{"id":52767,"date":"2019-04-16T18:01:04","date_gmt":"2019-04-16T16:01:04","guid":{"rendered":"https:\/\/asile.ch\/?p=52767"},"modified":"2021-08-31T12:18:49","modified_gmt":"2021-08-31T10:18:49","slug":"aide-durgence-le-defi-des-soins-aux-deboutes-de-lasile-soigner-la-personne-et-sa-dignite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/de\/2019\/04\/16\/aide-durgence-le-defi-des-soins-aux-deboutes-de-lasile-soigner-la-personne-et-sa-dignite\/","title":{"rendered":"Aide d&rsquo;urgence | Le d\u00e9fi des soins aux d\u00e9bout\u00e9s de l&rsquo;asile. Soigner la personne et sa dignit\u00e9"},"content":{"rendered":"<div class=\"page\" title=\"Page 7\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p><span class=\"accroche\">L\u2019aide psychologique aux personnes migrantes repose \u00e0 la fois sur la n\u00e9cessit\u00e9 de soins, mais \u00e9galement de r\u00e9inscription dans un monde de liens et de sens. La guerre, l\u2019exil, la migration par les pertes et les changements qu\u2019ils occasionnent affectent le bien-\u00eatre des personnes qui doivent se reconstruire et donner un sens \u00e0 leur existence.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-52805\" src=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/AideDUrgenceSEM2Final-729x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"452\" height=\"635\"><\/p>\n<p>Jean-Claude M\u00e9traux, p\u00e9dopsychiatre et cofondateur d\u2019Appartenances, parle d\u2019un triple deuil \u00e0 surmonter: deuil de Soi (perte de celui que j\u2019\u00e9tais, que je voulais devenir), deuil de Toi (perte de mon environnement objets et personnes), deuil de sens (perte de mes appartenances). Si les ressources propres \u00e0 l\u2019individu et \u00e0 son entourage sont essentielles \u00e0 l\u2019accomplissement de cette t\u00e2che, l\u2019environnement social l\u2019est \u00e9galement. Ainsi, les durcissements successifs de la loi sur l\u2019asile dont la finalit\u00e9 est de rendre la Suisse moins attractive, de m\u00eame que le discours ambiant \u00e0 l\u2019\u00e9gard des demandeurs d\u2019asile qui en d\u00e9coule, ont un impact \u00e9norme sur les possibilit\u00e9s de surmonter ces deuils. Pr\u00e9carit\u00e9 et exclusion sociale deviennent trop souvent les cons\u00e9quences d\u2019une telle politique. L\u2019\u00e9quilibre psychique d\u00e9j\u00e0 en pleine reconstruction est alors malheureusement tr\u00e8s durement touch\u00e9.<\/p>\n<p><span class=\"intertitre\"><strong>L&rsquo;impact d&rsquo;une d\u00e9cision n\u00e9gative<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Jean Furtos, sp\u00e9cialiste des effets de la pr\u00e9carit\u00e9 sur le psychisme, d\u00e9crit une souffrance dont l\u2019origine est sociale et qui touche les personnes mises dans la marge. Celles qui se trouvent un jour d\u00e9bout\u00e9es de l\u2019asile subissent une p\u00e9joration de la situation d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s difficile qu\u2019elles vivaient jusque-l\u00e0. Il leur est ainsi signifi\u00e9 de quitter le droit d\u2019esp\u00e9rer obtenir un statut l\u00e9gal, une s\u00e9curit\u00e9 et un avenir. On pourrait dire, et c\u2019est souvent per\u00e7u de cette fa\u00e7on par les personnes qui le vivent, qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un mod\u00e8le qui produit de la d\u00e9saffiliation sociale. Le fait d\u2019\u00eatre mis hors du jeu social entra\u00eene le sentiment que le droit d\u2019exister est retir\u00e9. Concr\u00e8tement, toute une s\u00e9rie de portes se ferment: le droit de travailler, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 certains cours de langue, \u00e0 une aide sociale acceptable (l\u2019aide d\u2019urgence est en dessous du minimum vital). Pour renforcer encore un peu plus le sentiment de mal-\u00eatre, des obligations de se pr\u00e9senter au contr\u00f4le de la population passent \u00e0&nbsp; 1 fois par mois, voire \u00e0 quinzaine ou m\u00eame tous les jours pendant certaines p\u00e9riodes, entra\u00eenant une situation d\u2019angoisse permanente.<\/p>\n<p><span class=\"intertitre\"><strong>Recr\u00e9er du lien<\/strong><\/span><\/p>\n<p>En tant que soignants, nous nous retrouvons face \u00e0 des personnes qui, en plus des traumatismes et deuils \u00e0 g\u00e9rer, sont dans une forme de souffrance li\u00e9e \u00e0 leur exclusion de la communaut\u00e9 humaine. La violence symbolique et r\u00e9elle de ces mesures am\u00e8ne \u00e0 des incertitudes et \u00e0 la perte du sentiment de s\u00e9curit\u00e9. Les d\u00e9bout\u00e9s pr\u00e9sentent alors souvent une symptomatologie exacerb\u00e9e qui est la marque de cette souffrance due \u00e0 la rupture d\u2019une forme de lien et d\u2019existence sociale qui leur est d\u00e9ni\u00e9e, mais \u00e9galement \u00e0 la r\u00e9surgence de traumas plus ou moins contenus jusque-l\u00e0. Ainsi, les plaintes exprim\u00e9es, souvent de mani\u00e8re paradoxale, disent leurs besoins d\u2019\u00eatre rassur\u00e9s, de se sentir reli\u00e9s aux autres et r\u00e9-inclus dans une forme d\u2019humanit\u00e9. Les sentiments de col\u00e8re,de panique, de d\u00e9sespoir, de renfermement, de honte sont les t\u00e9moins d\u2019une forme d\u2019impuissance acquise (\u00ab \u00e0 force d\u2019\u00eatre rejet\u00e9,&nbsp; je finis par penser que je ne vaux rien, que je ne suis rien \u00bb) qui entra\u00eene une r\u00e9signation profonde ou une r\u00e9volte.<\/p>\n<p>Le d\u00e9fi qui s\u2019offre \u00e0 nous est de trouver le moyen d\u2019aller \u00e0&nbsp; la rencontre de ces personnes. Par notre statut professionnel, notre place dans la soci\u00e9te, nous nous trouvons dans le \u00ab camp \u00bb de ceux qui \u00e9dictent les lois et par l\u00e0 de ceux qui agressent. Il est donc n\u00e9cessaire de s\u2019en distancier, mais ce n\u2019est souvent pas suffisant. Encore faut-il montrer et faire preuve d\u2019une sinc\u00e9rit\u00e9 perceptible par l\u2019autre de notre sentiment de reconnaissance de leurs difficult\u00e9s, de ce qu\u2019ils traversent et de la souffrance que cela engendre pour eux.<\/p>\n<p><span class=\"intertitre\"><strong>Penser la rencontre<\/strong><\/span><\/p>\n<p>\u00catre accept\u00e9s par nos patients est indispensable, mais les obstacles \u00e0 relever sont multiples et peuvent durer ou se repr\u00e9senter tout au long du suivi.Il est donc important que le dispositif de soins pense ces rencontres, en plus des soins qui seront d\u00e9ploy\u00e9s (Bastin et al. 2016). Dans la continuit\u00e9 de travaux comme ceux de Fran\u00e7oise Sironi, sp\u00e9cialiste de l\u2019aide aux survivants de la torture, nous avons ainsi choisi de consid\u00e9rer les personnes que nous rencontrons comme les expertes de leur existence,porteuses de savoirs, de ressources, de richesses, mais aussi de besoins d\u00e9crits plus haut. Face aux sentiments d\u2019impuissance et d\u2019injustice que suscitent ces situations chez les patients et les soignants, la proposition de r\u00e9humaniser la rencontre permet de prendre le contre-pied \u00e0 la violence de la situation administrative. C\u2019est aussi le premier et indispensable pas pour imaginer la possibilit\u00e9 de traverser cette \u00e9preuve qu\u2019est l\u2019annonce et l\u2019attente d\u2019un renvoi sans date certaine d\u2019ex\u00e9cution.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>PHILIPPE KLEIN<br \/>\n<\/strong>Psychologue, Association Appartenances-Gen\u00e8ve<\/p>\n<h4>&gt; Pierre Bastin et al., \u00ab Entre asile et renvoi, la femme qui ne tenait plus debout \u00bb, <em>Psychoth\u00e9rapies<\/em> 2016\/3, p.173-178.<br \/>\n&gt; Jean Furtos et coll., Le syndrome d\u2019auto-exclusion, in <em>Les cliniques de la pr\u00e9carit\u00e9<\/em>, Contexte social, psychopathologie et dispositifs, Elsevier, Masson, 2008, p.118-133.<br \/>\n&gt; Jean-Claude M\u00e9traux,<em> La migration comme m\u00e9taphor<\/em>e, Paris, La Dispute, 2011.<br \/>\n&gt; Fran\u00e7oise Sironi, <em>Psychopathologie des violences collectives. Essai de psychologie ge\u00e9politique clinique<\/em>, Paris, Odile Jacob, 2007.<\/h4>\n<p style=\"text-align: left;\"><div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Der Verein <strong>Appartenances-Gen\u00e8ve<\/strong>, active dans les soins et la pr\u00e9vention aupr\u00e8s des personnes et familles migrantes, est \u00e0 la recherche de m\u00e9decin psychiatre afin de renforcer son \u00e9quipe soignante.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Annonce compl\u00e8te sur http:\/\/www.appartenances-ge.ch \/a-propos\/emplois\/<br \/>\nContact: &#x72;&#x68;&#x40;&#x61;&#x70;&#x70;&#97;&#114;&#116;&#101;nanc&#x65;&#x73;&#x2d;&#x67;&#x65;&#x2e;&#99;&#104; ou 022 781 02 05<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><\/div><\/div><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<h2><strong>Entre asile et renvoi, la femme qui ne tenait plus debout*<\/strong><\/h2>\n<p><strong>L\u2019impact d\u2019une d\u00e9cision de renvoi Dublin (<abbr class='c2c-text-hover' title='Das SEM erl\u00e4sst einen Nichteintretensentscheid (NEE), wenn einer der im Asylgesetz (AsylG) festgelegten Nichteintretensgr\u00fcnde vorliegt (z. B. gem\u00e4\u00df der Dublin-Verordnung).'>NEM<\/abbr> Dublin)<\/strong> sur l\u2019\u00e9tat psychique et physique d\u2019une dame ayant d\u00fb fuir l\u2019\u00c9rythr\u00e9e et l\u2019approche adopt\u00e9e quant \u00e0 sa prise en charge m\u00e9dicale est au c\u0153ur de l\u2019article \u00abEntre asile et renvoi, la femme qui ne tenait plus debout\u00bb.<\/p>\n<p>Pierre Bastin, Ariel Eytan et Javier Bartolomei y d\u00e9crivent comment la d\u00e9cision des autorit\u00e9s d\u00e9clenche une v\u00e9ritable chute physique chez cette patiente. Une chute qui traduit son \u00ab<strong>effondrement psychique face \u00e0 quelque chose de l\u2019ordre de l\u2019irrepr\u00e9sentable<\/strong>\u00bb. Pour elle, un renvoi vers la France est aussi violent que le serait un renvoi vers son pays d\u2019origine. Il symbolise \u00ab la <strong>non-reconnaissance, par une figure sens\u00e9e&nbsp; \u00eatre protectrice, du r\u00e9el danger repr\u00e9sente<\/strong>\u00bb. L\u2019\u00e9tat d\u00e9pressif s\u00e9v\u00e8re est diagnostiqu\u00e9 avec un risque de suicide. Menac\u00e9s dans son pays d\u2019origine, la femme a \u00e9t\u00e9 agress\u00e9e, s\u00e9questr\u00e9e&nbsp; et viol\u00e9e par ses employeurs: elle parvient \u00e0 leur \u00e9chapper, lors de vacances en France et rejoint un proche en Suisse. Elle n\u2019y est pas identifi\u00e9e \u00e0 temps comme victime de traite des femmes, selon sa mandataire. Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette d\u00e9tresse et \u00e0 ce \u00abcri du corps\u00bb, l\u2019\u00e9quipe soignante conviendra de recr\u00e9er autour de la patiente un \u00abespace\u00bb rassurant, r\u00e9confortant, y compris physique. \u00abNous convenons de doucement la relever, de faire quelques pas avec elle, en l\u2019entourant et en \u00e9voquant le groupe de soignants que nous sommes, qui peut pour l\u2019instant la porter\u00bb. Les entretiens visent aussi \u00e0 lui permettre de rassembler ses forces et ressources. Une v\u00e9ritable am\u00e9lioration ne sera perceptible qu\u2019une fois \u00e9loign\u00e9e la perspective du renvoi.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>SOPHIE MALKA<\/strong><\/p>\n<p>* Pierre Bastin et al., \u00abEntre asile et renvoi, la femme qui ne tenait plus debout\u00bb, <em>Psychoth\u00e9rapies<\/em> 2016\/3.<br \/>\n<\/div><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019aide psychologique aux personnes migrantes repose \u00e0 la fois sur la n\u00e9cessit\u00e9 de soins, mais \u00e9galement de r\u00e9inscription dans un monde de liens et de sens. 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