{"id":18958,"date":"2014-11-05T07:36:06","date_gmt":"2014-11-05T07:36:06","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/?p=18958"},"modified":"2021-08-26T14:05:06","modified_gmt":"2021-08-26T12:05:06","slug":"le-courrier-italie-save-the-children-se-mobilise-pour-les-mna","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/de\/2014\/11\/05\/le-courrier-italie-save-the-children-se-mobilise-pour-les-mna\/","title":{"rendered":"Le Courrier | Italie: Save the children se mobilise pour les MNA"},"content":{"rendered":"<div class=\"node-chapeau\">\n<h2>A Milan, Save the Children se mobilise pour donner un coup de main aux milliers de jeunes migrants non accompagn\u00e9s (MNA) qui fuient les conflits arm\u00e9s et la mis\u00e8re.<\/h2>\n<p><em><strong>Article de\u00a0Andr\u00e9e-marie Dussault publi\u00e9 dans Le Courrier, le 5 novembre 2014. Cliquez <a href=\"http:\/\/www.lecourrier.ch\/125168\/vague_de_refugies_mineurs\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">hier<\/a> pour lire l&rsquo;article sur le site du Courrier.<\/strong><\/em><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<p>Sur fond de musique arabe \u00e0 plein volume, dans un grand local clair, une quinzaine d\u2019adolescents jouent au babyfoot, au billard ou sont post\u00e9s devant l\u2019ordinateur. C\u2019est ici, au c\u0153ur de Milan, que Save the Children tient un centre de jour pour les r\u00e9fugi\u00e9s mineurs non accompagn\u00e9s. \u00abNous offrons l\u2019acc\u00e8s \u00e0 internet, de l\u2019assistance l\u00e9gale et m\u00e9dicale et nous dispensons des cours d\u2019italien et des ateliers cr\u00e9atifs\u00bb, explique Sara Sayed, coordinatrice du projet de l\u2019ONG de d\u00e9fense des droits des enfants. \u00abLes jeunes peuvent aussi se doucher ici et disposer de v\u00eatements de rechange.\u00bb<\/p>\n<p>Car la moiti\u00e9 des 300 ados \u2013\u00a0aucune fille\u00a0\u2013 qui fr\u00e9quentent le site depuis son ouverture en mai, \u00e0 raison d\u2019une trentaine par jour, dorment dans la rue, poursuit l\u2019Egyptienne d\u2019origine qui parle arabe et agit comme m\u00e9diatrice culturelle. Les autres sont h\u00e9berg\u00e9s dans des \u00abcommunaut\u00e9s\u00bb de six ou sept gar\u00e7ons, avec \u00e9ducateurs, g\u00e9r\u00e9es par la commune de Milan. Pour la plupart, ces jeunes migrants viennent d\u2019Egypte, de Syrie, de Libye, de Palestine et d\u2019Erythr\u00e9e. Selon les chiffres de l\u2019ONG, en six mois 58&rsquo;000 migrants, essentiellement syriens, sont arriv\u00e9s par mer dans la p\u00e9ninsule. Parmi eux, 9000 mineurs, dont pr\u00e8s des deux tiers voyageaient seuls.<\/p>\n<h3><strong>Trois mille euros le passage<\/strong><\/h3>\n<p>Mohamed, un grand jeune homme mince de 16 ans en training noir, interrompt son \u00e9change avec sa famille sur Facebook pour partager des bribes de son histoire. \u00abDepuis plusieurs ann\u00e9es, je voulais quitter l\u2019Egypte pour avoir un avenir meilleur.\u00bb Avec la b\u00e9n\u00e9diction de ses parents, il a quitt\u00e9 Menufeya, une ville du nord du pays, secou\u00e9e par les violences, pour le port d\u2019Alexandrie. Puis, en passant par la Libye, il a gagn\u00e9 l\u2019Italie via trois embarcations de tailles diverses.<\/p>\n<p>L\u2019avant-derni\u00e8re comptait 600 passagers. Mais pour couvrir les derniers kilom\u00e8tres, les passeurs ont transf\u00e9r\u00e9 Mohamed sur une barque. Le moteur a l\u00e2ch\u00e9 avant d\u2019atteindre la c\u00f4te sicilienne et que les secours italiens le rep\u00eachent. Il \u00e9voque vaguement les violences et le racisme \u00e0 bord: \u00abLes Syriens avaient droit \u00e0 des couvertures, les Egyptiens non.\u00bb \u00adC\u2019\u00e9tait il y a quatre mois de cela, maintenant il vit en \u00abcommunaut\u00e9\u00bb \u00e0 Milan. \u00abCe n\u2019est pas toujours facile, glisse-t-il. Nous sommes six par chambre et les gars se disputent souvent entre eux.\u00bb<\/p>\n<p>Korolos n\u2019a pas la chance de Mohamed; il passe ses nuits \u00e0 la belle \u00e9toile. Natif du sud de l\u2019Egypte, l\u2019adolescent, qui pr\u00e9tend avoir 16 ans mais qui en para\u00eet 12 ou 13, raconte que dans son village, o\u00f9 la population se fait rare et vieillissante, plusieurs jeunes gens l\u2019ont quitt\u00e9 pour l\u2019\u00e9tranger, et la majorit\u00e9 sont arriv\u00e9s vivants \u00e0 l\u2019autre bout. \u00abMes parents ne voulaient pas me laisser aller, mais devant ma d\u00e9termination, ils n\u2019ont pas eu le choix\u00bb, raconte-t-il, les yeux rieurs.<\/p>\n<p>Pendant neuf jours, il a lui aussi voyag\u00e9 \u00e0 bord de plusieurs embarcations, toutes dans un \u00e9tat lamentable. \u00abLa derni\u00e8re tombait tellement en ruine qu\u2019en approchant de la Sicile les secouristes italiens nous en ont sortis et y ont mis le feu.\u00bb Ce n\u2019est qu\u2019une fois arriv\u00e9 \u00e0 destination, en vie, que son p\u00e8re a pay\u00e9 les 3000 euros exig\u00e9s par le passeur. \u00abEn Italie, je veux \u00e9tudier et travailler, avant de retourner dans mon pays\u00bb, affirme-t-il.<\/p>\n<h3><strong>Etat de choc \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e<\/strong><\/h3>\n<p>Un autre compatriote, Ayman, 16\u2002ans, les yeux bleus per\u00e7ants et le duvet de moustache naissant, confie pour sa part avoir r\u00e9ussi \u00e0 convaincre son p\u00e8re de le laisser partir pour l\u2019Europe, en d\u00e9pit de l\u2019opposition de sa m\u00e8re. \u00abIl y a deux mois, mon p\u00e8re m\u2019a r\u00e9veill\u00e9 \u00e0 l\u2019aube, raconte-t-il, me disant que si je voulais voyager, une embarcation partait le matin m\u00eame. Je me suis lev\u00e9 d\u2019un bond.\u00bb<\/p>\n<p>Sa m\u00e8re s\u2019est r\u00e9veill\u00e9e mise devant le fait accompli. \u00abLa pauvre n\u2019avait plus que ses yeux pour pleurer\u00bb, regrette le jeune homme. En arrivant en Italie, apr\u00e8s une travers\u00e9e \u00e9prouvante, Ayman dit avoir \u00e9t\u00e9 en \u00e9tat de choc pendant trois ou quatre jours et a m\u00eame pens\u00e9 vouloir retourner en Egypte. \u00abMaintenant, je suis bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 rentrer chez moi seulement apr\u00e8s avoir fait des \u00e9conomies, et j\u2019ai la foi, lance-t-il avec un air de d\u00e9fi. Allah est avec moi.\u00bb<\/p>\n<p><\/div><\/div>\n<blockquote>\n<h2>Syriens en transit \u00e0 la Milano Centrale<\/h2>\n<p>Sur la mezzanine de la gare centrale de Milan, entre l\u2019entr\u00e9e principale et les quais, une petite quarantaine de personnes patientent calmement. Les femmes, couvertes jusqu\u2019aux chevilles et portant le hijab, certaines serrant un nourrisson contre elles, sont assises sur un long banc en pierre. A c\u00f4t\u00e9, les hommes se tiennent debout entre eux, discutant. Les enfants, une douzaine, \u00e2g\u00e9s entre 2 et 10 ans, dessinent sur un tapis en caoutchouc multicolore au centre, pr\u00e8s d\u2019une table \u00e0 langer.<\/p>\n<p>Tous ces gens sont des r\u00e9fugi\u00e9s syriens en transit, pour l\u2019essentiel issus de la classe moyenne, explique Valentina Polizzi, avocate et coordinatrice du poste d\u2019accueil \u00e0 la gare centrale de Milan de l\u2019ONG Save the Children. \u00abDepuis mai, nous leur offrons les services d\u2019un p\u00e9diatre, d\u2019un avocat, d\u2019une m\u00e9diatrice culturelle, et nous orientons ceux qui le souhaitent vers des centres d\u2019accueil temporaires.\u00bb A quelques m\u00e8tres, d\u2019autres associations caritatives distribuent repas, v\u00eatements chauds et biens de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n<p>La fr\u00e9quentation a diminu\u00e9 r\u00e9cemment, remarque Valentina Polizzi. Jusqu\u2019\u00e0 la mi-septembre, ils \u00e9taient au moins cinq cents ou six cents Syriens \u00e0 passer par le poste chaque jour. \u00abParfois, ils \u00e9taient mille, nous avons m\u00eame atteint les mille quatre cents!\u00bb pr\u00e9cise-t-elle. M\u00eame \u00e0 plusieurs centaines dans un espace restreint, l\u2019avocate jure n\u2019avoir jamais entendu une dispute: \u00abCes gens sont tr\u00e8s pacifiques et poss\u00e8dent une grande dignit\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Assise en tailleur avec les enfants, Sirin d\u00e9coupe des figurines en papier. La Syrienne de 30 ans a voyag\u00e9 avec son p\u00e8re, sa s\u0153ur et Zaid, son fils de 5 ans. Son a\u00een\u00e9, 6 ans, elle a d\u00fb le laisser derri\u00e8re, laisse-t-elle entendre, d\u00e9tournant le regard. En Syrie, elle \u00e9tait ma\u00eetresse d\u2019\u00e9cole. Elle a quitt\u00e9 son pays en 2012 pour passer un an au Liban, puis un autre en Egypte. \u00abO\u00f9 nous \u00e9tions, il y avait beaucoup de rapts. Pour une femme seule avec des enfants, c\u2019\u00e9tait dangereux.\u00bb<\/p>\n<p>Elle n\u2019a aucune id\u00e9e de sa prochaine \u00e9tape. \u00abTout ce qui m\u2019importe, c\u2019est de vivre dans une maison s\u00e9curis\u00e9e avec mes enfants. Je veux qu\u2019ils aillent \u00e0 l\u2019\u00e9cole et aient un futur.\u00bb Derri\u00e8re elle, assis sur un banc de pierre, Elham et Marwan patientent avec leurs trois filles. Comme la plupart des Syriens ici, ils ne pensent rester en Italie que quelques nuits, histoire de reprendre des forces, puis poursuivre vers le Nord; ils ont de la parent\u00e9 en Allemagne et au Danemark.<\/p>\n<p>Ils ont quitt\u00e9 Lattaqui\u00e9, leur ville natale et fief du clan du pr\u00e9sident Bachar el-Assad, il y a un mois. \u00abOn vivait sous les bombes, affirme Marwan, on a pris le risque de quitter le pays.\u00bb Elham, la mise impeccable, raconte qu\u2019ils ont laiss\u00e9 leur maison, sans rien prendre, m\u00eame pas des v\u00eatements. En fuyant la Syrie, ils ont mis une journ\u00e9e pour faire un trajet qui prendrait une heure,normalement. \u00abNous avons travers\u00e9 une trentaine de zones occup\u00e9es par les rebelles\u00bb, affirme Marwan. Pour arriver en Italie, ils ont d\u00fb payer le trafiquant en charge du bateau 7000 dollars par t\u00eate. AMD<\/p>\n<h2>Les jeunes non accompagn\u00e9s de plus en plus nombreux<\/h2>\n<p>Porte-parole de la ville de Milan, Gabriella Polifroni explique comment les r\u00e9fugi\u00e9s sont pris en charge par les autorit\u00e9s communales.<\/p>\n<p><strong>Que fait la commune pour accueillir les r\u00e9fugi\u00e9s \u00e9trangers qui arrivent \u00e0 Milan?<\/strong><br \/>\nGabriella Polifroni: Depuis la fin octobre 2013, moment o\u00f9 la commune a commenc\u00e9 \u00e0 h\u00e9berger les r\u00e9fugi\u00e9s passant par la gare centrale de Milan, nous en avons abrit\u00e9 46&rsquo;000, dont 11&rsquo;000 mineurs. Parmi ces r\u00e9fugi\u00e9s, seuls 54 ont demand\u00e9 l\u2019asile en Italie. Habituellement, ces gens restent en moyenne cinq jours, puis de leur propre arbitre ils quittent le centre d\u2019accueil et Milan. Ils viennent pour la majorit\u00e9 de Syrie, d\u2019Erythr\u00e9e, de Palestine, d\u2019Egypte et de Libye. A leur arriv\u00e9e, ils sont souvent dans un \u00e9tat de vuln\u00e9rabilit\u00e9 physique et \u00e9motionnelle. Nous leur offrons un lit et de l\u2019assistance m\u00e9dicale. Nous avons en ce moment une dizaine de centres d\u2019accueil temporaires \u00e0 Milan pour les familles et pour les hommes seuls, pouvant accueillir jusqu\u2019\u00e0 1400 personnes \u00e0 la fois.<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019advient-il des r\u00e9fugi\u00e9s mineurs non accompagn\u00e9s?<\/strong><br \/>\nLa loi exige qu\u2019ils soient pris en charge par la commune. Ils sont plac\u00e9s dans des logements communautaires et suivis par des \u00e9ducateurs jusqu\u2019\u00e0 leur majorit\u00e9. On les aide au niveau de l\u2019int\u00e9gration scolaire et de l\u2019apprentissage d\u2019un travail. Chaque mineur non accompagn\u00e9 co\u00fbte environ 75 euros par jour \u00e0 la commune. Un des principaux d\u00e9fis \u00e0 relever pour nous est la gestion du nombre de r\u00e9fugi\u00e9s mineurs non accompagn\u00e9s. Ces derniers mois, il a augment\u00e9 significativement. Depuis janvier de cette ann\u00e9e, nous avons accueillis 600 jeunes. Nous en avons deux fois plus que l\u2019an dernier \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque. Trouver une place pour tous n\u2019est pas toujours \u00e9videmment. 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