{"id":20856,"date":"2015-02-16T11:46:30","date_gmt":"2015-02-16T11:46:30","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/?p=20856"},"modified":"2021-08-29T22:33:34","modified_gmt":"2021-08-29T20:33:34","slug":"temoignage-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/de\/2015\/02\/16\/temoignage-3\/","title":{"rendered":"T\u00e9moignage | Quand j&rsquo;avais dix ans les enjeux me d\u00e9passaient&#8230;"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"accroche\">\u00c9l\u00e8ve en derni\u00e8re ann\u00e9e au Coll\u00e8ge pour adulte, Samuel Naib, 25 ans, devait produire, dans le cadre d&rsquo;un cours interdisciplinaire g\u00e9ographie-arts plastiques, un petit texte introspectif sur la part de migrant existant en chacun de nous. Une pr\u00e9paration au spectacle <a href=\"http:\/\/www.albertocampiphoto.com\/con-tratto-2\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">con t(r)atto<\/a>, auquel la classe devait se rendre. Ci-dessous son texte, qu&rsquo;il a demand\u00e9 \u00e0 Cristina Del Biaggio, une des auteurs du spectacle, de lire \u00e0 haute voix.<\/span><\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de dix ans que je me suis pos\u00e9 la question de mon identit\u00e9 pour la premi\u00e8re fois. Lorsque la guerre a d\u00e9but\u00e9 entre l\u2019\u00c9thiopie et l\u2019\u00c9rythr\u00e9e, \u00e9tant n\u00e9 de parents \u00e9rythr\u00e9ens, on m&rsquo;a oblig\u00e9 de quitter l\u2019\u00c9thiopie, pays o\u00f9 je suis n\u00e9 et j&rsquo;ai grandi. Apr\u00e8s un voyage passant par le Soudan et l&rsquo;Italie, je suis arriv\u00e9 en Suisse, o\u00f9 j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 accueilli par mon oncle.<\/p>\n<p>A cet \u00e2ge-l\u00e0, les enjeux me d\u00e9passaient, et je ne comprenais pas vraiment ce qui se passait dans ma vie. J&rsquo;\u00e9tais s\u00e9par\u00e9 de mes parents et je me trouvais dans un pays dont je ne connais- sais m\u00eame pas l&rsquo;existence quelques semaines auparavant. Ce fut, si je peux m&rsquo;exprimer ainsi, le premier choc de ma construction identitaire. En effet, les premi\u00e8res dix ann\u00e9es pass\u00e9es en \u00c9thiopie m&rsquo;avaient permis de m&rsquo;impr\u00e9gner de la culture locale, notamment la langue, les traditions, etc. De plus, j&rsquo;\u00e9tais scolaris\u00e9, j&rsquo;avais plein d&rsquo;amis, une famille; en bref, je me sentais en s\u00e9curit\u00e9 chez moi. Mais la rupture fut brutale. En quelques jours, on m&rsquo;a fait comprendre que je n&rsquo;\u00e9tais plus le bienvenu.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ce choc, l&rsquo;adolescence, certainement le moment le plus important dans la construction identitaire, je l&rsquo;ai v\u00e9cue en Suisse ce qui m&rsquo;a rendu perm\u00e9able aux valeurs et \u00e0 la culture occidentale. En effet, tout au long de mon adolescence, bien que sachant avoir une histoire diff\u00e9rente des autres jeunes de mon \u00e2ge, je m&rsquo;effor\u00e7ais d&rsquo;effacer mes diffe\u0301rences pour mieux me fondre dans la masse et oublier ce d\u00e9chirement.<\/p>\n<p>Selon beaucoup de psychanalystes, les adolescents ont besoin d&rsquo;appartenir \u00e0 un groupe pour s&rsquo;affranchir de la famille et se construire une identit\u00e9 propre. Dans mon cas, \u00e9tant s\u00e9par\u00e9 de ma famille biologique, j&rsquo;ai l&rsquo;impression que j&rsquo;ai eu le besoin d&rsquo;exag\u00e9rer ce besoin d&rsquo;appartenance. J&rsquo;avais enfin retrouv\u00e9 une famille dans laquelle j&rsquo;\u00e9tais un membre \u00e0 part enti\u00e8re, mais ce sentiment \u00e9ph\u00e9m\u00e8re ne dura pas longtemps. Arriv\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte, chacun suit son chemin de vie et, peu \u00e0 peu, s&rsquo;\u00e9loigne de ses amis; on remarque qu&rsquo;on change, qu&rsquo;on n&rsquo;est pas pareil. En quelque sorte, les diff\u00e9rences ou les particularit\u00e9s qu&rsquo;on essayait de masquer ressurgissent. A 18 ans, je n&rsquo;avais toujours pas de papiers qui me permettaient de travailler ou de voyager et ayant quitt\u00e9 le foyer de mon oncle, je me suis retrouv\u00e9 dans un foyer pour r\u00e9fugi\u00e9s avec des personnes qui venaient pour la plupart d&rsquo;arriver de leur pays d&rsquo;origine. Ce fut l\u00e0 le deuxi\u00e8me choc, certes moins important que le premier, mais il eut quand m\u00eame un r\u00f4le conside\u0301rable dans ma construction identitaire. Tout \u00e0 coup, je n&rsquo;\u00e9tais plus un jeune comme les autres, et je me rendais compte de la r\u00e9elle signification d&rsquo;\u00eatre un demandeur d&rsquo;asile.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pourquoi aujourd&rsquo;hui j&rsquo;ai l&rsquo;impression que mon identit\u00e9 se construit en tripartie: elle est le r\u00e9sultat de l&rsquo;interaction entre mon aspect physique (homme de type africain), mon parcours de vie (Afrique-Europe) et la place que j&rsquo;occupe dans la soci\u00e9t\u00e9 en Suisse. Je pense que d&rsquo;une part mon m\u00e9tissage culturel est une richesse qui m&rsquo;apporte une ouverture d&rsquo;esprit. Mais soulignons que cette richesse a un prix, car j&rsquo;ai l&rsquo;impression parfois d&rsquo;\u00eatre enferm\u00e9 \u00e0 double-tour dans ces deux cultures et de n&rsquo;en faire r\u00e9ellement partie d&rsquo;aucune.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>Samuel Naib<\/strong><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9l\u00e8ve en derni\u00e8re ann\u00e9e au Coll\u00e8ge pour adulte, Samuel Naib, 25 ans, devait produire, dans le cadre d&rsquo;un cours interdisciplinaire g\u00e9ographie-arts plastiques, un petit texte introspectif sur la part de migrant existant en chacun de nous. Une pr\u00e9paration au spectacle con t(r)atto, auquel la classe devait se rendre. 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