{"id":19873,"date":"2015-01-02T19:42:23","date_gmt":"2015-01-02T19:42:23","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/?p=19873"},"modified":"2021-08-26T14:04:05","modified_gmt":"2021-08-26T12:04:05","slug":"article-scientifique-a-demeure-en-exil-etre-refugie-tamoul-sri-lankais-au-tamil-nadu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/de\/2015\/01\/02\/article-scientifique-a-demeure-en-exil-etre-refugie-tamoul-sri-lankais-au-tamil-nadu\/","title":{"rendered":"Article scientifique | A demeure en exil? Etre r\u00e9fugi\u00e9 tamoul sri lankais au Tamil Nadu"},"content":{"rendered":"<h2>Cet article porte sur les migrants tamouls sri-lankais vivant en camp au Tamil Nadu depuis les ann\u00e9es 1980. Fond\u00e9 sur des donn\u00e9es collect\u00e9es au gr\u00e9 de plusieurs s\u00e9jours entre 2010 et 2013, il explore la question de la marginalisation, des limitations et des processus d\u2019exclusion dont souffre cette population, tout en nuan\u00e7ant ce constat en mettant l\u2019emphase sur la mani\u00e8re dont les pratiques et les initiatives de ces migrants infl\u00e9chissent ces processus de mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart en produisant des espaces de l\u2019entre-deux.<\/h2>\n<p><em><strong>Article de Anthony GOREAU-PONCEAUD, publi\u00e9 dans Carnets de g\u00e9ographes n\u00b07, 2014. Cliquez <a href=\"http:\/\/www.carnetsdegeographes.org\/carnets_recherches\/rech_07_06_Goreau_Ponceaud.php\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ici<\/a> pour lire l&rsquo;article complet sur le site de la revue.<\/strong><\/em><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<h3><strong>Introduction<\/strong><\/h3>\n<p><em>Voici: lorsqu\u2019un nageur courageux traverse un fleuve large ou un d\u00e9troit \u00e9vent\u00e9, l\u2019itin\u00e9raire de son voyage se divise en trois parties. Aussi longtemps qu\u2019il garde en vue la rive du d\u00e9part ou d\u00e9couvre celle d\u2019arriv\u00e9e, il habite encore son g\u00eete d\u2019origine ou d\u00e9j\u00e0 le but de son d\u00e9sir [\u2026] Or, vers le beau milieu du parcours, vient un moment, d\u00e9cisif et path\u00e9tique, o\u00f9 \u00e0 \u00e9gale distance des deux rivages, pendant le passage, plus ou moins durable, d\u2019une grande bande neutre ou blanche, il n\u2019est encore ni l\u2019un ni l\u2019autre et, devient peut-\u00eatre, d\u00e9j\u00e0, l\u2019un et l\u2019autre, \u00e0 la fois. Inquiet, suspendu, comme en \u00e9quilibre dans son mouvement, il reconna\u00eet un espace inexplor\u00e9, absent de toutes les cartes et qu\u2019atlas ni voyageur ne d\u00e9crivirent<\/em> (Serres, 1997: 24).<\/p>\n<p>Port de Pondich\u00e9ry, vendredi 2 ao\u00fbt 2013, 9h40, il fait chaud, d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s chaud, 32\u00b0c et 76% d&rsquo;humidit\u00e9. Un premier pick-up portant son chargement d\u2019hommes, de travailleurs sans contrat arrive enfin \u00e0 destination (Figure 1). Il sera suivi par six autres engins du m\u00eame type et d\u2019un camion, apportant finalement un total de 731 travailleurs: tous des hommes, tous Tamouls, tous originaires du Nord Sri Lanka, tous ayant fui la guerre pour trouver refuge et s\u00e9curit\u00e9 au Tamil Nadu. Les voitures ne repartiront que tard dans la nuit, vers 23h50 pour ramener ces travailleurs \u00abchez-eux\u00bb, au camp de Keezhputhupattu dans le district de Villupuram, \u00e0 une vingtaine de kilom\u00e8tres au Nord de Pondich\u00e9ry le long de la fameuse \u00ab\u00a0scenic beach way\u00a0\u00bb comme l\u2019aime \u00e0 le rappeler le gouvernement du Tamil Nadu, dans un souci de d\u00e9veloppement touristique\u00a0: la East Coast Road (ECR). Ces sc\u00e8nes visibles au port de Pondich\u00e9ry se r\u00e9p\u00e8tent \u00e9galement depuis deux mois dans le district de Cuddalore, plus au Sud, o\u00f9 les habitants des camps de Kurinjipadi et Vriddhachalam affluent dans le port de Cuddalore pour pr\u00eater main forte. Il faut dire que c\u2019est la pleine saison de p\u00eache sur la c\u00f4te de Coromandel. De juin \u00e0 octobre, les activit\u00e9s halieutiques sont intenses, et les camions des Etats voisins \u2013 Kerala et Karnataka \u2013 o\u00f9 la p\u00eache est arr\u00eat\u00e9e du fait de la mousson, attendent avec impatience les poissons pour y \u00eatre exp\u00e9di\u00e9s. Les plus gros et les moins appr\u00e9ci\u00e9s localement, thon rouge et barracuda en particulier, partiront via le Kerala au Japon. C\u2019est tout un secteur d\u2019activit\u00e9 qui a besoin, pour un temps, d\u2019une main-d\u2019\u0153uvre importante, disponible et peu revendicative. Le port de Pondich\u00e9ry prend durant cette saison les allures d\u2019un espace de transaction o\u00f9 pour un temps seulement, une population en marge devient visible, de sorte qu\u2019il se joue ici quotidiennement ce que Michel Lussault nomme une \u00ablutte des places\u00bb (2009), o\u00f9 le devenir visible passe par la mat\u00e9rialit\u00e9 et donc la corpor\u00e9it\u00e9 de ces travailleurs.<\/p>\n<p>Ces \u00abespaces \u00e9carts\u00bb (Dora\u00ef et Puig, 2012\u00a0: 19), \u00e0 l\u2019instar du camp de Keezhputhupattu qui ont \u00e9t\u00e9 introduits pour les contr\u00f4ler, racontent pourtant les histoires corporelles de ce que sont les conditions pr\u00e9alables \u00e0 l\u2019acc\u00e8s \u00e0 une forme de citoyennet\u00e9. Ces espaces proc\u00e8dent non pas d\u2019une distinction entre Indien et Sri Lankais mais d\u2019une distance permettant ce que Jullien nomme \u00ab\u00a0<em>un d\u00e9visagement r\u00e9ciproque de l\u2019un par l\u2019autre\u00a0: o\u00f9 l\u2019un se d\u00e9couvre lui-m\u00eame en regard de l\u2019autre, \u00e0 partir de l\u2019autre, se s\u00e9parant de lui<\/em>\u00a0\u00bb (2012: 7). Il s\u2019agit d\u2019espaces de mise en tension de l\u2019un et l\u2019autre, de l\u2019inclus et de l\u2019exclu qui donnent \u00e0 penser l\u2019entre-deux, entre l\u2019(en)placement et le (d\u00e9)placement.<\/p>\n<p>En ao\u00fbt 2013, il y avait au Tamil Nadu 117 camps accueillant une population d\u00e9passant les 73&rsquo;000 personnes. Ces autres sociaux, \u00e0 demeure en exil, entre deux ailleurs et deux absences, ne sont ni citoyens indiens, ni r\u00e9fugi\u00e9s, ni totalement inclus, ni totalement exclus\u00a0: ils \u00e9chappent \u00e0 l\u2019ensemble des conceptions binaires qui colorent nos imaginaires et rh\u00e9toriques politiques actuelles. Rappelons comme le note Nuselovici (2013: 5) que \u00ab\u00a0<em>l\u2019exp\u00e9rience exilique conjoint lieu de d\u00e9part et lieu d\u2019arriv\u00e9e (\u2026) suscitant et \u00e9tayant une dynamique de multi-appartenance dont les logiques citoyennes des Etats-nations ne parviennent pas toujours \u00e0 int\u00e9grer la complexit\u00e9<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>N\u00e9e en 1947 d\u2019une partition qui a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 quatorze millions de r\u00e9fugi\u00e9s, l\u2019Inde ind\u00e9pendante ne reconna\u00eet pas pour autant le statut juridique international de r\u00e9fugi\u00e9: elle n\u2019a pas ratifi\u00e9 la <abbr class='c2c-text-hover' title='La Convention de Gen\u00e8ve relative au statut des r\u00e9fugi\u00e9s est un texte de droit international qui d\u00e9finit \u00e0 la fois ce qu\u2019est un\u00b7e r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e, quels sont ses droits et quelles sont les obligations des \u00c9tats signataires \u00e0 son \u00e9gard.'>Convention de Gen\u00e8ve de 1951<\/abbr> et le protocole de 1967 et elle n\u2019a pas \u00e9labor\u00e9 de d\u00e9finition propre \u00e0 ce statut \u00e0 travers une loi nationale (Samaddar, 2003; Baujard, 2012; Oberoi, 2006). L\u2019Union indienne traite les r\u00e9fugi\u00e9s entrant sur son territoire, en fonction de leur origine nationale et selon des consid\u00e9rations politiques, laissant la question de l\u2019\u00e9galit\u00e9 et de l\u2019uniformit\u00e9 des droits et privil\u00e8ges accord\u00e9s aux diff\u00e9rentes communaut\u00e9s de <span class=\"infobulle\" title=\"Afghans, Bengalis, Bhoutanais, Birmans, Chakmas, N\u00e9palais, Sri Lankais et Tib\u00e9tains principalement.\">r\u00e9fugi\u00e9s<\/span> sans r\u00e9ponse. L\u2019Inde conserve ainsi sa pleine souverainet\u00e9 dans la gestion des r\u00e9fugi\u00e9s (Samaddar, 2003). Ce statut de r\u00e9fugi\u00e9, a priori d\u00e9fini par des institutions nationales ou internationales, selon des crit\u00e8res normatifs et juridiques, ne l\u2019est donc pas dans le cas indien. Pourtant, ces Sri Lankais sont bien des r\u00e9fugi\u00e9s, administr\u00e9s directement par l\u2019Inde, plus particuli\u00e8rement par le Tamil Nadu, sans que l\u2019agence des Nations Unies n\u2019intervienne sauf dans le cas particulier des op\u00e9rations de \u00ab<span class=\"infobulle\" title=\"Le gouvernement indien a accord\u00e9 au HCR un mandat limit\u00e9. Le HCR a en effet la charge des r\u00e9fugi\u00e9s urbains non sud-asiatiques, ce terme ayant pour le gouvernement une forte connotation g\u00e9opolitique\u00a0: le HCR assurant par exemple la protection des Afghans et des Birmans mais pas celle des Tib\u00e9tains (Baujard 2012 et Sen 2003). Le HCR n'a pas acc\u00e8s aux camps de r\u00e9fugi\u00e9s. N\u00e9anmoins, en vertu d'un accord de juillet 1992 pass\u00e9 avec le gouvernement indien, le HCR a \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 \u00e0 aider le gouvernement \u00e0 d\u00e9terminer la nature volontaire du rapatriement de Sri Lankais dans leur pays. En r\u00e9ponse \u00e0 la demande, le HCR a obtenu l\u2019autorisation d\u2019ouvrir un bureau \u00e0 Chennai en ao\u00fbt 1992 (communication personnelle avec Vidjea Bharaty, officier g\u00e9n\u00e9ral de rapatriement, Besant Nagar, juin 2012, HCR de Chennai).\">rapatriement<\/span>\u00bb. Combin\u00e9 avec leurs trajectoires souvent pr\u00e9caires, ce non-statut les expose \u00e0 de multiples restrictions quant au logement, \u00e0 l\u2019acc\u00e8s au march\u00e9 du travail et \u00e0 la libert\u00e9 de mouvement. Ils sont soumis \u00e0 des dynamiques juridiques, \u00e9conomiques, politiques et sociales qui consolident leur alt\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Cependant, en m\u2019appuyant sur des enqu\u00eates men\u00e9es au Tamil Nadu en juin 2010, juin 2012 et <span class=\"infobulle\" title=\"Lors de mon doctorat de g\u00e9ographie portant sur la diaspora tamoule (Goreau-Ponceaud, 2008) j\u2019avais pu mener quelques entretiens au camp de transit de Mandapam au sein duquel s\u2019\u00e9laboraient des strat\u00e9gies quant aux routes migratoires vers l\u2019Europe. Ce n\u2019est qu\u2019en 2010 que j\u2019ai pu retourner au Tamil Nadu et mener une r\u00e9flexion plus approfondie sur les diverses politiques adopt\u00e9es et mises en \u0153uvre par le gouvernement indien envers les r\u00e9fugi\u00e9s sri-lankais. L\u2019acc\u00e8s au camp \u00e0 toute personne ext\u00e9rieure \u00e9tant interdit, m\u00eame avec un visa de recherche, je me suis dans un premier temps tourn\u00e9 vers les ONG autoris\u00e9es \u00e0 intervenir dans les camps. C\u2019est dans ce cadre que j\u2019ai men\u00e9 divers entretiens \u00e0 Chennai aupr\u00e8s des membres de l\u2019ONG Organisation For Eelam Refugees Rehabilitation (OfERR) et que j\u2019ai sympathis\u00e9 avec Sugumaran, le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de Federation for People\u2019s Rights (FPR), une ONG situ\u00e9e \u00e0 Pondich\u00e9ry. L\u2019ONG OfeRR m\u2019a donn\u00e9 acc\u00e8s \u00e0 l\u2019ensemble des statistiques dont elle dispose. Gr\u00e2ce aux relations de Sugumaran j\u2019ai pu mener mes premiers entretiens au camp de Keezhputhupattu et revenir au camp de Mandapam. N\u00e9anmoins, je n\u2019ai pu p\u00e9n\u00e9trer que deux fois dans le camp de Keezhputhupattu. La majorit\u00e9 des entretiens se d\u00e9roulait en dehors du camp. Lors de ce terrain j\u2019ai nou\u00e9 une amiti\u00e9 avec Ruban Kuroos, un r\u00e9fugi\u00e9 originaire de Mannar, arriv\u00e9 au Tamil Nadu en 1992. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 lui que j\u2019ai pu d\u00e9couvrir la vari\u00e9t\u00e9 des espaces investis par les r\u00e9fugi\u00e9s et que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 mener mes entretiens au port de Pondich\u00e9ry, durant la saison de p\u00eache. Je tiens \u00e0 remercier ici l\u2019UMR ADESS et l\u2019Institut Fran\u00e7ais de Pondich\u00e9ry (IFP) pour leur soutien dans cette recherche.\">juillet-ao\u00fbt 2013<\/span>, je voudrais montrer que les pratiques et les initiatives de ces migrants infl\u00e9chissent ces processus de marginalisation, de limitation et d\u2019exclusion. Ces enqu\u00eates ont \u00e9t\u00e9 rendues possibles par la collaboration d&rsquo;un assistant de recherche. Les entretiens se faisaient en tamoul et leur retranscription en anglais, puis en fran\u00e7ais. Bien entendu, je suis conscient des effets de la traduction\/transcription\/interpr\u00e9tation sur l&rsquo;information contenue dans les entretiens. Par leur fa\u00e7on de prendre place, les Sri Lankais composent des territoires selon des temporalit\u00e9s (une saison de p\u00eache par exemple) et des rythmes variables. Ces migrants d\u00e9ploient des ancrages divers d\u00e9veloppant diff\u00e9rentes figures de l\u2019entre-soi. Ces figures de l\u2019entre-soi, en fonction de qui regarde, peuvent \u00eatre qualifi\u00e9es tours \u00e0 tours d\u2019emprise habitante, d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0espace \u00e9cart\u00a0\u00bb, de contre-espace, d\u2019espace de l\u2019entre-deux\u00a0: il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un jeu onomastique complexe pour des populations labiles prises dans ce que Zygmunt Baumann (2010) nomme la \u00ab\u00a0modernit\u00e9 liquide\u00a0\u00bb. Ces espaces permettent de tisser du lien, de prendre place, pour des personnes qui se d\u00e9crivent elles-m\u00eames \u00ab\u00a0<em>out of place<\/em>\u00a0\u00bb ou encore idampeyarntha, c\u2019est-\u00e0-dire d\u00e9plac\u00e9es.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir bross\u00e9 un rapide historique de la pr\u00e9sence sri-lankaise au Tamil-Nadu, je montrerai de quelle mani\u00e8re ces espaces de l\u2019entre-deux sont le produit \u00e0 la fois du contr\u00f4le institutionnalis\u00e9 des fronti\u00e8res et des initiatives et des pratiques des Sri Lankais qui d\u00e9veloppent des formes de cohabitations in\u00e9dites. Avec leurs diff\u00e9rentes mani\u00e8res de faire, de prendre place, les r\u00e9fugi\u00e9s sri-lankais cr\u00e9ent dans ces espaces, leurs propres ressources, garantes d\u2019une autre normalit\u00e9. Pris dans une tension permanente entre formel et informel, reconnaissance et d\u00e9ni, les Sri Lankais mod\u00e8lent des espaces \u2013 v\u00e9ritables interstices permettant leur int\u00e9gration partielle \u2013 dans lesquels ils s\u2019inscrivent dans des relations de pouvoir qui les placent dans un rapport de domination. Analyser ce type d\u2019espace n\u00e9cessite d\u2019adopter \u00ab\u00a0<em>un d\u00e9centrement, \u00e9pist\u00e9mologique et situationnel qui consiste \u00e0 d\u00e9placer le lieu et le moment du regard depuis le centre et l\u2019ordre vers les bords et le d\u00e9sordre<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0(Agier, 2012: 53).<\/div><\/div>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet article porte sur les migrants tamouls sri-lankais vivant en camp au Tamil Nadu depuis les ann\u00e9es 1980. 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