{"id":55624,"date":"2019-11-07T15:17:01","date_gmt":"2019-11-07T14:17:01","guid":{"rendered":"https:\/\/asile.ch\/?p=55624"},"modified":"2024-10-01T11:59:12","modified_gmt":"2024-10-01T09:59:12","slug":"transnational-institute-le-business-de-ledification-des-murs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/de\/2019\/11\/07\/transnational-institute-le-business-de-ledification-des-murs\/","title":{"rendered":"Transnationales Institut | Das Gesch\u00e4ft mit dem Mauerbau"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"accroche\">Alors que l&rsquo;on c\u00e9l\u00e8bre un peu partout les trente ans de la chute du mur de Berlin, le&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.TNI.org\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Transnational Institute<\/a>&nbsp;explore dans un&nbsp;rapport d\u00e9taill\u00e9 et document\u00e9 le business de l\u2019\u00e9dification de murs ayant pour but d&#8217;emp\u00eacher r\u00e9fugi\u00e9s et personnes migrantes d&rsquo;entrer sur le territoire europ\u00e9en. Il souligne l&rsquo;augmentation consid\u00e9rable des d\u00e9penses publiques par l&rsquo;Union europ\u00e9enne et ses&nbsp;\u00c9tats membres&nbsp;dans la s\u00e9curit\u00e9 des fronti\u00e8res, dont les b\u00e9n\u00e9ficiaires sont des&nbsp;entreprises du BTP, de transport maritime et armement ainsi que des soci\u00e9t\u00e9s informatiques sp\u00e9cialis\u00e9es dans la s\u00e9curit\u00e9. La valeur de ce march\u00e9 \u00e9tait estim\u00e9e \u00e0 environ 17,5 milliards d\u2019euros en 2018, et la croissance annuelle attendue pour les ann\u00e9es \u00e0 venir est d\u2019au moins 8 %. Le rapport nomme les soci\u00e9t\u00e9s impliqu\u00e9es dans ce business, les montants impliqu\u00e9s dans chaque secteur. Il rel\u00e8ve \u00e9galement les montants investis par certaines multinationales&nbsp;dans le lobbying intense aupr\u00e8s des instances politiques et l\u00e9gislatives&nbsp;en mettant en avant le discours selon lequel la migration est avant tout une menace de la s\u00e9curit\u00e9 qui doit \u00eatre combattue par des moyens militaires et s\u00e9curitaires. En entrant dans ce jeu, les d\u00e9cideurs europ\u00e9ens participent \u00e0 un commerce mortel rappelle le rapport en conclusion qui appelle politiciens et chefs d&rsquo;entreprises \u00e0 se tourner vers d&rsquo;autres choix. <\/span><\/p>\n<blockquote><p>Cet \u00e9tat des choses n\u2019est pas in\u00e9vitable. Il d\u00e9coule des d\u00e9cisions politiques prises par l\u2019UE et ses \u00c9tats membres et des d\u00e9cisions des entreprises de tirer profit de ces politiques. Rares sont celles qui prennent position, comme le fabricant allemand de barbel\u00e9s Mutinox qui a d\u00e9clar\u00e9 en 2015 qu\u2019il ne vendrait pas ses produits au gouvernement hongrois pour le motif suivant : \u00ab Les barbel\u00e9s sont con\u00e7us pour emp\u00eacher des actes criminels, tels qu\u2019un cambriolage. Des r\u00e9fugi\u00e9s enfants et adultes ne sont pas des criminels. \u00bb Il est temps que d\u2019autres politiciens et chefs d\u2019entreprise reconnaissent cette m\u00eame v\u00e9rit\u00e9 : \u00e9riger des murs contre les populations les plus vuln\u00e9rables porte atteinte aux droits de l\u2019homme et constitue un acte immoral qui sera s\u00e9v\u00e8rement condamn\u00e9 par l\u2019histoire. Trente ans apr\u00e8s la chute du mur de Berlin, il est grand temps que l\u2019Europe abatte ses nouveaux murs.<\/p><\/blockquote>\n<p><i>Le rapport est sign\u00e9 Mark Akkerman. Ci-dessous la synth\u00e8se en fran\u00e7ais du rapport et une vid\u00e9o de pr\u00e9sentation \u00e0 retrouver <\/i><strong style=\"font-style: italic;\"><a href=\"https:\/\/www.tni.org\/en\/businessbuildingwalls\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ici.<\/a><\/strong><i> Le <\/i><a style=\"font-style: italic;\" href=\"https:\/\/www.tni.org\/files\/publication-downloads\/business_of_building_walls_-_full_report.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">rapport complet est en anglais<\/a><i>&nbsp;publi\u00e9 par le&nbsp;<\/i><a style=\"font-style: italic;\" href=\"http:\/\/www.TNI.org\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Transnational Institute<\/a><i>, <\/i><a style=\"font-style: italic;\" href=\"http:\/\/www.stopwapenhandel.org\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Stop Wapenhandel<\/a><i> und die <\/i><a style=\"font-style: italic;\" href=\"http:\/\/www.centredelas.org\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Centre Del\u00e0s<\/a><i>&nbsp;peut \u00eatre t\u00e9l\u00e9charg\u00e9 <\/i><a style=\"font-style: italic;\" href=\"https:\/\/www.tni.org\/files\/publication-downloads\/business_of_building_walls_-_full_report.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ici.<\/a><i>&nbsp;Les synth\u00e8ses existent \u00e9galement<\/i><a style=\"font-style: italic;\" href=\"https:\/\/www.tni.org\/files\/publication-downloads\/buildingwalls-executive-summary-web.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">&nbsp;en anglais,&nbsp;<\/a><a style=\"font-style: italic;\" href=\"https:\/\/www.tni.org\/files\/publication-downloads\/ledificationdemurs-synthese-web.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">espagnol.<\/a><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/CAuv1QyP8l0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\" width=\"560\" height=\"315\" frameborder=\"0\"><\/iframe><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<p><strong>Trente ans apr\u00e8s la chute du mur de Berlin, l\u2019Europe est de nouveau c\u00e9l\u00e8bre pour les murs qu\u2019elle \u00e9rige \u00e0 ses fronti\u00e8res. Cette fois, ce n\u2019est pas tant l\u2019id\u00e9ologie qui la divise, mais la peur des r\u00e9fugi\u00e9s et des migrants, qui font pourtant partie des personnes les plus vuln\u00e9rables au monde.<\/strong><\/p>\n<p>Qui a bris\u00e9 le r\u00eave d\u2019une Europe plus ouverte ? Quelle est l\u2019origine de cette nouvelle \u00e8re de murs ? Les causes sont multiples : entre autres, les d\u00e9placements de population en nombre croissant caus\u00e9s par les conflits, la r\u00e9pression et l\u2019appauvrissement ; l\u2019essor des politiques s\u00e9curitaires apr\u00e8s le 11 septembre ; l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique et sociale ressentie en Europe apr\u00e8s la crise financi\u00e8re de 2008. Cependant, <strong>un groupe a tout \u00e0 gagner de l\u2019\u00e9dification de nouveaux murs : les entreprises qui les construisent<\/strong>. Leur influence dans l\u2019instauration d\u2019un monde de murs m\u00e9rite un examen plus approfondi.<\/p>\n<p>Ce rapport explore le business de l\u2019\u00e9dification de murs, qui a \u00e0 la fois aliment\u00e9 et b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une <strong>augmentation consid\u00e9rable des d\u00e9penses publiques<\/strong> pour la s\u00e9curit\u00e9 des fronti\u00e8res par l\u2019Union Europ\u00e9enne (UE) et ses \u00c9tats membres. Certaines entreprises b\u00e9n\u00e9ficiaires sont des<strong> multinationales qui profitent d\u2019un march\u00e9 international de la s\u00e9curit\u00e9 des fronti\u00e8res, dont la valeur \u00e9tait estim\u00e9e \u00e0 environ 17,5 milliards d\u2019euros en 2018, et dont la croissance annuelle attendue pour les ann\u00e9es \u00e0 venir est d\u2019au moins 8 %.<\/strong><\/p>\n<p>Il est important de regarder \u00e0 la fois au-del\u00e0 et derri\u00e8re les murs et cl\u00f4tures de l\u2019Europe. <strong>Les v\u00e9ritables obstacles \u00e0 la migration actuelle ne sont pas tant les cl\u00f4tures, mais la vaste gamme de technologies qui les soutiennent<\/strong>, des syst\u00e8mes de radar aux drones, cam\u00e9ras de surveillance et syst\u00e8mes de reconnaissance d\u2019empreintes digitales biom\u00e9triques. En outre, les murs les plus dangereux d\u2019Europe ne sont pas physiques, ni terrestres. Les bateaux, avions et drones utilis\u00e9s pour surveiller la M\u00e9diterran\u00e9e ont cr\u00e9\u00e9 un mur maritime et un cimeti\u00e8re pour les milliers de migrants et r\u00e9fugi\u00e9s qui n\u2019ont aucun droit de passage pour acc\u00e9der \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 ou demander l\u2019asile.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-large wp-image-55647\" src=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/buildingwalls-1024x724.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"724\"><\/p>\n<p>Cela vide de tout sens les d\u00e9clarations de la Commission europ\u00e9enne selon lesquelles elle ne finance pas les murs et les cl\u00f4tures. Le porte-parole de la Commission, Alexander Winterstein, par exemple, lorsqu\u2019il a rejet\u00e9 la demande de la Hongrie pour se faire rembourser la moiti\u00e9 des frais d\u2019installation de cl\u00f4tures sur ses fronti\u00e8res avec la Croatie et la Serbie, a d\u00e9clar\u00e9 : \u00ab Nous soutenons les mesures de gestion des fronti\u00e8res aux fronti\u00e8res externes. Ces mesures peuvent comprendre la surveillance, les \u00e9quipements de contr\u00f4le des fronti\u00e8res&#8230; Mais nous ne finan\u00e7ons pas les cl\u00f4tures. \u00bb En d\u2019autres termes, la Commission est pr\u00eate \u00e0 financer tout ce qui consolide une fronti\u00e8re, \u00e0 condition que cela ne s\u2019apparente pas \u00e0 la construction de murs.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sent rapport fait suite \u00e0 <em>Building Walls \u2013 Fear and securitization in the European Union<\/em>, co-publi\u00e9 en 2018 avec le Centre Del\u00e0s et Stop Wapenhandel, qui a identifi\u00e9 puis mesur\u00e9 les murs qui quadrillent l\u2019Europe. Ce nouveau rapport est ax\u00e9 sur les entreprises \u00e0 qui profite l\u2019\u00e9dification de trois types de murs en Europe :<\/p>\n<p>\u2022 les entreprises de BTP charg\u00e9es d\u2019\u00e9riger les murs physiques construits par les \u00c9tats membres de l\u2019UE et l\u2019espace Schengen, en collaboration avec les entreprises sp\u00e9cialis\u00e9es dans la s\u00e9curit\u00e9 et les technologies, qui fournissent les technologies, \u00e9quipements et services associ\u00e9s ;<\/p>\n<p>\u2022 les entreprises de transport maritime et d\u2019armement qui fournissent les bateaux, les avions, les h\u00e9licopt\u00e8res, les drones qui constituent les murs maritimes de l\u2019Europe pour tenter de contr\u00f4ler les flux migratoires dans la M\u00e9diterran\u00e9e, notamment les op\u00e9rations de Frontex, l\u2019op\u00e9ration Sophia et l\u2019op\u00e9ration italienne Mare Nostrum ;<\/p>\n<p>\u2022 et les entreprises sp\u00e9cialis\u00e9es dans l\u2019informatique et la s\u00e9curit\u00e9 charg\u00e9es de d\u00e9velopper, d\u2019ex\u00e9cuter, d\u2019\u00e9tendre et de maintenir les syst\u00e8mes de l\u2019UE qui contr\u00f4lent le mouvement des personnes, tels que SIS II (Schengen Information System) et EES (Entry\/Exit Scheme), qui constituent les murs virtuels de l\u2019Europe.<\/p>\n<p><strong>DES BUDGETS FLORISSANTS<\/strong><\/p>\n<p>Le flot d\u2019argent des contribuables aux b\u00e2tisseurs de murs a \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement lucratif et ne cesse d\u2019augmenter. Le rapport r\u00e9v\u00e8le que depuis la fin de la guerre froide, les entreprises ont profit\u00e9 des b\u00e9n\u00e9fices d\u2019au moins 900 millions d\u2019euros de d\u00e9penses des pays de l\u2019UE dans les murs physiques et les cl\u00f4tures. Avec les donn\u00e9es partielles (en port\u00e9e et en ann\u00e9es), les co\u00fbts r\u00e9els atteindront au moins 1 milliard d\u2019euros. En outre, les entreprises qui fournissent la technologie et les services accompagnant<br \/>\nles murs ont \u00e9galement b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un flot constant de financement de la part de l\u2019UE, en particulier le Fonds pour les fronti\u00e8res ext\u00e9rieures (1,7 milliard d\u2019euros, 2007-2013) et le Fonds pour la s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure-Fronti\u00e8res (2,76 milliards d\u2019euros, 2014-2020).<\/p>\n<p>Les d\u00e9penses de l\u2019UE dans les murs maritimes ont atteint au moins 676,4 millions d\u2019euros entre 2006 et 2017 (dont 534 millions ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9pens\u00e9s par Frontex, 28,4 millions par l\u2019UE dans l\u2019op\u00e9ration Sophia et 114 millions par l\u2019Italie dans l\u2019op\u00e9ration Mare Nostrum) et seraient bien sup\u00e9rieures si l\u2019on incluait toutes les op\u00e9rations des garde-c\u00f4tes nationaux de la M\u00e9diterran\u00e9e.<br \/>\nAu moins 999,4 millions d\u2019euros dont \u00e9t\u00e9 d\u00e9pens\u00e9s au total dans les murs virtuels de l\u2019Europe entre 2000 et 2019. Toutes ces estimations sont partielles car les murs sont financ\u00e9s par diff\u00e9rents m\u00e9canismes et les donn\u00e9es manquent de transparence.<\/p>\n<p>Cette explosion des budgets des fronti\u00e8res va se poursuivre. Dans le cadre de son budget pour le prochain cycle budg\u00e9taire de l\u2019Union europ\u00e9enne (2021\u20132027), la Commission europ\u00e9enne a attribu\u00e9 8,02 milliards d\u2019euros \u00e0 son fonds de gestion int\u00e9gr\u00e9e des fronti\u00e8res (2021-2027), 11,27 milliards \u00e0 Frontex (dont 2,2 milliards seront utilis\u00e9s pour l\u2019acquisition, la maintenance et l\u2019exploitation de moyens a\u00e9riens, maritimes et terrestres) et au moins 1,9 milliards d\u2019euros de d\u00e9penses totales (2000-2027) \u00e0 ses bases de donn\u00e9es d\u2019identification et Eurosur (le syst\u00e8me europ\u00e9en de surveillance des fronti\u00e8res).<\/p>\n<p><strong>LES PRINCIPAUX ACTEURS DU SECTEUR DE L\u2019ARMEMENT<\/strong><\/p>\n<p>Trois g\u00e9ants europ\u00e9ens du secteur de la d\u00e9fense et de la s\u00e9curit\u00e9 jouent un r\u00f4le crucial dans les diff\u00e9rents types de fronti\u00e8res de l\u2019Europe. Il s\u2019agit de Thales, Leonardo et Airbus.<\/p>\n<p>\u2022 Thales est une entreprise fran\u00e7aise sp\u00e9cialis\u00e9e dans l\u2019armement et la s\u00e9curit\u00e9, bien implant\u00e9e aux Pays-Bas, qui produit des syst\u00e8mes de radar et de capteur utilis\u00e9s par de nombreux navires de la s\u00e9curit\u00e9 des fronti\u00e8res. Les syst\u00e8mes Thales ont par exemple \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s par les navires n\u00e9erlandais et portugais d\u00e9ploy\u00e9s dans les op\u00e9rations de Frontex. Thales produit \u00e9galement des syst\u00e8mes de surveillance maritime pour drones et travaille actuellement \u00e0 d\u00e9velopper une infrastructure de surveillance des fronti\u00e8res pour Eurosur, qui permette de suivre et contr\u00f4ler les r\u00e9fugi\u00e9s avant qu\u2019ils atteignent l\u2019Europe \u00e0 l\u2019aide d\u2019applications pour Smartphone, et \u00e9tudie \u00e9galement l\u2019utilisation de \u00abpseudolite\u00bb \u00e0 haute altitude (High Altitude Pseudo-Satellites \u2013 HAPS) pour la s\u00e9curit\u00e9 des fronti\u00e8res, pour l\u2019Agence spatiale europ\u00e9enne et Frontex. Thales fournit actuellement le syst\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9 du port hautement militaris\u00e9 de Calais. Avec l\u2019acquisition en 2019 de Gemalto, multinationale sp\u00e9cialis\u00e9e dans la s\u00e9curit\u00e9 et l\u2019identit\u00e9 (biom\u00e9trique), Thales devient un acteur important dans le d\u00e9veloppement et la maintenance des murs virtuels de l\u2019UE. L\u2019entreprise a particip\u00e9 \u00e0 27 projets de recherche de l\u2019UE sur la s\u00e9curit\u00e9 des fronti\u00e8res.<\/p>\n<p>\u2022 La soci\u00e9t\u00e9 d\u2019armement italienne Leonardo (anciennement Finmeccanica ou Leonardo-Finmeccanica) est l\u2019un des principaux fournisseurs d\u2019h\u00e9licopt\u00e8res pour la s\u00e9curit\u00e9 des fronti\u00e8res, utilis\u00e9s par les op\u00e9rations Mare Nostrum, Hera et Sophia en Italie. Elle a \u00e9galement fait partie des principaux fournisseurs d\u2019a\u00e9ronefs sans pilote (ou drones), d\u00e9croch\u00e9 un contrat de 67,1 millions d\u2019euros en 2017 avec l\u2019EMSA (agence europ\u00e9enne pour la s\u00e9curit\u00e9 maritime) pour fournir les agences de gardec\u00f4tes de l\u2019UE. Leonardo faisait \u00e9galement partie d\u2019un consortium, qui s\u2019est vu attribuer un contrat de 142,1 millions d\u2019euros en 2019 pour mettre en \u0153uvre et assurer la maintenance des murs virtuels de l\u2019UE, \u00e0 savoir les syst\u00e8mes d\u2019entr\u00e9e\/sortie (EES). La<br \/>\nsoci\u00e9t\u00e9 d\u00e9tient, avec Thales, Telespazio, qui participe aux projets d\u2019observation des satellites de l\u2019UE (REACT et Copernic) utilis\u00e9s pour surveiller les fronti\u00e8res. Leonardo a particip\u00e9 \u00e0 24 projets de recherche de l\u2019UE sur la s\u00e9curit\u00e9 et le contr\u00f4le<br \/>\ndes fronti\u00e8res, dont le d\u00e9veloppement d\u2019Eurosur.<\/p>\n<p>\u2022 Le g\u00e9ant de l\u2019armement pan-europ\u00e9en Airbus est un important fournisseur d\u2019h\u00e9licopt\u00e8res utilis\u00e9s dans la surveillance des fronti\u00e8res maritimes et certaines fronti\u00e8res terrestres, d\u00e9ploy\u00e9s par la Belgique, la France, l\u2019Allemagne, la Gr\u00e8ce, l\u2019Italie, la Lituanie et l\u2019Espagne, notamment dans les op\u00e9rations maritimes Sophia, Poseidon et Triton. Airbus et ses filiales ont particip\u00e9 \u00e0 au moins 13 projets de recherche sur la s\u00e9curit\u00e9 des fronti\u00e8res financ\u00e9s par l\u2019UE, dont OCEAN2020, PERSEUS et LOBOS.<br \/>\nLe r\u00f4le important de ces soci\u00e9t\u00e9s d\u2019armement n\u2019est pas vraiment surprenant. Comme l\u2019a d\u00e9montr\u00e9 Guerres aux fronti\u00e8res (2016), ces entreprises, \u00e0 travers leur appartenance aux groupes de pression EOS (Organisation europ\u00e9enne pour la s\u00e9curit\u00e9) et ASD (Association des industries a\u00e9rospatiales et de d\u00e9fense de l\u2019Europe), ont largement contribu\u00e9 \u00e0 influencer l\u2019orientation de la politique des fronti\u00e8res de l\u2019UE. Paradoxalement, ces m\u00eames firmes font \u00e9galement partie des quatre plus grand vendeurs d\u2019armes europ\u00e9ens au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, contribuant ainsi \u00e0 alimenter les conflits \u00e0 l\u2019origine de cette migration forc\u00e9e.<\/p>\n<p>Indra joue \u00e9galement un r\u00f4le non n\u00e9gligeable dans le contr\u00f4le des fronti\u00e8res en Espagne et dans la M\u00e9diterran\u00e9e. L\u2019entreprise a remport\u00e9 plusieurs contrats pour fortifier Ceuta et Melilla (enclaves espagnoles au nord du Maroc). Indra a \u00e9galement d\u00e9velopp\u00e9 le syst\u00e8me de contr\u00f4le des fronti\u00e8res SIVE (avec des syst\u00e8mes de radar, de capteurs et de vision) qui est install\u00e9 \u00e0 la plupart des fronti\u00e8res de l\u2019Espagne, ainsi qu\u2019au Portugal et en Roumanie. En juillet 2018, Indra a remport\u00e9 un contrat de 10 millions d\u2019euros pour assurer la gestion de SIVE sur plusieurs sites pendant deux ans.L\u2019entreprise est tr\u00e8s active dans le lobbying aupr\u00e8s de l\u2019UE. C\u2019est \u00e9galement l\u2019un des grands b\u00e9n\u00e9ficiaires des financements de recherche de l\u2019UE, qui assure la coordination du projet PERSEUS pour le d\u00e9veloppement d\u2019Eurosur et le Seahorse Network, r\u00e9seau d\u2019\u00e9change d\u2019informations entre les forces de police des pays m\u00e9diterran\u00e9ens (en Europe et en Afrique) pour arr\u00eater la migration.<\/p>\n<p>Les soci\u00e9t\u00e9s d\u2019armement isra\u00e9liennes ont elles aussi remport\u00e9 de nombreux contrats dans le cadre de la s\u00e9curit\u00e9 des fronti\u00e8res de l\u2019UE. En 2018, Frontex a s\u00e9lectionn\u00e9 le drone Heron d\u2019Israel Aerospace Industries pour les vols de surveillance des essais pilotes en M\u00e9diterran\u00e9e. En 2015, la soci\u00e9t\u00e9 isra\u00e9lienne Elbit Systems a vendu six de ses drones Hermes au Corps des gardes-fronti\u00e8re suisse, dans le cadre d\u2019un contrat controvers\u00e9 de 230 millions d\u2019euros. Elle a depuis sign\u00e9 un contrat de drone avec l\u2019EMSA (agence europ\u00e9enne pour la s\u00e9curit\u00e9 maritime), en tant que sous-traitant de la soci\u00e9t\u00e9 portugaise CEIIA (2018), ainsi que des contrats pour \u00e9quiper trois navires de patrouille pour la Hellenic Coast Guard (2019).<\/p>\n<p><strong>LES B\u00c2TISSEURS DE MURS PHYSIQUES<\/strong><\/p>\n<p>La plupart des murs et cl\u00f4tures qui ont rapidement \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9s \u00e0 travers l\u2019Europe ont \u00e9t\u00e9 construits par des soci\u00e9t\u00e9s de BTP nationales, mais une entreprise europ\u00e9enne s\u2019est distingu\u00e9e sur ce march\u00e9: European Security Fencing, un producteur espagnol de barbel\u00e9s, en particulier un fil enroul\u00e9 appel\u00e9 concertina. Il est c\u00e9l\u00e8bre pour avoir fourni les barbel\u00e9s des cl\u00f4tures entourant Ceuta et Melilla.<\/p>\n<p>L\u2019entreprise a \u00e9galement \u00e9quip\u00e9 en barbel\u00e9s les fronti\u00e8res entre la Hongrie et la Serbie, et les barbel\u00e9s concertina ont \u00e9t\u00e9 install\u00e9s aux fronti\u00e8res entre la Bulgarie et la Turquie et l\u2019Autriche et la Slov\u00e9nie, ainsi qu\u2019\u00e0 Calais, et pendant quelques jours \u00e0 la fronti\u00e8re entre la Hongrie et la Slov\u00e9nie, avant d\u2019\u00eatre retir\u00e9s. \u00c9tant donn\u00e9 qu\u2019ils d\u00e9tiennent le monopole du march\u00e9 depuis un certain temps, il est probable que les barbel\u00e9s concertina aient \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s sur d\u2019autres fronti\u00e8res en Europe.<br \/>\nParmi les autres entreprises \u00e0 avoir fourni les murs et les technologies associ\u00e9es, on trouve DAT-CON (Croatie, Chypre, Mac\u00e9doine, Moldavie, Slov\u00e9nie et Ukraine), Geo Alpinbau (Autriche\/Slov\u00e9nie), Indra, Dragados, Ferrovial, Proyectos Y Tecnolog\u00eda Sall\u00e9n et Eulen (Espagne\/Maroc), Patstroy Bourgas, Infra Expert, Patengineeringstroy, Geostroy Engineering, Metallic-Ivan Mihaylov et Indra (Bulgarie\/Turquie), Nordecon et Defendec (Estonie\/Russie), DAK Ac\u00e9lszerkezeti Kft et SIA Ce\u013cu b\u016bvniec\u012bbas sabiedr\u012bba IGATE (Lettonie\/Russie), Gintr\u0117ja (Lituanie\/Russie), Minis et Legi-SGS (Slov\u00e9nie\/Croatie), Groupe CW, Jackson\u2019s Fencing, Sorhea, Vinci\/Eurovia et Zaun Ltd (France\/Royaume-Uni).<\/p>\n<p>Les co\u00fbts r\u00e9els des murs et technologies associ\u00e9es d\u00e9passent souvent les estimations d\u2019origine. De nombreuses all\u00e9gations et accusations de corruption ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 formul\u00e9es, dans certains cas parce que les projets avaient \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9s \u00e0 des entreprises appartenant \u00e0 des amis de hauts fonctionnaires. En Slov\u00e9nie, par exemple, des accusations de corruption concernant un contrat pour la construction de murs aux fronti\u00e8res ont entra\u00een\u00e9 trois ans de bataille juridique pour acc\u00e9der aux documents ; l\u2019affaire est pass\u00e9e \u00e0 la Cour supr\u00eame. Malgr\u00e9 tout, le Fonds europ\u00e9en pour les fronti\u00e8res ext\u00e9rieures a soutenu financi\u00e8rement les infrastructures et services technologiques de nombreuses op\u00e9rations aux fronti\u00e8res des \u00c9tats membres. En Mac\u00e9doine, par exemple, l\u2019UE a vers\u00e9 9 millions d\u2019euros pour financer des v\u00e9hicules de patrouille, des cam\u00e9ras \u00e0 vision nocturne, des d\u00e9tecteurs de battements de c\u0153ur et un soutien technique aux garde-fronti\u00e8res pour l\u2019aider \u00e0 g\u00e9rer sa fronti\u00e8re sud.<\/p>\n<p><strong>LES PROFITEURS DES MURS MARITIMES<\/strong><\/p>\n<p>Les donn\u00e9es permettant de d\u00e9terminer quels navires, h\u00e9licopt\u00e8res et avions sont utilis\u00e9s dans les op\u00e9rations maritimes en Europe manquent de transparence. Il est donc difficile d\u2019avoir toutes les informations. Nos recherches montrent cependant que les principales soci\u00e9t\u00e9s impliqu\u00e9es comptent les g\u00e9ants de l\u2019armement europ\u00e9en Airbus et Leonardo, ainsi que de grandes entreprises de construction navale telles que le N\u00e9erlandais Damen et l\u2019Italien Fincantieri.<\/p>\n<p>Les navires de patrouille de Damen ont servi \u00e0 des op\u00e9rations frontali\u00e8res men\u00e9es par l\u2019Albanie, la Belgique, la Bulgarie, le Portugal, les Pays-Bas, la Roumanie, la Su\u00e8de et le Royaume-Uni ainsi qu\u2019\u00e0 de vastes op\u00e9rations de Frontex (Poseidon, Triton et Themis), l\u2019op\u00e9ration Sophia et ont \u00e9galement soutenu l\u2019OTAN dans l\u2019op\u00e9ration Poseidon. En dehors de l\u2019Europe, la Libye, le Maroc, la Tunisie et la Turquie utilisent des navires Damen pour la s\u00e9curit\u00e9 des fronti\u00e8res, souvent en collaboration avec l\u2019UE ou ses \u00c9tats membres. Par exemple, les six navires Damen que la Turquie a achet\u00e9s pour ses garde-c\u00f4tes en 2006, pour un total de 20 millions d\u2019euros, ont \u00e9t\u00e9 financ\u00e9s par le biais de l\u2019instrument europ\u00e9en contribuant \u00e0 la stabilit\u00e9 et \u00e0 la paix (IcSP), destin\u00e9 \u00e0 maintenir la paix et \u00e0 pr\u00e9venir les conflits. La vente de navires Damen \u00e0 la Libye met en \u00e9vidence l\u2019inqui\u00e9tant co\u00fbt umain de ce commerce. En 2012, Damen a fourni quatre navires de patrouille aux garde-c\u00f4tes libyens, qui ont \u00e9t\u00e9 vendus en tant qu\u2019\u00e9quipement civil afin d\u2019\u00e9viter la licence d\u2019exportation d\u2019armes aux Pays-Bas. Les chercheurs ont depuis d\u00e9couvert que non seulement les navires avaient \u00e9t\u00e9 vendus avec des points de fixation d\u2019armes, mais qu\u2019ils avaient ensuite \u00e9t\u00e9 arm\u00e9s et utilis\u00e9s pour arr\u00eater des bateaux de r\u00e9fugi\u00e9s. De nombreux incidents impliquant ces navires ont \u00e9t\u00e9 signal\u00e9s, parmi lesquels la noyade de 20 ou 30 r\u00e9fugi\u00e9s. Damen s\u2019est refus\u00e9 \u00e0 tout commentaire, d\u00e9clarant avoir convenu avec le gouvernement libyen de ne divulguer<br \/>\naucune information concernant les navires.<\/p>\n<p>De nombreux constructeurs navals nationaux, outre Damen, jouent un r\u00f4le d\u00e9terminant dans les op\u00e9rations maritimes car ils sont syst\u00e9matiquement choisis en priorit\u00e9 par les pays participant \u00e0 chaque op\u00e9ration Frontex ou autre op\u00e9ration en M\u00e9diterran\u00e9e. Tous les navires fournis par l\u2019Italie \u00e0 l\u2019op\u00e9ration Sophia ont \u00e9t\u00e9 construits par Fincantieri et tous les navires espagnols sont issus de Navantia et ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs. De m\u00eame, la France s\u2019approvisionne chez DCN\/DCNS, d\u00e9sormais Naval Group, et tous les navires allemands ont \u00e9t\u00e9 construits par plusieurs chantiers navals allemands (Flensburger Schiffbau-Gesellschaft, HDW, L\u00fcrssen Gruppe). D\u2019autres entreprises ont particip\u00e9 aux op\u00e9rations de Frontex, parmi lesquelles la soci\u00e9t\u00e9 grecque Motomarine Shipyards, qui a produit les patrouilleurs rapides Panther 57 utilis\u00e9s par les garde-c\u00f4tes grecs, ainsi qu\u2019Hellenic Shipyards et Israel Shipyards. La soci\u00e9t\u00e9 autrichienne Schiebel, qui fournit les drones S-100, joue un r\u00f4le important dans la surveillance a\u00e9rienne des activit\u00e9s maritimes. En novembre 2018, elle a \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9e par l\u2019EMSA pour un contrat de surveillance maritime de 24 millions d\u2019euros concernant diff\u00e9rentes op\u00e9rations incluant la s\u00e9curit\u00e9 des fronti\u00e8res. Depuis 2017, Schiebel a \u00e9galement pass\u00e9 des contrats avec la Croatie, le Danemark, l\u2019Islande, l\u2019Italie, le Portugal et l\u2019Espagne. L\u2019entreprise a des ant\u00e9c\u00e9dents controvers\u00e9s ; elle a vendu des drones \u00e0 plusieurs pays en conflit arm\u00e9 ou gouvern\u00e9s par des r\u00e9gimes r\u00e9pressifs tels que la Libye, le Myanmar, les \u00c9mirats arabes unis et le Y\u00e9men.<\/p>\n<p>La Finlande et les Pays-Bas ont d\u00e9ploy\u00e9 des avions Dornier dans le cadre de l\u2019op\u00e9ration Herm\u00e8s et l\u2019op\u00e9ration Pos\u00e9idon respectivement, et l\u2019op\u00e9ration Triton. Dornier appartient d\u00e9sormais \u00e0 la filiale am\u00e9ricaine de la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019armement isra\u00e9lienne Elbit Systems. CAE Aviation (Luxembourg), DEA Aviation (Royaume-Uni) et EASP Air (Pays-Bas) ont tous obtenu des contrats de surveillance a\u00e9rienne pour Frontex. Airbus, Dassault Aviation, Leonardo et l\u2019am\u00e9ricain Lockheed Martin ont fourni le plus grand nombre d\u2019avions utilis\u00e9s pour l\u2019op\u00e9ration Sophia.<\/p>\n<p>L\u2019UE et ses \u00c9tats membres d\u00e9fendent leurs op\u00e9rations maritimes en m\u00e9diatisant leur r\u00f4le dans le sauvetage de r\u00e9fugi\u00e9s en mer. Mais ce n\u2019est pas l\u00e0 leur objectif principal, comme le souligne le directeur de Frontex Fabrice Leggeri en avril 2015, en d\u00e9clarant que les \u00ab actions volontaires de recherche et de sauvetage \u00bb ne font pas partie du mandat confi\u00e9 \u00e0 Frontex, et que sauver des vies ne devrait pas \u00eatre une priorit\u00e9. La criminalisation des op\u00e9rations de sauvetage des ONG, les obstacles qu\u2019elles rencontrent, ainsi que la violence et les refoulements ill\u00e9gaux des r\u00e9fugi\u00e9s, souvent d\u00e9nonc\u00e9s, illustrent bien le fait que ces<br \/>\nop\u00e9rations maritimes ont davantage vocation \u00e0 constituer des murs que des missions humanitaires.<\/p>\n<p><strong>LES MURS VIRTUELS<\/strong><\/p>\n<p>Les principaux contrats de l\u2019UE li\u00e9s aux murs virtuels ont \u00e9t\u00e9 confi\u00e9s \u00e0 deux entreprises, parfois en tant que leaders d\u2019un consortium. Sopra Steria est le partenaire principal pour le d\u00e9veloppement et la maintenance du Syst\u00e8me d\u2019information des visas (SIV), du Syst\u00e8me d\u2019information Schengen (SIS II) et d\u2019Eurodac (European Dactyloscopy) et GMV a sign\u00e9 une s\u00e9rie de contrats pour Eurosur. Les syst\u00e8mes qu\u2019ils con\u00e7oivent permettent de contr\u00f4ler et de surveiller le mouvements des personnes \u00e0 travers l\u2019Europe et, de plus en plus, au-del\u00e0 de ses fronti\u00e8res.<\/p>\n<p>Sopra Steria est une entreprise fran\u00e7aise de services de conseil en technologie qui a, \u00e0 l\u2019heure actuelle, remport\u00e9 des contrats avec l\u2019UE d\u2019une valeur totale de plus de 150 millions d\u2019euros. Dans le cadre de certains de ces gros contrats, Sopra Steria a form\u00e9 des consortiums avec HP Belgium, Bull et 3M Belgium. Malgr\u00e9 l\u2019ampleur de ces march\u00e9s, Sopra Steria a re\u00e7u d\u203aimportantes critiques pour son manque de rigueur dans le respect des d\u00e9lais et des budgets. Le lancement de SIS II a \u00e9t\u00e9 constamment retard\u00e9, contraignant la Commission \u00e0 prolonger les contrats et \u00e0 augmenter les budgets. Sopra Steria avait \u00e9galement fait partie d\u2019un autre consortium, Trusted Borders, engag\u00e9 pour d\u00e9velopper le programme e-Borders au Royaume-Uni. Celui-ci a pris fin en 2010 apr\u00e8s une accumulation de retards et d\u00e9fauts de livraison. La soci\u00e9t\u00e9 a pourtant continu\u00e9 \u00e0 remporter des contrats, du fait de son quasi-monopole des connaissances et de ses relations avec les repr\u00e9sentants de l\u2019UE. Le r\u00f4le central de Sopra Steria<br \/>\ndans le d\u00e9veloppement des syst\u00e8mes biom\u00e9triques de l\u2019UE a \u00e9galement entra\u00een\u00e9 la signature d\u2019autres contrats nationaux, avec entre autres, la Belgique, la Bulgarie, la R\u00e9publique tch\u00e8que, la Finlande, la France, l\u2019Allemagne, la Roumanie et la Slov\u00e9nie.<\/p>\n<p>GMV, une entreprise technologique espagnole, a conclu une s\u00e9rie de gros contrats pour Eurosur, depuis sa phase exp\u00e9rimentale en 2010, pour au moins 25 millions d\u2019euros. Elle fournit \u00e9galement des technologies \u00e0 la Guardia Civil espagnole, telles que les centres de contr\u00f4le de son Syst\u00e8me int\u00e9gr\u00e9 de surveillance ext\u00e9rieure (SIVE), syst\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9 des fronti\u00e8res, ainsi que des services de d\u00e9veloppement de logiciel \u00e0 Frontex. L\u2019entreprise a particip\u00e9 \u00e0 au moins dix projets de recherche financ\u00e9s par l\u2019UE sur la s\u00e9curit\u00e9 des fronti\u00e8res.<\/p>\n<p>La plupart des gros contrats concernant les murs virtuels qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 conclus avec des consortiums dont faisait partie opra Steria ont \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9s par eu-LISA (Agence europ\u00e9enne pour la gestion op\u00e9rationnelle des syst\u00e8mes d\u2019information \u00e0 grande \u00e9chelle au sein de l\u2019espace de libert\u00e9, de s\u00e9curit\u00e9 et de justice) \u00e0 des consortiums d\u2019entreprises sp\u00e9cialis\u00e9es dans l\u2019informatique et les nouvelles technologies parmi lesquelles Accenture, Atos Belgium et Morpho (renomm\u00e9e Idemia).<\/p>\n<p><strong>LOBBYING<\/strong><\/p>\n<p>Comme en t\u00e9moigne notre rapport Border Wars, le secteur de la d\u00e9fense et de la s\u00e9curit\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 un lobbying efficace, a eu une influence consid\u00e9rable dans l\u2019\u00e9laboration des politiques de d\u00e9fense et de s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019UE. Les entreprises de ce secteur industriel ont r\u00e9ussi \u00e0 se positionner comme les experts de la s\u00e9curit\u00e9 des fronti\u00e8res, en mettant en avant le discours selon lequel la migration est avant tout une menace de la s\u00e9curit\u00e9 qui doit \u00eatre combattue par des moyens militaires et s\u00e9curitaires. Cela cr\u00e9e ainsi une demande continue du catalogue toujours plus fourni d\u2019\u00e9quipements et services qu\u2019elles fournissent pour la s\u00e9curit\u00e9 et le contr\u00f4le des fronti\u00e8res.<\/p>\n<p>Un grand nombre des entreprises r\u00e9pertori\u00e9es dans les pr\u00e9sentes, notamment les grandes soci\u00e9t\u00e9s d\u2019armement, font partie de l\u2019EOS (Organisation europ\u00e9enne pour la s\u00e9curit\u00e9), le plus important groupe de pression sur la s\u00e9curit\u00e9 des fronti\u00e8res. Beaucoup des entreprises informatiques qui ont con\u00e7u les murs virtuels de l\u2019UE sont membres de l\u2019EAB (Association Europ\u00e9enne pour la Biom\u00e9trie).<\/p>\n<p>L\u2019EOS comporte un \u00ab Groupe de travail sur la s\u00e9curit\u00e9 des fronti\u00e8res int\u00e9gr\u00e9e \u00bb pour \u00ab permettre le d\u00e9veloppement et l\u2019adoption de meilleures solutions technologiques pour la s\u00e9curit\u00e9 des fronti\u00e8res \u00e0 la fois aux postes-fronti\u00e8res et le long des fronti\u00e8res maritimes et terrestres \u00bb. Le groupe de travail est pr\u00e9sid\u00e9 par Giorgio Gulienetti de la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019armes italienne Leonardo et Isto Mattila (dipl\u00f4m\u00e9 de l\u2019universit\u00e9 de sciences appliqu\u00e9es) et Peter Smallridge de Gemalto, multinationale sp\u00e9cialis\u00e9e dans la<br \/>\ns\u00e9curit\u00e9 num\u00e9rique, r\u00e9cemment acquise par Thales.<\/p>\n<p>Les lobbyistes d\u2019entreprise et les repr\u00e9sentants de ces groupes de pression rencontrent r\u00e9guli\u00e8rement les institutions de l\u2019UE, dont la Commission europ\u00e9enne, dans le cadre de comit\u00e9s de conseil officiels, publient d\u2019importantes propositions, organisent des rencontres entre les secteurs industriels, les d\u00e9cideurs et les dirigeants et se retrouvent \u00e9galement \u00e0 tous les salons, conf\u00e9rences et s\u00e9minaires sur la d\u00e9fense et la s\u00e9curit\u00e9. Airbus, Leonardo et Thales et l\u2019EOS ont ainsi assist\u00e9 \u00e0 226 r\u00e9unions de<br \/>\nlobbying officielles avec la Commission europ\u00e9enne entre 2014 et 2019. Dans ces r\u00e9unions, les repr\u00e9sentants du secteur se pr\u00e9sentent comme des experts de la s\u00e9curit\u00e9 des fronti\u00e8res, et proposent leurs produits et services comme la solution aux \u00ab menaces de la s\u00e9curit\u00e9 \u00bb entra\u00een\u00e9es par l\u2019immigration.<\/p>\n<p>En 2017, ces m\u00eames entreprises et l\u2019EOS ont d\u00e9pens\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 2,65 millions d\u2019euros dans le lobbying. On constate une relation similaire avec les murs virtuels : le Centre commun de recherche de la Commission europ\u00e9enne demande ouvertement que les politiques publiques favorisent \u00ab l\u2019\u00e9mergence d\u2019une industrie biom\u00e9trique europ\u00e9enne dynamique \u00bb.<\/p>\n<p><strong>UN COMMERCE MORTEL, UN CHOIX<\/strong><\/p>\n<p>La conclusion de cette enqu\u00eate sur le business de l\u2019\u00e9dification de murs est claire. La pr\u00e9sence d\u2019une Europe pleine de murs s\u2019av\u00e8re tr\u00e8s fructueuse pour une large palette d\u2019entreprises du secteur de l\u2019armement, de la d\u00e9fense, de l\u2019informatique, du transport maritime et du BTP. Les budgets que l\u2019UE a planifi\u00e9s pour la s\u00e9curit\u00e9 des fronti\u00e8res dans les dix ann\u00e9es \u00e0 venir montrent que c\u2019est un commerce qui continuera \u00e0 prosp\u00e9rer.<\/p>\n<p>C\u2019est aussi un commerce mortel. Du fait de la vaste militarisation des fronti\u00e8res de l\u2019Europe sur terre et en mer, les r\u00e9fugi\u00e9s et les migrants empruntent des chemins bien plus dangereux et certains se retrouvent m\u00eame pi\u00e9g\u00e9s dans de terribles conditions dans des pays limitrophes comme la Libye. Tous les d\u00e9c\u00e8s ne sont pas r\u00e9pertori\u00e9s, mais ceux qui sont enregistr\u00e9s dans la M\u00e9diterran\u00e9e montrent que le nombre de migrants qui se sont noy\u00e9s en essayant de rejoindre l\u2019Europe continue d\u2019augmenter chaque ann\u00e9e.<br \/>\nCet \u00e9tat des choses n\u2019est pas in\u00e9vitable. Il d\u00e9coule des d\u00e9cisions politiques prises par l\u2019UE et ses \u00c9tats membres et des d\u00e9cisions des entreprises de tirer profit de ces politiques. Rares sont celles qui prennent position, comme le fabricant allemand de barbel\u00e9s Mutinox qui a d\u00e9clar\u00e9 en 2015 qu\u2019il ne vendrait pas ses produits au gouvernement hongrois pour le motif suivant : \u00ab Les barbel\u00e9s sont con\u00e7us pour emp\u00eacher des actes criminels, tels qu\u2019un cambriolage. Des r\u00e9fugi\u00e9s enfants et adultes ne sont pas des criminels. \u00bb Il est temps que d\u2019autres politiciens et chefs d\u2019entreprise reconnaissent cette m\u00eame v\u00e9rit\u00e9 : \u00e9riger des murs contre les populations les plus vuln\u00e9rables porte atteinte aux droits de l\u2019homme et constitue un acte immoral qui sera s\u00e9v\u00e8rement condamn\u00e9 par l\u2019histoire. Trente ans apr\u00e8s la chute du mur de Berlin, il est grand temps que l\u2019Europe abatte ses nouveaux murs.<\/p>\n<p><\/div><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors que l&rsquo;on c\u00e9l\u00e8bre un peu partout les trente ans de la chute du mur de Berlin, le&nbsp;Transnational Institute&nbsp;explore dans un&nbsp;rapport d\u00e9taill\u00e9 et document\u00e9 le business de l\u2019\u00e9dification de murs ayant pour but d&#8217;emp\u00eacher r\u00e9fugi\u00e9s et personnes migrantes d&rsquo;entrer sur le territoire europ\u00e9en. 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