{"id":13231,"date":"2014-01-03T08:11:49","date_gmt":"2014-01-03T08:11:49","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/?p=13231"},"modified":"2021-08-26T14:09:23","modified_gmt":"2021-08-26T12:09:23","slug":"le-courrier-un-mur-a-la-frontiere-syrienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2014\/01\/03\/le-courrier-un-mur-a-la-frontiere-syrienne\/","title":{"rendered":"Le Courrier | Un mur \u00e0 la fronti\u00e8re syrienne"},"content":{"rendered":"<h2>Ankara pr\u00e9voit d\u2019\u00e9riger un mur pr\u00e8s de Nusaybin pour s\u00e9curiser sa fronti\u00e8re avec la Syrie. Les Kurdes y voient une nouvelle tentative de s\u00e9parer leur communaut\u00e9 pr\u00e9sente dans les deux pays.<\/h2>\n<p><em><strong>Article d&rsquo;Elisa Perriguer, publi\u00e9 dans Le Courrier, le 3 janvier 2014. Cliquez <a href=\"http:\/\/www.lecourrier.ch\/117457\/un_mur_a_la_frontiere_syrienne\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ici<\/a> pour lire l&rsquo;article sur le site du Courrier.<\/strong><\/em><\/p>\n<div><div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n[caption id=\"attachment_13232\" align=\"alignright\" width=\"400\"]<a href=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/7091635245_fd173330e4.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-13232 \" alt=\"7091635245_fd173330e4\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/7091635245_fd173330e4.jpg\" width=\"400\" height=\"264\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/7091635245_fd173330e4.jpg 500w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/7091635245_fd173330e4-300x198.jpg 300w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/7091635245_fd173330e4-150x99.jpg 150w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/7091635245_fd173330e4-640x420.jpg 640w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/7091635245_fd173330e4-1280x840.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/a> A Syrian refugee girl looks out from behind the fence at Yayladagi refugee camp in Hatay province near the Turkish-Syrian border April 10, 2012.<br \/>Photo: Freedom House, 2012[\/caption]\n<p>Un champ de mines antipersonnel investi d\u2019herbes folles, surplomb\u00e9 de miradors. Seuls ces quelques kilom\u00e8tres de terrain vague, entour\u00e9 de barbel\u00e9s, s\u00e9parent la ville turque de Nusaybin de la commune syrienne de Qamishli. C\u2019est en tentant de franchir cette fronti\u00e8re au sud-est de la Turquie, dans la nuit du 17 novembre, qu\u2019Amir Abdullah Ahmet, 21\u2008ans, a \u00e9t\u00e9 abattu par l\u2019arm\u00e9e turque, avec deux autres amis Syriens. Ces r\u00e9fugi\u00e9s kurdes \u00e9taient arriv\u00e9s en Turquie cinq mois plus t\u00f4t, apr\u00e8s qu\u2019une roquette soit tomb\u00e9e sur Qamishli.<br \/>\nDans le modeste appartement de Nusaybin, o\u00f9 s\u2019entassent aujourd\u2019hui les proches d\u2019Ahmet, eux aussi r\u00e9fugi\u00e9s de Syrie, un silence pesant r\u00e8gne apr\u00e8s la mort du jeune homme. \u00abAhmet venait de perdre son travail dans un restaurant de Nusaybin et voulait retourner voir ses parents \u00e0 Qamishli, en Syrie\u00bb, raconte choqu\u00e9 Fahrettin Akdeniz, retrait\u00e9 de 53\u2008ans. \u00abIl portait sur lui quelques livres turques et des m\u00e9dicaments pour ses parents tr\u00e8s pauvres.\u00bb<br \/>\nNezhan, la jeune femme d\u2019Ahmet, a les yeux gonfl\u00e9s de larmes et ne parle plus. Aujourd\u2019hui elle veut porter plainte \u00aben Turquie et pr\u00e8s de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme\u00bb, poursuit \u00e0 sa place Fahrettin Akdeniz. Les circonstances de la mort des trois Kurdes de Syrie restent en effet obscures. Les proches d\u2019Ahmet assurent qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 abattu avant m\u00eame de franchir la fronti\u00e8re, en territoire turc. Selon une agence de presse locale, les Syriens se seraient engag\u00e9s dans le champ de mines, en d\u00e9pit des sommations de l\u2019arm\u00e9e turque. Une enqu\u00eate a \u00e9t\u00e9 ouverte, le procureur de Nusaybin refuse n\u00e9anmoins toute interview.<\/p>\n<h3><strong>Nombreux r\u00e9fugi\u00e9s<\/strong><\/h3>\n<p>Ce drame t\u00e9moigne de la tension de plus en plus palpable \u00e0 ce point de passage turco-syrien. Entre les deux villes kurdes, de Nusaybin et de Qamishli, qui ne faisaient qu\u2019une seule avant la cr\u00e9ation d\u2019une fronti\u00e8re en 1921, les passages ont \u00e9t\u00e9 fr\u00e9quents depuis le d\u00e9but de la guerre en Syrie. Quelque 8500 personnes ont travers\u00e9 la fronti\u00e8re pour se r\u00e9fugier \u00e0 Nusaybin et 40\u00a0000 au total dans la r\u00e9gion turque du sud-est.<br \/>\nD\u00e9but octobre, Ankara a annonc\u00e9 la construction d\u2019un mur de 7\u2008kilom\u00e8tres en bordure de cette fronti\u00e8re militaris\u00e9e, et pourtant min\u00e9e depuis les ann\u00e9es 1990. Pour les autorit\u00e9s turques, il s\u2019agit de limiter les d\u00e9g\u00e2ts d\u2019une guerre civile qui se trame au Kurdistan syrien. Une r\u00e9gion domin\u00e9e depuis un an et demi par le PYD, le Parti d\u00e9mocratique kurde de Syrie, li\u00e9 \u00e0 la gu\u00e9rilla turco-kurde du PKK (lire ci-dessous). L\u2019YPJ, sa branche arm\u00e9e, s\u2019y oppose violemment aux djihadistes du Front Al-Nosra. Le gouvernement turc dit aussi vouloir limiter, avec cette barri\u00e8re, la contrebande en provenance de Syrie, en augmentation.<br \/>\nDans les locaux de l\u2019AKP de Nusaybin, \u00e0 deux pas des barbel\u00e9s frontaliers, on reste discret sur ce projet. Le responsable local du parti esquive les interviews de la presse. Seuls quelques partisans, rassembl\u00e9s dans un hall couvert d\u2019immenses affiches du leader AKP, Recep Tayyip Erdogan, l\u00e2chent des impressions sur le \u00abmur\u00bb. \u00abPour la s\u00e9curit\u00e9 de tous et des enfants, c\u2019est mieux, il y a des mines \u00e0 proximit\u00e9\u00bb, affirme un Turc au regard clair, qui ne souhaite pas donner son pr\u00e9nom. \u00abLe mur est une tr\u00e8s bonne chose, depuis le d\u00e9but de la guerre en Syrie, il y a des passeurs et de la contrebande ici, par exemple on ne peut plus trouver une seule cigarette turque, elles viennent toutes de Syrie\u00bb, rench\u00e9rit un autre, tout aussi anonyme.<\/p>\n<h3><strong>\u00abMur de la honte\u00bb<\/strong><\/h3>\n<p>Mais pour une grande partie des 90\u00a0000 habitants de Nusaybin, majoritairement Kurdes, ce mur est une \u00abprovocation\u00bb. Dans les rues pav\u00e9es de cette pauvre bourgade (90% de ch\u00f4mage), c\u2019est surtout le terme \u00abMur de la honte\u00bb qui r\u00e9sonne. Apr\u00e8s l\u2019annonce du projet, via la presse selon la municipalit\u00e9, le 6 octobre dernier, les Kurdes de Nusaybin se sont \u00e9lev\u00e9s contre ce mur. Des manifestations ont \u00e9clat\u00e9 de part et d\u2019autres de la fronti\u00e8re, r\u00e9prim\u00e9es c\u00f4t\u00e9 turc par des brouillards de gaz lacrymog\u00e8nes. Hasni, un vendeur de lampes et d\u2019horloges \u00e0 proximit\u00e9 du bazar, se tenait debout dans les pr\u00e9c\u00e9dentes protestations et \u00abne l\u00e2chera pas tant que le projet continuera\u00bb. Pour l\u2019homme de 37 ans, ce mur cache une \u00abvolont\u00e9 de diviser davantage la communaut\u00e9 kurde turque et syrienne [2,5\u2008millions]\u00bb. Pour lui, sur les 800\u2008km que compte la fronti\u00e8re syrienne avec la Turquie, \u00abce n\u2019est pas un hasard si le mur [de 7\u2008km] se situe l\u00e0, dans la partie kurde!\u00bb<br \/>\nComme Hasni beaucoup de r\u00e9sidents ont des proches parmi leurs \u00abfr\u00e8res\u00bb Kurdes de Syrie. \u00abAvant 2011, je me rendais en Syrie souvent pour voir mon oncle de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, parfois on se donnait aussi rendez-vous dans le champ [de mines, accessibles en raison des barbel\u00e9s manquants \u00e0 plusieurs endroits]\u00bb, explique Hasni. \u00abDepuis, j\u2019ai seulement des contacts t\u00e9l\u00e9phoniques avec mes proches en Syrie, c\u2019est honteux d\u2019emp\u00eacher les gens de fuir la guerre.\u00bb<br \/>\nUne personne \u00e0 Nusaybin alimente particuli\u00e8rement cette fronde. La maire, Ayse G\u00f6kkan, promet qu\u2019elle \u00abd\u00e9truira le mur de ses mains\u00bb s\u2019il le faut. De la fen\u00eatre de sa municipalit\u00e9, b\u00e2tie avec d\u2019anciennes pierres de la r\u00e9gion, la repr\u00e9sentante du BDP (Parti kurde pr\u00e9sent au Parlement d\u2019Ankara) \u00e9lue avec 82% des voix en 2009, observe les soldats turcs qui commencent la construction du mur. Au loin, elle distingue les hauteurs de la ville de Qamishli. Nerveuse, Ayse G\u00f6kkan tire des petites bouff\u00e9es sur ses longues cigarettes fines. \u00abLa municipalit\u00e9 de Nusaybin n\u2019a m\u00eame pas \u00e9t\u00e9 mise au courant du projet!\u00bb<br \/>\nConnue pour sa d\u00e9termination, cette cinquantenaire c\u00e9libataire qui a consacr\u00e9 sa carri\u00e8re \u00e0 la reconnaissance des Kurdes de Turquie est connue pour ses actions coup de poing. Elle a d\u2019ailleurs cent cinquante plaintes \u00e0 son actif, dont plusieurs \u00e9manant de l\u2019Etat, depuis le d\u00e9but de son mandat.<br \/>\nLe 30 octobre, Ayse G\u00f6kkan a tenu neuf jours sans manger, \u00e0 proximit\u00e9 du terrain de construction pour afficher sa col\u00e8re. Durant cette gr\u00e8ve de la faim m\u00e9diatis\u00e9e, \u00ables Kurdes de Syrie venaient aussi pour soutenir nos protestations, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 [du champ de mines], relate la maire. Plusieurs organisations internationales se sont d\u00e9plac\u00e9es.\u00bb<br \/>\nLe 7 novembre, Ayse G\u00f6kkan stoppe sa gr\u00e8ve de la faim: apr\u00e8s des discussions entre les d\u00e9put\u00e9s du BDP et le minist\u00e8re de Recep Tayyip Erdogan, \u00ables autorit\u00e9s ont affirm\u00e9 qu\u2019ils se contenteraient de mettre des barbel\u00e9s entre la Syrie et la Turquie. Mais une semaine apr\u00e8s, elles ont repris la construction\u00bb.<br \/>\nAujourd\u2019hui, elle se dit toujours d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 emp\u00eacher l\u2019ouvrage: \u00abNous allons faire une p\u00e9tition contre le mur, d\u2019abord nous la donnerons \u00e0 la justice turque puis \u00e0 la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme\u00bb.<\/p>\n<p><\/div><\/div><\/p><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un champ de mines antipersonnel investi d\u2019herbes folles, surplomb\u00e9 de miradors. Seuls ces quelques kilom\u00e8tres de terrain vague, entour\u00e9 de barbel\u00e9s, s\u00e9parent la ville turque de Nusaybin de la commune syrienne de Qamishli. C\u2019est en tentant de franchir cette fronti\u00e8re au sud-est de la Turquie, dans la nuit du 17 novembre, qu\u2019Amir Abdullah Ahmet, 21\u2008ans, a \u00e9t\u00e9 abattu par l\u2019arm\u00e9e turque, avec deux autres amis Syriens. 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