{"id":33951,"date":"2016-08-17T07:26:15","date_gmt":"2016-08-17T05:26:15","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/?p=33951"},"modified":"2021-08-26T13:53:57","modified_gmt":"2021-08-26T11:53:57","slug":"jet-dencre-repenser-rapport-aux-migrants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/de\/2016\/08\/17\/jet-dencre-repenser-rapport-aux-migrants\/","title":{"rendered":"Jet d&rsquo;encre |\u00a0Repenser notre rapport aux migrants"},"content":{"rendered":"<p><em>Article de Victor Santos Rodriguez, publi\u00e9 sur le site Jet d&rsquo;encre, en ao\u00fbt 2016. Cliquez <a href=\"http:\/\/www.jetdencre.ch\/repenser-notre-rapport-aux-migrants\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">hier<\/a> pour lire l&rsquo;article sur le site Jet d&rsquo;encre.<\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-33954\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/JetEncre-1024x190.png\" alt=\"JetEncre\" width=\"1024\" height=\"190\" \/><\/p>\n<h4 class=\"categorie\"><div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/h4>\n<p>Les migrants nous font peur.<\/p>\n<p>Pourquoi? Car, par leur simple pr\u00e9sence sur notre sol, ils semblent menacer \u00e0 la fois ce que nous sommes et ce que nous avons. Venus d\u2019un Ailleurs par nature hostile, ils mettent en p\u00e9ril nos valeurs, nos coutumes, nos modes de vie. Dans leurs bagages, seules r\u00e9gression et d\u00e9solation. Ils nous obligent, au surplus, \u00e0 partager avec eux les fruits ch\u00e8rement cultiv\u00e9s de notre prosp\u00e9rit\u00e9; notre qualit\u00e9 de vie se r\u00e9duisant ainsi comme peau de chagrin au b\u00e9n\u00e9fice de la leur. En peu de mots, leur alt\u00e9rit\u00e9 dilue notre identit\u00e9, leur mis\u00e8re entame nos richesses mat\u00e9rielles.<\/p>\n<p>\u00c0 les regarder s\u2019entasser aux portes de nos forteresses jalousement gard\u00e9es, comment en effet ne pas se soucier de l\u2019avenir de nos soci\u00e9t\u00e9s,\u00a0si d\u2019aventure ils venaient \u00e0 y acc\u00e9der? Nul besoin de pousser trop loin notre imagination. Nombreux sont d\u00e9j\u00e0 les exemples de ces pourfendeurs de la s\u00e9dentarit\u00e9 qui ont eu l\u2019outrecuidance de passer les mailles du filet. Errant sur les longueurs de nos rues bien proprettes, d\u00e9figurant nos espaces publics, ils sont l\u00e0 au vu et au su de tous. Si inamicaux, si sales. Nous ne voulons pas les voir, nous tournons la t\u00eate. Ces malpropres sont obsc\u00e8nes jusque dans leur d\u00e9nuement\u00a0! Gare aux malheureux qui s\u2019en approcheraient de trop pr\u00e8s! La disgr\u00e2ce, c\u2019est contagieux, para\u00eet-il.<\/p>\n<p>Et pourtant. La diff\u00e9rence entre cet Autre abject et nous tient \u00e0 peu de chose\u00a0: la chance d\u2019\u00eatre n\u00e9 au bon endroit, au bon moment. Celle d\u2019avoir vu le jour sur les rives paisibles du L\u00e9man, et non point sous les bombes, les tirs ou les machettes, \u00e0 Bagdad, Sarajevo ou Kigali. Celle de ne jamais s\u2019\u00eatre demand\u00e9 si derri\u00e8re le cr\u00e9puscule viendra la prochaine aurore. Celle de consid\u00e9rer les besoins de base comme des acquis et pouvoir se concentrer sur les projets de vie. Si nous n\u2019avions pas joui de ces privil\u00e8ges de naissance, ne chercherions-nous pas, nous aussi, meilleure fortune ailleurs? Ce questionnement est essentiel. Et il convient de le garder \u00e0 l\u2019esprit. Peut-\u00eatre permettrait-il en effet d\u2019humaniser quelque peu le regard que nous portons sur les migrants\u2026 ou du moins de comprendre le fondement de la d\u00e9marche migratoire.<\/p>\n<p>La mobilit\u00e9 humaine nous est constamment pr\u00e9sent\u00e9e comme un probl\u00e8me, une anomalie, une d\u00e9viance par rapport \u00e0 la norme du \u00abchacun chez soi\u00bb. En r\u00e9alit\u00e9, de tout temps et en tout lieu, les flux migratoires ont non seulement exist\u00e9, mais ils n\u2019ont cess\u00e9 d\u2019enrichir les soci\u00e9t\u00e9s d\u2019accueil (1)<sup><a href=\"http:\/\/www.jetdencre.ch\/repenser-notre-rapport-aux-migrants#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><\/a><\/sup>. Il serait en ce sens illusoire de penser que la Suisse \u2013 ou d\u2019ailleurs tout autre pays \u2013 s\u2019est b\u00e2tie \u00e0 la seule force de ses nationaux, ses citoyens de \u00absouche\u00a0pure\u00bb, \u00e0 l\u2019abri des nuisances ext\u00e9rieures. Cette repr\u00e9sentation mythique ne r\u00e9siste gu\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9preuve factuelle. Si notre ch\u00e8re Helv\u00e9tie brille aujourd\u2019hui d\u2019un favorable \u00e9clat, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment aussi parce qu\u2019elle a su fleurir au contact des \u00e9trangers. Ces derniers apportent d\u2019innombrables contributions \u00e0 notre \u00e9difice commun, au premier rang desquelles figurent leur main-d\u2019\u0153uvre et savoir-faire, bien s\u00fbr, mais aussi leurs id\u00e9es, leur patrimoine culturel et la pluralit\u00e9 de perspectives qu\u2019ils nous offrent sur le monde.<\/p>\n<p>Et puis, \u00e0 bien y r\u00e9fl\u00e9chir, que signifie le \u00abchacun chez soi\u00bb? Les fronti\u00e8res \u00e9tatiques qui lui donnent corps aujourd\u2019hui sont des constructions largement artificielles, h\u00e9riti\u00e8res de trajectoires historiques faites de hasard, de relations de pouvoir et d\u2019arbitraire. En d\u2019autres termes, il n\u2019est aucunement \u00abnaturel\u00bb que la mobilit\u00e9 humaine \u00e0 l\u2019\u00e9chelle globale soit restreinte par des lignes de d\u00e9marcation. Sous pr\u00e9texte qu\u2019il s\u2019agirait du moyen le plus \u00abrationnel\u00bb d\u2019organiser notre pr\u00e9sence sur terre, l\u2019Homme en a d\u00e9cid\u00e9 ainsi (2)<sup><a href=\"http:\/\/www.jetdencre.ch\/repenser-notre-rapport-aux-migrants#_ftn2\" name=\"_ftnref2\"><\/a><\/sup>. Soit. Mais alors pourquoi un Europ\u00e9en peut-il se d\u00e9placer librement aux quatre coins de la plan\u00e8te, alors qu\u2019un Africain, sauf \u00e0 \u00eatre richissime, sera confin\u00e9 \u00e0 un espace limit\u00e9? Encore une question cardinale sur le plan \u00e9thique, dont la prise en consid\u00e9ration aurait, peut-\u00eatre, le m\u00e9rite de d\u00e9stabiliser nos sch\u00e9mas de pens\u00e9e d\u00e9fensifs \u00e0 l\u2019heure d\u2019appr\u00e9hender le rapport \u00e0 l\u2019Autre.<\/p>\n<p>Notre grande erreur, pour emprunter une image au philosophe helv\u00e9tique Johan Rochel (3)<sup><a href=\"http:\/\/www.jetdencre.ch\/repenser-notre-rapport-aux-migrants#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><\/a><\/sup>, c\u2019est d\u2019envisager la Suisse comme un g\u00e2teau de taille fixe. Plus il y aurait d\u2019\u00e9trangers, moins grande serait la part nous \u00e9tant destin\u00e9e. Or, les ph\u00e9nom\u00e8nes migratoires ne sauraient point r\u00e9pondre \u00e0 une logique de jeu \u00e0 somme nulle. Pour le dire autrement: le g\u00e2teau grandit \u00e0 mesure que les intelligences et les comp\u00e9tences se rencontrent (4)<sup><a href=\"http:\/\/www.jetdencre.ch\/repenser-notre-rapport-aux-migrants#_ftn4\" name=\"_ftnref4\"><\/a><\/sup>. Comme \u00e0 Riace, ce petit village d\u00e9sert\u00e9 de Calabre o\u00f9, sous l\u2019impulsion d\u2019un maire visionnaire, une v\u00e9ritable renaissance s\u2019est produite gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019apport majeur des r\u00e9fugi\u00e9s qui y ont \u00e9t\u00e9 accueillis (5)<sup><a href=\"http:\/\/www.jetdencre.ch\/repenser-notre-rapport-aux-migrants#_ftn5\" name=\"_ftnref5\"><\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>Fort de ce constat, et consid\u00e9rant que rien \u2013 pas m\u00eame les plus hauts murs! \u2013 ne peut contenir l\u2019aspiration au mouvement, la voie du repli et du d\u00e9ni est vou\u00e9e \u00e0 la faillite. Le bon sens commande alors un changement de paradigme: pourquoi ne pas envisager les migrants en tant qu\u2019opportunit\u00e9 plut\u00f4t que de les enfermer sans autre forme de proc\u00e8s dans leur condition de menace? Mettons fin \u00e0 cette pr\u00e9somption de culpabilit\u00e9! C\u2019est l\u00e0 le moyen le plus s\u00fbr d\u2019apporter les bonnes r\u00e9ponses aux multiples questions pos\u00e9es par la mobilit\u00e9 humaine.<\/p>\n<p>La peur doit c\u00e9der place \u00e0 la confiance d\u00e9termin\u00e9e.<\/p>\n<hr \/>\n<p>R\u00e9f\u00e9rences:<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.jetdencre.ch\/repenser-notre-rapport-aux-migrants#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><\/a>(1) Exception faite, \u00e9videmment, des entreprises coloniales, o\u00f9 pillages et extractions ont constitu\u00e9 la r\u00e8gle.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.jetdencre.ch\/repenser-notre-rapport-aux-migrants#_ftnref2\" name=\"_ftn2\"><\/a>(2) L\u2019Homme au sens de l\u2019humain, mais aussi du m\u00e2le, car les femmes ont historiquement \u00e9t\u00e9 exclues de la prise de d\u00e9cision. L\u2019\u00c9tat tel que nous le connaissons aujourd\u2019hui est ainsi avant tout une construction politique masculine.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.jetdencre.ch\/repenser-notre-rapport-aux-migrants#_ftnref3\" name=\"_ftn3\"><\/a>(3) ROCHEL, Johan, <em>La Suisse et l\u2019Autre<\/em>, Gen\u00e8ve, \u00c9ditions Statkine, 2015.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.jetdencre.ch\/repenser-notre-rapport-aux-migrants#_ftnref4\" name=\"_ftn4\"><\/a>(4) Il pourrait \u00eatre r\u00e9torqu\u00e9, \u00e0 raison, que le bien-\u00eatre global d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 ne cro\u00eet pas de mani\u00e8re lin\u00e9aire avec l\u2019arriv\u00e9e de migrants. Les capacit\u00e9s d\u2019accueil et les ressources sont par nature finies, et le succ\u00e8s d\u2019une entreprise migratoire repose largement sur les conditions-cadres sous lesquelles les migrants sont int\u00e9gr\u00e9s au tissu \u00e9conomique et social. Mais il est certain que dans l\u2019Europe vieillissante et embourgeois\u00e9e que nous connaissons aujourd\u2019hui, le potentiel de synergies mutuellement b\u00e9n\u00e9fiques pour les migrants et les soci\u00e9t\u00e9s d\u2019accueil est consid\u00e9rable et sous-exploit\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.jetdencre.ch\/repenser-notre-rapport-aux-migrants#_ftnref5\" name=\"_ftn5\"><\/a>(5) \u00ab<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=IID89Ppjhe8\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Riace, un village italien qui accueille les immigr\u00e9s<\/a>\u00bb, par l\u2019AFP, 1<sup>er<\/sup> juillet 2011.<\/p>\n<p>ALO\u00cfSE, Salvatore, \u00ab<a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/europe\/article\/2011\/04\/26\/dans-le-sud-de-l-italie-un-village-deserte-reprend-vie-en-accueillant-des-immigres_1512969_3214.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Dans le sud de l\u2019Italie, un village d\u00e9sert\u00e9 reprend vie en accueillant des immigr\u00e9s<\/a>\u00bb, <em>in LeMonde.fr<\/em>, 26 avril 2011.<\/p>\n<p>LE NIR, Anne, \u00ab<a href=\"http:\/\/www.rfi.fr\/europe\/20160402-riace-italie-modele-integration-migrants-domenico-lucano-fortune\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Riace, un mod\u00e8le d\u2019int\u00e9gration de migrants dans le sud de l\u2019Italie<\/a>\u00bb, in rfi.fr, 2 avril 2016.<\/p>\n<p><\/div><\/div><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les migrants nous font peur. 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