{"id":23908,"date":"2015-07-11T18:40:00","date_gmt":"2015-07-11T18:40:00","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/?p=23908"},"modified":"2021-08-26T14:01:28","modified_gmt":"2021-08-26T12:01:28","slug":"le-courrier-la-suisse-ne-nous-considere-pas-comme-des-etres-humains","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/de\/2015\/07\/11\/le-courrier-la-suisse-ne-nous-considere-pas-comme-des-etres-humains\/","title":{"rendered":"Le Courrier | \u00abLa Suisse ne nous consid\u00e8re pas comme des \u00eatres humains\u00bb"},"content":{"rendered":"<h2>L\u2019ex-collectif du Gr\u00fctli, d\u00e9sormais \u00e0 la salle du Faubourg, fait face \u00e0 de nouveaux d\u00e9fis pratiques et \u00e0 la torpeur estivale. Reportage.<\/h2>\n<p><em><strong>Article de Eric Lecoultre, publi\u00e9 dans Le Courrier, le 11 juillet 2015. Cliquez <a href=\"http:\/\/www.lecourrier.ch\/131234\/la_suisse_ne_nous_considere_pas_comme_des_etres_humains\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">hier<\/a> pour lire l&rsquo;article sur le site du Courrier.<\/strong><\/em><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<div class=\"node-body\">\n<p>Des dizaines de matelas sont align\u00e9s le long des hauts murs de la Salle du Faubourg. Quelques dormeurs les occupent encore. Ce jeudi matin, la vie du Collectif d\u2019occupation \u2013\u00a0ne l\u2019appelez plus du Gr\u00fctli\u00a0\u2013 se trouve plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 de la cuisine, ou quelques migrants prennent leur petit-d\u00e9jeuner en compagnie de militants. Certains sont assis sur une cage d\u2019escalier ext\u00e9rieure et fument leur cigarette. Le calme r\u00e8gne. Contrastant avec l\u2019effervescence de la Maison des Arts du Gr\u00fctli, le rythme dans ce nouveau lieu d\u2019h\u00e9bergement s\u2019est ralenti. Le conseiller d\u2019Etat Mauro Poggia et le directeur de l\u2019Hospice g\u00e9n\u00e9ral Christophe Girod, avec lesquels le collectif n\u00e9gocie depuis mi-juin, sont en vacances. D\u00e9sormais, les rassemblements publics ne se d\u00e9roulent plus que le jeudi soir, sur la plaine de Plainpalais.<\/p>\n<p>A la Salle du Faubourg, les consid\u00e9rations d\u2019ordre pratique ont quasiment pris le dessus pour le mouvement, d\u00e9sormais r\u00e9uni dans une association, \u00abTattastrophe\u00bb, pour la gestion du lieu. Chacun s\u2019occupe, ou erre, sans but pr\u00e9cis. \u00abNous voulons organiser des cours de fran\u00e7ais durant la journ\u00e9e, mais toutes les t\u00e2ches logistiques (les lessives, la gestion des repas, etc.) prennent \u00e9norm\u00e9ment de temps\u00bb, confie Pablo Cruchon, secr\u00e9taire de Solidarit\u00e9s. Une petite douche rudimentaire vient seulement d\u2019\u00eatre install\u00e9e la veille aux toilettes. Sur une petite table, une permanence juridique est assur\u00e9e par Julie et Luca, deux jeunes militants, notamment pour aider les requ\u00e9rants dans leur qu\u00eate pour l\u2019aide d\u2019urgence (lire ci-dessous).<\/p>\n<h3><strong>La vie dans un bunker<\/strong><\/h3>\n<p>Dans un espace peu cloisonn\u00e9, la cohabitation des quarante occupants demande des efforts quotidiens. Des tensions, notamment li\u00e9es \u00e0 la canicule, \u00e0 la promiscuit\u00e9 et \u00e0 la nourriture ont du \u00eatre r\u00e9gl\u00e9es. Un frigo sp\u00e9cial r\u00e9serve par exemple des repas jusqu\u2019au soir pour les pratiquants du ramadan. Or, depuis le d\u00e9part du Gr\u00fctli, o\u00f9 gestion de vie commune et action politique \u00e9taient m\u00eal\u00e9es, la pr\u00e9sence des militants, entre la plaine de Plainpalais et le lieu d\u2019h\u00e9bergement, doit \u00eatre r\u00e9organis\u00e9e. \u00abCes conditions ne sont pas favorables \u00e0 l\u2019accueil de personnes avec des parcours de vie difficiles, explique Pablo Cruchon. Nous sommes en train de nous suppl\u00e9er \u00e0 l\u2019action de l\u2019Etat qui se doit de fournir des prestations respectueuses de la dignit\u00e9 des personnes mais n\u2019assume pas ses responsabilit\u00e9s.\u00bb<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tout, les migrants tiennent \u00e0 leur combat et insistent sur la \u00absolidarit\u00e9\u00bb entre les membres du collectif. \u00abNous nous battons ensemble pour une cause juste, souligne Stephen*, un Nig\u00e9rian pr\u00e9sent depuis quinze mois en Suisse, dont trois dans un abri\u00a0PC. Pas juste pour nous, mais pour toutes les personnes qui vivent dans des bunkers.\u00bb Il rel\u00e8ve que la plupart des Genevois qu\u2019il a crois\u00e9s depuis le d\u00e9but de la lutte lui ont exprim\u00e9 du soutien. \u00abMais nous avons aussi rencontr\u00e9 quelques fascistes&#8230;\u00bb, pr\u00e9cise Amine*, un jeune Tunisien.<\/p>\n<p>Les conditions en abris\u00a0PC, Amine conna\u00eet bien, puisqu\u2019il y a pass\u00e9 pr\u00e8s de six mois. D\u2019un ton m\u00e9fiant, il explique qu\u2019en Suisse, \u00ables requ\u00e9rants ne sont pas consid\u00e9r\u00e9s comme des \u00eatres humains\u00bb, mais peine \u00e0 d\u00e9crire cet \u00e9pisode. \u00abIl faut le vivre pour le comprendre. Et pas juste deux ou trois semaines. Il faut y passer des mois. Personnellement, \u00e7a m\u2019a d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9. Maintenant je ressens de la haine.\u00bb<\/p>\n<h3><strong>L\u2019attente du futur voyage<\/strong><\/h3>\n<p>Un peu plus loin, Karim*, un Tunisien pr\u00e9sent en Suisse depuis quatre ans, finit son d\u00e9jeuner et donne davantage de d\u00e9tails: \u00abPendant huit mois, vous \u00eates avec quarante personnes dans des dortoirs. Les gens rentrent \u00e0 toute heure de la nuit et vous r\u00e9veillent. \u00c7a sent les pieds. Sur trois niveaux, les lits sont resserr\u00e9s. Plusieurs fois, je me suis tap\u00e9 la t\u00eate en me levant. L\u2019air est synth\u00e9tique et provoque de l\u2019asthme. Nous devons stopper cela.\u00bb Plusieurs migrants, autour de lui, insistent pour rappeler que la Suisse, \u00able pays le plus heureux du monde\u00bb, et le seul \u00e0 utiliser des bunkers pour leur h\u00e9bergement. \u00abOn remplace les rats\u00bb, l\u00e2che l\u2019un d\u2019entre eux.<\/p>\n<p>La plupart des migrants du collectif devraient, \u00e0 terme, \u00eatre renvoy\u00e9s dans leur pays ou vers leur premi\u00e8re destination europ\u00e9enne. Ils ne connaissent toutefois pas la date du voyage. Les journ\u00e9es sont longues. \u00abNous n\u2019avons pas grand-chose \u00e0 faire. Je rends parfois visite \u00e0 des amis ou vais me baigner dans le lac\u00bb, explique Karim. Ce commer\u00e7ant tunisien est arriv\u00e9 suite \u00e0 la r\u00e9volution de 2011 lors de laquelle son magasin a \u00e9t\u00e9 pill\u00e9 et br\u00fbl\u00e9. Accumulant les dettes, il a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 partir plut\u00f4t que de risquer la prison. Apr\u00e8s un bref passage en Italie, il a rejoint la Suisse, via Chiasso. \u00abIci, j\u2019ai pass\u00e9 mon permis de conduire. J\u2019ai travaill\u00e9 pour Gen\u00e8ve Roule et l\u2019Hospice g\u00e9n\u00e9ral. A Berne, ils m\u2019ont expliqu\u00e9 que mon probl\u00e8me \u00e9tait \u00e9conomique et m\u2019ont refus\u00e9 le visa. Je ne veux pas retourner en Tunisie. Je veux tenter d\u2019am\u00e9liorer ma situation ici.\u00bb<\/p>\n<p>*Pr\u00e9noms d\u2019emprunt<\/p>\n<\/div>\n<p><\/div><\/div>\n<blockquote>\n<h2>L\u2019\u00e9pop\u00e9e kafka\u00efenne de l\u2019aide d\u2019urgence<\/h2>\n<p>Le r\u00e9cit est digne de \u00abla maison qui rend fou\u00bb dans Les douze travaux d\u2019Ast\u00e9rix et Ob\u00e9lix. Il commence avec les premiers jours d\u2019occupation du Gr\u00fctli, alors que les migrants viennent tout juste de refuser leur transfert en abris\u00a0PC. Ils per\u00e7oivent normalement l\u2019aide d\u2019urgence aupr\u00e8s de l\u2019Hospice g\u00e9n\u00e9ral. Une somme de dix francs par jour, consid\u00e9r\u00e9e comme le minimum vital. Au d\u00e9but du mouvement, le collectif d\u00e9plore d\u00e9j\u00e0 que la plupart des migrants ne per\u00e7oivent plus cette prestation.<\/p>\n<p>Pour obtenir l\u2019aide d\u2019urgence, les requ\u00e9rants doivent se rendre au foyer des Tattes, leur dernier lieu d\u2019h\u00e9bergement. Probl\u00e8me: en leur annon\u00e7ant leur transfert en abris, l\u2019Hospice g\u00e9n\u00e9ral leur a \u00e9galement interdit de p\u00e9n\u00e9trer dans le p\u00e9rim\u00e8tre du centre d\u2019accueil verniolan. Deux migrants s\u2019y sont risqu\u00e9s pour r\u00e9cup\u00e9rer des affaires et ont \u00e9t\u00e9 interpel\u00e9s par la police pour violation de domicile. Ce point a \u00e9t\u00e9 soulev\u00e9 lors des discussions entre le collectif et le magistrat charg\u00e9 des affaires sociales, Mauro Poggia.<\/p>\n<p>La situation est toutefois demeur\u00e9e compliqu\u00e9e. Dov Gabba\u00ef, avocat qui d\u00e9fend plusieurs migrants et participe \u00e0 la permanence juridique du collectif, d\u00e9crit des \u00abtracasseries administratives hallucinantes\u00bb. Pri\u00e9s de se rendre \u00e0 un guichet de l\u2019Hospice g\u00e9n\u00e9ral au Bouchet, les migrants ont ensuite \u00e9t\u00e9 balad\u00e9s tour \u00e0 tour dans un abri PC pour r\u00e9cup\u00e9rer leur courrier, ou aupr\u00e8s de l\u2019Office cantonal de la population et des migrations (OCPM), \u00e0 Onex, pour faire attester leur changement d\u2019adresse \u00e0 la salle du Faubourg. Le tout, alors que le guichet n\u2019ouvre que les trois premiers jours de la semaine, de 10h \u00e0 12h. Les allers-retours se sont succ\u00e9d\u00e9s pendant plusieurs jours avant que l\u2019aide d\u2019urgence ne soit finalement octroy\u00e9e. \u00abCe sont les militants du collectif qui ont d\u00fb informer les migrants sur leurs droits, faute d\u2019informations claires de l\u2019Hospice g\u00e9n\u00e9ral. La mani\u00e8re de faire des autorit\u00e9s place des personnes vuln\u00e9rables face \u00e0 l\u2019adversit\u00e9 en les privant de leur unique ressource\u00bb, fustige l\u2019avocat.<\/p>\n<p>\u00abUne proc\u00e9dure tout \u00e0 fait normale et nous n\u2019allons pas la changer, r\u00e9pond Bernard Manguin, porte-parole de l\u2019Hospice g\u00e9n\u00e9ral. Tout changement d\u2019adresse doit \u00eatre inscrit \u00e0 l\u2019OCPM, ce qui est officiellement le cas depuis leur d\u00e9m\u00e9nagement \u00e0 la salle du Faubourg. La majorit\u00e9 de ces migrants peuvent se d\u00e9placer. Ils n\u2019ont pas grand-chose d\u2019autre \u00e0 faire durant la journ\u00e9e.\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<div class=\"node-body\"><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019ex-collectif du Gr\u00fctli, d\u00e9sormais \u00e0 la salle du Faubourg, fait face \u00e0 de nouveaux d\u00e9fis pratiques et \u00e0 la torpeur estivale. Reportage.<\/p>","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[160,342,155],"tags":[707,1159,1127,390],"ve_numero":[],"pays":[],"ve_type":[1061],"ve_action":[1050],"class_list":["post-23908","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualites","category-articles-de-presse","category-documentation","tag-bunker","tag-documentation","tag-geneve","tag-logement","ve_type-article-de-presse","ve_action-documentation"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23908","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=23908"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23908\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=23908"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=23908"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=23908"},{"taxonomy":"ve_numero","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/ve_numero?post=23908"},{"taxonomy":"pays","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/pays?post=23908"},{"taxonomy":"ve_type","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/ve_type?post=23908"},{"taxonomy":"ve_action","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/ve_action?post=23908"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}