{"id":43924,"date":"2017-10-30T15:51:36","date_gmt":"2017-10-30T14:51:36","guid":{"rendered":"https:\/\/asile.ch\/?p=43924"},"modified":"2021-02-26T11:02:02","modified_gmt":"2021-02-26T10:02:02","slug":"courrier-urgence-medicale-calabre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/de\/2017\/10\/30\/courrier-urgence-medicale-calabre\/","title":{"rendered":"Le Courrier | Urgence m\u00e9dicale en Calabre"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"accroche\">Le Sud de l\u2019Italie assume une prise en charge sanitaire des migrants sans pr\u00e9c\u00e9dent. La plupart d\u2019entre eux souffre de pathologies physiques et psychologiques lourdes. T\u00e9moignages.<\/span><\/p>\n<p><em>Article de Isabel Jan-Hess, publi\u00e9 le 27 octobre 2017 dans Le Courrier. Cliquez <a href=\"https:\/\/www.lecourrier.ch\/153779\/urgence_medicale_en_calabre\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">hier<\/a> pour lire l&rsquo;article sur le site du Courrier.<\/em><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<p>Il a 19 ans, sa voix est saccad\u00e9e. Il raconte son voyage vers l\u2019Europe avec une \u00e9motion sourde, les mots sortent lentement, \u00e0 mesure que les images lui reviennent. Isma\u00efl, comme des milliers d\u2019autres Africains est pass\u00e9 par les camps de d\u00e9tention en Libye avant d\u2019arriver en Calabre. Une terre d\u2019accueil o\u00f9 il tente de se reconstruire une vie sur des cendres.<\/p>\n<blockquote><p>\u00abJ\u2019ai cru mourir, j\u2019avais fui la C\u00f4te d\u2019Ivoire pour trouver la paix apr\u00e8s l\u2019incendie des terres de mon p\u00e8re et son assassinat. Mais c\u2019\u00e9tait pire, inimaginable, ce qu\u2019on a v\u00e9cu avec tous mes fr\u00e8res africains.\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Kidnapp\u00e9, r\u00e9duit en esclavage, Isma\u00efl \u00e9tait mineur et avait besoin de soins. \u00abJe souffrais de plusieurs hernies et d\u2019une perforation de l\u2019estomac, apr\u00e8s quelques semaines en Libye, je ne pouvais plus travailler. Alors ils me battaient et me vendaient \u00e0 d\u2019autres. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9 de Sabratha \u00e0 Benghazi en passant par des lieux dont je ne connaissais m\u00eame pas le nom.\u00bb Jusqu\u2019au jour o\u00f9, livide, \u00abil ne sert vraiment plus \u00e0 rien\u00bb et on l\u2019embarque presque mourant sur un bateau de fortune. Rep\u00each\u00e9 vivant, il sera finalement soign\u00e9 en Calabre o\u00f9 il reprend des forces.<\/p>\n<p><strong>Prise en charge m\u00e9dicale colossale<\/strong><\/p>\n<p>Son r\u00e9cit est celui de dizaines de miracul\u00e9s rencontr\u00e9s sur les routes de Calabre et de Sicile. Tous plus ou moins atteints dans leur sant\u00e9. Des s\u00e9quelles de tortures aux amputations en passant par la tuberculose, les atteintes psychologiques et la d\u00e9nutrition, la palette des pathologies est consid\u00e9rable. L\u2019Italie d\u00e9j\u00e0 submerg\u00e9e par des dizaines de milliers d\u2019arrivants \u00e0 h\u00e9berger chaque mois, paye aussi le prix fort en terme de prise en charge m\u00e9dicale. Le pays offre, en effet, l\u2019acc\u00e8s aux soins sans condition d\u2019urgence et sans frais aux migrants, y compris les prestations de sant\u00e9 mentale et d\u2019obst\u00e9trique. Si aucun chiffre officiel ne r\u00e9sume le co\u00fbt global des consultations, op\u00e9rations et th\u00e9rapies \u2013 souvent vitales \u2013 offertes aux personnes migrantes, il d\u00e9passerait largement le milliard d\u2019euros annuel. Et il s\u2019alourdit chaque ann\u00e9e, selon les professionnels de la sant\u00e9, soulag\u00e9s de voir des ONG voler au secours des institutions publiques en cr\u00e9ant des structures de prise en charge interm\u00e9diaires.<\/p>\n<p>M\u00e9decins du monde a, par exemple, offert plus de 1000 consultations aux migrants en Calabre l\u2019an dernier. En grande partie \u00e0 des mineurs non accompagn\u00e9s. La plupart des centres d\u2019accueil proposent des consultations offertes par des m\u00e9decins de la r\u00e9gion. M\u00e9decins sans fronti\u00e8res (MSF) sillonne l\u2019Italie depuis des ann\u00e9es avec un bus sanitaire et vient d\u2019ouvrir une clinique de suivi m\u00e9dical \u00e0 Catane en Sicile. \u00abLa majeure partie de ces gens arrivent en Europe avec des pathologies n\u00e9cessitant une hospitalisation ou un traitement m\u00e9dical d\u2019urgence, raconte Elisa Galli, responsable du projet de MSF \u00e0 Catane. Les h\u00f4pitaux sont surcharg\u00e9s et les patients ressortent sans pouvoir b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un suivi m\u00e9dical adapt\u00e9. C\u2019est tout le probl\u00e8me apr\u00e8s l\u2019urgence. La plupart ne poursuivent pas les traitements en sortant, car leur condition d\u2019h\u00e9bergement, souvent pr\u00e9caire ne le permet pas. Ils rechutent et reviennent \u00e0 l\u2019h\u00f4pital.\u00bb La clinique de MSF, ouverte en juillet accueille pour l\u2019heure, 16 hommes et 8 femmes, avec enfants parfois, pour des suivis m\u00e9dicaux individuels d\u2019environ un mois.<\/p>\n<p><strong>\u00abImpuissante, j\u2019ai vu mon b\u00e9b\u00e9 se d\u00e9battre dans l\u2019eau jusqu\u2019\u00e0 la mort\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Ici, les patients r\u00e9cup\u00e8rent de leur long et douloureux chemin d\u2019exil. Ils soignent leurs blessures physiques et psychologiques dans un cadre bienveillant. Marie est arriv\u00e9e fin septembre avec sa fille de 5 ans, apr\u00e8s une hospitalisation pour des br\u00fblures, s\u00e9quelles de maltraitance, et un lourd traumatisme. \u00abMa fille \u00e9tait aussi malade depuis des semaines en Libye\u00bb, ajoute cette maman encore boulevers\u00e9e par la mort de son petit gar\u00e7on. \u00abAymeric avait trois ans, impuissante je l\u2019ai vu se d\u00e9battre dans l\u2019eau jusqu\u2019\u00e0 la mort.\u00bb Elle s\u2019interrompt. Son regard se perd un instant dans le souvenir de ces images insoutenables. \u00abJ\u2019\u00e9tais d\u00e9chir\u00e9e entre l\u2019envie de le rejoindre pour mourir avec lui, emportant ma fille avec nous ou me battre pour elle.\u00bb En montant \u00e0 bord du bateau qui les a rep\u00each\u00e9 en mer avant le naufrage g\u00e9n\u00e9ral, cette Camerounaise de 36 ans d\u00e9couvre le corps de son enfant. \u00abMa fille m\u2019a dit ne pleure pas maman Aymeric n\u2019est pas mort, je l\u2019ai vu, il dort! J\u2019ai eu de l\u2019espoir, mais non&#8230;\u00bb MSF a coordonn\u00e9 l\u2019ensevelissement dans la r\u00e9gion de Syracuse et, depuis, Marie tente de se reconstruire ici avec sa fille. \u00abIl repose en paix, je dois tenir pour elle, lui offrir l\u2019avenir meilleur que je suis venu chercher ici pour eux.\u00bb<\/p>\n<p>Des centaines de t\u00e9moignages recueillis en Calabre et en Sicile attestent, s\u2019il le fallait encore, de la mis\u00e8re de certaines r\u00e9gions du sud de la plan\u00e8te. Si quelques rares Bangladais, Pakistanais, Irakiens ou Syriens ont \u00e9t\u00e9 crois\u00e9s en marge de ce reportage, la grande majorit\u00e9 des migrants arrivait d\u2019Afrique. A l\u2019exception des Erythr\u00e9ens et des Soudanais du sud, ils sont consid\u00e9r\u00e9s comme des migrants \u00e9conomiques et n\u2019obtiennent g\u00e9n\u00e9ralement pas les fameux documents leur permettant de poursuivre leur chemin en Europe. Charge alors, souvent, aux responsables de centres d\u2019accueil et aux avocats charg\u00e9s des recours de les aider \u00e0 plaider leur cause. \u00abCertains sont pers\u00e9cut\u00e9s en raison de leur religion, m\u00eame si officiellement il n\u2019y a pas de pers\u00e9cution de masse av\u00e9r\u00e9e dans leur pays, explique le responsable d\u2019un centre \u00e0 Lamezia Terme. D\u2019autres sont menac\u00e9s pour leur homosexualit\u00e9 ou leur appartenance \u00e0 une faction politique ou tribale. Autant d\u2019arguments qu\u2019il convient de mettre en avant dans leur demande, m\u00eame s\u2019il est souvent impossible d\u2019en apporter la preuve.\u00bb<\/p>\n<p><strong>\u00abIls finissent trop souvent dans la clandestinit\u00e9\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Des situations d\u00e9nonc\u00e9es depuis des ann\u00e9es par les ONG en contact avec ces personnes. \u00abLorsqu\u2019ils arrivent ici, ce ne sont plus des migrants \u00e9conomiques, mais des survivants, tous atteints dans leur sant\u00e9 et qui m\u00e9ritent protection et aide humanitaire\u00bb, mart\u00e8le Mathilde Auvillain, coordinatrice de SOS M\u00e9diterran\u00e9e \u00e0 Catane.<\/p>\n<p>Malheureusement, ils obtiennent rarement le statut de r\u00e9fugi\u00e9s et finissent encore trop souvent dans la clandestinit\u00e9. \u00abUne aberration qui co\u00fbte bien plus cher \u00e0 la collectivit\u00e9 qu\u2019un v\u00e9ritable travail d\u2019int\u00e9gration dans les pays europ\u00e9ens, qui manquent par ailleurs de main d\u2019\u0153uvre, insiste un collaborateur du <abbr class='c2c-text-hover' title='Hoher Fl\u00fcchtlingskommissar der Vereinten Nationen'>HCR<\/abbr>, impuissant face au flot quasi ininterrompu des arriv\u00e9es en Italie ces derni\u00e8res ann\u00e9es. \u00abOn a not\u00e9 une l\u00e9g\u00e8re baisse en ao\u00fbt, mais on est reparti de plus belle se d\u00e9sole-t-il. Et la plupart n\u2019obtiendront pas de papiers.\u00bb<\/p>\n<p><\/div><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Sud de l\u2019Italie assume une prise en charge sanitaire des migrants sans pr\u00e9c\u00e9dent. La plupart d\u2019entre eux souffre de pathologies physiques et psychologiques lourdes. 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