{"id":22690,"date":"2015-04-25T06:26:34","date_gmt":"2015-04-25T06:26:34","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/?p=22690"},"modified":"2021-08-26T13:40:52","modified_gmt":"2021-08-26T11:40:52","slug":"le-courrier-les-migrants-invisibles-de-calais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/de\/2015\/04\/25\/le-courrier-les-migrants-invisibles-de-calais\/","title":{"rendered":"Le Courrier |\u00a0Les migrants invisibles de Calais"},"content":{"rendered":"<h2>Derni\u00e8re \u00e9tape dans leur p\u00e9riple de survie, Calais est devenu synonyme de cul-de-sac pour les migrants qui s\u2019y rendent pour rejoindre l\u2019Angleterre. Reportage.<\/h2>\n<p><em><strong>Article de Emmanuel Haddad, publi\u00e9 dans Le Courrier, le 25 avril 2015. Cliquez <a href=\"http:\/\/www.lecourrier.ch\/129408\/les_migrants_invisibles_de_calais\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ici<\/a> pour lire l&rsquo;article sur le site du Courrier.<\/strong><\/em><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<p>Etre le plus proche possible des c\u00f4tes anglaises. Tel a longtemps \u00e9t\u00e9 le seul crit\u00e8re des migrants pour planter leur tente \u00e0 Calais, depuis que le centre d\u2019accueil de Sangatte a \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9 en 2003 par l\u2019Etat fran\u00e7ais. Or dans cette cit\u00e9 de 76&rsquo;000 \u00e2mes du nord de la France, l\u2019Angleterre s\u2019incarne en deux points n\u00e9vralgiques: le tunnel sous la Manche et le port, par lequel ont transit\u00e9 1,8 millions de poids lourds en 2014. C\u2019est dans ces camions que les migrants tentent de se faufiler pour traverser les 35 km qui les s\u00e9parent de Douvres. Pendant plus d\u2019une d\u00e9cennie, ils ont v\u00e9cu sur des terrains vagues aux abords de ces deux infrastructures, dans des conditions si mis\u00e9rables que leurs campements ont \u00e9t\u00e9 rebaptis\u00e9s \u00abjungles\u00bb.<\/p>\n<h3><strong>\u00abUne vision d\u2019exode\u00bb<\/strong><\/h3>\n<p>D\u00e9but avril, plus de 2000 d\u2019entre eux, en provenance d\u2019Erythr\u00e9e, du Darfour, de Syrie ou d\u2019Afghanistan, ont abandonn\u00e9 les jungles du centre-ville pour s\u2019installer autour d\u2019un centre d\u2019accueil de jour install\u00e9 par les autorit\u00e9s en zone industrielle, loin du port et du tunnel: \u00abC\u2019\u00e9tait une vision d\u2019exode. Sans l\u2019aide de l\u2019Etat, les migrants ont pris leurs palettes, leur nourriture et leurs ustensiles de cuisine et se sont d\u00e9plac\u00e9s vers le centre Jules Ferry. Ils ont parfois attendu deux jours sur le bord de la route qu\u2019une voiture ou un camion mobilis\u00e9 par les associations puisse les prendre\u00bb, se souvient Nathalie Boidin, b\u00e9n\u00e9vole au sein de l\u2019Auberge des migrants.<\/p>\n<p>Avant l\u2019ouverture du centre, Nathalie y voyait \u00abune avanc\u00e9e positive, qui n\u2019arrive que trop tard\u00bb. Un optimisme soutenu par le discours des autorit\u00e9s: \u00abNous voulons que les conditions du centre soient inattaquables. Les installations sont modernes: 60 douches, une distribution alimentaire, un lieu pour recharger leurs t\u00e9l\u00e9phones portables. C\u2019est une mesure d\u2019urgence pour respecter leurs droits fondamentaux en eau, \u00e9lectricit\u00e9, soins de sant\u00e9 et acc\u00e8s \u00e0 l\u2019information\u00bb, explique Serge Szarzynski, directeur de la coh\u00e9sion sociale au sein de la pr\u00e9fecture du Nord-Pas-de-Calais. L\u2019Etat a d\u00e9pens\u00e9 3,8 millions d\u2019euros pour ouvrir Jules Ferry et 5 millions suppl\u00e9mentaires sont pr\u00e9vus pour son fonctionnement.<\/p>\n<h3><strong>Pas de droit au logement<\/strong><\/h3>\n<p>Mais face au r\u00e9sultat, la b\u00e9n\u00e9vole est d\u00e9\u00e7ue: \u00abLe nouveau lieu s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 bien pire que ce qu\u2019ils quittaient. Pas de sol plat, des gravats \u00e0 fleur de sol, une d\u00e9charge \u00e0 ciel ouvert\u00bb, r\u00e9sume cette Calaisienne, qui a nou\u00e9 des liens d\u2019amiti\u00e9 avec les Soudanais de la jungle avoisinant sa maison. Car \u00e0 Jules Ferry, les migrants continueront de dormir sous la tente ou dans des cabanes de fortune. Juriste au sein de la Plateforme de service aux migrants (PSM), Cl\u00e9mence Gautier-Pongelard n\u2019est pas non plus convaincue par ce que la presse fran\u00e7aise qualifie d\u00e9j\u00e0 de \u00abjungle d\u2019Etat\u00bb: \u00abLe but de Nathalie Bouchard [maire UMP de Calais] \u00e9tait de faire en sorte que les migrants soient le moins visibles possible pour les Calaisiens. Le probl\u00e8me, c\u2019est qu\u2019en p\u00e9riph\u00e9rie, ils sont moins prot\u00e9g\u00e9s contre les violences polici\u00e8res. Et surtout, ils n\u2019ont toujours pas de logement.\u00bb La PSM revendique en effet le droit au logement des migrants pr\u00e9sents \u00e0 Calais, qu\u2019ils soient demandeurs d\u2019asile ou migrants irr\u00e9guliers: \u00abL\u2019article L345 du Code de l\u2019action sociale et des familles stipule que \u2018toute personne sans abri en situation de d\u00e9tresse m\u00e9dicale, psychique ou sociale a acc\u00e8s, \u00e0 tout moment, \u00e0 un dispositif d\u2019h\u00e9bergement d\u2019urgence\u2019\u00bb, d\u00e9taille-t-elle.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re la port\u00e9e humanitaire de ce d\u00e9m\u00e9nagement, r\u00e9elle bien que limit\u00e9e, se cache un projet de s\u00e9curisation accrue de la fronti\u00e8re avec l\u2019Angleterre, soutenu par cette derni\u00e8re. \u00abL\u2019Angleterre est dans une position de confort. Depuis le trait\u00e9 de Touquet en 2003, ses contr\u00f4les frontaliers s\u2019effectuent au port de Calais. Or le gouvernement de David Cameron ne veut plus accueillir de migrants\u00bb, pointe Emmanuel Agius, premier adjoint de la maire de Calais. R\u00e9sultat, la lutte contre l\u2019immigration irr\u00e9guli\u00e8re doit se muscler c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais: \u00abD\u2019ici \u00e0 juin, nous allons installer une cl\u00f4ture de 3 \u00e0 4 km autour du port et de l\u2019autoroute pour dissuader les migrants. L\u2019Angleterre va financer la s\u00e9curisation du port avec une enveloppe de 15 millions d\u2019euros en trois ans\u00bb, abonde Jean-Marc Puissesseau, pr\u00e9sident de la Chambre du commerce et de l\u2019industrie de la C\u00f4te d\u2019Opale, responsable du port de Calais. En pleine campagne pour les \u00e9lections l\u00e9gislatives de mai prochain, le gouvernement conservateur britannique fait le pari d\u2019une politique r\u00e9pressive contre l\u2019immigration irr\u00e9guli\u00e8re, pouss\u00e9 par le discours x\u00e9nophobe de Nigel Farage, candidat du parti souverainiste UKIP.<\/p>\n<p>Or le port ressemble d\u00e9j\u00e0 \u00e0 une forteresse imprenable: \u00abChaque ann\u00e9e, nous d\u00e9pensons 15 millions d\u2019euros en s\u00e9curit\u00e9, avec un tiers des 700 employ\u00e9s charg\u00e9s de cette mission\u00bb, reconna\u00eet M. Puissesseau. En parall\u00e8le, l\u2019Etat fran\u00e7ais va informer les migrants que, \u00abcontrairement \u00e0 ce que les r\u00e9seaux criminels qui les exploitent leur ont fait croire, ils ne sont pas bienvenus en Angleterre\u00bb, affirme Serge Szarzynski. \u00abEn \u00e9change, nous leurs proposons de demander l\u2019asile en France. Ils re\u00e7oivent alors un logement dans les trois semaines qui suivent leur demande\u00bb, assure-t-il.<\/p>\n<h3><strong>Pouss\u00e9s vers l\u2019Angleterre qui les repousse<\/strong><\/h3>\n<p>L\u2019alternative a \u00e9t\u00e9 choisie par plus de 400 migrants bloqu\u00e9s \u00e0 Calais. Mais beaucoup vivent toujours sans toit: \u00abJ\u2019ai d\u00e9pos\u00e9 ma demande il y a trois mois et je n\u2019ai toujours pas de logement. Alors en attendant, o\u00f9 puis-je aller? Je reste avec les autres et je continue de tenter ma chance\u00bb, livrait un jeune soudanais au Courrier depuis une jungle peu avant son \u00e9vacuation. Sans compter que la majorit\u00e9 d\u2019entre eux sont arriv\u00e9s par l\u2019Italie, o\u00f9 ils se sont fait pr\u00e9lever leurs empreintes digitales. S\u2019ils demandent l\u2019asile en France, ils craignent d\u2019\u00eatre reconduits \u00e0 leur point de d\u00e9part, comme le pr\u00f4ne le r\u00e8glement europ\u00e9en, dit Dublin III.<\/p>\n<p>Une situation kafka\u00efenne qui continue \u00e0 pousser les migrants \u00e0 rejoindre l\u2019Angleterre, au p\u00e9ril de leur vie. \u00abIls ne sont pas attir\u00e9s par l\u2019Angleterre mais pouss\u00e9s vers ses c\u00f4tes, estime Cl\u00e9mence Gautier-Pongelard. D\u2019abord par la guerre ou la tyrannie qu\u2019ils subissent chez eux. Ensuite, par la violence et la discrimination dans les pays de transit, comme la Libye. Puis, par le ch\u00f4mage en Italie. Enfin, par les mauvaises conditions de vie \u00e0 Calais et la peur d\u2019\u00eatre renvoy\u00e9 en Italie. Mais en r\u00e9alit\u00e9, ils veulent juste un endroit o\u00f9 se poser et vivre en paix.\u00bb<\/p>\n<p><\/div><\/div>\n<blockquote>\n<h3>Pr\u00e9sum\u00e9s coupables<\/h3>\n<p>Son dipl\u00f4me d\u2019ing\u00e9nieur en poche, Abdul a quitt\u00e9 Jalalabad pour l\u2019Europe, laissant derri\u00e8re lui son \u00e9pouse, ses deux enfants, ses cinq fr\u00e8res et s\u0153urs et sa m\u00e8re. Pour lui, l\u2019Angleterre \u00e9tait synonyme de travail, pour pouvoir subvenir aux besoins de sa famille rest\u00e9e en Afghanistan, sous la menace des Talibans. Un espoir \u00e9vanoui en une nuit, quand un poids lourd l\u2019a percut\u00e9 au bord de l\u2019autoroute: \u00abIl a essay\u00e9 de nous tuer, moi et mes compagnons. Je n\u2019ai pas eu le temps de retirer ma jambe droite de la route. Maintenant, ils vont me l\u2019amputer\u00bb, dit-il depuis une chambre de l\u2019h\u00f4pital \u00e0 Lille, la voix bris\u00e9e par les sanglots.<\/p>\n<p>Dans son malheur, Abdul n\u2019est pas le plus \u00e0 plaindre: en 2014, au moins 15 migrants sont morts \u00e0 Calais selon l\u2019UNHCR et les associations locales. Les conditions de vie insalubre, la s\u00e9curisation accrue du port et du Tunnel sous la Manche et la pr\u00e9sence de 1000 policiers et gendarmes dans la ville poussent les migrants \u00e0 courir de plus en plus de risques pour rejoindre l\u2019Angleterre. Pourtant, les nombreuses violences et vexations qu\u2019ils subissent sont au mieux tues, au pire ni\u00e9es par les autorit\u00e9s: \u00abLes policiers nous frappent chaque jour; l\u2019un de nous a les jambes bris\u00e9es apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 brandi violemment hors d\u2019un camion. Les journalistes t\u00e9moignent. Puis que se passe-t-il? Rien\u00bb, d\u00e9nonce avec amertume Fateh, un jeune originaire du Darfour. A la suite de la publication par Human Rights Watch d\u2019un rapport sur les violences polici\u00e8res contre les migrants de Calais en janvier 2015, le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, Bernard Cazeneuve, a regrett\u00e9 que l\u2019association \u00abn\u2019ait pas pris la peine de v\u00e9rifier les all\u00e9gations de violences polici\u00e8res dont elle fait \u00e9tat\u00bb.<\/p>\n<p>Quand Le Courrier a pos\u00e9 la question \u00e0 Emmanuel Agius, premier adjoint \u00e0 la mairie de Calais, le ton est mont\u00e9 d\u2019un cran: \u00abNe comptez-pas sur moi pour parler contre l\u2019action des policiers. Ce sont les premi\u00e8res victimes! On dit que les policiers sont des nazis, mais on omet de parler des migrants qui violent des filles de 14 ans, parce que ce n\u2019est pas politiquement correct. Sans la police, la situation serait hors de contr\u00f4le\u00bb, s\u2019insurge-t-il. Car la criminalit\u00e9 des migrants serait en hausse exponentielle: \u00abLa d\u00e9linquance de droit commun mettant en cause des migrants se r\u00e9sumait \u00e0 une moyenne d\u2019un \u00e0 deux faits par mois. Pour juillet, ao\u00fbt et septembre, ces faits de d\u00e9linquance s\u2019\u00e9l\u00e8vent \u00e0 80, soit presque 30 par mois. C\u2019est une v\u00e9ritable explosion\u00bb, d\u00e9clare Gilles Debove, secr\u00e9taire d\u00e9partemental adjoint du syndicat de police Unit\u00e9 SGP-FO dans la presse locale, en octobre 2014.<\/p>\n<p>Des statistiques sans fondement, \u00e9tant donn\u00e9 que la police ne tient pas le registre des crimes commis par les migrants: \u00abJe ne vais pas vous donner de statistiques qui sont instrumentalis\u00e9es par les politiques pour dire des choses et leur inverse. Ce que je peux vous dire, c\u2019est qu\u2019\u00e0 Calais les migrants arrivent dans un cul-de-sac et que dans ces cas-l\u00e0, vous tentez le tout pour le tout. Face \u00e0 eux, la police fait du mieux qu\u2019elle peut\u00bb, nuance Christophe Cr\u00e9pin, responsable de la communication du syndicat de police Unsa. Dans cette atmosph\u00e8re de suspicion g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, pouss\u00e9s par la visite de Marine Le Pen et les manifestations de haine du groupuscule anti-immigr\u00e9s Sauvons Calais, beaucoup de Calaisiens tombent dans la surench\u00e8re. Tel le patron du caf\u00e9 La Gauloise. Apr\u00e8s avoir refus\u00e9 qu\u2019un jeune noir de peau ne consomme son caf\u00e9 dans son troquet, celui-ci lui a jet\u00e9 le liquide \u00e0 la figure. Peu apr\u00e8s, il est apparu devant les cam\u00e9ras de France 2 avec un fusil \u00e0 pompe, se disant pr\u00eat \u00e0 l\u2019utiliser face aux migrants. Et quand deux hommes ont ouvert le feu avec le leur contre des migrants, Sauvons Calais a apport\u00e9 son \u00abinconditionnel soutien aux vrais victimes, c\u2019est-\u00e0-dire David et Tony. Ils ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s \u00e0 dix et huit mois de prison ferme pour s\u2019\u00eatre d\u00e9fendu\u00bb, a communiqu\u00e9 le groupe sur sa page Facebook.<\/p>\n<p>En r\u00e9action \u00e0 la x\u00e9nophobie croissante des habitants de la ville aux 16,2% de ch\u00f4mage, le r\u00e9seau de solidarit\u00e9 locale s\u2019est resserr\u00e9 autour des migrants. Le collectif Calais ouverture et humanit\u00e9 est n\u00e9 en r\u00e9action aux sorties haineuses de Sauvons Calais. Et les Calaisiens qui ont os\u00e9s braver leur peur ne l\u2019ont pas regrett\u00e9: \u00abLa premi\u00e8re fois, je ne voulais pas entrer dans la jungle. J\u2019\u00e9tais seule. Les Soudanais venaient d\u2019apprendre la mort de l\u2019un d\u2019eux, \u00e9cras\u00e9 par un camion \u00e0 son arriv\u00e9e en Angleterre. Ils m\u2019ont invit\u00e9e \u00e0 me recueillir avec eux autour du feu. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 touch\u00e9e de partager un moment si fort\u00bb, se rappelle Nathalie, b\u00e9n\u00e9vole de l\u2019Auberge des migrants. Un an plus tard, elle accueille Mohammad, Amhad et Hassan chez elle. Seule. Chacun leur tour, ils prennent une douche, pendant qu\u2019elle coupe les cheveux d\u2019Ahmad autour d\u2019un th\u00e9 et de palabre. Chaque fois que l\u2019un d\u2019entre eux parvient \u00e0 rejoindre l\u2019Angleterre, son c\u0153ur est partag\u00e9: \u00abJe suis heureuse pour eux, mais d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, c\u2019est comme si une partie de ma vie avait travers\u00e9 la Manche.\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Derni\u00e8re \u00e9tape dans leur p\u00e9riple de survie, Calais est devenu synonyme de cul-de-sac pour les migrants qui s\u2019y rendent pour rejoindre l\u2019Angleterre. 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