{"id":36065,"date":"2016-11-25T13:45:48","date_gmt":"2016-11-25T12:45:48","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/?p=36065"},"modified":"2021-08-26T13:52:44","modified_gmt":"2021-08-26T11:52:44","slug":"jet-dencre-cest-faisant-chemin-quon-trouve-chemin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/de\/2016\/11\/25\/jet-dencre-cest-faisant-chemin-quon-trouve-chemin\/","title":{"rendered":"Jet d&rsquo;encre |\u00a0\u00abC\u2019est en faisant le chemin, qu\u2019on trouve le chemin\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"accroche\"> Les gens laissent des traces, parfois fortes, parfois limpides. Ce qui est bien avec les histoires, c\u2019est qu\u2019elles nourrissent les souvenirs. Ce qui m\u2019inspire le plus dans la force humaine, c\u2019est cette capacit\u00e9 que nous avons \u00e0 nous alimenter les uns les autres, de par nos \u00e9changes.<\/span><\/p>\n<p><em>Billet de Gjulzade Caperllaku, publi\u00e9 sur le site de Jet d&rsquo;encre, le 20 novembre 2016. Cliquez <a href=\"http:\/\/www.jetdencre.ch\/cest-en-faisant-le-chemin-quon-trouve-le-chemin\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">hier<\/a> pour lire le billet sur le site de Jet d&rsquo;encre.<\/em><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<p>Plus je les regarde, ces colonnes de r\u00e9fugi\u00e9s retenus aux fronti\u00e8res, plus je me vois, moi, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de trois ans, l\u2019estomac nou\u00e9 et les yeux paniqu\u00e9s, de peur que le train ne parte sans mon p\u00e8re \u00e0 nos c\u00f4t\u00e9s. Ce souvenir est toujours aussi vif. Sur le quai de la gare de Ljubljana, je tenais la main de ma petite s\u0153ur et j\u2019avais peur. A cet \u00e2ge, on ne se souvient pas, pourtant. Puis, le destin a d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019on d\u00e9pose nos bagages et la suite de nos vies en Suisse. Avec la chance d\u2019\u00eatre arriv\u00e9s au bon moment de l\u2019histoire, \u00e0 l\u2019aube de l\u2019automne 1990, quelques mois avant que de violents conflits n\u2019\u00e9clatent dans les Balkans.<\/p>\n<p>R\u00e9fugi\u00e9s. Souvent pour fuir un quotidien devenu trop lourd, essayer de trouver une solution, r\u00e9apprendre \u00e0 respirer, les gens voyagent. Ils partent, larguent et cherchent refuge. Loin \u00e0 l\u2019\u00e9tranger ou bien alors au coin de ce caf\u00e9 habituel pour narguer le temps, juste l\u2019espace d\u2019un instant, afin de ne plus se situer dans la soci\u00e9t\u00e9. Se fondre dans le bruit, les parfums, les voix et ne devenir plus qu\u2019une partie du d\u00e9cor. Cependant, il s\u2019agit d\u2019une question de survie, et non plus de choix, lorsqu\u2019ils sont chass\u00e9s, pill\u00e9s ou bombard\u00e9s.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Maalouf_Desorientes.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright  wp-image-36066\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Maalouf_Desorientes.jpeg\" alt=\"maalouf_desorientes\" width=\"213\" height=\"320\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Maalouf_Desorientes.jpeg 333w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Maalouf_Desorientes-200x300.jpeg 200w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Maalouf_Desorientes-100x150.jpeg 100w\" sizes=\"auto, (max-width: 213px) 100vw, 213px\" \/><\/a>D\u00e9sorient\u00e9s. Cela me rappelle avoir lu cette phrase d\u2019Amin Maalouf dans son roman <em>Les D\u00e9sorient\u00e9s<\/em> qui dit: \u00abDe la disparition du pass\u00e9, on se console facilement; c\u2019est de la disparition de l\u2019avenir qu\u2019on ne se remet pas\u00a0\u00bb. Mes parents ont choisi de prendre le risque de partir, quitte \u00e0 ne plus revenir et ne plus retrouver les rues de leur enfance. Pour combler cet abandon, ont-ils renou\u00e9 avec la perspective de voir leurs enfants grandir sous un ciel libre? Certainement. Il faut une dose d\u2019espoir incommensurable, et du courage surtout. Se retrouver dans une \u00e9glise pour prier, loin des minarets d\u2019une mosqu\u00e9e, afin qu\u2019une demande d\u2019asile soit accord\u00e9e. Prendre la route. Partir pour un pays dont on ne conna\u00eet ni la langue, ni la culture, devenir d\u00e9pendants, en quelque sorte, des gens sur place pour trouver sa voie et reconstruire sa vie familiale, malgr\u00e9 le d\u00e9racinement. Continuer malgr\u00e9 le mal du pays, malgr\u00e9 tout. S\u2019int\u00e9grer \u00e0 une nouvelle collectivit\u00e9 sans oublier ses racines et, surtout, ne pas faire l\u2019erreur de les d\u00e9laisser, afin qu\u2019elles deviennent des richesses qu\u2019on l\u00e8guera \u00e0 ses enfants. Un h\u00e9ritage sans prix, certes, mais des valeurs qui se vivent.<\/p>\n<p>Par chance, la rencontre avec des personnes d\u2019une g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 sans mesure \u00e9tait au rendez-vous. D\u2019une certaine fa\u00e7on, il faut se ressembler pour se rencontrer. Se rejoindre \u00e0 la m\u00eame jonction afin que la circonstance porte un message. Une qu\u00eate de sens, d\u2019une part. Un soutien, d\u2019autre part. De chemins trac\u00e9s en chemins confondus, c\u2019est le clin d\u2019\u0153il du hasard dans le bazar des rues.<\/p>\n<p>Fille d\u2019immigr\u00e9s, je suis devenue une vraie citoyenne suisse. La Suisse, ce pays dont je fais l\u2019\u00e9loge lorsque je me retrouve avec mes amis expatri\u00e9s qui sont curieux de conna\u00eetre ma mani\u00e8re de consommer, de voter ou de trier mes d\u00e9chets, sans parler de ma vision de la culture du travail. Lorsque je voyage, il m\u2019habite. C\u2019est de lui dont je parle en premier aux personnes qui croisent ma route. Au terme de mes vir\u00e9es, il suffit que mes pieds atterrissent \u00e0 l\u2019a\u00e9roport de Z\u00fcrich ou de Gen\u00e8ve, pour me sentir \u00e0 la maison.<\/p>\n<p>Longtemps, j\u2019ai essay\u00e9 d\u2019expliquer ce terme de \u00abmaison\u00bb. D\u2019o\u00f9 suis-je, moi, enfant de la confusion des routes, dont ni le pr\u00e9nom, ni le nom, ni mes traits de visage ne comportent des reflets helv\u00e9tiques? Aujourd\u2019hui, je choisis de l\u2019imager plus loin que les fronti\u00e8res, au-del\u00e0 des langues que je parle et par-dessus toutes mes habitudes multiculturelles. J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de le faire grandir, dans mes plus intimes convictions. D\u00e9sormais, j\u2019aime le d\u00e9finir \u00e0 travers les liens, les piliers qu\u2019on parvient \u00e0 b\u00e2tir et les fondations qu\u2019on r\u00e9ussit \u00e0 ancrer par rapport \u00e0 une identit\u00e9 individuelle. Construire une maison est un projet sans fin. D\u00e8s lors, cette hypoth\u00e8se ne devrait-elle pas concerner nos relations aux autres par la m\u00eame occasion?<\/p>\n<p>Ainsi, au lieu de diviser, s\u00e9parer ou diff\u00e9rencier, apprenons plut\u00f4t \u00e0 partager, ouvrir nos portes et nous rassembler autour de la table de nos voisins pour comprendre ce qui fait de nous d\u2019\u00e9tranges \u00e9trangers. Rire de nos accents, pr\u00e9senter nos diff\u00e9rences et accueillir celles d\u2019autrui afin de mieux saisir notre monde actuel et, avant tout, cheminer, dans le but d\u2019apercevoir la source premi\u00e8re de notre raison d\u2019\u00eatre: notre humanit\u00e9.<\/p>\n<p><\/div><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les gens laissent des traces, parfois fortes, parfois limpides. Ce qui est bien avec les histoires, c\u2019est qu\u2019elles nourrissent les souvenirs. 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