{"id":79048,"date":"2021-09-20T17:27:44","date_gmt":"2021-09-20T15:27:44","guid":{"rendered":"https:\/\/stage.asile.ch\/?p=79048"},"modified":"2021-09-21T10:22:25","modified_gmt":"2021-09-21T08:22:25","slug":"les-damnees-de-la-mer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/de\/2021\/09\/20\/les-damnees-de-la-mer\/","title":{"rendered":"Livre | Les Damn\u00e9es de la mer"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Femmes et fronti\u00e8res en M\u00e9diterran\u00e9e<\/h2>\n\n\n\n<p><span class=\"accroche\"><em><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.editionsladecouverte.fr\/les_damnees_de_la_mer-9782348041075\" target=\"_blank\">Les Damn\u00e9es de la mer<\/a><\/em> est le fruit d\u2019une enqu\u00eate au long court, men\u00e9e entre 2010 et 2018 par la g\u00e9ographe Camille Schmoll \u00abdans\u00bb et \u00absur\u00bb la fronti\u00e8re. On y d\u00e9couvre les parcours interminables des femmes exil\u00e9es africaines, leurs souffrances, la complexit\u00e9 de leur cheminement migratoire. On y per\u00e7oit ces \u00ablieux-fronti\u00e8res\u00bb que constituent la multiplication des camps, l\u2019enfermement, le temps suspendu, les violences institutionnelles marquant cruellement le corps des femmes. Mais aussi la force de ces derni\u00e8res qui utilisent ces espaces de \u00abl\u2019entre-deux\u00bb pour se reconstruire de nouvelles identit\u00e9s et regagner en autonomie. Un livre de recherche d\u2019une grande rigueur qui contribue \u00e0 casser les clich\u00e9s sur la migration f\u00e9minine et \u00e0 restituer la place des femmes dans l\u2019histoire des migrations.<\/span><\/p>\n\n\n<div\n    class=\"c-block--box  is-box--\">\n    <div class=\"c-block--box-inner\">\n        \n\n<div class=\"wp-block-media-text alignwide is-stacked-on-mobile\" style=\"grid-template-columns:31% auto\"><figure class=\"wp-block-media-text__media\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"501\" height=\"735\" src=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/damne\u0301es-de-la-mer.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-79049 size-full\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/damne\u0301es-de-la-mer.png 501w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/damne\u0301es-de-la-mer-204x300.png 204w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/damne\u0301es-de-la-mer-102x150.png 102w\" sizes=\"auto, (max-width: 501px) 100vw, 501px\" \/><\/figure><div class=\"wp-block-media-text__content\">\n<p>Camille Schmoll est enseignante-chercheuse \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Paris-Diderot, et membre cofondatrice du Groupe international d\u2019experts sur les migrations (Giem).<\/p>\n\n\n\n<p>Durant huit ans, elle part inlassablement sur la trace des survivantes aux marges de l\u2019Europe, en Italie et \u00e0 Malte. Elle cherche \u00e0 rencontrer ces femmes dans leur v\u00e9cu quotidien, \u00e0 travers cette cha\u00eene qui n\u2019en finit pas des camps de tri, de r\u00e9tention, d\u2019\u201caccueil\u201d, tous synonymes d\u2019isolement et de logique r\u00e9pressive. Finalement elle parvient \u00e0 recueillir 80 r\u00e9cits, qui vont constituer son terreau d\u2019observations et de r\u00e9flexions.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa m\u00e9thode de travail est pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 la fois dans l\u2019introduction et conclusion de l\u2019ouvrage, ainsi que dans une annexe m\u00e9thodologique.<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n    <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p><em>Les damn\u00e9es de la mer <\/em>s\u2019ouvre avec le r\u00e9cit de Julienne, que Camille Schmoll choisit de pr\u00e9senter dans sa totalit\u00e9, tant il est embl\u00e9matique:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-default is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Des Juliennes, il y en a des centaines, des milliers. Son r\u00e9cit parle de toutes celles qui furent entendues, et de celles disparues; [&#8230;] De fait, la voix des femmes que j&rsquo;ai rencontr\u00e9es porte l&rsquo;\u00e9cho de celles qui n&rsquo;ont pu atteindre les rivages de l&rsquo;Europe (parce que noy\u00e9es en mer ou mortes dans le d\u00e9sert. [Elles \u00e9taient l\u00e0] \u00ab\u00a0fant\u00f4mes qui occupaient parfois les silences des femmes rencontr\u00e9es, ou au contraire qui meublaient leurs r\u00e9cits\u00a0\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Comme le rappelle C. Schmoll, les femmes sont rest\u00e9es longtemps absentes du grand r\u00e9cit des migrations. Elles \u00e9taient simplement vues comme celles qui attendent leurs \u00e9poux ou les suivent dans leur exil. Enferm\u00e9es dans cette image de passivit\u00e9, une \u00e9tude suffisamment approfondie de leurs d\u00e9placements ne s\u2019est jamais faite. Pourtant,par le pass\u00e9, elles furent nombreuses \u00e0 partir seules. Aujourd\u2019hui cette migration f\u00e9minine s\u2019amplifie, mais elle n\u2019est pas nouvelle. Il faut en comprendre les multiples causes, insiste la chercheuse, et analyser l\u2019inad\u00e9quation entre la complexit\u00e9 des motivations de fuite et le droit international tel qu\u2019il est encore pens\u00e9 et appliqu\u00e9. Elle montre comment les r\u00e9alit\u00e9s v\u00e9cues par les femmes migrantes <em>\u00ab font \u00e9clater les notions oppos\u00e9es et par trop simplistes entre migration forc\u00e9e et migration voulue, migration pr\u00e9cipit\u00e9e et migration pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9e\u00bb. <\/em>Des r\u00e9alit\u00e9s telles que la mixit\u00e9 de leurs motivations de fuite, le poids de l\u2019entourage familial, la longueur des parcours dans l\u2019espace et le temps, le cumul des violences subies (domestiques, sexuelles, institutionnelles). L\u2019intrication et l\u2019impact des \u00e9v\u00e9nements survenus au fil des \u00e9tapes les obligent \u00e0 une r\u00e9orientation constante de leur trajectoire migratoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces parcours, propres aux femmes, am\u00e8nent aussi des formes de r\u00e9sistances sp\u00e9cifiques. En prenant le temps de rencontrer ces exil\u00e9es\/rescap\u00e9es, arriv\u00e9es au seuil de l\u2019Europe, mais cloisonn\u00e9es dans un <em>\u00abentre-deux\u00bb<\/em>, C. Schmoll s\u2019est donn\u00e9 les moyens de d\u00e9couvrir leur fa\u00e7on d\u2019\u00eatre et de survivre dans ces lieux de la marge, qui se r\u00e9v\u00e8lent \u00e0 la fois lieux d\u2019oppression et de transformation.<\/p>\n\n\n<div\n    class=\"c-block--box  is-box--\">\n    <div class=\"c-block--box-inner\">\n        \n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Les r\u00e9alit\u00e9s v\u00e9cues par les femmes migrantes \u00ab\u00a0font \u00e9clater les notions oppos\u00e9es et par trop simplistes entre migration forc\u00e9e et migration voulue, migration pr\u00e9cipit\u00e9e et migration pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/p><cite>Camille Schmoll, <em>Les Damn\u00e9es de la mer<\/em>, \u00e9d. La D\u00e9couverte : 2020.<\/cite><\/blockquote>\n\n\n    <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p>Les camps o\u00f9 elle a pu se rendre varient dans leur degr\u00e9 de r\u00e9pression et d\u2019enfermement, mais ils se caract\u00e9risent tous par un fonctionnement fortement s\u00e9curitaire, par des locaux surpeupl\u00e9s, un manque de possibilit\u00e9s de contact avec l\u2019ext\u00e9rieur, et surtout la privation de toute intimit\u00e9, notamment corporelle, tellement blessante et dangereuse pour les femmes. Preuve d\u2019une non-prise en consid\u00e9ration de toute la question genre.<\/p>\n\n\n\n<p>Combien de r\u00e9fugi\u00e9es qui ont transit\u00e9 par ces camps se sont vues r\u00e9duites \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019objet, condamn\u00e9es \u00e0 l\u2019inactivit\u00e9 et l\u2019ennui, victimes de nouvelles violences ? Pourtant, bon nombre d\u2019entre elles arrivent \u00e0 reprendre un contr\u00f4le momentan\u00e9 sur leur vie, en se structurant des espaces d\u2019autonomie aussi petits soient-ils, par exemple \u00e0 travers des soins du corps qu\u2019elles se donnent mutuellement, ou des <em>\u00abniches d\u2019intimit\u00e9\u00bb <\/em>cr\u00e9\u00e9es avec l\u2019arrangement d\u2019objets personnels et gagn\u00e9es sur le peu d\u2019espace \u00e0 soi; ou encore en utilisant Internet pour se refaire des liens, l\u2019outil num\u00e9rique devenant un <em>\u00ab lieu de suspension de la douleur \u00bb<\/em>. En d\u00e9finitive, elles parviennent \u00e0 se pr\u00e9server une identit\u00e9 dans le chemin d\u2019exil. Bien qu\u2019envahies par un \u00e9tat constant de tension et d\u2019ins\u00e9curit\u00e9, elles en \u00e9mergent en affirmant leur <em>\u00ab savoir migratoire \u00bb<\/em>, expression utilis\u00e9e par C. Schmoll pour qualifier leurs exp\u00e9riences acquises tout au long de l\u2019exil.<\/p>\n\n\n\n<p>La richesse de ce livre et les questions qu\u2019il pose font \u00e9cho au travail de recherche men\u00e9 de longue date par la philosophe Marie-Claire Caloz-Tschopp sur le th\u00e8me du <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/desexil.com\/\" target=\"_blank\">Desexil<\/a>. En r\u00e9sonance aussi avec la manifestation f\u00e9ministe de <em>Toutes Aux Fronti\u00e8res <\/em>qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e \u00e0 Nice le 5 juin 2021, et l\u2019annonce d\u2019un travail de lancement d\u2019une p\u00e9tition europ\u00e9enne pour une reconnaissance syst\u00e9matique et effective des motifs d\u2019asile propres aux femmes, filles et personnes LGBTQI+.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Damn\u00e9es de la mer est le fruit d\u2019une enqu\u00eate au long court, men\u00e9e entre 2010 et 2018 par la g\u00e9ographe Camille Schmoll \u00abdans\u00bb et \u00absur\u00bb la fronti\u00e8re. 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