{"id":55982,"date":"2019-11-29T10:41:47","date_gmt":"2019-11-29T09:41:47","guid":{"rendered":"https:\/\/asile.ch\/?p=55982"},"modified":"2021-02-26T11:01:54","modified_gmt":"2021-02-26T10:01:54","slug":"services-publics-ssp-une-crise-de-laccueil-pas-des-refugies","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/de\/2019\/11\/29\/services-publics-ssp-une-crise-de-laccueil-pas-des-refugies\/","title":{"rendered":"Services publics (SSP) | \u00ab Une crise de l\u2019accueil, pas des r\u00e9fugi\u00e9s \u00bb"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"accroche\">Alain Morice est anthropologue et directeur de recherches \u00e9m\u00e9rite au CNRS. Il revient dans le journal Services Publics sur l\u2019ann\u00e9e 2015, qui a marqu\u00e9 un tournant dans la militarisation de la politique migratoire en Europe. Pour le chercheur, un changement de paradigme s\u2019impose. Guy Zurkinden interroge le chercheur sur le syst\u00e8me europ\u00e9en commun d&rsquo;asile en \u00e9voquant notamment l&rsquo;historique de la politique d&rsquo;asile en Europe, la question des hotspots et de la r\u00e9thorique des \u00ab\u00a0faux migrants\u00a0\u00bb comme de \u00ab\u00a0l&rsquo;appel d&rsquo;air\u00a0\u00bb.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><em>L&rsquo;interview d&rsquo;Alain Morice par Guy Zurkinden a \u00e9te publi\u00e9e le 15 novembre 2019 dans le n\u00b018 de <a href=\"https:\/\/ssp-vpod.ch\/publications\/journal-services-publics\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Services Publics,\u00a0<\/a> le journal du Syndicat des Services Publics. Vous le retrouverez <a href=\"https:\/\/ssp-vpod.ch\/publications\/journal-services-publics\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">sur leur site<\/a> ou ci-dessous:<\/em><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<h2><span class=\"accroche\"><a href=\"https:\/\/ssp-vpod.ch\/site\/assets\/files\/0\/22\/916\/ssp_18_web.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-55983 size-medium\" src=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/Screenshot_2019-11-29-ssp_18_web-pdf-246x300.png\" alt=\"\" width=\"246\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/Screenshot_2019-11-29-ssp_18_web-pdf-246x300.png 246w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/Screenshot_2019-11-29-ssp_18_web-pdf-123x150.png 123w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/Screenshot_2019-11-29-ssp_18_web-pdf.png 497w\" sizes=\"auto, (max-width: 246px) 100vw, 246px\" \/><\/a><\/span><strong>\u00ab Une crise de l\u2019accueil, pas des r\u00e9fugi\u00e9s\u00a0\u00bb<\/strong><\/h2>\n<p><em>R\u00e9dacteur: Guy Zurkinden<\/em><\/p>\n<p><em>Photos: Keystone. Eric Roset<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Vous refusez de parler d\u2019une \u00ab\u00a0crise des r\u00e9fugi\u00e9s\u00a0\u00bb en 2015. Pourquoi\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Alain Morice<\/strong> \u2013 En 2015, nous n\u2019avons pas assist\u00e9 \u00e0 une \u00ab\u00a0crise des r\u00e9fugi\u00e9s \u00bb \u2013 une formule qui reporte la responsabilit\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne sur les personnes qui en sont victimes. Mais plut\u00f4t \u00e0 une crise de l\u2019<em>accueil <\/em>des r\u00e9fugi\u00e9s. Cette crise de l\u2019accueil est une caract\u00e9ristique structurelle de la politique migratoire men\u00e9e par l\u2019Union europ\u00e9enne (UE). Cette politique avance de crise en crise, en raison d\u2019une double contradiction: les Etats-membres de l\u2019UE sont incapables de se mettre d\u2019accord sur une doctrine unique du droit d\u2019asile; et ils sont incapables de pr\u00e9voir chacun les besoins en main-d\u2019\u0153uvre \u00e9trang\u00e8re sur son propre sol, ni d\u2019en g\u00e9rer ensemble les cons\u00e9quences.<\/p>\n<p>Ces contradictions explosent au printemps 2015, lorsque l\u2019UE est confront\u00e9e \u00e0 un afflux de r\u00e9fugi\u00e9s fuyant la guerre en Syrie, via la mer Eg\u00e9e et la Gr\u00e8ce; et que, en parall\u00e8le, une s\u00e9rie de naufrages meurtriers ont lieu en M\u00e9diterran\u00e9e centrale, pr\u00e8s des c\u00f4tes italiennes.<\/p>\n<p>Pr\u00e9cisons que la nouveaut\u00e9 r\u00e9side peut-\u00eatre plus dans la perception de cette arriv\u00e9e d\u2019exil\u00e9s, pr\u00e9sent\u00e9e comme incontr\u00f4lable, que par sa proportion elle-m\u00eame \u2013 au total, 1,3 million de personnes ont gagn\u00e9 l\u2019UE en 2015, \u00e0 mettre en rapport avec une population sup\u00e9rieure \u00e0 500 millions d\u2019habitants.<\/p>\n<p>Toujours est-il que, face \u00e0 ces \u00e9v\u00e9nements, le syst\u00e8me s\u2019est litt\u00e9ralement affol\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Comment la machine s\u2019est-elle emball\u00e9e ?<\/strong><\/p>\n<p>Cette situation a d\u00e9clench\u00e9 une r\u00e9action de sauve-qui-peut, chaque pays prenant des mesures de son c\u00f4t\u00e9, sans se mettre d\u2019accord. Une r\u00e9action renforc\u00e9e par le fait que les pays aux avant-postes, la Gr\u00e8ce et l\u2019Italie, n\u2019avaient pas les moyens d\u2019accueillir ces exil\u00e9s sans une solidarit\u00e9 europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>Tout cela a d\u00e9bouch\u00e9 sur une escalade dans la militarisation des politiques migratoires. Les gouvernements ont barricad\u00e9 les Balkans en fermant les fronti\u00e8res pour bloquer les routes vers le Nord. On a assist\u00e9 dans toute l\u2019Europe au retour des fronti\u00e8res int\u00e9rieures de l\u2019Union, en d\u00e9rogation aux accords de Schengen.<\/p>\n<p>En parall\u00e8le, les pays de l\u2019UE vont renforcer l\u2019externalisation de leur politique migratoire, demandant aux pays fronti\u00e8res de g\u00e9rer au plus pr\u00e8s ces venues. Cette approche d\u00e9bouchera sur l\u2019accord sign\u00e9 en mars 2016 entre l\u2019UE et la Turquie, autorisant le renvoi vers ce pays des personnes arriv\u00e9es dans l\u2019espace europ\u00e9en \u2013 moyennant un versement de trois milliards d\u2019euros, renouvelables, au gouvernement turc.<\/p>\n<p>Ces mesures, ainsi que le quadrillage militaire de la mer \u00c9g\u00e9e et l\u2019op\u00e9ration Triton men\u00e9e par l\u2019agence Frontex au sud de l\u2019Italie, ont entra\u00een\u00e9 alors une forte diminution des arriv\u00e9es en Europe.<\/p>\n<p>Pour les exil\u00e9s, les cons\u00e9quences ont \u00e9t\u00e9 catastrophiques. Des dizaines de milliers d\u2019entre eux ont \u00e9t\u00e9 pi\u00e9g\u00e9s par les fermetures de fronti\u00e8res, bloqu\u00e9s dans des camps sauvages \u2013 comme dans le village grec d\u2019Idom\u00e9ni, \u00e0 la fronti\u00e8re gr\u00e9co-mac\u00e9donienne \u2013, dans des conditions insupportables.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, des millions d\u2019entre eux sont retenus par la force ou renvoy\u00e9s en Turquie, un pays dont le gouvernement bafoue les droits fondamentaux, qui n\u2019a pas de structure d\u2019asile ni de politique d\u2019int\u00e9gration des r\u00e9fugi\u00e9s.<\/p>\n<p>Encore une fois, ces \u00e9volutions ne marquent cependant pas une rupture dans la politique migratoire europ\u00e9enne. Elles sont plut\u00f4t le r\u00e9v\u00e9lateur d\u2019une crise profonde en Europe, bien ant\u00e9rieure \u00e0 2015.<\/p>\n<p><strong>En quoi 2015 est-il le prolongement d\u2019une politique plus ancienne ?<\/strong><\/p>\n<p>D\u00e8s les ann\u00e9es 1970, les pays europ\u00e9ens ont d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019ils allaient fermer les fronti\u00e8res \u00e0 toute migration (de travail) permanente, et rendre tr\u00e8s difficile les demandes d\u2019asile.<\/p>\n<p>Cette politique s\u2019est accompagn\u00e9e d\u2019une double contradiction. La premi\u00e8re est la cons\u00e9quence de l\u2019incorporation de la politique d\u2019asile \u00e0 la politique migratoire europ\u00e9enne d\u2019ensemble, ent\u00e9rin\u00e9e en 1997 par le trait\u00e9 d\u2019Amsterdam, suppos\u00e9 \u00ab\u00a0communautariser\u00a0\u00bb cette politique. D\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, on avait commenc\u00e9 \u00e0 tenter d\u2019\u00ab\u00a0harmoniser\u00a0\u00bb les mesures limitant l\u2019exercice du droit d\u2019asile, par exemple en appliquant, dans la foul\u00e9e du Trait\u00e9 de Maastricht, les notions de \u00ab\u00a0demande manifestement infond\u00e9e\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0pays [d\u2019origine] s\u00fbr\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0fraude d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019asile.<\/p>\n<p>Or l\u2019asile est un droit fondamental des personnes, garanti notamment par la <abbr class='c2c-text-hover' title='La Convention de Gen\u00e8ve relative au statut des r\u00e9fugi\u00e9s est un texte de droit international qui d\u00e9finit \u00e0 la fois ce qu\u2019est un\u00b7e r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e, quels sont ses droits et quelles sont les obligations des \u00c9tats signataires \u00e0 son \u00e9gard.'>Convention de Gen\u00e8ve de 1951<\/abbr>, tandis que la politique d\u2019immigration rel\u00e8ve du droit r\u00e9galien des Etats. L\u2019assimilation de l\u2019asile \u00e0 la politique migratoire ne pouvait donc qu\u2019entra\u00eener des situations de conflits, dans lesquelles les droits fondamentaux sont bafou\u00e9s au nom des pr\u00e9rogatives des Etats. Apr\u00e8s le trait\u00e9 d\u2019Amsterdam, les r\u00e9fugi\u00e9s ont d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 trait\u00e9s toujours plus souvent comme des \u00ab\u00a0migrants d\u00e9guis\u00e9s\u00a0\u00bb, donc \u00ab\u00a0ill\u00e9gaux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me contradiction concerne les politiques men\u00e9es par les Etats membres de l\u2019UE en mati\u00e8re d\u2019immigration. Celles-ci varient fortement selon les pays, en fonction de leurs besoins en main-d\u2019\u0153uvre, mais aussi de pr\u00e9occupations \u00e9lectoralistes portant sur l\u2019intol\u00e9rance suppos\u00e9e des populations aux migrants \u2013 pourtant cr\u00e9\u00e9e par lesdites politiques.<\/p>\n<p>\u00c0 ces contradictions, il faut ajouter les d\u00e9saccords entre les pays autour du financement d\u2019une politique anti-migration commune, qui implique des co\u00fbts \u00e9lev\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Existe-t-il cependant une politique europ\u00e9enne commune en mati\u00e8re de migration et d\u2019asile ?<\/strong><\/p>\n<p>Les pays de l\u2019UE n\u2019ont r\u00e9ussi \u00e0 se mettre d\u2019accord que sur les aspects les plus r\u00e9pressifs de la politique migratoire et d\u2019asile.<\/p>\n<p>Pour le reste, la Commission europ\u00e9enne et les Etats membres sont incapables de d\u00e9finir une strat\u00e9gie commune face \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne migratoire remodel\u00e9 par une situation internationale aggrav\u00e9e.<\/p>\n<p>On l\u2019a vu en 2015, lorsqu\u2019Angela Merkel a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019ouvrir ses fronti\u00e8res aux r\u00e9fugi\u00e9s syriens. Cela s\u2019est accompagn\u00e9 d\u2019un gigantesque d\u00e9sordre sur le continent, puis de la d\u00e9cision unilat\u00e9rale prise par l\u2019Italie de fermer ses fronti\u00e8res aux demandeurs d\u2019asile, et enfin de la s\u00e9dition des pays du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, R\u00e9publique tch\u00e8que et Slovaquie) s\u2019opposant \u00e0 la \u00ab\u00a0relocalisation\u00a0\u00bb d\u2019un quota d\u2019exil\u00e9s sur leur territoire.<\/p>\n<p><strong>Depuis 2015, les <em>hotspots<\/em> sont un pilier de la politique d\u2019asile. Quelle est leur logique\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Les <em>hotspots <\/em>cr\u00e9\u00e9s en 2015 sont de v\u00e9ritables camps de concentration. Il ne s\u2019agit \u00e9videmment pas de camps d\u2019extermination, mais de camps dans lesquels les conditions horribles entra\u00eenent d\u00e9tresse physique et psychique, conflits internes et surmortalit\u00e9 \u2013 notamment par suicide des exil\u00e9s.<\/p>\n<p>Ces <em>hotspots<\/em> ont \u00e9t\u00e9 mis sur pied en vue de s\u00e9lectionner les \u00ab\u00a0bons\u00a0\u00bb des \u00ab\u00a0mauvais\u00a0\u00bb r\u00e9fugi\u00e9s. Pr\u00e9vus comme des centres de triage, ils sont devenus les lieux d\u2019une attente \u00e9ternelle.<\/p>\n<p>Dans les \u00eeles grecques, de milliers de personnes y vivent les unes sur les autres, dans des conditions de clochardisation, sans possibilit\u00e9 d\u2019en sortir.<\/p>\n<p>Soulignons que de tels camps ne sont pas une nouveaut\u00e9. Au contraire, ils se r\u00e9p\u00e8tent dans l\u2019histoire de l\u2019Europe. Pensons au camp de Rivesaltes, en France, o\u00f9 des milliers de personnes ind\u00e9sirables (Espagnols, Tsiganes, Juifs, Harkis) ont \u00e9t\u00e9 intern\u00e9es durant, puis apr\u00e8s la deuxi\u00e8me Guerre Mondiale \u2013 et ce, jusqu\u2019en 1977\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Les <em>hotspots<\/em> ont pour objectif officiel de s\u00e9parer les \u00ab\u00a0vrais\u00a0\u00bb des \u00ab\u00a0faux\u00a0\u00bb r\u00e9fugi\u00e9s, sous-entendu les migrants \u00e9conomiques. Que penser de cette distinction\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p>Les causes de la migration sont le fruit d\u2019un m\u00e9lange d\u2019impasses \u00e9conomiques et climatiques, qui se conjuguent avec des d\u00e9ficits de d\u00e9mocratie ou de paix. Elles conduisent des populations vivant dans des r\u00e9gions domin\u00e9es \u00e0 affronter le danger de l\u2019exil.<\/p>\n<p>Sur la base de la Convention de Gen\u00e8ve de 1951, les Etats de l\u2019UE font ensuite le tri entre \u00ab\u00a0bons\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0mauvais\u00a0\u00bb r\u00e9fugi\u00e9s, avec des pratiques tr\u00e8s diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p>Cette distinction nie la complexit\u00e9 du monde r\u00e9el. Elle alimente une suspicion permanente \u00e0 l\u2019\u00e9gard des requ\u00e9rants d\u2019asile, justifiant ainsi des restrictions continues. La notion, d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e, de \u00ab\u00a0demande manifestement infond\u00e9e\u00a0\u00bb (l\u2019\u00e9quivalent de la Non-entr\u00e9e en mati\u00e8re, <abbr class='c2c-text-hover' title='Le SEM rend une d\u00e9cision de non-entr\u00e9e en mati\u00e8re (NEM) lorsqu\u2019il se trouve en pr\u00e9sence d\u2019un des motifs de non-entr\u00e9e en mati\u00e8re d\u00e9finis dans la Loi sur l&#039;asile (par ex. en vertu du R\u00e8glement Dublin).'>NEM<\/abbr>, en Suisse) permet de refuser une demande d\u2019asile sans m\u00eame l\u2019examiner. Elle justifie les contr\u00f4les et expulsions depuis les a\u00e9roports ou le <em>push-back<\/em> de r\u00e9fugi\u00e9s vers la Libye et la Turquie \u2013 alors que la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (<abbr class='c2c-text-hover' title='Convention europ\u00e9enne des droits de l&#039;homme'>CEDH<\/abbr>) de 1950 interdit tout refoulement sans examen de la situation individuelle.<\/p>\n<p>Quant aux \u00ab\u00a0migrants \u00e9conomiques\u00a0\u00bb, dont elle continue \u00e0 avoir besoin dans certains secteurs comme la construction, l\u2019UE veut qu\u2019elle reste une migration circulaire, \u00e0 la demande, qu\u2019on peut renvoyer quand on n\u2019a plus besoin d\u2019elle.<\/p>\n<p>Cette double politique est un cul-de-sac qui fabrique des milliers d\u2019ill\u00e9gaux. Je pense qu\u2019il faut changer de perspective: les causes de la migration doivent \u00eatre reconnues comme l\u00e9gitimes, en raison du droit de pouvoir circuler librement sur la plan\u00e8te, garanti par la D\u00e9claration universelle des droits de l\u2019homme de 1948 \u2013 et pratiqu\u00e9 par les habitants des pays riches.<\/p>\n<p><strong>Les gouvernements durcissent leurs politiques en invoquant le danger d\u2019un \u00ab\u00a0appel d\u2019air\u00a0\u00bb\u2026<\/strong><\/p>\n<p>La th\u00e9orie de l\u2019\u00ab appel d\u2019air\u00a0\u00bb est fallacieuse, car elle fait croire que c\u2019est l\u2019\u00ab\u00a0appel\u00a0\u00bb qui joue un r\u00f4le fondamental dans les migrations, alors que ce sont les pers\u00e9cutions et les conditions de vie des gens qui les forcent \u00e0 la fuite.<\/p>\n<p>Cette th\u00e9orie justifie des politiques toujours plus restrictives. Elle a aussi pour cons\u00e9quence qu\u2019on traite extr\u00eamement mal les personnes qui passent \u00e0 travers les mailles du filet. Par exemple, en France, les autorit\u00e9s laissent d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment des milliers de requ\u00e9rants d\u2019asile \u00e0 la rue, pour \u00e9viter qu\u2019ils restent sur son territoire.<\/p>\n<p>Le seul \u00ab\u00a0appel d\u2019air\u00a0\u00bb r\u00e9ellement existant est celui qui est cr\u00e9\u00e9 par les barri\u00e8res mises \u00e0 l\u2019entr\u00e9e des exil\u00e9s. Ce climat restrictif peut en effet influencer la circulation des migrants au sein-m\u00eame de l\u2019Union europ\u00e9enne, lorsqu\u2019un pays fait un signe d\u2019ouverture \u2013 par exemple, lors des campagnes de r\u00e9gularisation men\u00e9es par l\u2019Espagne.<\/p>\n<p>Mais ce type de mouvement n\u2019est que la cons\u00e9quence des politiques rendant toujours plus difficiles les demandes d\u2019asile, et interdisant toute circulation libre des migrants.<\/p>\n<p><strong>Quelles alternatives proposer ? <\/strong><\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, les gouvernements europ\u00e9ens appliquent des politiques ultralib\u00e9rales qui entra\u00eenent une circulation anarchique des marchandises et des capitaux \u00e0 travers le globe, alors que la circulation des hommes est toujours plus entrav\u00e9e. Or cette recette ne marche pas. Elle ne freine pas les migrations, mais les rend plus co\u00fbteuses et dangereuses, tout en permettant la surexploitation d\u2019hommes, de femmes et d\u2019enfants.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, je pense que la seule alternative r\u00e9aliste est de garantir \u00e0 tous la libert\u00e9 de circuler et de s\u2019installer sur un sol \u00e9tranger. Les droits des exil\u00e9s seraient ainsi mieux respect\u00e9s, et ils seraient moins exploit\u00e9s sur le march\u00e9 du travail.<\/p>\n<p>De fa\u00e7on plus modeste, on pourrait commencer par appliquer le droit \u2013 notamment l\u2019interdiction des refoulements pr\u00e9vue par les textes internationaux \u2013 afin de garantir l\u2019application du droit de demander une protection, qui est ni\u00e9 \u00e0 un nombre croissant de personnes. Cela implique de d\u00e9manteler tout le processus d\u2019externalisation des fronti\u00e8res, repouss\u00e9es toujours plus loin au cours des trente derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Dans ce cadre, il n\u2019y a cependant pas grand-chose \u00e0 attendre des gouvernements actuels en Europe.<\/p>\n<p><strong>Un large mouvement se mobilise depuis des mois pour exiger la \u00ab\u00a0justice climatique\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du globe. Peut-il renforcer les nombreux collectifs \u0153uvrant en solidarit\u00e9 avec les exil\u00e9s\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>On voit nouvelle g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 se d\u00e9velopper du c\u00f4t\u00e9 de milliers de militants pour le climat. C\u2019est tr\u00e8s positif. Cependant, nous devons rester vigilants. Certains gouvernants utilisent la question climatique pour attiser le nationalisme.<\/p>\n<p>Il faut donc peser dans la balance pour que les gens comprennent que le droit de demander refuge en raison des d\u00e9r\u00e8glements climatiques doit devenir un droit fondamental.<\/p>\n<p>La seule alternative r\u00e9aliste est de garantir \u00e0 tous la libert\u00e9 de circuler et de s\u2019installer<\/p>\n<p><\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alain Morice est anthropologue et directeur de recherches \u00e9m\u00e9rite au CNRS. Il revient dans le journal Services Publics sur l\u2019ann\u00e9e 2015, qui a marqu\u00e9 un tournant dans la militarisation de la politique migratoire en Europe. Pour le chercheur, un changement de paradigme s\u2019impose. Guy Zurkinden interroge le chercheur sur le syst\u00e8me europ\u00e9en commun d&rsquo;asile en &hellip; <a href=\"https:\/\/asile.ch\/de\/2019\/11\/29\/services-publics-ssp-une-crise-de-laccueil-pas-des-refugies\/\">Continued<\/a><\/p>","protected":false},"author":8,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[160,342,155],"tags":[328,730,267,422],"ve_numero":[],"pays":[],"ve_type":[1061],"ve_action":[],"class_list":["post-55982","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualites","category-articles-de-presse","category-documentation","tag-forteresse-europeenne","tag-hotspot","tag-politique-dasile","tag-systeme-europeen-commun-dasile","ve_type-article-de-presse"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/55982","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/users\/8"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=55982"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/55982\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=55982"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=55982"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=55982"},{"taxonomy":"ve_numero","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/ve_numero?post=55982"},{"taxonomy":"pays","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/pays?post=55982"},{"taxonomy":"ve_type","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/ve_type?post=55982"},{"taxonomy":"ve_action","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/ve_action?post=55982"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}