrain \u00ab<i>De wet is de wet!<\/i>\u00bb (\u00abla loi est la loi!\u00bb) pour expliquer le refus d\u2019accorder l\u2019asile aux refugi\u00e9s afghans. Mais alors pourquoi ne pas appliquer la loi de 1980 sur l\u2019acc\u00e8s au territoire, qui permet de d\u00e9livrer un permis de s\u00e9jour aux \u00e9trangers en situation de danger? se demandent les repr\u00e9sentant du comit\u00e9 de soutien. En 2013, il y a eu trois fois plus d\u2019Afghans expuls\u00e9s de Belgique qu\u2019en 2012. Et si Kaboul est une \u00abville s\u00fbre\u00bb, comment Maggie De Block explique-t-elle la triste histoire d\u2019Aref? Ce gar\u00e7on est arriv\u00e9 en Belgique en 2009. Il a pr\u00e9sent\u00e9 quatre fois sa demande d\u2019asile, en expliquant sa crainte des talibans. Une crainte sans fondement, selon le CGRA, qui lui a rejet\u00e9 sa requ\u00eate pr\u00e9textant que sa r\u00e9gion, dans la province de Kaboul, n\u2019\u00e9tait pas dangereuse. En 2013, Aref a accept\u00e9 un \u00abretour volontaire\u00bb. Il est mort sous les balles des talibans \u00e0 Paghman, comme il le craignait. Il avait 22 ans.<\/p>\n<p>Le danger encouru par les civils en Afghanistan est confirm\u00e9 par le Consul afghan \u00e0 Bruxelles, Mohammad Ismail Javid: \u00abNous ne pouvons pas assurer la s\u00e9curit\u00e9 des personnes en Afghanistan.\u00bb Depuis plus de trente ans, ce pays d\u00e9tient un triste record: il est en t\u00eate des statistiques r\u00e9dig\u00e9ee chaque ann\u00e9e par le Haut Commissariat aux refugi\u00e9s de l\u2019ONU avec plus de 2,6 millions d\u2019Afghans dans le monde. Ce qui correspond \u00e0 25% de la population mondiale des r\u00e9fugi\u00e9s. Qualifi\u00e9 d\u2019\u00abill\u00e9gal et inhumain\u00bb par le comit\u00e9 de soutien aux Afghans, le traitement du dossier a motiv\u00e9 Anissa Aliji, Gr\u00e9gory Meurant, Selma Benkhelifa et Cl\u00e9ment (qui pr\u00e9f\u00e8re ne pas d\u00e9cliner son nom de famille), tous citoyens belges, \u00e0 entreprendre une gr\u00e8ve de la faim au sein de l\u2019\u00e9glise du B\u00e9guinage. Une m\u00e9thode de contestation d\u00e9cid\u00e9e en commun accord avec le collectif des \u00ab450\u00a0Afghans sans statut!\u00bb Gr\u00e9gory Meurant, assistant social dans le secteur m\u00e9dical, s\u2019occupe de l\u2019acc\u00e8s aux soins pour les migrants et il est \u00e9galement administrateur d\u2019une ONG m\u00e9dicale. Il retrace l\u2019historique des \u00e9tapes de son combat et de celui de ses amis. \u00abNous avons rejoint le collectif pour assurer la coordination m\u00e9dicale, mais notre r\u00f4le a petit \u00e0 petit chang\u00e9. Les r\u00e9fugi\u00e9s s\u2019\u00e9taient ressembl\u00e9s rue du Tr\u00f4ne \u00e0 Ixelles, dans le b\u00e2timent d\u00e9saffect\u00e9 du Samu social depuis d\u00e9but septembre 2013. Ils ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9log\u00e9s le 26 du m\u00eame mois. Quelques familles se trouvaient dans les lieux, les autres \u00e9tant en train de manifester.\u00bb<\/p>\n<p>Et Gr\u00e9gory Meurant de poursuivre: \u00abLa veille de l\u2019expulsion, il y a eu une tr\u00e8s grosse r\u00e9pression polici\u00e8re avec l\u2019arrestation d\u2019Afghans. Ce qu\u2019on a constat\u00e9, en tant que collectif, c\u2019est une tendance dangereuse et transversale, qui concerne surtout le niveau politique, \u00e0 c\u00e9der le pas \u00e0 la violence institutionnelle, \u00e0 une certaine x\u00e9nophobie au niveau administratif et \u00e0 une violence polici\u00e8re qui se concr\u00e9tise par des coups de matraque, par l\u2019usage de lacrymog\u00e8nes contre des enfants, par celui de chiens sans museli\u00e8re, ainsi que par un harc\u00e8lement policier constant. Pour moi, le moment cl\u00e9 est la r\u00e9pression du 23\u00a0octobre 2013, lorsque 170\u00a0Afghans ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s au cours d\u2019une manifestation de rue suivie par environ 250 personnes&#8230; Une manifestation \u00e0 laquelle je n\u2019ai pas particip\u00e9. J\u2019\u00e9tais rest\u00e9 avec les femmes, les enfants et les personnes \u00e2g\u00e9es dans l\u2019\u00e9glise. Anissa a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e.\u00bb Le 2 d\u00e9cembre 2013, Anissa Aliji a adress\u00e9 une lettre ouverte aux politiques, aux associations et \u00e0 la population. Voici un extrait: \u00ab(&#8230;) Et nous voil\u00e0 dans la premi\u00e8re rafle, fin septembre. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e avec eux, j\u2019ai vu les flics taper sur des Afghans qui \u00e9taient inconscients \u00e0 cause des lacrymog\u00e8nes. J\u2019ai re\u00e7u du gaz lacrymog\u00e8ne, je me suis ramass\u00e9e des coups, j\u2019ai vu les Afghans pleurer sans pouvoir rien faire, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 avec eux aux casernes, j\u2019ai vu la mani\u00e8re dont les flics se comportaient\u00bb (&#8230;) \u00abMaintenant, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de dire stop \u00e0 toutes ces violences. Et le seul moyen que j\u2019ai trouv\u00e9 est de faire une gr\u00e8ve de la faim. Et si je dois avoir des s\u00e9quelles ou plus, je les assume parce que j\u2019ai honte d\u2019\u00eatre Belge, d\u2019avoir grandi dans une soci\u00e9t\u00e9 qui permet \u00e7a. Ce n\u2019est pas un suicide, j\u2019utilise la seule chose qui m\u2019appartienne r\u00e9ellement, mon corps, ma sant\u00e9&#8230; en gros ma vie. Et les Afghans m\u2019ont donn\u00e9 une grande le\u00e7on de courage, apr\u00e8s tout ce qu\u2019ils ont v\u00e9cu, ils sont toujours pr\u00e9sents!\u00bb<\/p>\n<p>Pourquoi une gr\u00e8ve de la faim et, surtout, pourquoi a-t-elle \u00e9t\u00e9 conduite par des Belges et non par les sans-papiers eux-m\u00eames? Gr\u00e9gory Meurant d\u00e9cline ses motivations: \u00abDes gens, des amis, sont expuls\u00e9s vers l\u2019Afghanistan chaque semaine. Il fallait alerter le public. Les Afghans se sont rassembl\u00e9s autour d\u2019un collectif et ont choisi leur mode de combat. Nous, on s\u2019est mis, d\u2019une part, dans leur temporalit\u00e9 en vivant avec eux. De l\u2019autre, on a saisi la modalit\u00e9 de contestation la plus efficace selon nous, exploitant les voies offertes par le gouvernement lui-m\u00eame: autrement dit, la gr\u00e8ve de la faim.\u00bb En effet, en Belgique les gr\u00e8ves de la faim sont trait\u00e9es de mani\u00e8re juridique, apolitique, on peut dire aussi humanitaire et individuelle. Un sans-papier en gr\u00e8ve de la faim peut obtenir un permis de s\u00e9jour parce qu\u2019il est malade. L\u2019\u00e9tat peut ainsi contourner l\u2019obstacle de l\u2019action politique en passant par la r\u00e9gularisation m\u00e9dicale. Mais cela obligerait le mouvement \u00e0 s\u2019individualiser. Gr\u00e9gory Meurant ajoute: \u00abQuand on a un permis m\u00e9dical, on n\u2019a pas un permis de travail, alors que la vraie lutte des Afghans est une lutte pour le droit au travail, pour la reconnaissance d\u2019un statut. Passer de la r\u00e9gularisation m\u00e9dicale au permis de travail est tr\u00e8s difficile; \u00e0 partir de l\u00e0, la lutte change et l\u2019\u00e9tat gagne.\u00bb Or, si la gr\u00e8ve de la faim est engag\u00e9e par des citoyens belges, l\u2019\u00e9tat ne peut pas leur faire la m\u00eame proposition. C\u2019est ainsi que les gr\u00e9vistes ont tent\u00e9 de pi\u00e9ger le syst\u00e8me, de l\u2019emp\u00eacher de d\u00e9politiser ou d\u2019individualiser la protestation qui, pour \u00eatre audible et visible, \u00abdoit rester \u00e0 un niveau collectif\u00bb.<\/p>\n<h3>\u00abMoment de d\u00e9mocratie ou de paralysie?\u00bb<\/h3>\n<p>A la veille de la rencontre avec Elio Di Rupo, le 14 d\u00e9cembre 2013, Anissa, 23 ans, \u00e9tait en gr\u00e8ve de la faim depuis vingt-trois jours. Selma Benkhelifa, avocate des afghans demandeurs d\u2019asile, \u00e9tait en gr\u00e8ve depuis sept jours. \u00e2g\u00e9e de 38 ans, m\u00e8re de quatre enfants, elle r\u00e9pond aux questions \u00e0 la place d\u2019Anissa, qui est \u00e9puis\u00e9e mais d\u00e9termin\u00e9e. Selma est boulevers\u00e9e par la violence de la r\u00e9pression, et par l\u2019apathie de la classe politique. Elle analyse en ces termes l\u2019embarras la coalition au pouvoir: \u00abLes Afghans b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un grand soutien de la part de la soci\u00e9t\u00e9 civile, et pourtant les politiciens restent sourds \u00e0 l\u2019approche des \u00e9lections du 25 mai, par crainte que les nationalistes s\u00e9paratistes du nord du pays gagnent des voix. Mais les \u00e9lections devraient \u00eatre un moment de d\u00e9mocratie, non de paralysie \u00e0 cause du non respect des droits fondamentaux.\u00bb Le 15 d\u00e9cembre, jour o\u00f9 Elio Di Rupo a promis de s\u2019occuper du cas des Afghans sans statut, les quatre gr\u00e9vistes de la faim ont d\u00e9cid\u00e9 de suspendre leur action. Comme Anissa Aliji, hospitalis\u00e9e pour insuffisance r\u00e9nale, Cl\u00e9m\u00e9nt \u00e9tait \u00e0 son vingt-quatri\u00e8me jour de gr\u00e8ve. Gr\u00e9gory Meurant au dix-septi\u00e8me.<\/p>\n<p>La mobilisation des 450 Afghans a jet\u00e9 une lumi\u00e8re crue sur le durcissement de la politique d\u2019asile belge. Un mois apr\u00e8s l\u2019interruption de la gr\u00e8ve de la faim, dans une tribune publi\u00e9e dans <i>La Libre Belgique<\/i> du 14\u00a0janvier 2014, Selma Benkhelifa d\u00e9finit cette politique \u00abnon seulement cynique et inhumaine, mais aussi ill\u00e9gale\u00bb. Pris \u00e0 parti, Dirk Van den Bulck, pr\u00e9sident du CGRA, r\u00e9plique le lendemain dans les colonnes du quotidien: \u00abPr\u00e8s de 1500 Afghans ont re\u00e7u un statut de protection en Belgique en 2013.\u00bb C\u2019est dans ce texte qu\u2019il commettra l\u2019imprudence d\u2019affirmer qu\u2019\u00e0 Kaboul, \u00ables civils ne courent pas un risque r\u00e9el d\u2019\u00eatre victimes d\u2019une violence aveugle\u00bb. La capitale afghane sera endeuill\u00e9e deux jours plus tard par un attentat meurtrier.<\/p>\n<p>Le 10 mars, Maggie De Bock admettait de son c\u00f4t\u00e9 que le nombre de personnes qui se voient octroyer le droit d\u2019asile par la r\u00e9gularisation diminue en Belgique. L\u2019an dernier, quelque 1900\u00a0\u00e9trangers ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9gularis\u00e9s, ce qui revient environ \u00e0 la moiti\u00e9 de 2012. \u00abEn 2009 a eu lieu une r\u00e9gularisation unique et les chiffres \u00e9lev\u00e9s dans les ann\u00e9es qui ont suivi en sont la cons\u00e9quence\u00bb, a-t-elle d\u00e9clar\u00e9 sur <i>Radio 1<\/i>. Et de conclure: \u00abLes gens ne peuvent pas nourrir des attentes irr\u00e9alistes de la Belgique.\u00bb C\u2019est le mot d\u2019ordre qui r\u00e9git d\u00e9sormais la politique d\u2019asile d\u2019un pays consid\u00e9r\u00e9, jusqu\u2019ici, comme un mod\u00e8le humanitaire.<\/p>\n<p>[caption id=\"attachment_15590\" align=\"aligncenter\" width=\"1024\"]<a href=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/bxl_12122013_139_H.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-large wp-image-15590 \" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/bxl_12122013_139_H-1024x682.jpg\" alt=\"bxl_12122013_139_H\" width=\"1024\" height=\"682\" \/><\/a> Le collectif des afghans prend soin des enfants pr\u00e9sents dans l\u2019\u00e9glise.<br \/>Photo: Alberto Campi, 2013[\/caption]<\/p>\n<p><\/div><\/div>\n<div>\n<div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis six mois, des r\u00e9fugi\u00e9s afghans multiplient les protestations contre le renvoi de certains des leurs vers Kaboul, capitale meurtrie en proie \u00e0 des violences quotidiennes. \u00e9rigeant un camp dans une \u00e9glise au centre de Bruxelles, ils font \u00e9clater les contradictions de la politique d\u2019asile belge, tiraill\u00e9e entre deux camps oppos\u00e9s, d\u00e9stabilisant la coalition au pouvoir \u00e0 quelques semaines des \u00e9lections l\u00e9gislatives.<\/p>","protected":false},"author":2,"featured_media":15590,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[160,342,155],"tags":[1159,246],"ve_numero":[],"pays":[383],"ve_type":[1061],"ve_action":[1050],"class_list":["post-15583","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualites","category-articles-de-presse","category-documentation","tag-documentation","tag-mobilisation","pays-belgique","ve_type-article-de-presse","ve_action-documentation"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15583","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=15583"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15583\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15590"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=15583"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=15583"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=15583"},{"taxonomy":"ve_numero","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/ve_numero?post=15583"},{"taxonomy":"pays","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/pays?post=15583"},{"taxonomy":"ve_type","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/ve_type?post=15583"},{"taxonomy":"ve_action","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/ve_action?post=15583"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}