{"id":51436,"date":"2019-01-14T17:02:08","date_gmt":"2019-01-14T16:02:08","guid":{"rendered":"https:\/\/asile.ch\/?p=51436"},"modified":"2021-08-27T09:44:32","modified_gmt":"2021-08-27T07:44:32","slug":"cnrs-les-migrations-a-rebours-des-idees-recues","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/de\/2019\/01\/14\/cnrs-les-migrations-a-rebours-des-idees-recues\/","title":{"rendered":"CNRS | Les migrations \u00e0 rebours des id\u00e9es re\u00e7ues"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"accroche\">Le d\u00e9mographe Fran\u00e7ois H\u00e9ran bat en br\u00e8che nos id\u00e9es re\u00e7ues sur les migrations et explique \u00e0 CNRS Le Journal pourquoi, avec plus de 800 autres chercheurs, il appelle \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un Giec des migrations. Le chercheur \u00e9voque notamment la peur constante de l&rsquo;invasion qui peut se r\u00e9duire gr\u00e2ce aux donn\u00e9es statistiques. De m\u00eame, le rejet de l&rsquo;accueil de la soi-disant \u00ab\u00a0mis\u00e8re du monde\u00a0\u00bb se relativise lorsque l&rsquo;on sait qu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9 il faut poss\u00e9der un capital \u00e9conomique avant de pouvoir migrer. Finalement, Fran\u00e7ois H\u00e9ran \u00e9voque la cr\u00e9ation r\u00e9cente de l&rsquo;<a href=\"http:\/\/icmigrations.fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Institut Convergences Migrations<\/a>, qui f\u00e9d\u00e8re la recherche dans ce domaine, et publie r\u00e9guli\u00e8rement des donn\u00e9es destin\u00e9es au grand public au sein de sa rubrique intitul\u00e9e <a href=\"http:\/\/icmigrations.fr\/de-facto-2\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">De Facto<\/a>.<\/span><\/p>\n<p><em>L&rsquo;article \u00ab\u00a0Les migrations a rebours des id\u00e9es re\u00e7ues\u00a0\u00bb, r\u00e9dig\u00e9 par Laure Cailloce, a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 par <a href=\"https:\/\/lejournal.cnrs.fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">CNRS Le Journal<\/a>, le 10 d\u00e9cembre 2018. Retrouvez-le sur leur site avec de riches illustrations en cliquant <a href=\"https:\/\/lejournal.cnrs.fr\/articles\/les-migrations-a-rebours-des-idees-recues\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ici<\/a>.<br \/>\n<\/em><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<p><span class=\"intertitre\"><strong>Les migrations \u00e0 rebours des id\u00e9es re\u00e7ues<\/strong><\/span><\/p>\n<p>10.12.2018, par<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/lejournal.cnrs.fr\/auteurs\/laure-cailloce\">Laure Cailloce<\/a><\/p>\n<p>[caption id=\"attachment_51439\" align=\"aligncenter\" width=\"1198\"]<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-51439 size-full\" src=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/CNRS_heran_idees_recues_2018.jpg\" alt=\"\" width=\"1198\" height=\"575\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/CNRS_heran_idees_recues_2018.jpg 1198w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/CNRS_heran_idees_recues_2018-300x144.jpg 300w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/CNRS_heran_idees_recues_2018-150x72.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 1198px) 100vw, 1198px\" \/> Nayef Buteh and his wife, Feryal Jabur and their son, Arab, 8, after arriving at Detroit Metropolitan Airport in Michigan, Nov. 19, 2015. The family was granted refugee status close to two years after they left Syria for a refugee camp in Jordan. A tide of anti-refugee sentiment has shaken the large Syrian community in Detroit. *** Local Caption *** Migrants, demandeurs d&rsquo;asile, famille, bagages, aeroport, transport<br \/>NORTH AMERICA MICHIGAN IMMIGRATION REFUGEES SYRIA DISPLACED PERSONS HUMAN RIGHTS[\/caption]<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Vous \u00eates d\u00e9mographe, vous dirigez l&rsquo;Institut Convergences Migrations<a href=\"https:\/\/lejournal.cnrs.fr\/print\/2052#footnote1_rawah38\">1<\/a>, et vous avez pass\u00e9 la majeure partie de votre carri\u00e8re entre l\u2019Institut national d\u2019\u00e9tudes d\u00e9mographiques (Ined) et l\u2019Insee. Depuis quand travaillez-vous sur le sujet des migrations ?<\/strong><br \/>\n<strong>Fran\u00e7ois H\u00e9ran\u00a0:<\/strong> J\u2019ai d\u00e9couvert le sujet des migrations en 1976. Apr\u00e8s des \u00e9tudes de philosophie, j\u2019ai fait une th\u00e8se d\u2019anthropologie sur les transformations de la grande propri\u00e9t\u00e9 agraire en Andalousie depuis le XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, ce qui m\u2019a amen\u00e9 \u00e0 m\u2019int\u00e9resser aussi aux micropropri\u00e9taires qui vivaient en marge du syst\u00e8me et qui, \u00e0 cette \u00e9poque, \u00e9taient nombreux \u00e0 \u00e9migrer. J\u2019ai \u00e9tudi\u00e9 surtout les facteurs qui poussaient \u00e0 l\u2019\u00e9migration les habitants de huit villages de montagne, dans l\u2019arri\u00e8re-pays de la Costa del Sol. Ce que j\u2019ai d\u00e9couvert m\u2019a surpris : les plus pauvres, les analphab\u00e8tes, les charg\u00e9s de famille, migraient peu ou seulement au sein de la r\u00e9gion\u00a0; c\u2019\u00e9taient les plus instruits, les plus jeunes\u2026, qui migraient au loin, vers la France ou l\u2019Allemagne.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la chute du Mur de Berlin, des rumeurs persistantes annon\u00e7aient l\u2019arriv\u00e9e massive de migrants depuis l\u2019Est de l\u2019Europe. Mais on avait beau scruter les indicateurs, on ne voyait rien venir. Pour la premi\u00e8re fois, j\u2019ai touch\u00e9 du doigt le d\u00e9calage qui pouvait exister entre les craintes sur les migrations et la r\u00e9alit\u00e9 statistique.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque, peu de travaux existaient sur la migration, et les grands sociologues fran\u00e7ais comme Pierre Bourdieu, Raymond Boudon ou Alain Touraine ne l\u2019abordaient gu\u00e8re, si ce n\u2019est parfois \u00e0 travers le prisme de la pauvret\u00e9. On ne parlait d\u2019ailleurs pas d\u2019immigr\u00e9s mais d\u2019\u00e9trangers.<br \/>\nC\u2019est seulement \u00e0 partir de 1993, quand j\u2019ai pris la t\u00eate de la division des Enqu\u00eates et des \u00e9tudes d\u00e9mographiques de l\u2019Insee, que j\u2019ai retrouv\u00e9 le sujet des migrations, que je n\u2019ai plus quitt\u00e9 depuis\u00a0: mon \u00e9quipe \u00e9laborait les grands indices d\u00e9mographiques de la France\u00a0et notamment le solde migratoire. Notre travail n\u2019\u00e9tait pas simple \u00e0 l\u2019\u00e9poque. C\u2019\u00e9tait juste apr\u00e8s la chute du Mur de Berlin <em>(novembre 1989, NDLR)<\/em>, et des rumeurs persistantes annon\u00e7aient l\u2019arriv\u00e9e massive de migrants depuis l\u2019Est de l\u2019Europe. Pourtant, on avait beau scruter les indicateurs, on ne voyait rien venir. Pour la premi\u00e8re fois, j\u2019ai touch\u00e9 du doigt le d\u00e9calage qui pouvait exister entre les craintes sur les migrations et la r\u00e9alit\u00e9 statistique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Vous \u00e9voquez le d\u00e9calage qui existe entre la perception que l\u2019on peut avoir des mouvements migratoires et la r\u00e9alit\u00e9 des chiffres. Que nous disent aujourd\u2019hui les statistiques sur le ph\u00e9nom\u00e8ne des migrations dans le monde<\/strong>\u00a0<strong>?<\/strong><br \/>\n<strong>F. H.<\/strong>\u00a0<strong>:<\/strong> J\u2019aimerais rappeler ici la d\u00e9finition de l\u2019immigr\u00e9 retenue par l\u2019<a href=\"http:\/\/www.un.org\/fr\/index.html\">Organisation des Nations unies<\/a> [9] (ONU), l\u2019<a href=\"http:\/\/www.oecd.org\/fr\/\">Organisation de coop\u00e9ration et de d\u00e9veloppement \u00e9conomiques<\/a> [10] (OCDE) ou encore la Banque mondiale, qui produisent ces recensements internationaux\u00a0: les immigr\u00e9s qu\u2019un pays enregistre sur son sol \u00e0 un moment donn\u00e9 sont <em>\u00ab\u00a0les personnes n\u00e9es \u00e9trang\u00e8res \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, qui ont pass\u00e9 la fronti\u00e8re dans l\u2019intention de s\u2019installer dans le pays h\u00f4te pour une dur\u00e9e d\u2019au moins un an\u00a0\u00bb<\/em>. La seconde g\u00e9n\u00e9ration, n\u00e9e sur le sol du pays h\u00f4te, n\u2019est pas elle-m\u00eame immigr\u00e9e selon cette d\u00e9finition. Les immigr\u00e9s naturalis\u00e9s, en revanche, restent des immigr\u00e9s aux yeux des statisticiens.<\/p>\n<p>Les immigr\u00e9s repr\u00e9sentent aujourd\u2019hui 3,4% de la population mondiale. Cela veut dire que plus de 95% de la population mondiale n\u2019a pas boug\u00e9. On est loin du raz de mar\u00e9e d\u00e9crit par certains.<\/p>\n<p>Selon les derniers chiffres disponibles, on d\u00e9nombre aujourd\u2019hui pr\u00e8s de 260\u00a0millions de migrants dans le monde. C\u2019est 100\u00a0millions de plus qu\u2019en 1990, mais il faut se souvenir que la population mondiale n\u2019a cess\u00e9 de cro\u00eetre sur cette p\u00e9riode\u2026 En proportion, les immigr\u00e9s repr\u00e9sentaient 2,9\u00a0% de la population mondiale en 1990. Ils sont aujourd\u2019hui 3,4\u00a0%, ce qui est peu. On peut majorer ce chiffre \u00e0 4\u00a0% pour tenir compte de la migration non d\u00e9clar\u00e9e. Cela veut dire que plus de 95\u00a0% de la population mondiale n\u2019a pas boug\u00e9. On est donc loin du raz de mar\u00e9e d\u00e9crit par certains.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>De m\u00eame, l\u2019id\u00e9e selon laquelle ce sont les pauvres des pays du Sud qui fuient vers les pays riches du Nord serait \u00e0 nuancer fortement\u2026<\/strong><br \/>\n<strong>F. H.<\/strong>\u00a0<strong>:<\/strong> La fameuse phrase de Michel Rocard prononc\u00e9e en 1989 selon laquelle <em>\u00ab\u00a0on ne peut pas accueillir toute la mis\u00e8re du monde\u00a0\u00bb<\/em> continue de sonner comme un slogan, mais elle ne d\u00e9crit pas la r\u00e9alit\u00e9. Contrairement aux id\u00e9es re\u00e7ues, ce ne sont pas les populations des pays les plus pauvres, ceux o\u00f9 l\u2019on gagne en moyenne moins de 1005\u00a0dollars par an et par personne, qui migrent le plus. Car pour migrer, il faut un minimum de moyens. Ce sont les pays aux revenus \u00ab\u00a0moyens faibles\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0moyens \u00e9lev\u00e9s\u00a0\u00bb, selon les cat\u00e9gories de la Banque mondiale, qui migrent le plus, soit entre eux, soit vers les pays aux revenus \u00ab\u00a0\u00e9lev\u00e9s\u00a0\u00bb affichant en moyenne 12\u00a0000\u00a0dollars de revenus annuels par personne. Au final, on a relativement peu de migration directe des pays les plus pauvres vers les pays les plus riches. La m\u00e9taphore m\u00e9canique, qui voudrait que les flux de migrants s\u2019\u00e9coulent des contr\u00e9es pauvres vers les contr\u00e9es riches, ou des espaces surpeupl\u00e9s vers les espaces sous-peupl\u00e9s, ne d\u00e9crit aucunement la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Quels sont les principaux couloirs migratoires dans le monde aujourd\u2019hui<\/strong>\u00a0<strong>?<\/strong><br \/>\n<strong>F. H.<\/strong>\u00a0<strong>:<\/strong> Le plus important, de loin, est celui qui va du Mexique aux \u00c9tats-Unis\u00a0: 12\u00a0millions d\u2019immigr\u00e9s mexicains sont aujourd\u2019hui pr\u00e9sents sur le sol \u00e9tats-unien. Les \u00c9tats-Unis restent le pays le plus attractif au monde. Ils accueillent \u00e9galement des diasporas consid\u00e9rables de Chinois, Philippins, Indiens ou Portoricains.<\/p>\n<p>L\u2019Afrique subsaharienne migre assez peu en dehors du continent africain\u00a0: 75% de la migration subsaharienne reste cantonn\u00e9e \u00e0 la zone Afrique, tandis que 16% de cette migration seulement est recens\u00e9e en Europe.<\/p>\n<p>Autres grands couloirs, celui qui relie le Bangladesh \u00e0 l\u2019Inde, soit 3,3\u00a0millions de personnes, ou encore celui qui va de la Turquie vers l\u2019Allemagne et concerne 2,7\u00a0millions de personnes. En Asie, celui qui relie l\u2019Inde aux \u00c9mirats arabes unis repr\u00e9sente 2,2\u00a0millions de personnes et celui qui va de l\u2019Afghanistan vers l\u2019Iran 1,7\u00a0million de personnes. L\u2019Afrique n\u2019a qu\u2019un seul grand couloir migratoire : c\u2019est celui qui m\u00e8ne du Burkina Faso \u00e0 la C\u00f4te d\u2019Ivoire, avec 1,3\u00a0million de personnes. Et, contrairement aux autres continents, l\u2019Afrique subsaharienne migre assez peu en dehors du continent africain\u00a0: 75\u00a0% de la migration subsaharienne reste cantonn\u00e9e \u00e0 la zone Afrique, tandis que 16\u00a0% de cette migration seulement est recens\u00e9e en Europe.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Quelle est la situation migratoire en France<\/strong>\u00a0<strong>?<\/strong><br \/>\n<strong>F. H.<\/strong>\u00a0<strong>:<\/strong> La France est une terre d\u2019immigration depuis la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, ce qui fait de nous une exception au sein de l\u2019Europe. Au XIX<sup>e<\/sup>si\u00e8cle, en effet, les autres pays europ\u00e9ens \u00e9taient tous des terres d\u2019\u00e9migration, vers le Nouveau Monde notamment. Les Belges ou les Italiens au XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, suivis des Polonais \u00e0 partir des ann\u00e9es\u00a01930, des Espagnols, puis des Marocains et des Alg\u00e9riens d\u00e8s les ann\u00e9es\u00a01950 sont venus travailler dans nos fermes, nos usines, nos mines\u2026 Depuis la crise p\u00e9troli\u00e8re et l\u2019interdiction en 1974 de la migration de travail dans notre pays (sauf d\u00e9rogation), nous ne recevons plus d\u00e9sormais qu\u2019une migration aliment\u00e9e par les <a href=\"https:\/\/lejournal.cnrs.fr\/billets\/que-reste-t-il-de-la-declaration-universelle-des-droits-de-lhomme\">droits de l\u2019homme<\/a> [12]. Elle est li\u00e9e aux diff\u00e9rentes conventions internationales que nous avons sign\u00e9es, comme la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, qui \u00e9tablit qu\u2019un immigr\u00e9 a le droit d\u2019avoir sa famille aupr\u00e8s de lui, ou la Convention de Gen\u00e8ve sur le droit d\u2019asile. En France, moins de 10\u00a0% des\u00a0titres de s\u00e9jour sont d\u00e9livr\u00e9s chaque ann\u00e9e pour le motif du travail (soit\u00a020\u00a0000\u00a0titres en moyenne). Le reste se r\u00e9partit entre les \u00e9tudiants (90\u00a0000 par an), le regroupement familial et le mariage d\u2019un Fran\u00e7ais avec un non-national (90\u00a0000 par an), et enfin les personnes accueillies pour des raisons humanitaires (moins de 20\u00a0000 par an avant la crise ouverte en 2015). \u00c0 noter que ces chiffres sont rest\u00e9s stables depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es\u00a02000, contrairement \u00e0 l\u2019Allemagne, par exemple, o\u00f9 chaque crise migratoire \u2013\u00a0les guerres de l\u2019ex-Yougoslavie, le conflit du Kosovo, le conflit syrien\u2026 -, provoque une affluence spectaculaire de migrants que les Allemands s\u2019efforcent d\u2019accueillir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Depuis plusieurs ann\u00e9es, certains repr\u00e9sentants politiques fran\u00e7ais r\u00e9clament la mise en \u0153uvre, comme cela se fait au Canada, d\u2019une politique de quotas et d\u2019une immigration \u00ab<\/strong>\u00a0<strong>choisie<\/strong>\u00a0<strong>\u00bb. Est-ce r\u00e9alisable dans notre pays<\/strong>\u00a0<strong>?<\/strong><br \/>\n<strong>F. H.<\/strong>\u00a0<strong>:<\/strong> Contrairement \u00e0 la France, le Canada accueille une importante migration de travail\u00a0: 28\u00a0% des titres de s\u00e9jour sont attribu\u00e9s au titre du travail, auxquels s\u2019ajoutent 34\u00a0% de titres attribu\u00e9s d\u2019embl\u00e9e aux conjoints et aux enfants \u2013\u00a0soit 62\u00a0% de tous les titres de s\u00e9jour accord\u00e9s. Si le Canada s\u00e9lectionne en effet les personnes qu\u2019il accueille au titre du travail, c\u2019est sur une liste de crit\u00e8res (niveau de langue, niveau d\u2019\u00e9tudes, type d\u2019emploi recherch\u00e9\u2026) qui ne tient pas compte du pays d\u2019origine. Les Canadiens ne parlent d\u2019ailleurs pas de \u00ab\u00a0quotas \u00bb mais d\u2019\u00ab\u00a0objectifs \u00bb \u00e0 atteindre, fix\u00e9s \u00e0 des niveaux tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s : 300\u00a0000\u00a0entr\u00e9es par an, en moyenne. Rien \u00e0 voir avec l\u2019id\u00e9e de quotas agit\u00e9e par certains parlementaires fran\u00e7ais, qui y voient tout au contraire un plafond \u00e0 fixer au plus bas. C\u2019est un paradoxe\u00a0: les Canadiens s\u00e9lectionnent fortement la migration de travail, mais pour en accueillir cinq \u00e0 six fois plus que nous, compte tenu des diff\u00e9rences de population.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Revenons sur l\u2019accueil des r\u00e9fugi\u00e9s, qui divise l\u2019Europe depuis 2015 et le d\u00e9but de la \u00ab<\/strong>\u00a0<strong>crise migratoire<\/strong>\u00a0<strong>\u00bb. Quel en est le bilan en Europe, et en France en particulier<\/strong> <strong>?<\/strong><br \/>\n<strong>F. H.<\/strong>\u00a0<strong>:<\/strong> Si l\u2019on cumule les trois ann\u00e9es 2015-2016-2017, l\u2019Union europ\u00e9enne a accord\u00e9 le statut de r\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 un million de demandeurs d\u2019asile. Les deux pays qui ont accord\u00e9 le plus de statuts de r\u00e9fugi\u00e9s relativement \u00e0 la taille de leur population sont la Su\u00e8de (4\u00a0580\u00a0protections accord\u00e9es pour 1\u00a0million d\u2019habitants), et l\u2019Allemagne (3\u00a0740\u00a0protections pour 1\u00a0million d\u2019habitants), la moyenne europ\u00e9enne s\u2019\u00e9tablissant \u00e0 1\u00a0030 statuts de r\u00e9fugi\u00e9s accord\u00e9s pour 1\u00a0million d\u2019habitants. La France, pour sa part, s\u2019est content\u00e9e d\u2019accorder 510\u00a0protections pour 1\u00a0million d\u2019habitants, ce qui nous place au 17<sup>e<\/sup>\u00a0rang europ\u00e9en. Peut-\u00eatre avons-nous \u00e9t\u00e9 moins sollicit\u00e9s que d\u2019autres pays, me direz-vous\u2026 Pour le savoir, il faut regarder le taux d\u2019acceptation des demandes d\u2019asile en Europe sur ces trois ann\u00e9es. Il s\u2019\u00e9tablit \u00e0 53\u00a0% en moyenne pour l\u2019ensemble de l\u2019Europe, le maximum \u00e9tant atteint par les Pays-Bas (68\u00a0%) et le minimum par la Pologne (13\u00a0%). La France n\u2019a accept\u00e9 pour sa part que 25\u00a0% des demandes d\u2019asile d\u00e9pos\u00e9es, ce qui nous place au\u00a027<sup>e<\/sup>\u00a0rang europ\u00e9en. Certes, les Syriens repr\u00e9sentaient seulement 4\u00a0% des demandeurs d\u2019asile en France, contre 33\u00a0% en Allemagne, mais cette diff\u00e9rence ne suffit pas \u00e0 expliquer une position aussi basse dans le classement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>On le comprend, le sujet des migrations est plein de nuances et supporte mal les g\u00e9n\u00e9ralisations. Quel est selon vous le r\u00f4le de la recherche sur ces questions<\/strong>\u00a0<strong>?<\/strong><br \/>\n<strong>F. H.<\/strong>\u00a0<strong>:<\/strong> Le niveau de connaissance de la soci\u00e9t\u00e9 est tr\u00e8s faible sur les questions migratoires. Peu de nos concitoyens et de nos politiques savent par exemple que la France, proportionnellement \u00e0 sa population, accueille finalement tr\u00e8s peu de demandeurs d\u2019asile. Les taux d\u2019acceptation sont pourtant tir\u00e9s des donn\u00e9es d\u2019Eurostat, \u00e9tablies gr\u00e2ce aux chiffres communiqu\u00e9s officiellement par chaque pays\u00a0! Les chercheurs doivent unir leurs efforts pour \u00e9tablir les faits, en croisant leurs points de vue, qu\u2019ils soient g\u00e9ographes, sociologues, historiens, \u00e9conomistes, sp\u00e9cialistes en sant\u00e9 publique\u2026 C\u2019est l\u2019objectif de l\u2019<a href=\"http:\/\/icmigrations.fr\/\">Institut Convergences Migrations<\/a> [15] que je dirige depuis sa cr\u00e9ation, fin 2017, et qui f\u00e9d\u00e8re 280\u00a0chercheurs issus de 120\u00a0laboratoires diff\u00e9rents. Nous \u00e9changeons d\u2019ailleurs r\u00e9guli\u00e8rement avec les journalistes qui sont des maillons essentiels de cette diffusion de la connaissance. Nous venons \u00e9galement d\u2019ouvrir un nouvel espace sur notre site, baptis\u00e9 De facto, sur lequel nous publions d\u00e9sormais chaque mois des donn\u00e9es destin\u00e9es au grand public.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>La toute premi\u00e8re s\u00e9rie de donn\u00e9es, publi\u00e9e en novembre 2018 sur De Facto, est consacr\u00e9e au th\u00e8me tr\u00e8s sensible du retour dans le pays d\u2019origine<\/strong>. <strong>On y apprend que plus on ferme les fronti\u00e8res, plus le taux de retour des migrants diminue\u2026<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e de \u00ab\u00a0l\u2019appel d\u2019air\u00a0\u00bb cr\u00e9\u00e9 par une politique de visas trop g\u00e9n\u00e9reuse se r\u00e9v\u00e8le fausse\u00a0: la fermeture des fronti\u00e8res accro\u00eet le nombre des immigr\u00e9s au lieu de le r\u00e9duire, comme l\u2019a confirm\u00e9 il y a peu la grande enqu\u00eate europ\u00e9enne \u00ab\u00a0Migrations entre l\u2019Afrique et l\u2019Europe\u00a0\u00bb.<\/p>\n<ol start=\"1974\">\n<li><strong> H. :<\/strong> C\u2019est ce qui se passe depuis que l\u2019on a arr\u00eat\u00e9 la migration de travail, en 1974. Les migrants qui faisaient des allers-retours avec leur pays d\u2019origine ont eu peur de ne plus pouvoir revenir en France et ont commenc\u00e9 \u00e0 faire venir leur famille. Le regroupement familial s\u2019est consolid\u00e9 et a fix\u00e9 ces immigr\u00e9s sur notre sol. L\u2019id\u00e9e de \u00ab\u00a0l\u2019appel d\u2019air\u00a0\u00bb cr\u00e9\u00e9 par une politique de visas trop g\u00e9n\u00e9reuse se r\u00e9v\u00e8le donc fausse\u00a0: la fermeture des fronti\u00e8res accro\u00eet le nombre des immigr\u00e9s au lieu de le r\u00e9duire. Cela a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9 il y a peu par la grande enqu\u00eate europ\u00e9enne \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/mafeproject.site.ined.fr\/fr\/methodo\/design-general\/\">Migrations entre l\u2019Afrique et l\u2019Europe<\/a> [16]\u00a0\u00bb, men\u00e9e \u00e0 la fois dans les pays de d\u00e9part et dans les pays d\u2019arriv\u00e9e. Les chercheurs y montrent clairement que le taux de retour en Afrique des Africains a diminu\u00e9 depuis que l\u2019on a r\u00e9duit le nombre des visas.<\/li>\n<li><\/li>\n<\/ol>\n<p><strong>Vous souhaitez, avec d\u2019autres, la cr\u00e9ation d\u2019un Giec des migrations. Une premi\u00e8re r\u00e9union de travail est d\u2019ailleurs organis\u00e9e ce lundi 10<\/strong>\u00a0<strong>d\u00e9cembre \u00e0 Paris. De quoi s\u2019agit-il plus pr\u00e9cis\u00e9ment<\/strong>\u00a0<strong>?<\/strong><br \/>\n<strong>F. H.<\/strong>\u00a0<strong>:<\/strong> Ce sont trois chercheuses, Virginie Guiraudon<a href=\"https:\/\/lejournal.cnrs.fr\/print\/2052#footnote2_5a187hy\">2<\/a>, H\u00e9l\u00e8ne Thiollet<a href=\"https:\/\/lejournal.cnrs.fr\/print\/2052#footnote3_d87wafw\">3<\/a> et Camille Schmoll<a href=\"https:\/\/lejournal.cnrs.fr\/print\/2052#footnote4_z323kmg\">4<\/a>, qui sont \u00e0 l\u2019origine de cet appel relay\u00e9 par l\u2019Institut Convergences Migrations et sign\u00e9 par 800 sp\u00e9cialistes du domaine. L\u2019id\u00e9e est de constituer un groupe d\u2019experts europ\u00e9en et on l\u2019esp\u00e8re, \u00e0 terme, mondial, sur la question des migrations et de l\u2019asile. Vu la complexit\u00e9 des questions migratoires et la diversit\u00e9 des situations d\u2019un pays \u00e0 l\u2019autre, nous pensons qu\u2019il est n\u00e9cessaire de cr\u00e9er un r\u00e9seau de r\u00e9f\u00e9rence fort au niveau europ\u00e9en, pour r\u00e9pondre \u00e0 des questions simples. Par exemple, quel est le bilan de l\u2019accueil des demandeurs d\u2019asile en Europe\u00a0? Quel est le bilan de l\u2019int\u00e9gration\u00a0des immigr\u00e9s et comment mesurer celle-ci efficacement\u00a0? Que peut-on faire pour combler nos lacunes sur la mesure des migrations irr\u00e9guli\u00e8res ou sur leur ampleur. Nous voulons \u00e9galement \u00e9tudier la possibilit\u00e9 de lancer des exp\u00e9rimentations, notamment sur l\u2019effet d\u2019une politique de visas circulants, facilitant les allers-retours entre pays d\u2019accueil et pays d\u2019origine. Le d\u00e9fi est immense, car la politique migratoire rel\u00e8ve encore de la souverainet\u00e9 des \u00c9tats. &#x2666;<\/p>\n<p>Notes<\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/lejournal.cnrs.fr\/print\/2052#footnoteref1_rawah38\">1.<\/a> L\u2019Institut Convergences Migrations, cr\u00e9\u00e9 fin 2017, f\u00e9d\u00e8re 280 chercheurs issus de 120 laboratoires. <a href=\"http:\/\/icmigrations.fr\/\">http:\/\/icmigrations.fr\/<\/a> [15]<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/lejournal.cnrs.fr\/print\/2052#footnoteref2_5a187hy\">2.<\/a> Centre d&rsquo;\u00e9tudes europ\u00e9ennes et de politique compar\u00e9e (CNRS\/Sciences-Po Paris).<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/lejournal.cnrs.fr\/print\/2052#footnoteref3_d87wafw\">3.<\/a> Centre de recherches internationales (CNRS\/Sciences-Po Paris).<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/lejournal.cnrs.fr\/print\/2052#footnoteref4_z323kmg\">4.<\/a> G\u00e9ographie-cit\u00e9s (CNRS\/Univ. Paris-1 Panth\u00e9on Sorbonne\/Univ. Paris Diderot).<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>URL source:<\/strong> <a href=\"https:\/\/lejournal.cnrs.fr\/articles\/les-migrations-a-rebours-des-idees-recues\">https:\/\/lejournal.cnrs.fr\/articles\/les-migrations-a-rebours-des-idees-recues<\/a><\/p>\n<p><\/div><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le d\u00e9mographe Fran\u00e7ois H\u00e9ran bat en br\u00e8che nos id\u00e9es re\u00e7ues sur les migrations et explique \u00e0 CNRS Le Journal pourquoi, avec plus de 800 autres chercheurs, il appelle \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un Giec des migrations. Le chercheur \u00e9voque notamment la peur constante de l&rsquo;invasion qui peut se r\u00e9duire gr\u00e2ce aux donn\u00e9es statistiques. De m\u00eame, le &hellip; <a href=\"https:\/\/asile.ch\/de\/2019\/01\/14\/cnrs-les-migrations-a-rebours-des-idees-recues\/\">Continued<\/a><\/p>","protected":false},"author":8,"featured_media":51439,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[160,155,162],"tags":[1159,313,233],"ve_numero":[],"pays":[],"ve_type":[1073],"ve_action":[1050],"class_list":["post-51436","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualites","category-documentation","category-publications","tag-documentation","tag-prejuge","tag-statistiques","ve_type-rapport-recherche","ve_action-documentation"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/51436","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/users\/8"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=51436"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/51436\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/media\/51439"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=51436"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=51436"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=51436"},{"taxonomy":"ve_numero","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/ve_numero?post=51436"},{"taxonomy":"pays","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/pays?post=51436"},{"taxonomy":"ve_type","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/ve_type?post=51436"},{"taxonomy":"ve_action","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/ve_action?post=51436"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}