{"id":61626,"date":"2020-11-25T07:02:20","date_gmt":"2020-11-25T06:02:20","guid":{"rendered":"https:\/\/asile.ch\/?p=61626"},"modified":"2021-08-26T13:45:07","modified_gmt":"2021-08-26T11:45:07","slug":"derriere-les-murs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/de\/2020\/11\/25\/derriere-les-murs\/","title":{"rendered":"Livre | Derri\u00e8re les murs. R\u00e9cits de migrantes au temps du Covid-19"},"content":{"rendered":"<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<h2>Livres \u00e0 (s&rsquo;)offrir<\/h2>\n<p>En cette fin d&rsquo;ann\u00e9e 2020 o\u00f9 les contacts sociaux sont fortement r\u00e9duits, la lecture reste un important rep\u00e8re.&nbsp;Entre le 25 novembre et le 20 d\u00e9cembre, nous proposerons sur notre site asile.ch une s\u00e9lection de &nbsp;publications \u00e0 lire et \u00e0 offrir. Et nous commen\u00e7ons cette s\u00e9rie en cette <a href=\"https:\/\/www.un.org\/fr\/observances\/ending-violence-against-women\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Journ\u00e9e internationale pour l&rsquo;\u00e9limination de la violence \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des femmes (25 novembre 2020)<\/a> avec l&rsquo;ouvrage <strong><em>Derri\u00e8re les murs. R\u00e9cits de&nbsp;migrantes en p\u00e9riode de covid-19<\/em><\/strong>&nbsp; r\u00e9alis\u00e9 par la Marche mondiale des femmes. Sa pr\u00e9sentation est \u00e0 para\u00eetre dans l&rsquo;\u00e9dition de d\u00e9cembre de la revue <em>Vivre Ensemble<\/em>. Nous vous proposons ci-dessous un chapitre du livre. Bonne lecture !<\/p>\n<p><\/div><\/div>\n<p><span class=\"accroche\">Cet automne, il \u00e9tait question de mener une occupation f\u00e9ministe de la fronti\u00e8re franco-italienne et en Am\u00e9rique latine pour d\u00e9noncer les murs \u00e9rig\u00e9s \u00e0 l\u2019encontre de millions de personnes jet\u00e9es sur les routes de l\u2019exil, exiger l\u2019arr\u00eat de la criminalisation de la migration qui contribue \u00e0 renforcer les r\u00e9seaux de traite et les violences faites aux femmes en Suisse et le long de leur parcours migratoire[<span style=\"color: #0000ff;\">1<\/span>]. La pand\u00e9mie en a d\u00e9cid\u00e9 autrement. Des militantes suisses de la Marche mondiale des femmes ont alors d\u00e9cid\u00e9 de faire entendre ces revendications par la parole des femmes qui vivent ces fronti\u00e8res, ces violences et qui luttent pour les surmonter. Dans l\u2019ouvrage \u00abDerri\u00e8re les murs\u00bb, le collectif partage la voix des femmes migrantes, celles que l\u2019on entend si peu et qui, par leurs conditions de vie et de travail, se retrouvent souvent en premi\u00e8re ligne, y compris dans la lutte contre le virus. 24 r\u00e9cits, profond\u00e9ment \u00e9mouvants, impressionnants par leur diversit\u00e9, t\u00e9moignent d\u2019une grande force d\u2019adaptation, de vie, de solidarit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><figure id=\"attachment_61627\" aria-describedby=\"caption-attachment-61627\" style=\"width: 448px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/Cover.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-61627\" src=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/Cover.jpg\" alt=\"\" width=\"448\" height=\"296\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/Cover.jpg 1200w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/Cover-300x199.jpg 300w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/Cover-150x99.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 448px) 100vw, 448px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-61627\" class=\"wp-caption-text\"><strong><em>Derri\u00e8re les murs. R\u00e9cits de migrantes au temps du Covid-19<\/em>, Marche mondiale des femmes, 2020. Disponible aupr\u00e8s de votre librairie pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e [<span style=\"color: #0000ff;\">2<\/span>] ou en \u00e9crivant \u00e0 in&#102;&#111;&#x40;&#x6d;&#x61;&#x72;ch&#101;&#109;&#x6f;&#x6e;&#x64;&#x69;al&#101;&#46;&#99;&#x68;. Prix du livre : 30 CHF.<\/strong><\/figcaption><\/figure>On sait que la pand\u00e9mie risque fortement d\u2019aggraver leurs conditions de vie. On sait aussi que ces femmes, qui se sont confront\u00e9es \u00e0 l\u2019exil, en savent d\u00e9j\u00e0 long sur la mani\u00e8re de d\u00e9passer les murs, la solitude, les peurs. Certaines ont pu partager un peu de leurs besoins et de leurs exp\u00e9riences \u00e0 l\u2019occasion de la Gr\u00e8ve f\u00e9ministe et de la rencontre \u00ab\u2009Femmes, Migration, Refuge\u2009\u00bb, marqu\u00e9es par leur participation et la r\u00e9daction d\u2019un catalogue de revendications. Quelle r\u00e9sonance l\u2019arriv\u00e9e de la pand\u00e9mie a-t-elle eue pour elles\u2009? Comment ont-elles travers\u00e9 ce temps de la premi\u00e8re vague\u2009? Que peuvent-elles nous apprendre\u2009? Ce sont toutes ces questions qui furent \u00e0 la base de la cr\u00e9ation de ce livre.<\/p>\n<p><span class=\"intertitre\"><strong>L\u2019\u00e9criture pour continuer \u00e0 faire vivre la rencontre<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Ces r\u00e9cits ont \u00e9t\u00e9 recueillis en juillet et ao\u00fbt 2020. Toutes les femmes qui ont accept\u00e9 de t\u00e9moigner vivent en Suisse, dans diff\u00e9rents cantons, avec diff\u00e9rents statuts. Leur point commun\u2009: essayer de reconstruire leur vie dans notre pays, apr\u00e8s un exil, souvent forc\u00e9, parfois choisi. Beaucoup se sont exprim\u00e9es directement en fran\u00e7ais, d\u2019autres en allemand, en anglais ou dans leur langue d\u2019origine. \u00c0 chaque fois il a fallu faire un travail de transcription de l\u2019oral \u00e0 l\u2019\u00e9crit, ou encore traduire, avec l\u2019exigence de rester au plus pr\u00e8s des paroles de ces femmes. Toute interview a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d\u2019un temps de rencontre, d\u2019\u00e9tablissement d\u2019un lien de confiance, en invitant la personne \u00e0 parler librement autour de trois th\u00e8mes\u2009: la situation qu\u2019elle vivait peu avant le Covid, les changements induits par la pand\u00e9mie et sa mani\u00e8re de repenser l\u2019avenir. Afin de respecter l\u2019anonymat, chaque femme a choisi elle-m\u00eame un nom d\u2019emprunt. De m\u00eame, pour apporter une note imag\u00e9e \u00e0 son r\u00e9cit, chacune a r\u00e9alis\u00e9 une photo \u00e9voquant un lieu, un geste, un objet-symbole porteur de sens pour elle<\/p>\n<p><span class=\"intertitre\"><strong>Des textes d\u2019une grande authenticit\u00e9<\/strong><\/span><\/p>\n<p>C\u2019est avec des mots simples, mais toujours vrais, sans exc\u00e8s, que ces femmes nous emm\u00e8nent au c\u0153ur de leur histoire, de leurs angoisses, de leur solitude, aussi de leurs incroyables ressources et courage. Les v\u00e9cus sont multiples.<br \/>\nPour certaines, la pand\u00e9mie c\u2019est avant tout l\u2019angoisse quotidienne de perdre son emploi, parfois seule garantie de conserver une autorisation de s\u00e9jour. La peur aussi de ne plus pouvoir aider ses proches, ici ou dans le pays d\u2019origine. Pour d\u2019autres, c\u2019est d\u2019\u00eatre plong\u00e9es dans une solitude encore plus extr\u00eame en raison de probl\u00e8mes de sant\u00e9, ou d\u2019une attente de r\u00e9ponse sur une demande d\u2019asile en vivant des conditions d\u2019h\u00e9bergement quasiment insupportables. Enfin quelques-unes moins fragilis\u00e9es ont su utiliser cette p\u00e9riode pour reprendre des forces, construire des gestes de solidarit\u00e9, repenser des priorit\u00e9s. Jour apr\u00e8s jour, toutes luttent et gardent espoir.<br \/>\nDe la lecture de ce livre, on ressort \u00e0 la fois boulevers\u00e9 et enrichi de forces de vie.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: right;\"><strong>Danielle Othenin-Girard<\/strong><\/h3>\n<p>[<span style=\"color: #0000ff;\">1<\/span>] Voir Vivre Ensemble n\u00b0 174 et 175.<br \/>\n[<span style=\"color: #0000ff;\">2<\/span>]Dont Payot, Basta (Lausanne), Librairie du Boulevard(Gen\u00e8ve), La M\u00e9ridienne (La Chaux-de-Fonds), Albert le Grand (Fribourg), Bostryche (Bienne), La Liseuse (Sion), Baobab (Martigny), \u00c0 l&rsquo;Ombre des Jeunes Filles en Fleurs (Monthey) et bien d&rsquo;autres&#8230;<\/p>\n<hr>\n<p><strong><em>Derri\u00e8re les murs. R\u00e9cits de migrantes au temps du Covid-19<\/em><sup>&nbsp;&nbsp;<\/sup>a \u00e9t\u00e9&nbsp;r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion des 20 ans de la Marche mondiale des femmes et pour la cl\u00f4ture europ\u00e9enne de sa 5\u00e8me Action plan\u00e9taire. Il contient une br\u00e8ve histoire de la MMF (2000-2020), ainsi que la plateforme de revendications \u00e9labor\u00e9e lors de la rencontre europ\u00e9enne \u00ab\u2009Femmes, Migration, Refuge\u2009\u00bb qui a rassembl\u00e9 plus de 260 participantes \u00e0 Gen\u00e8ve en septembre 2019.<\/strong><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/Capture-16.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-61628 alignleft\" src=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/Capture-16.jpg\" alt=\"\" width=\"244\" height=\"179\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/Capture-16.jpg 499w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/Capture-16-300x219.jpg 300w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/Capture-16-150x110.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 244px) 100vw, 244px\" \/><\/a><\/p>\n<h2>Odette<br \/>\nIl faut se battre<\/h2>\n<p>Je m\u2019appelle Odette. Je suis Congolaise. Je suis n\u00e9e le 22 f\u00e9vrier 1969. J\u2019ai quatre enfants et cinq petits-enfants. Une de mes filles vit en France \u00e0 Chamb\u00e9ry, mon fils \u00e0 Cologne en Allemagne. Mes deux autres enfants vivent au Congo. Je suis en Suisse depuis 2009. Je suis venue demander l\u2019asile politique. Je me suis mari\u00e9e avec un monsieur angolais, malheureusement il buvait et devenait violent. J\u2019ai divorc\u00e9 il y a quelques mois. Je suis femme de m\u00e9nage, je fais des nettoyages. J\u2019ai suivi la formation \u00e0 RECIF il y a 4 ans. J\u2019ai le permis B. Avant la pand\u00e9mie, j\u2019ai d\u00fb r\u00e9silier deux de mes huit contrats, parce que je n\u2019y arrivais plus. Je travaille aussi le soir dans une entreprise \u00e0 Boudry. Si je rate le tram, j\u2019arrive \u00e0 la maison \u00e0 23h. A Marin je devais d\u00e9j\u00e0 \u00eatre au travail \u00e0 7h, ce qui m\u2019obligeait \u00e0 me lever \u00e0 5h30. J\u2019\u00e9tais stress\u00e9e, j\u2019ai dit je dois arr\u00eater d\u2019aller nettoyer ce m\u00e9nage \u00e0 Marin.<\/p>\n<p>Quelques semaines plus tard, il y a eu le Covid-19. Certains de mes employeurs m\u2019ont dit : \u00abNon, tu ne peux pas venir, tu vois avec cette maladie-l\u00e0, \u00e7a ne joue pas, il faut rester \u00e0 la maison\u00bb. C\u2019\u00e9tait pas facile pour moi. Si je ne travaille pas, ils ne me paient pas. J\u2019ai aussi eu un probl\u00e8me avec un talon. J\u2019avais mal. J\u2019ai appel\u00e9 mon m\u00e9decin. Je n\u2019\u00e9tais pas malade, mais je voulais un rendez-vous pour mon pied. Chez le m\u00e9decin j\u2019ai profit\u00e9 pour demander des gouttes pour le nez. J\u2019avais un peu le rhume. L\u00e0, Il faut se battre 84 il m\u2019a tout de suite dit : \u00abJe ne vous touche pas. Il faut rester \u00e0 la maison, je vous mets en quarantaine. Restez \u00e0 la maison\u00bb. J\u2019ai protest\u00e9 : \u00abNon mais je ne suis pas malade, je me prot\u00e8ge, je dois travailler! \u00bb. Le docteur m\u2019a donn\u00e9 deux semaines d\u2019arr\u00eat de travail, sans faire l\u2019examen. Je n\u2019ai rien pu faire, il ne voulait pas me voir, pas me toucher. L\u00e0 o\u00f9 je travaille le soir, ils me payaient 80%, mais \u00e7a ne suffisait pas. Comme j\u2019ai d\u00fb arr\u00eater le travail dans les m\u00e9nages pendant huit semaines, je n\u2019arrivais pas \u00e0 payer mon loyer. Je suis all\u00e9e \u00e0 l\u2019aide sociale demander conseil. Ils m\u2019ont envoy\u00e9e chez Caritas. L\u2019assistante a regard\u00e9 mon salaire, elle a vu qu\u2019il \u00e9tait trop bas et a voulu me renvoyer \u00e0 l\u2019aide sociale. Mais moi je ne voulais pas, j\u2019avais peur de perdre mon permis B. Pour finir c\u2019est le Centre social protestant qui m\u2019a aid\u00e9e pour mes factures. J\u2019ai fourni tous les documents et ils m\u2019ont aid\u00e9e en payant un loyer.<\/p>\n<p>Avec ce Covid, c\u2019\u00e9tait vraiment dur. J\u2019aurais bien voulu qu\u2019on m\u2019aide davantage, aller \u00e0 l\u2019aide sociale, mais je savais qu\u2019avec le permis B \u00e7a ne joue pas, tu ne peux pas \u00eatre \u00e0 l\u2019aide sociale \u00e0 cause du renouvellement du papier. Une fois \u2013 c\u2019\u00e9tait avant le Covid-19 \u2013 j\u2019ai d\u00fb me faire op\u00e9rer de la main, mais j\u2019ai d\u00fb aller travailler quand m\u00eame. Je pleurais tellement \u00e7a me faisait mal, mais si tu ne gagnes pas assez pour vivre, ils ne te renouvellent pas le permis B. Avec ce Covid c\u2019\u00e9tait dur. Quand je sortais pour faire les commissions, tout le monde me fuyait, on aurait dit que c\u2019est moi qui apportais la maladie. Seule \u00e0 la maison, je craquais. Je dormais mal. Je pensais \u00e0 mes enfants, j\u2019avais peur pour eux. Quand j\u2019ai pu reprendre le travail, je suis all\u00e9e travailler chez une femme pour qui je fais le m\u00e9nage et qui est enceinte. Elle toussait fort. Elle a \u00e9t\u00e9 hospitalis\u00e9e. J\u2019\u00e9tais tr\u00e8s inqui\u00e8te. Angoiss\u00e9e pour elle, mais aussi pour moi. Pendant deux jours je n\u2019ai pas dormi. Elle ne Odette 85 portait pas le masque, sortait en ville. Je me disais : \u00ab\u00c7a y est, je vais aussi \u00eatre malade\u00bb. Rien que de penser \u00e0 cette dame, \u00e7a me faisait tousser. Quand elle m\u2019a dit qu\u2019elle n\u2019avait rien, \u00e7a m\u2019a soulag\u00e9e, mais j\u2019ai vraiment eu peur.<\/p>\n<p>Cette ann\u00e9e 2020, c\u2019est pas une bonne ann\u00e9e. J\u2019ai beaucoup de compatriotes qui ont eu des probl\u00e8mes d\u2019argent, qui ne gagnaient plus rien. Comment tu peux payer ton loyer sans argent ? Un jour j\u2019ai eu une bonne nouvelle. La responsable de RECIF m\u2019a appel\u00e9e. Elle avait lu dans le journal que les personnes qui font le nettoyage doivent \u00eatre pay\u00e9es si c\u2019est l\u2019employeur qui refuse qu\u2019elles viennent travailler. J\u2019ai envoy\u00e9 l\u2019annonce par WhatsApp aux employeurs qui ne voulaient pas que je travaille. Ils ont accept\u00e9 de me payer.<\/p>\n<p>En Allemagne, mon fils n\u2019avait pas encore re\u00e7u les papiers. J\u2019\u00e9tais en souci pour lui et sa famille. J\u2019ai aussi eu peur pour ma fille. Elle est aide-soignante. Je voyais \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision le nombre de gens morts en France, je voulais qu\u2019elle arr\u00eate de travailler, mais elle ne pouvait pas : \u00abMaman, je ne peux pas arr\u00eater, j\u2019ai fait un serment, je dois soigner les personnes malades \u00bb. J\u2019ai perdu cinq personnes en France, pas de ma famille proche, mais des alli\u00e9s par le sang. A l\u2019\u00e9poque, il n\u2019y avait pas de masques disponibles en France, je suis all\u00e9e en acheter ici pour les envoyer \u00e0 ma fille. Les nouvelles que je recevais du Congo \u00e9taient aussi difficiles. Mes enfants, je les appelais chaque jour pour leur dire de ne pas sortir, de mettre le masque. Au Congo, ce n\u2019est pas comme ici, il y a beaucoup de monde partout, on est coinc\u00e9 dans le bus, dans la rue, partout. Mais l\u00e0 si tu ne sors pas, tu ne manges pas. C\u2019est pas comme ici, tu ach\u00e8tes ta nourriture chaque jour. Quand eux regardaient la t\u00e9l\u00e9vision, ils avaient peur pour moi: \u00abDis maman, il faut pas sortir, il faut pas travailler. Il Il faut se battre 86 faut arr\u00eater \u00bb. Moi je leur expliquais que je devais continuer le travail le soir et dans les deux m\u00e9nages qui acceptaient que je nettoie leur maison. Je travaillais chez un vieux monsieur de 94 ans qui m\u2019a dit qu\u2019il n\u2019avait pas peur. On gardait juste les distances. J\u2019avais aussi peur pour mes amies qui sont dans la m\u00eame \u00e9glise que moi. On se t\u00e9l\u00e9phonait matin, midi, soir pour prendre des nouvelles. Je ne dormais pas.<\/p>\n<p>Maintenant \u00e7a va, je suis un peu moins angoiss\u00e9e. Je travaille de nouveau dans huit m\u00e9nages, plus le soir \u00e0 Boudry. Mon r\u00eave est qu\u2019on trouve un m\u00e9dicament pour \u00e7a. Mais m\u00eame le vaccin me fait peur. Qu\u2019est-ce que \u00e7a va faire dans notre corps ? On ne sait pas si on va vivre \u00e0 l\u2019avenir comme on vivait avant. Pour moi, \u00e7a reste quand m\u00eame difficile. Ma fille voulait se marier, elle a repouss\u00e9 son mariage. Mais le 12 septembre je suis invit\u00e9e \u00e0 un autre mariage, celui de la ni\u00e8ce de mon compatriote. A Gen\u00e8ve. Comment \u00e7a va se passer ? Ils ont invit\u00e9 six cents personnes. Nous les Africains, quand il y a des f\u00eates on profite, mais tout le monde est un peu angoiss\u00e9. Si je ne vais pas, la dame ne va pas \u00eatre contente. Je ne sais pas encore ce que je vais faire. On ne sait pas si l\u2019ann\u00e9e prochaine \u00e7a ira mieux ou pas. Mais il faut se battre, il faut se battre.<\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans l\u2019ouvrage \u00abDerri\u00e8re les murs\u00bb, le collectif de la Marche mondiale des femmes partage la voix des femmes migrantes, celles que l\u2019on entend si peu et qui, par leurs conditions de vie et de travail, se retrouvent souvent en premi\u00e8re ligne, y compris dans la lutte contre le virus. 24 r\u00e9cits, profond\u00e9ment \u00e9mouvants, impressionnants par leur diversit\u00e9, t\u00e9moignent d\u2019une grande force d\u2019adaptation, de vie, de solidarit\u00e9.<\/p>","protected":false},"author":5,"featured_media":61672,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[160,155,162,218],"tags":[1012,1159,633,505,242,203],"ve_numero":[],"pays":[],"ve_type":[1054],"ve_action":[1050],"class_list":["post-61626","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualites","category-documentation","category-publications","category-temoignage","tag-coronavirus","tag-documentation","tag-femmes","tag-livre","tag-solidarite","tag-temoignage-2","ve_type-temoignage","ve_action-documentation"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/61626","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=61626"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/61626\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/media\/61672"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=61626"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=61626"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=61626"},{"taxonomy":"ve_numero","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/ve_numero?post=61626"},{"taxonomy":"pays","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/pays?post=61626"},{"taxonomy":"ve_type","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/ve_type?post=61626"},{"taxonomy":"ve_action","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/de\/wp-json\/wp\/v2\/ve_action?post=61626"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}