{"id":61618,"date":"2020-11-26T07:00:05","date_gmt":"2020-11-26T06:00:05","guid":{"rendered":"https:\/\/asile.ch\/?p=61618"},"modified":"2021-08-29T22:31:58","modified_gmt":"2021-08-29T20:31:58","slug":"systeme-d-chamboule-covid","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/de\/2020\/11\/26\/systeme-d-chamboule-covid\/","title":{"rendered":"Le syst\u00e8me \u00abD\u00bb chamboul\u00e9. Les actes invisibles de solidarit\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9s par la crise sanitaire"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"accroche\">L\u2019impossibilit\u00e9 des rencontres impos\u00e9es par la crise sanitaire a pouss\u00e9 les associations, notamment celles actives sur le terrain des migrations, \u00e0 faire preuve de cr\u00e9ativit\u00e9 pour r\u00e9inventer le soutien propos\u00e9 \u00e0 leurs usager\u00b7\u00e8re\u00b7s. Leur engagement a mis en lumi\u00e8re toute l\u2019importance du lien social cr\u00e9\u00e9 en temps ordinaire. Un lien n\u00e9cessaire pour lutter contre l\u2019isolement, et maintenu autant que possible malgr\u00e9 la fermeture de nombreuses structures.<\/span><\/p>\n<figure id=\"attachment_60505\" aria-describedby=\"caption-attachment-60505\" style=\"width: 250px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Sans-titre-2-1.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-60505\" src=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Sans-titre-2-1.png\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"355\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Sans-titre-2-1.png 600w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Sans-titre-2-1-211x300.png 211w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Sans-titre-2-1-106x150.png 106w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-60505\" class=\"wp-caption-text\">Illustration : Ambroise H\u00e9ritier<\/figcaption><\/figure>\n<p>Qu\u2019elles soient actives dans la formation et l\u2019accueil de personnes migrantes, le conseil juridique ou l\u2019accompagnement administratif et social, chaque association a d\u00fb repenser ses pratiques. Face \u00e0 un public non francophone, il a fallu redoubler d\u2019adresse pour maintenir le contact et diffuser les informations importantes. Cours, ateliers et r\u00e9unions \u00e0 distance ont alors fleuri sur diff\u00e9rentes plateformes web. L\u2019absence de rencontre et la modification du quotidien avec ses arrangements informels a n\u00e9anmoins pes\u00e9 lourd dans une balance \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre perturb\u00e9.<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me D est monnaie courante au sein de nombreuses associations qui accompagnent avec les moyens du bord une population dont les conditions de vie et de s\u00e9jour n\u2019ont de cesse de se pr\u00e9cariser. Parfois bien au-del\u00e0 de leur mandat. La p\u00e9riode de crise sanitaire a mis le doigt sur tous ces actes invisibles. Ici, une personne touche r\u00e9guli\u00e8rement un peu d\u2019argent en \u00e9change d\u2019un travail effectu\u00e9 pour l\u2019association. L\u00e0, une autre peut profiter des repas pr\u00e9par\u00e9s pour les invit\u00e9s du centre. Une autre encore frappe \u00e0 la porte du bureau sant\u00e9-social chaque semaine pour se faire lire et pr\u00e9ciser les courriers de diff\u00e9rentes instances officielles. Pour certain\u00b7e\u00b7s, ces d\u00e9tails sont devenus des piliers. Hors de ce quotidien bien r\u00f4d\u00e9, comment continuer \u00e0 soutenir, \u00e0 r\u00e9mun\u00e9rer pour un travail devenu impossible, \u00e0 offrir des repas qui ne sont plus pr\u00e9par\u00e9s faute de visite, \u00e0 expliquer des courriers faute de rencontre ? \u00c0 qui parler quand on vit seul.e et que les contacts sociaux r\u00e9sidaient principalement dans la fr\u00e9quentation de ces lieux d\u2019accueil ? Autant de ressources remises en question par la crise et qui ont pu mettre \u00e0 mal l\u2019\u00e9quilibre social et mental de tout un pan de la population.<\/p>\n<p>Certaines personnes ont perdu leur emploi, leur revenu, leur lieu de vie durant ce printemps. D\u2019autres se sont retrouv\u00e9es dans une promiscuit\u00e9 extr\u00eame et ont souffert de la faim. De nombreuses structures ont tout mis en \u0153uvre pour palier au plus urgent, offrir de l\u2019aide alimentaire, demander des fonds pour \u00e9viter les expulsions li\u00e9es aux loyers impay\u00e9s, proposer des lieux pour les personnes sans domicile (ceux habituellement fr\u00e9quent\u00e9s \u00e9tant ferm\u00e9s), soutenir, \u00e9pauler. Suivi t\u00e9l\u00e9phonique, explications de courriers \u00e0 distance, visite et courses livr\u00e9es \u00e0 domicile pour les individus \u00e0 risques, l\u2019ampleur de la t\u00e2che \u00e9tait de taille. Que ce soit dans une mobilisation \u00e0 grande \u00e9chelle ou dans les gestes les plus simples, les associations ont tent\u00e9 de mille mani\u00e8res de maintenir le lien.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>Anouk Piraud<\/strong><\/p>\n<hr \/>\n<div class=\"mceTemp\"><\/div>\n<h2><span style=\"color: #ff6600;\">LA N\u00c9CESSIT\u00c9 DU LIEN<\/span><\/h2>\n<h2>Gr\u00e2ce \u00e0 des gestes simples, Emily a pu garder la t\u00eate hors de l&rsquo;eau<\/h2>\n<p><span class=\"accroche\">L\u2019exemple d\u2019\u00c9mily vient nous convaincre de l\u2019importance de l&rsquo;engagement des associations de terrain. Et de sa pertinence. Car si, aujourd\u2019hui, la situation continue d\u2019\u00eatre lourde et incertaine pour de nombreux foyers, on sait qu\u2019il faudra continuer \u00e0 redoubler de vigilance pour \u00e9viter qu\u2019il y ait davantage d\u2019oubli\u00e9\u00b7e\u00b7s. <\/span><\/p>\n<p>\u00c9mily souffre de probl\u00e8mes de sant\u00e9 importants, elle a peu d\u2019\u00e9nergie et son moral est faible. En temps normal, elle fr\u00e9quente plusieurs associations pour se former et pratiquer les activit\u00e9s qu\u2019elle aime. Isol\u00e9e, elle tisse dans ces lieux les principaux liens sociaux qui rythment ses semaines. En attente d\u2019une autorisation de s\u00e9jour depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es suite \u00e0 la perte de son emploi puis de son permis, elle b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une aide extr\u00eamement restreinte de l\u2019Hospice g\u00e9n\u00e9ral. Une aide qui ne peut assurer le niveau de vie, pourtant pas mirobolant, qu\u2019elle avait au moment o\u00f9 elle se trouvait encore en situation r\u00e9guli\u00e8re. Le bar\u00e8me de l\u2019institution ne couvre pour ainsi dire que ses frais fixes, et lui laisse une tr\u00e8s faible autonomie financi\u00e8re pour se nourrir. Les associations qu\u2019elle fr\u00e9quente l\u2019aident r\u00e9guli\u00e8rement, l\u2019une avec la distribution de paniers de l\u00e9gumes, l\u2019autre en lui offrant des repas pr\u00e9par\u00e9s dans les ateliers cuisine de son lieu de formation. Un \u00e9quilibre pr\u00e9caire qui lui permet de tenir moralement et de manger \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 sa faim. Jusqu\u2019au confinement. Les lieux ont d\u00fb fermer, les programmes ont \u00e9t\u00e9 annul\u00e9s. L\u2019\u00e9quilibre pr\u00e9caire s\u2019est d\u00e9lit\u00e9.<\/p>\n<p>Nous sommes au d\u00e9but de la p\u00e9riode de semi-confinement. Profond\u00e9ment d\u00e9prim\u00e9e, elle a pay\u00e9 ses factures de t\u00e9l\u00e9phonie et n\u2019a plus les moyens de s\u2019acheter \u00e0 manger. Il lui reste d\u2019autres frais \u00e0 payer, mais impossible. Elle panique \u00e0 l\u2019id\u00e9e de se trouver mise en poursuites car cela compromettrait l\u2019obtention de son permis de s\u00e9jour. L\u2019histoire se r\u00e9p\u00e8te. Payer ses factures de t\u00e9l\u00e9phone peut sembler futile face au besoin de se nourrir. Mais il s\u2019agit du lien qui lui reste avec les siens rest\u00e9s au pays et de sa solution pour lutter contre l\u2019isolement. La perte des activit\u00e9s rythmant son quotidien la d\u00e9prime et l\u2019isole davantage. Elle n\u2019a pas entendu parler des distributions d\u2019aides alimentaires. De toutes fa\u00e7ons, sa sant\u00e9 ne lui aurait pas donn\u00e9 l\u2019\u00e9nergie d\u2019attendre des heures dans cette file d\u2019attente, ni m\u00eame l\u2019envie de s\u2019exposer \u00e0 ce virus \u00abqui flotte dans l\u2019air\u00bb. Non. Ici, juste la faim et une profonde d\u00e9pression.<\/p>\n<p>\u00c9mily, apr\u00e8s un temps n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019ajustement du travail des structures qu\u2019elle fr\u00e9quentait, a re\u00e7u l\u2019attention adapt\u00e9e \u00e0 sa situation. Suivi t\u00e9l\u00e9phonique, contact et mise en lien avec diff\u00e9rents partenaires sociaux, livraison de courses lui ont permis de ne pas sombrer. Si l\u2019accompagnement r\u00e9sidait principalement dans l\u2019\u00e9coute et la disponibilit\u00e9, des gestes tout simples, un contact proactif a \u00e9t\u00e9 indispensable, sa sant\u00e9 psychique l\u2019aurait probablement retenue de solliciter de l\u2019aide. L\u2019obtention de son permis de s\u00e9jour, qu\u2019elle esp\u00e9rait depuis des ann\u00e9es et qui lui a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9 par sa juriste \u00e0 l\u2019issue du confinement, lui permettra enfin de sortir de l\u2019impasse dans lequel elle se trouvait et de se sentir actrice de sa vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>ANOUK PIRAUD<\/strong><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019impossibilit\u00e9 des rencontres impos\u00e9es par la crise sanitaire a pouss\u00e9 les associations, notamment celles actives sur le terrain des migrations, \u00e0 faire preuve de cr\u00e9ativit\u00e9 pour r\u00e9inventer le soutien propos\u00e9 \u00e0 leurs usager\u00b7\u00e8re\u00b7s. Leur engagement a mis en lumi\u00e8re toute l\u2019importance du lien social cr\u00e9\u00e9 en temps ordinaire. 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