{"id":57632,"date":"2020-03-09T09:06:31","date_gmt":"2020-03-09T08:06:31","guid":{"rendered":"https:\/\/asile.ch\/?p=57632"},"modified":"2021-08-26T13:46:14","modified_gmt":"2021-08-26T11:46:14","slug":"blog-mediapart-en-libye-les-oublies","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/de\/2020\/03\/09\/blog-mediapart-en-libye-les-oublies\/","title":{"rendered":"Blog Mediapart | En Libye, les oubli\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"accroche\">C\u2019est dans ce pays en guerre que l\u2019Union europ\u00e9enne d\u00e9ploie sa politique de soutien aux interceptions et aux retours des \u00ab migrants \u00bb. L\u2019hypocrisie r\u00e8gne. Il est difficile de ne pas voir cette population comme la plus ind\u00e9sirable parmi les ind\u00e9sirables. Ce sont les oubli\u00e9s. Impressions de visite en Libye, aupr\u00e8s des projets de M\u00e9decins sans Fronti\u00e8res (9-19 f\u00e9vrier 2020).<\/span><\/p>\n<p><em>Ce billet a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9\u00a0par Micha\u00ebl Neuman sur son blog du site Mediapart\u00a0 \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/mikael\/blog\/290220\/en-libye-les-oublies\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Libye, les oubli\u00e9s\u00a0\u00bb\u00a0<\/a> le 3 mars 2020<\/em><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<h2>En Libye, les oubli\u00e9s<\/h2>\n<p><strong>C\u2019est dans ce pays en guerre que l\u2019Union europ\u00e9enne d\u00e9ploie sa politique de soutien aux interceptions et aux retours des \u00ab migrants \u00bb. L\u2019hypocrisie r\u00e8gne. Il est difficile de ne pas voir cette population comme la plus ind\u00e9sirable parmi les ind\u00e9sirables. Ce sont les oubli\u00e9s. Impressions de visite en Libye, aupr\u00e8s des projets de M\u00e9decins sans Fronti\u00e8res (9-19 f\u00e9vrier 2020).<\/strong><\/p>\n<p>La saison est aux d\u00e9parts. Les embarcations de fortune prennent la mer \u00e0 un rythme soutenu transportant \u00e0 leur bord hommes, femmes et enfants. Depuis le d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e, 2300 personnes sont parvenues en Europe, plus de 2000 ont \u00e9t\u00e9 intercept\u00e9es et ramen\u00e9es en Libye, par les garde-c\u00f4tes, form\u00e9s et financ\u00e9s par les Europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>Les uns avaient d\u00e8s leur d\u00e9part le projet de rejoindre l\u2019Europe, les autres ont fait ce choix apr\u00e8s avoir \u00e9chou\u00e9 dans les r\u00e9seaux de trafic d\u2019\u00eatres humains, soumis aux tortures et privations. Les trajectoires se m\u00ealent, les raisons des d\u00e9parts des pays d\u2019origine ne sont souvent pas univoques. En ce mois de f\u00e9vrier 2020, ils sont nombreux \u00e0 tenter leur chance. Ils partent de Tripoli, de Khoms, de Sabrata\u2026 villes o\u00f9 se m\u00ealent conflits, int\u00e9r\u00eats d\u2019affaires, tribaux, semblants d\u2019Etat faisant mine de fonctionner, corruption.<\/p>\n<p>Les Libyens ne sont pas \u00e9pargn\u00e9s par le d\u00e9sordre ou les \u00e9pisodes de guerre. Pourtant, ce sont les apparences de vie normale qui frappent le visiteur. Les march\u00e9s de fruits et l\u00e9gumes, comme les bouchons qui encombrent les rues de Tripoli en t\u00e9moignent\u202f: la ville a gonfl\u00e9 au rythme des arriv\u00e9es de d\u00e9plac\u00e9s originaires des quartiers touch\u00e9s par la guerre d\u2019attrition dont le pays est le th\u00e9\u00e2tre entre le \u00ab\u00a0gouvernement d&rsquo;accord national\u00a0\u00bb (GNA) qui r\u00e8gne encore sur Tripoli et une partie du littoral ouest et le LNA, du Mar\u00e9chal Haftar, qui contr\u00f4le une grande partie du pays. Puissances internationales \u2013 Italie, France, Russie, Turquie, Emirats Arabes Unis \u2013 sont rentr\u00e9es progressivement dans le jeu, transformant la Libye en poudri\u00e8re dont chaque coup de semonce de l\u2019un des bellig\u00e9rants semble annoncer une prochaine d\u00e9flagration d\u2019ampleur. Erdogan et Poutine se faisant face, le pouls du conflit se prend aujourd\u2019hui autant \u00e0 Idlib en Syrie qu&rsquo;\u00e0 Tripoli.<\/p>\n<p>C\u2019est dans ce pays en guerre que l\u2019Union europ\u00e9enne d\u00e9ploie sa politique de soutien aux interceptions et aux retours des \u2018migrants\u2019.<\/p>\n<p>Tout y passe\u202f: financement et formation des gardes c\u00f4tes-libyens, d\u00e9l\u00e9gation du sauvetage aux navires commerciaux, intimidation des bateaux de sauvetage des ONG, suspension de l\u2019Op\u00e9ration Sophia. Mais rien n\u2019y fait\u202f: ni les bombardements sur le port et l\u2019a\u00e9roport de Tripoli, ni les tirs de roquettes sur des centres de d\u00e9tention situ\u00e9s \u00e0 proximit\u00e9 d\u2019installations militaires, pas davantage que les t\u00e9moignages produits sur les ex\u00e9crables conditions de vie qui pr\u00e9valent dans les centres de d\u00e9tention, les d\u00e9tournements de financements internationaux, ou sur la pr\u00e9carit\u00e9 extr\u00eame des migrants r\u00e9sidant en ville n\u2019\u00e9branlent les certitudes europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p>L\u2019hypocrisie r\u00e8gne\u202f: l\u2019Union europ\u00e9enne affirme \u00eatre contre la d\u00e9tention tout en la nourrissant par l\u2019entretien du dispositif libyen d\u2019interception\u202f; le Haut-Commissariat des Nations unies pour les R\u00e9fugi\u00e9s condamne les interceptions sans jamais \u00e9voquer la responsabilit\u00e9 des Europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>Onze centres de d\u00e9tention sont plac\u00e9s sous la responsabilit\u00e9 de la Direction charg\u00e9e de l\u2019immigration irr\u00e9guli\u00e8re libyenne (la DCIM). La liste \u00e9volue r\u00e9guli\u00e8rement sans que l\u2019on sache toujours pourquoi, ni si la disparition d\u2019un centre signifie v\u00e9ritablement qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 vid\u00e9 de ses d\u00e9tenus, ou qu\u2019ils y r\u00e9sident encore sous un r\u00e9gime informel et sans doute plus violent encore.<\/p>\n<p>Une fois dans ces centres, les d\u00e9tenus ne savent jamais quand ils pourront en sortir\u202f: certains s\u2019en \u00e9chappent, d\u2019autres parviennent \u00e0 acheter leur sortie, beaucoup y pourrissent des mois voire des ann\u00e9es. L\u2019attente y est physiquement et psychologiquement d\u00e9vastatrice. C\u2019est ainsi le lot des d\u00e9tenus de Dar El Jebel, pr\u00e8s de Zintan, au c\u0153ur des montagnes Nafusa, loin et oubli\u00e9s de tous : la plupart, des Erythr\u00e9ens, y sont depuis deux ans, parfois plus.<\/p>\n<p>La nourriture est insuffisante, les cellules, d\u2019o\u00f9 les migrants ne sortent parfois que tr\u00e8s peu, sont sombres et tr\u00e8s froides ou tr\u00e8s chaudes. Les journ\u00e9es sont parfois rythm\u00e9es par les cliquetis des serrures et des barreaux. Dans la nuit du samedi 29 f\u00e9vrier au dimanche 1er mars 2020, une dizaine de jours apr\u00e8s mon retour, un incendie sans doute accidentel \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du centre de d\u00e9tention de Dar El Jebel a co\u00fbt\u00e9 la vie \u00e0 un jeune homme \u00e9rythr\u00e9en.<\/p>\n<p>Nous pouvons certes t\u00e9moigner que le travail entam\u00e9 dans ces centres, l\u2019attention port\u00e9e \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration des conditions de vie, les consultations m\u00e9dicales, l\u2019apport de compl\u00e9ments alimentaires, mais aussi et peut-\u00eatre surtout la pr\u00e9sence physique, visible, r\u00e9guli\u00e8re ont contribu\u00e9 \u00e0 les humaniser, voire \u00e0 y limiter la violence qui s\u2019y d\u00e9ploie.<\/p>\n<p>Pour autant, nous savons que tout gain est pr\u00e9caire, susceptible d\u2019\u00eatre mis \u00e0 mal par un changement d\u2019\u00e9quilibre local, la rotation des gardes, la confiance qui se gagne et se perd, les services que nous rendons. Il n\u2019est pas rare que les directeurs de centre expliquent que femmes et enfants n\u2019ont rien \u00e0 faire dans ces endroits, pas rare non plus qu\u2019ils infligent des punitions s\u00e9v\u00e8res \u00e0 ceux qui auraient tent\u00e9 de s\u2019\u00e9chapper\u202f; certains affament leurs d\u00e9tenus, d\u2019autres les lib\u00e8rent lorsque la compagnie charg\u00e9e de fournir les repas interrompt ses services faute de voir ses factures r\u00e9gl\u00e9es.<\/p>\n<p>Il est probable que si les portes de certains centres de d\u00e9tention venaient \u00e0 s\u2019ouvrir, nombreux sont des d\u00e9tenus qui d\u00e9cideraient d\u2019y rester, pr\u00e9f\u00e9rant \u00e0 l\u2019incertitude de l\u2019ext\u00e9rieur leur pr\u00e9carit\u00e9 connue. Cela, beaucoup le disent \u00e0 nos \u00e9quipes. Dans ce pays fragment\u00e9, les dynamiques et enjeux politiques locaux l\u2019emportent. Ce qu\u2019on apprend vite, en Libye, c\u2019est l\u2019impossibilit\u00e9 de g\u00e9n\u00e9raliser les situations.<\/p>\n<p>Nous savons aussi que nous n\u2019avons aucune vocation \u00e0 devenir le service de sant\u00e9 d\u2019un syst\u00e8me de d\u00e9tention arbitraire\u202f: il faut que ces gens sortent.<\/p>\n<p>Des hommes le plus souvent, mais aussi des femmes et des enfants, parfois tout petits, parfois n\u00e9s en d\u00e9tention, parfois n\u00e9s de viols. L\u2019exposition \u00e0 la violence, la perm\u00e9abilit\u00e9 aux milices, aux trafiquants, la possibilit\u00e9 pour les d\u00e9tenus de travailler et de gagner un peu d\u2019argent varient consid\u00e9rablement d\u2019un centre \u00e0 l\u2019autre. Il en est aussi de leur acc\u00e8s pour les organisations humanitaires.<\/p>\n<p>Mais nous savons surtout que les centres de d\u00e9tention officiels n\u2019abritent que 2000, 3000 des migrants en danger pr\u00e9sents en Libye.<\/p>\n<p>Et les autres alors\u202f?<\/p>\n<p>Beaucoup travaillent, et assument une pr\u00e9carit\u00e9 qui est le lot, bien s\u00fbr \u00e0 des degr\u00e9s divers, de nombreux immigr\u00e9s dans le monde, de Duba\u00ef \u00e0 Paris, de Khartoum \u00e0 Bogota.Mais quelques dizaines de milliers d\u2019autres, soit par malchance, soit parce qu\u2019ils n\u2019ont aucun projet de vie en Libye et recourent massivement aux services peu fiables de trafiquants risquent gros\u202f: les enl\u00e8vements bien s\u00fbr, kidnappings contre ran\u00e7ons qui s&rsquo;accompagnent de tortures et de s\u00e9vices.<\/p>\n<p>Certains de ces \u00ab\u202fmigrants\u202f\u00bb, entre 45\u202f000 et 50\u202f000, sont reconnus \u00ab\u202fr\u00e9fugi\u00e9s ou des demandeurs d\u2019asiles\u202f\u00bb\u202fpar le Haut-Commissariat pour les r\u00e9fugi\u00e9s : ils sont Erythr\u00e9ens, Soudanais, Somaliens pour la plupart. De tr\u00e8s nombreux autres, migrants \u00e9conomiques dit-on, sont Bangladeshis, Maliens, Marocains, Guin\u00e9ens, etc. Ils sont plus seuls encore.<\/p>\n<p>Pour les premiers, un maigre espoir de relocalisation subsiste\u202f: l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, le <abbr class='c2c-text-hover' title='Hoher Fl\u00fcchtlingskommissar der Vereinten Nationen'>HCR<\/abbr> fut en mesure d\u2019organiser le d\u00e9part de 2400 personnes vers le Niger et le Rwanda, o\u00f9 elles ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9es encore quelques mois en situation d\u2019attente avant qu\u2019un pays, le plus souvent europ\u00e9en, les accepte. A ce rythme donc, il faudrait 20 ans pour les \u00e9vacuer en totalit\u00e9 \u2013 et c\u2019est sans compter les arriv\u00e9es nouvelles. D\u2019autant plus que le programme de \u2018r\u00e9installation\u2019 cible en priorit\u00e9 les personnes identifi\u00e9es comme vuln\u00e9rables, \u00e0 savoir femmes, enfants, malades. Les hommes adultes, seuls \u2013 la grande majorit\u00e9 des Erythr\u00e9ens par exemple \u2013 ont peu de chance de faire partie des rares personnes s\u00e9lectionn\u00e9es.<br \/>\nOr tr\u00e8s lourdement endett\u00e9s et craignant l\u00e9gitimement pour leur s\u00e9curit\u00e9 dans leur pays d\u2019origine, ils ne rentreront en aucun cas ; ayant perdu l\u2019espoir que le Haut-Commissariat pour les r\u00e9fugi\u00e9s les fassent sortir de l\u00e0, leur seule perspective r\u00e9side dans une dangereuse et improbable travers\u00e9e de la M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n<p>Faute de lieux prot\u00e9g\u00e9s, lorsqu\u2019ils sont extraits des centres de d\u00e9tention par le HCR, ils sont envoy\u00e9s en ville, \u00e0 Tripoli surtout, devenant des \u2018r\u00e9fugi\u00e9s urbains\u2019 b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019un paquet d\u2019aide minimal, d\u00e9livr\u00e9s en une fois et dont on peine \u00e0 voir la protection qu\u2019il garantit \u00e0 qui que ce soit. Dans ces lieux les migrants restent \u00e0 la merci des trafiquants et des violences, comme ce fut le cas pour deux Erythr\u00e9ens en janvier dernier.<\/p>\n<p>Ceux-l\u00e0 avaient pourtant et pour un temps, \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s sous la protection du HCR au sein du Gathering and Departure Facility. Fin 2018, le HCR avait obtenu l\u2019ouverture \u00e0 Tripoli de ce centre cog\u00e9r\u00e9 avec les autorit\u00e9s libyennes et initialement destin\u00e9 \u00e0 faciliter l\u2019\u00e9vacuation des demandeurs d\u2019asiles vers des pays tiers. Pr\u00e9vu \u00e0 l\u2019origine pour accueillir 1000 personnes, il n\u2019aura pas r\u00e9sist\u00e9 plus d\u2019un an au conflit qui a embras\u00e9 la capitale en avril 2019 et \u00e0 la proximit\u00e9 de milices combattantes.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, certains d\u2019entre eux pr\u00e9f\u00e8rent la certitude de la pr\u00e9carit\u00e9 des centres de d\u00e9tention \u00e0 l\u2019incertitude plus inqui\u00e9tante encore de la r\u00e9sidence en milieu ouvert\u202f: c\u2019est ainsi qu\u2019\u00e0 intervalles r\u00e9guliers, nous sommes t\u00e9moins de ces retours.<\/p>\n<p>En janvier, quatre femmes somalies, somm\u00e9es de lib\u00e9rer le GDF en janvier, ont fait le choix de rejoindre en taxi leurs maris d\u00e9tenus \u00e0 Dar El Jebel, dont elles avaient \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9es par le HCR qui ne reconnaissaient pas la l\u00e9galit\u00e9 des couples. Les promesses d\u2019\u00e9vacuation \u00e9tant virtuelles, elles sont en plus confront\u00e9es \u00e0 une absurdit\u00e9 suppl\u00e9mentaire\u202f: une personne enregistr\u00e9e par le HCR ne pourra b\u00e9n\u00e9ficier du syst\u00e8me de rapatriement volontaire de l\u2019Organisation Internationale des Migrations quand bien m\u00eame elle le souhaiterait.<\/p>\n<p>Pour les seconds, non prot\u00e9g\u00e9s par le HCR, l\u2019horizon n\u2019est pas plus lumineux : d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019Europe, il ne peut en \u00eatre question qu\u2019au prix, l\u00e0 encore, d\u2019une dangereuse travers\u00e9e. L\u2019alternative est le retour au pays, promue et organis\u00e9e par l\u2019Organisation internationale des Migrations et v\u00e9cue comme une d\u00e9faite souvent ind\u00e9passable. De tels retours, l\u2019OIM en a organis\u00e9 plus de 40 000 depuis 2016. En 2020, ils seront probablement environ 10 000 \u00e0 saisir l\u2019occasion d\u2019un \u00ab\u202fd\u00e9part volontaire\u202f\u00bb, dont on mesure \u00e0 chaque instant l\u2019absurdit\u00e9 de la qualification. Au moins, ceux-l\u00e0 auront-ils mis leur exp\u00e9rience libyenne derri\u00e8re eux.<\/p>\n<p>La situation des migrants en Libye est \u00e0 la fois banale et exceptionnelle.<\/p>\n<p>Exceptionnelle en raison de l\u2019intense violence \u00e0 laquelle ils sont souvent confront\u00e9s, du moins pour un grand nombre d&rsquo;entre eux &#8211; la violence des trafiquants et des ravisseurs, la violence du risque de mourir en mer, la violence de la guerre. Mais elle est aussi banale, de mani\u00e8re terrifiante : la diff\u00e9rence entre un \u00c9rythr\u00e9en vivant parmi des rats sous le p\u00e9riph\u00e9rique parisien ou dans un centre de d\u00e9tention \u00e0 Khoms n&rsquo;est pas si grande. Leur exp\u00e9rience de la migration est incroyablement violente, leur situation pr\u00e9caire et dangereuse. La situation du Darfouri \u00e0 Agadez n&rsquo;est pas bien meilleure, ni celle d\u2019un Afghan de Samos, en Gr\u00e8ce.<\/p>\n<p>Il est difficile de ne pas voir cette population, incapable de bouger dans le monde de la mobilit\u00e9, comme la plus ind\u00e9sirable parmi les ind\u00e9sirables. Ce sont les oubli\u00e9s.<\/p>\n<p><em>Le Club est l&rsquo;espace de libre expression des abonn\u00e9s de Mediapart. Ses contenus n&rsquo;engagent pas la r\u00e9daction.<\/em><\/p>\n<p><\/div><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est dans ce pays en guerre que l\u2019Union europ\u00e9enne d\u00e9ploie sa politique de soutien aux interceptions et aux retours des \u00ab migrants \u00bb. L\u2019hypocrisie r\u00e8gne. Il est difficile de ne pas voir cette population comme la plus ind\u00e9sirable parmi les ind\u00e9sirables. Ce sont les oubli\u00e9s. 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