{"id":22420,"date":"2015-04-16T12:47:29","date_gmt":"2015-04-16T12:47:29","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/?p=22420"},"modified":"2021-09-27T14:58:49","modified_gmt":"2021-09-27T12:58:49","slug":"chronique-italie-stefano-liberti-le-grand-business-des-centres-daccueil-en-italie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/de\/2015\/04\/16\/chronique-italie-stefano-liberti-le-grand-business-des-centres-daccueil-en-italie\/","title":{"rendered":"Italie | Stefano Liberti: Le grand business des centres d&rsquo;accueil en Italie"},"content":{"rendered":"<blockquote><p><strong>\u00a0<\/strong><em>\u00abIl est vrai et n\u00e9cessaire que des plans d&rsquo;accueil ad\u00e9quats soient pr\u00e9vus et r\u00e9guli\u00e8rement mis \u00e0 jour, avec la participation de toutes les administrations comp\u00e9tentes, afin d&rsquo;\u00e9viter que le pays soit pris au d\u00e9pourvu par ces ph\u00e9nom\u00e8nes massifs.\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">(Margherita Boniver, commissaire du gouvernement italien pr\u00e9pos\u00e9e aux interventions mises en place en r\u00e9ponse \u00e0 l&rsquo;afflux extraordinaire d&rsquo;Albanais en Italie, juin 1992)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><span class=\"accroche\">L\u2019histoire du syst\u00e8me d\u2019accueil en Italie est faite d\u2019attentes interminables, de co\u00fbts disproportionn\u00e9s et d\u2019une approche toujours bas\u00e9e sur l\u2019urgence, quelles que soient les circonstances. En 2011, le gouvernement de Berlusconi et de Roberto Maroni avait d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 l\u2019Urgence Afrique du Nord, en r\u00e9ponse aux Printemps arabes. 63&rsquo;000 personnes avaient d\u00e9barqu\u00e9 dans la p\u00e9ninsule. Un syst\u00e8me d\u2019accueil extraordinaire, cens\u00e9 fonctionner parall\u00e8lement au syst\u00e8me ordinaire, a \u00e9t\u00e9 mis en place. L\u2019urgence a officiellement pris fin en f\u00e9vrier 2013. Mais aujourd\u2019hui, avec les cons\u00e9quences de la crise syrienne et de la situation dramatique en Libye &#8211; 160&rsquo;000 personnes sont arriv\u00e9es en Italie en 2014 &#8211; \u00abon se retrouve \u00e0 la case d\u00e9part\u00bb explique le journaliste Stefano Liberti dans un long reportage. <\/span><span class=\"accroche\">Avec son aimable autorisation, nous en publions ici la traduction effectu\u00e9e par Nora Bernardi.<\/span><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<p>[caption id=\"attachment_22426\" align=\"alignright\" width=\"255\"]<a href=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/trieste.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-22426 \" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/trieste-202x300.jpg\" alt=\"H\u00e9bergement de fortune, gare de Trieste, Alberto Campi, 2014\" width=\"255\" height=\"379\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/trieste-202x300.jpg 202w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/trieste-101x150.jpg 101w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/trieste.jpg 430w\" sizes=\"auto, (max-width: 255px) 100vw, 255px\" \/><\/a> H\u00e9bergement de fortune, gare de Trieste. Photo: Alberto Campi, 2014[\/caption]<\/p>\n<p>Semhar avait une autre id\u00e9e de l&rsquo;Italie. Quand elle est arriv\u00e9e avec son b\u00e9b\u00e9, suite \u00e0 une travers\u00e9e en bateau qu&rsquo;elle raconte, aujourd&rsquo;hui encore, les larmes aux yeux, elle croyait avoir laiss\u00e9 derri\u00e8re elle tous ses ennuis. \u00abL&rsquo;Europe est la patrie des droits humains. Ma vie pourra recommencer\u00bb, se rappelle-t-elle avoir pens\u00e9 il y a trois ans, au moment o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9e en mer et escort\u00e9e vers \u00abLampedusa\u00bb, ce lieu \u00e0 la r\u00e9sonance \u00e0 la fois d\u00e9labr\u00e9e et magique qu&rsquo;elle avait entendu \u00e9voquer plusieurs fois dans un camion, dans le d\u00e9sert du Sahara.<\/p>\n<p>Semhar est \u00e9rythr\u00e9enne. Elle a quitt\u00e9 son pays clandestinement pour \u00e9chapper au service militaire de dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e impos\u00e9 \u00e0 tous les citoyens, hommes et femmes. Elle s&rsquo;est enfuie au Soudan, a travers\u00e9 le d\u00e9sert et est arriv\u00e9e en Libye, o\u00f9 elle a v\u00e9cu un an. Enceinte d&rsquo;un homme connu pendant son voyage, elle l&rsquo;a ensuite \u00e9pous\u00e9 \u00e0 Tripoli, o\u00f9 elle a accouch\u00e9 dans un h\u00f4pital, au milieu des bombes de l&rsquo;OTAN, en pleine attaque contre Kadhafi. Ensuite, elle a pris la d\u00e9cision de s&rsquo;en aller, avec son mari. La Libye n&rsquo;\u00e9tant plus un lieu s\u00fbr, ils ont pris un bateau en direction de \u00abLampedusa\u00bb.<\/p>\n<p>Deux mille euros pour les trois, pour se refaire une vie et en offrir une meilleure \u00e0 leur petite fille. Ils sont arriv\u00e9s, \u00e9puis\u00e9s, mais vivants. La petite s&rsquo;est montr\u00e9e forte, n&rsquo;a jamais pleur\u00e9 et a m\u00eame beaucoup dormi pendant ces quatre journ\u00e9es en mer.<\/p>\n<p>Ils n&rsquo;ont pass\u00e9 que quelques heures sur l&rsquo;\u00eele: ils ont rapidement \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9s \u00e0 Mineo, le grand centre d&rsquo;accueil pour requ\u00e9rants d&rsquo;asile situ\u00e9 dans la province de Catane. L\u00e0-bas, des personnes ont pris leurs empreintes digitales et leur ont dit d&rsquo;attendre. Ils ont attendu. \u00abLes journ\u00e9es l\u00e0-bas \u00e9taient toutes pareilles, il n&rsquo;y avait rien \u00e0 faire\u00bb, se rappelle Semhar. Elle raconte aussi le jour o\u00f9 son mari a quitt\u00e9 le camp pour aller chercher des m\u00e9dicaments, et n&rsquo;est jamais revenu: \u00abPeut-\u00eatre qu&rsquo;il en avait assez, peut-\u00eatre qu&rsquo;il a eu un malaise\u00bb. Ses yeux s&#8217;embuent, laissant transpara\u00eetre une blessure que sa fiert\u00e9 ne lui permet pas de montrer dans toute son ampleur.<\/p>\n<p>Semhar a pass\u00e9 une ann\u00e9e \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du centre de Mineo. Elle a compt\u00e9 les jours qui s&rsquo;\u00e9coulaient, tous pareils, et essay\u00e9 de chasser le souvenir de son mari disparu. Puis elle a obtenu le statut de r\u00e9fugi\u00e9e et est all\u00e9e \u00e0 Rome, o\u00f9 elle croyait pouvoir recevoir une aide de la part de cet Etat italien qui avait pourtant reconnu son besoin de protection: une facilitation pour trouver un logement, une aide \u00e0 l&rsquo;insertion professionnelle, un soutien pour sa fille. Mais elle a tr\u00e8s vite compris que rien de tout cela n&rsquo;\u00e9tait pr\u00e9vu. Ou plut\u00f4t que certaines aides \u00e9taient pr\u00e9vues, mais pour un nombre restreint de personnes, avec des temps d&rsquo;attente tr\u00e8s longs. Semhar a fini pour se lasser d&rsquo;esp\u00e9rer et a d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;agir par elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, elle habite \u00e0 la rue Curtatone, dans l&rsquo;un des b\u00e2timents de la capitale occup\u00e9s par les r\u00e9fugi\u00e9s \u00e9rythr\u00e9ens. Une construction de neuf \u00e9tages, autrefois le si\u00e8ge de l&rsquo;Institut sup\u00e9rieur de protection de l&rsquo;environnement. Elle vit de la solidarit\u00e9 de ses camarades. Ou des missions temporaires qu&rsquo;on lui confie parfois. Bien \u00e9videmment, ce n&rsquo;est pas l&rsquo;Italie qu&rsquo;elle avait imagin\u00e9e. C&rsquo;est celle dans laquelle elle est contrainte de vivre: ses empreintes sont dans la base de donn\u00e9es Eurodac. Si elle tentait de se rendre dans d&rsquo;autre pays pour y trouver de meilleures conditions de vie, elle serait renvoy\u00e9e en Italie. En effet, selon la convention de Dublin, un r\u00e9fugi\u00e9 doit demander l&rsquo;asile et s&rsquo;\u00e9tablir dans le premier pays signataire rencontr\u00e9 sur son chemin.<\/p>\n<p>Prisonni\u00e8re du non-accueil, jeune m\u00e8re c\u00e9libataire fuyant la dictature, Semhar n&rsquo;a que sa t\u00e9nacit\u00e9 pour l&#8217;emp\u00eacher de plonger dans le d\u00e9sespoir. Et sa fille aux yeux vifs, qui grandit toute seule. Dans sa chambre, au premier \u00e9tage de ce b\u00e2timent du centre de Rome, elle n&rsquo;a que quelques objets: une t\u00e9l\u00e9vision, un lit et une Bible en tigrinya. Les pages de cette derni\u00e8re, \u00e0 la couverture bleue, sont us\u00e9es: elles ont travers\u00e9 avec elle le d\u00e9sert et la mer. Semhar s&rsquo;y est agripp\u00e9e pendant tout le voyage. Comme une bou\u00e9e de sauvetage, \u00e0 laquelle elle a toujours recours dans les moments de d\u00e9couragement.<\/p>\n<p>Son histoire est l&rsquo;histoire du syst\u00e8me d&rsquo;accueil en Italie, fait d&rsquo;attentes interminables, de co\u00fbts disproportionn\u00e9s et d&rsquo;une approche toujours bas\u00e9e sur l&rsquo;urgence, quelles que soient les circonstances. En 2011, quand elle est arriv\u00e9e, le nombre de ce qu&rsquo;on appelle [en Italie] les \u00ab\u00a0d\u00e9barquements\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 d\u00e9fini comme \u00abexceptionnel\u00bb: la r\u00e9volution tunisienne et puis la guerre en Libye avaient fait monter le nombre d&rsquo;arriv\u00e9es jusqu&rsquo;\u00e0 des chiffres jamais vus auparavant: 63&rsquo;000 personnes.<\/p>\n<p>Ceci avait pouss\u00e9 le gouvernement de l&rsquo;\u00e9poque &#8211; Silvio Berlusconi \u00e9tait pr\u00e9sident du Conseil et Roberto Maroni ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur &#8211; \u00e0 d\u00e9cr\u00e9ter l&rsquo; \u00aburgence Afrique du Nord\u00bb et \u00e0 mettre en place un syst\u00e8me d&rsquo;accueil extraordinaire, cens\u00e9 fonctionner parall\u00e8lement au syst\u00e8me ordinaire. Les pr\u00e9fectures ont \u00e9t\u00e9 charg\u00e9es d\u2019identifier toutes les salles de gym, h\u00f4tels et autres lieux disponibles afin de les adapter \u00e0 l&rsquo;accueil des migrants arriv\u00e9s par la mer.<\/p>\n<p>Un syst\u00e8me diffus de centres s&rsquo;est mis en place dans toute la p\u00e9ninsule: coop\u00e9ratives, associations, et institutions diverses ont r\u00e9pondu \u00e0 l&rsquo;appel, accueillant les migrants contre un financement public moyen de 45 euros par jour et par personne. Certaines de ces entit\u00e9s \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 actives dans ce domaine, d&rsquo;autres se sont compl\u00e8tement improvis\u00e9es. L&rsquo; \u00aburgence\u00bb s&rsquo;est officiellement close avec le d\u00e9cret du 28 f\u00e9vrier 2013 de la ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur Anna Maria Cancellieri, sous le gouvernement de Mario Monti. Les migrants encore h\u00e9berg\u00e9s dans ces structures ont \u00e9t\u00e9 invit\u00e9s \u00e0 les quitter, avec une indemnit\u00e9 de d\u00e9part de 500 euros. Merci et bonsoir.<\/p>\n<p>Trois ann\u00e9es ont pass\u00e9 depuis le d\u00e9but de l&rsquo; \u00aburgence Afrique du Nord\u00bb. Aujourd&rsquo;hui, on se retrouve \u00e0 la case d\u00e9part. Les arriv\u00e9es par mer se sont accrues, notamment en raison de la guerre en Syrie et de la situation dramatique en Libye. Entre janvier et d\u00e9cembre 2014, l&rsquo;Italie a accueilli 160&rsquo;000 immigr\u00e9s. La plupart ont \u00e9t\u00e9 secourus gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;op\u00e9ration Mare Nostrum, mise en place par le gouvernement italien le 18 octobre 2013, suite \u00e0 la mort de 600 migrants au large des c\u00f4tes de Lampedusa. Une op\u00e9ration qui a officiellement pris fin le 1er novembre dernier.<\/p>\n<p>Beaucoup de nouveaux arrivants se sont dispers\u00e9s dans le reste de l&rsquo;Europe, en partie gr\u00e2ce \u00e0 une application permissive, par l&rsquo;Italie, de l&rsquo;obligation de les identifier via l&rsquo;enregistrement des empreintes digitales. Mais pour ceux qui restent, le syst\u00e8me mis en place est en tout et pour tout analogue \u00e0 celui de 2011.<\/p>\n<p><span class=\"intertitre\">Un accueil \u00e0 trois visages<\/span><\/p>\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;accueil \u00ab\u00a0ordinaire\u00a0\u00bb, les pr\u00e9fectures ont \u00e9t\u00e9 pri\u00e9es d&rsquo;identifier des endroits temporaires pour h\u00e9berger les migrants: des h\u00f4tels, des salles de gym, d&rsquo;autres structures manifestement inad\u00e9quates, comme le Tropicana, un night-club de Raguse o\u00f9 des lits de camp ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s sur les anciennes pistes de danse. Des centres d&rsquo;accueil extraordinaires (CAS) ont ainsi \u00e9t\u00e9 ouverts pour les migrants adultes, mais aussi pour les mineurs non accompagn\u00e9s, arriv\u00e9s en grand nombre \u2013 11&rsquo;507 de janvier \u00e0 octobre 2014, selon les donn\u00e9es de l\u2019ONG Save the Children.<\/p>\n<p>E. est l&rsquo;un de ces mineurs non accompagn\u00e9s. Grand et fin, sa voix m\u00e9lodieuse et sa ma\u00eetrise parfaite de la langue le font para\u00eetre beaucoup plus \u00e2g\u00e9 que ses 17 ans. Ce jeune homme provenant de Gambie a effectu\u00e9 un voyage ext\u00e9nuant, traversant toute l&rsquo;Afrique occidentale et la Libye. Il s&rsquo;est embarqu\u00e9 \u00e0 Tripoli, a \u00e9t\u00e9 secouru par la marine militaire italienne et est arriv\u00e9 dans le port d&rsquo;Augusta [ville situ\u00e9e au sud-est de la Sicile, NdT]. Il a ensuite \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9 au centre Pape Fran\u00e7ois de Priolo Gargallo, dans la province de Syracuse: un immeuble de deux \u00e9tages avec un beau jardin, dans lequel il cohabite avec une petite centaine de mineurs \u00e9trangers.<\/p>\n<p>Selon la proc\u00e9dure, il aurait d\u00fb rester 72 heures au maximum dans cette structure. Il croup\u00eet ici depuis quatre mois, ses journ\u00e9es s&rsquo;\u00e9coulant lentement entre matchs de foot, cours d&rsquo;italien donn\u00e9s par quelques b\u00e9n\u00e9voles et d&rsquo;autres activit\u00e9s mises en place par les travailleurs du centre, qui font de leur mieux pour donner un semblant de sens au quotidien monotone des r\u00e9sidents. Son destin est similaire \u00e0 celui de la plupart des milliers de mineurs non accompagn\u00e9s arriv\u00e9s en 2014: parqu\u00e9s dans ces centres temporaires, dans l&rsquo;attente de se voir assigner un tuteur et d&rsquo;\u00eatre transf\u00e9r\u00e9 dans d&rsquo;autres lieux. E. ne comprend pas pourquoi il faut autant de temps, et se sent mal \u00e0 l&rsquo;aise dans cette situation suspendue: \u00abIci, on me donne de quoi me nourrir et m&rsquo;habiller, mais je suis jeune et fort. J&rsquo;aimerais travailler. J&rsquo;aimerais pouvoir gagner le pain que je mange \u00e0 la sueur de mon front\u00a0\u00bb, affirme-t-il dans son anglais soign\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;inaction, l&rsquo;incertitude par rapport au futur, le manque d&rsquo;explications sont caract\u00e9ristiques de la majeure partie du dispositif d&rsquo;accueil, pour les mineurs comme pour les adultes. \u00abCette suspension temporelle provoque des troubles inattendus chez les migrants. Elle r\u00e9active les traumatismes des violences subies pendant le voyage. Arriv\u00e9s en Italie, ils vivent de nouvelles difficult\u00e9s, qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas pr\u00e9vues. Emmen\u00e9s dans des centres de premiers secours, pr\u00e9vus pour un s\u00e9jour maximum de 3 jours, ils finissent par y vivre jusqu&rsquo;\u00e0 six mois. De cette mani\u00e8re, on leur donne l&rsquo;impression d&rsquo;un pays qui ne veut pas d\u2019eux, qui n&rsquo;est pas pr\u00eat \u00e0 les accueillir\u00bb, explique Lilian Pizzi, psychologue de Terre des Hommes qui travaille dans plusieurs centres en Sicile.<\/p>\n<p>Les CAS sont un bon exemple de comment l&rsquo;Italie g\u00e8re le ph\u00e9nom\u00e8ne de l&rsquo;immigration: l&rsquo;extraordinaire qui devient ordinaire; l&rsquo;urgence qui se fait structurelle et la d\u00e9rogation constante aux normes, qui finit par p\u00e9naliser le migrant et le transformer en objet passif de d\u00e9cisions qu&rsquo;il ne parvient pas \u00e0 comprendre.<\/p>\n<p><span class=\"intertitre\">Un oignon \u00e0 plusieurs couches<\/span><\/p>\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 ces centres extraordinaires, il y a l&rsquo;accueil ordinaire pour ceux qui d\u00e9cident de demander l&rsquo;asile: les CARA &#8211; comme celui de Mineo, o\u00f9 Semhar a pass\u00e9 une ann\u00e9e sans faire grande chose \u2013; ou les centres du \u00abSyst\u00e8me de protection pour les requ\u00e9rants d&rsquo;asile et les r\u00e9fugi\u00e9s\u00bb (SPRAR). Ce dernier est un dispositif plus articul\u00e9 qui, du moins en th\u00e9orie, accompagne le migrant dans un parcours d&rsquo;insertion dans la soci\u00e9t\u00e9 italienne, compos\u00e9 d&rsquo;un apprentissage de la langue et d&rsquo;une formation professionnelle.C&rsquo;est ainsi que se pr\u00e9sente aujourd&rsquo;hui l&rsquo;accueil made in Italy. Un oignon \u00e0 plusieurs couches: les CAS, esp\u00e8ces de places de parking o\u00f9 le migrant vit dans une dimension d&rsquo;ind\u00e9termination et sans aucun soutien. Les CARA, lieux o\u00f9 les requ\u00e9rants d&rsquo;asile sont cens\u00e9s s\u00e9journer au maximum 35 jours, en attendant que leur dossier soit examin\u00e9 par la commission territoriale comp\u00e9tente, et o\u00f9 ils restent en moyenne entre 9 et 12 mois. Et les centres SPRAR, porte-drapeaux d&rsquo;un syst\u00e8me compl\u00e8tement d\u00e9ficitaire.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-23243 size-medium\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/l2-300x153.png\" alt=\"l\" width=\"300\" height=\"153\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/l2-300x153.png 300w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/l2-150x76.png 150w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/l2.png 515w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Pour quelle raison une personne est-elle assign\u00e9e \u00e0 une structure plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 une autre? \u00abC&rsquo;est une question de chance\u00bb, affirme Ivan Mei, travailleur social et membre de Laboratoire 53, une association de Rome active dans l&rsquo;accompagnement et dans l&rsquo;insertion des migrants. Les donn\u00e9es montrent que la chance sourit \u00e0 moins d&rsquo;un tiers des pr\u00e9tendants: des 61&rsquo;238 personnes pr\u00e9sentes en ce moment dans tout le dispositif d&rsquo;accueil, plus de la moiti\u00e9 (32&rsquo;335) se trouvent dans des centres temporaires (CAS), 10&rsquo;206 dans les CARA, et 18&rsquo;697 dans les structures SPRAR. \u00abLe destin des requ\u00e9rants est dans les mains du hasard: pour des raisons conjoncturelles, la disponibilit\u00e9 de places ou parfois m\u00eame l&rsquo;humeur du fonctionnaire qui s&rsquo;occupe du dossier, la pr\u00e9fecture peut envoyer une personne dans un centre extraordinaire, dans un CARA ou dans un centre SPRAR\u00bb, observe Mei. \u00abIl s&rsquo;agit d&rsquo;une sorte de loterie\u00bb.<\/p>\n<p>Les failles du syst\u00e8me d&rsquo;accueil italien ont fait l&rsquo;objet de plusieurs d\u00e9nonciations et de condamnations internationales. Derni\u00e8re d&rsquo;entre-elles, la Cour europ\u00e9enne des droits de l&rsquo;homme de Strasbourg a d\u00e9clar\u00e9, dans un arr\u00eat du 4 novembre [2014], que la d\u00e9cision de la Suisse de renvoyer en Italie une famille afghane de huit personnes &#8211; sur la base de la Convention de Dublin- devait \u00eatre suspendue jusqu&rsquo;au moment o\u00f9 l&rsquo;Italie serait en mesure de fournir des garanties suffisantes quant au logement dont la famille disposerait \u00e0 son arriv\u00e9e. Aux yeux de la Cour, \u00abon ne saurait \u00e9carter comme d\u00e9nu\u00e9e de fondement l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un nombre significatif de demandeurs d\u2019asile priv\u00e9s d\u2019h\u00e9bergement ou h\u00e9berg\u00e9s dans des structures surpeupl\u00e9es dans des conditions de promiscuit\u00e9, voire d\u2019insalubrit\u00e9 ou de violence\u00bb.<\/p>\n<p>Les structures insalubres auxquelles font r\u00e9f\u00e9rence les juges de Strasbourg sont les immeubles occup\u00e9s -comme celui o\u00f9 habite Semhar-, ou les CARA, les \u00e9normes centres o\u00f9 sont plac\u00e9s les requ\u00e9rants, sans perspectives d&rsquo;avenir, dans l&rsquo;attente d&rsquo;\u00eatre \u00e9cout\u00e9s par la commission territoriale qui d\u00e9cidera de leur octroyer ou non une protection internationale. Il y en a 13 dans toute la p\u00e9ninsule, pour la plupart au sud, avec des capacit\u00e9s d&rsquo;accueil allant de cent \u00e0 mille places. Et puis il y a Mineo.<\/p>\n<p>Situ\u00e9 sur un territoire anciennement utilis\u00e9 par les marines \u00e9tats-uniens de la base de Sigonella, le \u00abvillage des orangers\u00bb surgit sur la route principale allant de Catane \u00e0 Gela, en plein milieu de champs cultiv\u00e9s baign\u00e9s par le soleil. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une s\u00e9rie de maisons mitoyennes peintes dans des tons pastel, de terrains de jeux pour enfants, de grandes all\u00e9es et de terrains de foot et de basket.<\/p>\n<p>Quand les marines l&rsquo;ont abandonn\u00e9, fin 2010, le village est rest\u00e9 vide. Mais pas pour longtemps: lors de l&rsquo; \u00aburgence Afrique du Nord\u00bb, le gouvernement Berlusconi a eu l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;utiliser pour h\u00e9berger des demandeurs d&rsquo;asile. Avec ses 4000 habitants, il est aujourd&rsquo;hui le centre d&rsquo;accueil le plus grand d&rsquo;Europe. Un vrai petit monde \u00e0 part, avec ses propres dynamiques sociales, ses rapports de pouvoir et les tensions permanentes entre les diff\u00e9rentes communaut\u00e9s qui sont contraintes d\u2019y vivre. Les r\u00e9sidents restent \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du village pendant de tr\u00e8s longues p\u00e9riodes: l&rsquo;ann\u00e9e de s\u00e9jour de Semhar est loin de repr\u00e9senter une exception. Ils s&rsquo;y usent dans un flou d&rsquo;ind\u00e9termination et d&rsquo;incompr\u00e9hensions, dans un non-lieu o\u00f9 le seul contact avec le pays d&rsquo;accueil se r\u00e9sume aux travailleurs sociaux et aux soldats en uniforme mim\u00e9tique qui surveillent l&rsquo;entr\u00e9e.<\/p>\n<p>Mineo est embl\u00e9matique du syst\u00e8me CARA: loin des centres habit\u00e9s, c&rsquo;est un autre monde, dans lequel le requ\u00e9rant d&rsquo;asile vit une situation de d\u00e9paysement et d&rsquo;ali\u00e9nation de la r\u00e9alit\u00e9. Si Mineo condense et exag\u00e8re ces traits, presque toutes les structures pr\u00e9sentent ces caract\u00e9ristiques. Depuis Borgo Mezzanone, dans la province de Foggia, jusqu&rsquo;\u00e0 Castelnuovo di Porto (pr\u00e8s de Rome), du centre de Crotone \u00e0 celui de Bari Palese, les CARA dans leur ensemble semblent r\u00e9pondre \u00e0 un but pr\u00e9cis: garder les requ\u00e9rants d&rsquo;asile loin de la \u00abpopulation autochtone\u00bb, r\u00e9duire au maximum tous les contacts avec la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;accueil et emp\u00eacher cette \u00abint\u00e9gration\u00bb c\u00e9l\u00e9br\u00e9e par les politiciens et les m\u00e9dias. Les migrants ont la possibilit\u00e9 de sortir des centres, mais leur emplacement isol\u00e9 les emp\u00eache de le faire, faute de moyens de transport. Le \u00abvillage des orangers\u00bb se trouve \u00e0 environ 50 km de Catane et est peu desservi par les transports publics.<\/p>\n<p><span class=\"intertitre\">La convention de Dublin est une tunique de Nessus<\/span><\/p>\n<p>\u00abMineo est une tumeur, il doit \u00eatre ferm\u00e9\u00bb. Le pr\u00e9fet Mario Morcone n\u2019y va pas par quatre chemins lorsqu\u2019il parle du CARA catanais. Chef du D\u00e9partement \u201clibert\u00e9s civiles et immigration\u201c du Minist\u00e8re de l&rsquo;Int\u00e9rieur, Morcone est un v\u00e9t\u00e9ran de l&rsquo;accueil: entre 2006 et 2010, il a d\u00fb g\u00e9rer les d\u00e9barquements \u00e0 Lampedusa et la p\u00e9riode d\u00e9licate des refoulements en mer, pour lesquels l&rsquo;Italie a \u00e9t\u00e9 fermement condamn\u00e9e par la Cour de Strasbourg. Morcone est un expert pragmatique. Il va droit au but. Sans pratiquer la langue de bois des fonctionnaires des minist\u00e8res, il reconna\u00eet les probl\u00e8mes et les dysfonctionnements du syst\u00e8me et appelle les choses par leur nom: \u00abSouvent la gestion de l&rsquo;immigration a \u00e9t\u00e9 instrumentalis\u00e9e par la politique\u00bb. Pendant que l&rsquo;on discute dans son bureau, au premier \u00e9tage du Palais du Viminal [si\u00e8ge du Minist\u00e8re de l&rsquo;Int\u00e9rieur italien, NdT], la sonnerie de son t\u00e9l\u00e9phone retentit constamment, chaque message l&rsquo;informant en temps r\u00e9el des op\u00e9rations de sauvetage en mer:<\/p>\n<blockquote><p>\u00abCeux-l\u00e0 me contactent parce qu&rsquo;ils en ont sauv\u00e9 cent. Mais cent, je les emm\u00e8ne chez moi!\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p>Morcone a repris son ancien poste en juin 2014, et est aujourd&rsquo;hui l&rsquo;un des cr\u00e9ateurs d&rsquo;un nouveau syst\u00e8me d&rsquo;accueil, qui a pour objectif de d\u00e9passer la \u00ablogique de l&rsquo;urgence\u00bb. Dans le nouveau syst\u00e8me, un premier examen des personnes arriv\u00e9es par la mer devrait \u00eatre effectu\u00e9 dans des centres \u00e9parpill\u00e9s dans toutes les r\u00e9gions d&rsquo;Italie, o\u00f9 les migrants ne sont cens\u00e9s rester que quelques jours, pour \u00eatre redirig\u00e9s par la suite vers des lieux plus structur\u00e9s. \u00abNous essayons de renforcer le SPRAR et de r\u00e9duire au minimum l&rsquo;utilisation des CARA et des centres extraordinaires\u00bb.<\/p>\n<p>Bien qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;un projet louable, les comptes n&rsquo;y sont pas: les places dans les SPRAR restent insuffisantes, m\u00eame si elles ont augment\u00e9 de mani\u00e8re importante en 2014. Elles repr\u00e9sentent \u00e0 peine un tiers de la capacit\u00e9 d&rsquo;accueil n\u00e9cessaire pour g\u00e9rer le flux actuel de migrants. Et alors? Morcone hausse les \u00e9paules: \u00abNous faisons ce que nous pouvons. C&rsquo;est un work in progress. D\u00e9j\u00e0, pour la premi\u00e8re fois, nous avons institu\u00e9 une table ronde \u00e0 laquelle participent tous les acteurs impliqu\u00e9s dans le syst\u00e8me d&rsquo;accueil: le Viminal, les r\u00e9gions, les communes et le <abbr class='c2c-text-hover' title='Haut commissariat des Nations unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s'>HCR<\/abbr>.\u00bb<\/p>\n<p>Le m\u00eame optimisme prudent \u00e9mane du si\u00e8ge de la coordination du SPRAR. \u00abOn est en train d&rsquo;avancer\u00bb, soutient Daniela Di Capua, directrice du programme: \u00abLa table ronde r\u00e9unie au Viminal et l&rsquo;augmentation des places dans nos structures sont des signes tr\u00e8s encourageants\u00bb. Lanterne rouge du dispositif d\u2019accueil, la capacit\u00e9 du SPRAR est en train d\u2019augmenter: 20&rsquo;952 places sont pr\u00e9vues d\u2019ici la fin 2016, alors que 3000 places \u00e9taient disponibles en 2013. Si Semhar \u00e9tait arriv\u00e9e aujourd&rsquo;hui, elle aurait peut-\u00eatre eu la place qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas obtenue en 2011.<\/p>\n<p>Qu&rsquo;est-ce qui a amen\u00e9 le gouvernement \u00e0 inverser la tendance? Mme Di Capua n&rsquo;a aucun doute: \u00abL&rsquo;urgence Afrique du Nord de 2012-2013 a \u00e9t\u00e9 si mal g\u00e9r\u00e9e et avec un tel gaspillage de ressources, qu&rsquo;elle a repr\u00e9sent\u00e9 une sonnette d&rsquo;alarme pour les autorit\u00e9s italiennes\u00bb. Mais de quelles ressources parle-t-on? 1,3 milliard d&rsquo;euros, soit entre 15&rsquo;000 et 20&rsquo;000 euros par migrant accueilli, comme il est possible de le lire dans le rapport 2014 sur la protection internationale en Italie. Combien de cet argent a servi \u00e0 la mise en place de mesures d&rsquo;int\u00e9gration? \u00abPratiquement z\u00e9ro\u00bb, r\u00e9pond, d\u00e9sol\u00e9e, Di Capua. \u00abL&rsquo;urgence Afrique du Nord a \u00e9t\u00e9 un vrai d\u00e9sastre\u00bb.<\/p>\n<p><span class=\"intertitre\">Une poule aux \u0153ufs d&rsquo;or<\/span><\/p>\n<p>Un d\u00e9sastre, oui, mais pas pour tout le monde. Car \u00abl&rsquo;important n&rsquo;est pas la quantit\u00e9 d&rsquo;argent d\u00e9pens\u00e9e, mais comment elle l&rsquo;a \u00e9t\u00e9\u00bb. La directrice du SPRAR insiste sur ce point: la question des fonds destin\u00e9s \u00e0 l&rsquo;accueil des migrants \u00abest une fausse question\u00bb. \u00abIl ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;un luxe qu&rsquo;on pourrait ou qu&rsquo;on ne pourrait pas se permettre. C&rsquo;est une obligation \u00e9tablie par la Constitution et par les instruments internationaux auxquels l&rsquo;Italie a adh\u00e9r\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Morcone rejoint ce point de vue: \u00ab\u00c0 moins de vouloir nous placer en dehors de la communaut\u00e9 internationale, nous ne pouvons pas d\u00e9roger \u00e0 nos obligations en mati\u00e8re d&rsquo;accueil.\u00bb Mais ajoute qu&rsquo;il faudrait changer la Convention de Dublin qui fait que les r\u00e9fugi\u00e9s se retrouvent pris au pi\u00e8ge en Italie, m\u00eame lorsqu&rsquo;ils ont des membres de leur famille dans d&rsquo;autres pays europ\u00e9ens. Opinion partag\u00e9e par le ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur Angelino Alfano et par une bonne partie des associations qui travaillent dans le domaine: \u00abC&rsquo;est une contradiction: dans la m\u00eame Europe o\u00f9 les personnes et les marchandises circulent librement, on bloque les r\u00e9fugi\u00e9s. C&rsquo;est une tunique de Nessus.\u00bb<\/p>\n<p><span class=\"intertitre\">Les migrants, plus profitables que le trafic de drogue<\/span><\/p>\n<p>Mais quel est le prix de cet accueil stratifi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;italienne? Et surtout, qui profite de cela? Actuellement, l&rsquo;Etat verse environ 35 euros par jour par requ\u00e9rant aux diff\u00e9rentes entit\u00e9s responsables des centres. Avec cet argent, ces derni\u00e8res leur fournissent un logement, des repas, des v\u00eatements, quelques cours de langues et 2,50 euros en guise d&rsquo;argent de poche. \u00abPendant les affrontements de Tor Sapienza [o\u00f9 de violentes altercations ont eu lieu, pendant l&rsquo;automne 2014, entre les r\u00e9sidents &lsquo;officiels&rsquo; du quartier et les migrants et r\u00e9fugi\u00e9s occupant des b\u00e2timents abandonn\u00e9s, NdT], nous avons tout entendu: r\u00e9sidents furieux car convaincus que l&rsquo;Etat verse 35-40 euros par jour directement aux migrants. Un mensonge dangereux, parce qu&rsquo;il alimente le racisme\u00bb, affirme Di Capua.<\/p>\n<p>Ces 35 euros sont pay\u00e9s \u00e0 toute entit\u00e9 g\u00e9rant les centres. Pour celles qui comptent un nombre de places d&rsquo;accueil important et peu de services fournis, comme les CARA et une bonne partie des CAS, l\u2019opportunit\u00e9 de profit est consid\u00e9rable. Le centre de Mineo a officiellement 2000 places, mais arrive \u00e0 h\u00e9berger jusqu&rsquo;\u00e0 4000 personnes. Ses g\u00e9rants engrangent donc un profit oscillant entre 70&rsquo;000 et 140&rsquo;000 euros par jour. Le contrat d&rsquo;allocation, r\u00e9cemment r\u00e9vis\u00e9, pr\u00e9voit un paiement de 97,9 millions d&rsquo;euros en trois ans au groupement d&rsquo;entreprises et coop\u00e9ratives charg\u00e9 de la gestion du centre, qui a des liens \u00e9troits avec les milieux politiques siciliens, tant \u00e0 droite qu\u2019\u00e0 gauche.<\/p>\n<p>Grandes entreprises, consortiums de diff\u00e9rents types, petits et moyens entrepreneurs se sont lanc\u00e9s dans l&rsquo;accueil des migrants en tirant des profits consid\u00e9rables. La gestion extraordinaire de l&rsquo;urgence s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e \u00eatre une poule aux \u0153ufs d&rsquo;or. Comme l&rsquo;a bien r\u00e9sum\u00e9 Salvatore Buzzi, pr\u00e9sident d&rsquo;un consortium de coop\u00e9ratives qui g\u00e8re plusieurs lieux d&rsquo;accueil \u00e0 Rome, intercept\u00e9 dans le contexte de l&rsquo;enqu\u00eate Mafia Capitale, \u00abon peut faire plus d&rsquo;argent avec les immigr\u00e9s qu&rsquo;avec le trafic de drogue\u00bb.<\/p>\n<p>Des g\u00e9ants du secteur, tels Domus Caritatis (li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Archiconfr\u00e9rie du Saint-Sacrement et de Saint Trifone, impliqu\u00e9e dans l&rsquo;enqu\u00eate Mafia Capitale et proche de Communion et Lib\u00e9ration) ou la Cascina, entreprise sp\u00e9cialis\u00e9e dans le catering dans les h\u00f4pitaux et les caf\u00e9t\u00e9rias d&rsquo;une bonne moiti\u00e9 de la p\u00e9ninsule, ont remport\u00e9 des appels d&rsquo;offres importants et obtenu la gestion de plusieurs centres. Avec d&rsquo;autres entit\u00e9s, elles sont pr\u00e9sentes dans le consortium qui g\u00e8re le CARA de Mineo. Il y a deux ans, en pleine urgence Afrique du Nord, Domus Caritatis s&rsquo;est retrouv\u00e9e au milieu d&rsquo;un scandale d\u00e9nonc\u00e9 par Save the Children: des adultes \u00e9taient d\u00e9clar\u00e9s aux autorit\u00e9s comme \u00e9tant mineurs non accompagn\u00e9s, dans le but d&rsquo;obtenir des montants journaliers plus \u00e9lev\u00e9s.<\/p>\n<p><span class=\"intertitre\">Entre 700 et 800 millions d\u2019euros par an<\/span><\/p>\n<p>Quels sont les chiffres de ce business de l&rsquo;accueil? \u00abEntre 700 et 800 millions d&rsquo;euros par ann\u00e9e\u00bb, affirme Morcone, chef de l\u2019immigration au Minist\u00e8re italien de l\u2019int\u00e9rieur. Une partie minimale provient du Fonds asile, migration et int\u00e9gration de l&rsquo;Union europ\u00e9enne (Fami), qui, pour la p\u00e9riode 2014-2020, a octroy\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Italie environ 320 millions, c&rsquo;est-\u00e0-dire 45 millions par ann\u00e9e. Le reste est fourni par le gouvernement italien.<\/p>\n<p>Il est donc facile de comprendre pourquoi, comme nous le dit si bien Buzzi, les immigr\u00e9s am\u00e8nent plus de profits que le trafic de drogue. Et peut-\u00eatre aussi pourquoi le syst\u00e8me d&rsquo;urgence a surv\u00e9cu jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, malgr\u00e9 son \u00e9vidente inad\u00e9quation et malgr\u00e9 la prise de conscience du fait que l\u2019immigration n&rsquo;est pas un hasard, mais un ph\u00e9nom\u00e8ne structurel, qui concerne l&rsquo;Italie depuis plus de vingt ans. Parler d&rsquo;urgence et alimenter cette urgence ont \u00e9t\u00e9 utiles pour beaucoup de personnes. L&rsquo;enqu\u00eate r\u00e9cemment ouverte \u00e0 Rome [Mafia Capitale, NdT] montre comment le business de l&rsquo;accueil est devenu un instrument de r\u00e9partition du pouvoir, de cr\u00e9ation de client\u00e8les mafieuses et de gestion d&rsquo;influences politiques. Est-ce pour cela que le SPRAR est rest\u00e9 la Cendrillon du syst\u00e8me?<\/p>\n<p>En effet, ce sont surtout les centres avec une capacit\u00e9 majeure, comme les CARA et les CAS, qui am\u00e8nent les profits les plus hauts du fait de la loi des grands nombres et du manque de contr\u00f4les, d\u00e9j\u00e0 rares en temps normaux, et compl\u00e8tement inexistants en p\u00e9riodes d&rsquo;urgence. Les SPRAR, par contre, sont des structures plus petites o\u00f9 les requ\u00e9rants d&rsquo;asile et les r\u00e9fugi\u00e9s sont suivis sur une base individuelle.<\/p>\n<p>On pourrait penser que les places du SPRAR co\u00fbtent plus cher, vu le nombre de services fournis. Et que c\u2019est la raison pour laquelle, dans une p\u00e9riode d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 et de coupes budg\u00e9taires, ce mod\u00e8le n&rsquo;a pas eu de succ\u00e8s. En r\u00e9alit\u00e9, le SPRAR co\u00fbte \u00e0 l&rsquo;Etat exactement le m\u00eame montant que le CAS et le CARA: 35 euros par personne et par jour. Pourquoi alors ne pas d\u00e9manteler ces derni\u00e8res entit\u00e9s au profit de celles que tout le monde -m\u00eame dans le reste de l&rsquo;Europe- consid\u00e8re comme plus efficientes? Pourquoi perp\u00e9tuer le cercle vicieux de l&rsquo;urgence et des CARA qui non seulement ne produisent pas de r\u00e9sultats positifs, mais donnent aussi lieu \u00e0 des pratiques malhonn\u00eates et \u00e0 des profits illicites? La r\u00e9ponse de Morcone est pragmatique: \u00abPour les places SPRAR, il faut l&rsquo;accord des autorit\u00e9s locales. Certaines r\u00e9gions et communes sont r\u00e9ticentes \u00e0 h\u00e9berger des r\u00e9fugi\u00e9s et des requ\u00e9rants d&rsquo;asile\u00bb.<\/p>\n<p>Alors que les CARA et les CAS sont ouverts par les pr\u00e9fectures, pour la plupart sur des terrains abandonn\u00e9s appartenant \u00e0 l&rsquo;Etat, ou dans des b\u00e2timents priv\u00e9s loin des centres habit\u00e9s, les SPRAR r\u00e9pondent \u00e0 une logique radicalement diff\u00e9rente. Ils doivent \u00eatre int\u00e9gr\u00e9s dans le territoire, avoir des contacts avec le quartier qui les h\u00e9berge, garantir un parcours d&rsquo;\u00e9change et d&rsquo;inclusion. \u00abLes entit\u00e9s locales doivent faire un effort et comprendre que les SPRAR sont une opportunit\u00e9, parce que, sur le moyen terme, les immigr\u00e9s se r\u00e9v\u00e8lent \u00eatre une ressource, mais \u00e9galement parce que, dans l&rsquo;imm\u00e9diat, les centres cr\u00e9ent des emplois. Une bonne partie des places de travail cr\u00e9\u00e9es en Calabre et en Sicile ces derni\u00e8res ann\u00e9es l&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;accueil des migrants\u00bb, s&rsquo;exclame Morcone.<\/p>\n<p>Mais la pratique ne correspond pas toujours au bon sens, et dans un moment de crise comme celui-ci, l&rsquo;\u00e9tranger \u00abparesseux et parasite\u00bb devient le bouc \u00e9missaire parfait de toutes les frustrations, comme le montrent les \u00e9meutes r\u00e9centes contre la pr\u00e9sence de centres d&rsquo;accueil dans la banlieue romaine de Tor Sapienza. Et la politique finit par suivre et chevaucher ces rh\u00e9toriques instinctives, plut\u00f4t que de proposer une vision sur le long terme. C&rsquo;est ainsi que le ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur, Angelino Alfano, arrive \u00e0 d\u00e9finir les attaques racistes de Tor Sapienza comme le r\u00e9sultat d&rsquo;un \u00ab exc\u00e8s d&rsquo;accueil\u00bb.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ainsi \u00e9galement que les maires et les gouverneurs de plusieurs r\u00e9gions italiennes s&rsquo;opposent \u00e0 la cr\u00e9ation de places SPRAR. Et c&rsquo;est ainsi, enfin, que les plans les plus raisonnables du Viminal risquent de rester lettre morte, et que la gestion de l&rsquo;immigration restera une occasion de business pour entrepreneurs sans scrupules. En sacrifiant les migrants, qui pourraient au contraire \u00eatre \u00abune ressource pour un pays en voie de vieillissement comme le n\u00f4tre\u00bb, affirme Morcone en haussant les \u00e9paules.<\/p>\n<p>Demain, quand la \u00e9ni\u00e8me \u00ab urgence \u00bb sera pass\u00e9e, ceux qui vont arriver auront un seul espoir: parvenir \u00e0 \u00e9viter l&rsquo;identification et poursuivre leur route vers des destins plus accueillants. Ou, dans le cas funeste d&rsquo;\u00eatre intercept\u00e9s par les autorit\u00e9s italiennes, remporter l&rsquo;une des rares places SPRAR dans la grande loterie de l&rsquo;accueil made in Italy. \u00c0 Semhar et aux autres, au lieu de leur garantir des droits, nous ne pouvons que souhaiter bonne chance.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>Stefano Liberti<\/strong><\/p>\n<p><em>Stefano Liberti est un journaliste italien. Il a \u00e9crit le livre \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.ruedelechiquier.net\/index2.php?option=com_bibliotheque&amp;view=poplivre&amp;Itemid=49&amp;height=520&amp;width=470&amp;TB_iframe=true\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Main basse sur la terre<\/a>\u00ab\u00a0, publi\u00e9 en fran\u00e7ais par <a href=\"http:\/\/www.ruedelechiquier.net\/les-livres?view=livre&amp;cat=catalogue\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Rue de l&rsquo;Echiquier<\/a>. Il a tourn\u00e9 le documentaire \u00ab\u00a0Mare chiuso\u00a0\u00bb [Mer ferm\u00e9e], avec le r\u00e9alisateur Andrea Segre (pour lire la recension du film par Cristina Del Biaggio: \u00ab\u00a0Vaincre une mer d\u00e9serte et ferm\u00e9e\u00a0\u00bb, VisionsCarto.net, 09.05.2014, cliquez <a href=\"http:\/\/visionscarto.net\/vaincre-une-mer-deserte-et-fermee\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ici<\/a>).<\/em><\/p>\n<p>Twitter: @abutiago.<\/p>\n<p><\/div><\/div>\n<blockquote><p>Mafia Capitale, un scandale sur le dos des migrantsL\u2019enqu\u00eate de la magistrature qui a d\u00e9voil\u00e9 le syst\u00e8me mafieux \u00abMafia Capitale\u00bb secoue l\u2019Italie depuis d\u00e9cembre 2014. Des dizaines de chefs d\u2019entreprises, fonctionnaires et hommes politiques, y compris l\u2019ancien maire de Rome Gianni Alemanno de 2008 \u00e0 2013, sont sous enqu\u00eate pour leur implication dans le r\u00e9seau mafieux d\u00e9mantel\u00e9 dans le cadre d\u2019une vaste op\u00e9ration polici\u00e8re.Celle-ci r\u00e9v\u00e8le une large corruption \u2013appels d\u2019offres d\u00e9tourn\u00e9s, pots-de-vin, capacit\u00e9s d\u2019accueil gonfl\u00e9es- touchant les centres d\u2019accueil pour demandeurs d\u2019asile. Les CARA de Castelnuovo di Porto et de Mineo seraient concern\u00e9s par le \u00absyst\u00e8me Odevaine\u00bb. Luca Odevaine, arr\u00eat\u00e9 et accus\u00e9 de corruption aggrav\u00e9e, est consid\u00e9r\u00e9 un homme-cl\u00e9 du r\u00e9seau Mafia Capitale. Il si\u00e9geait en tant qu&rsquo;expert \u00e0 la Coordination nationale pour les r\u00e9fugi\u00e9s, et aurait contribu\u00e9 \u00e0 attribuer un contrat de 100 millions au consortium en charge de la gestion du CARA de Mineo. Il recevait un salaire fixe en plus d&rsquo;un pourcentage pour chaque migrant affect\u00e9 aux diff\u00e9rents centres.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>Alberto Campi<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em><strong>Pour lire l&rsquo;article \u00ab\u00a0Mafia capitale\u00a0\u00bb, l&rsquo;\u00e9norme scandale qui touche l&rsquo;Italie du Courrier International, cliquez <a href=\"http:\/\/www.courrierinternational.com\/revue-de-presse\/2014\/12\/09\/mafia-capitale-l-enorme-scandale-qui-secoue-l-italie\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ici<\/a>.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019histoire du syst\u00e8me d\u2019accueil en Italie est faite d\u2019attentes interminables, de co\u00fbts disproportionn\u00e9s et d\u2019une approche toujours bas\u00e9e sur l\u2019urgence, quelles que soient les circonstances. En 2011, le gouvernement de Berlusconi et de Roberto Maroni avait d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 l\u2019Urgence Afrique du Nord, en r\u00e9ponse aux Printemps arabes. 63&rsquo;000 personnes avaient d\u00e9barqu\u00e9 dans la p\u00e9ninsule. Un syst\u00e8me d\u2019accueil extraordinaire, cens\u00e9 fonctionner parall\u00e8lement au syst\u00e8me ordinaire, a \u00e9t\u00e9 mis en place. L\u2019urgence a officiellement pris fin en f\u00e9vrier 2013. Mais aujourd\u2019hui, avec les cons\u00e9quences de la crise syrienne et de la situation dramatique en Libye &#8211; 160&rsquo;000 personnes sont arriv\u00e9es en Italie en 2014 &#8211; \u00abon se retrouve \u00e0 la case d\u00e9part\u00bb explique le journaliste Stefano Liberti dans un long reportage.<\/p>","protected":false},"author":5,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[149],"tags":[380,390,1157],"ve_numero":[718],"pays":[178],"ve_type":[1052],"ve_action":[1077],"class_list":["post-22420","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chroniques","tag-accueil","tag-logement","tag-notre-regard","ve_numero-ve-152-avril-2015","pays-italie","ve_type-chronique-monde","ve_action-notre-regard"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22420","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=22420"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22420\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=22420"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=22420"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=22420"},{"taxonomy":"ve_numero","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/ve_numero?post=22420"},{"taxonomy":"pays","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/pays?post=22420"},{"taxonomy":"ve_type","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/ve_type?post=22420"},{"taxonomy":"ve_action","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/ve_action?post=22420"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}