{"id":14375,"date":"2014-02-13T11:17:37","date_gmt":"2014-02-13T11:17:37","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/?p=14375"},"modified":"2021-08-26T14:08:27","modified_gmt":"2021-08-26T12:08:27","slug":"hrw-egyptesoudan-des-trafiquants-qui-torturent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2014\/02\/13\/hrw-egyptesoudan-des-trafiquants-qui-torturent\/","title":{"rendered":"HRW | \u00c9gypte\/Soudan: Des trafiquants qui torturent"},"content":{"rendered":"<h2>L\u2019\u00c9gypte devrait tirer parti des op\u00e9rations de s\u00e9curit\u00e9 dans le Sina\u00ef pour mettre fin \u00e0 la traite des \u00eatres humains<\/h2>\n<p><em><strong>Rapport de Human Rights Watch, publi\u00e9 le 11 f\u00e9vrier 2014. Cliquez <a href=\"http:\/\/www.hrw.org\/sites\/default\/files\/reports\/egypt0214_ForUpload_1.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ici<\/a> pour lire le rapport (en anglais).<\/strong><\/em><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.hrw.org\/sites\/default\/files\/reports\/egypt0214_ForUpload_1.pdf\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-14376\" alt=\"HRW\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/HRW-228x300.jpg\" width=\"228\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/HRW-228x300.jpg 228w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/HRW-114x150.jpg 114w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/HRW.jpg 485w\" sizes=\"auto, (max-width: 228px) 100vw, 228px\" \/><\/a><div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<p>Selon des dizaines de personnes interrog\u00e9es, des trafiquants ont enlev\u00e9, tortur\u00e9 et tu\u00e9 des r\u00e9fugi\u00e9s, pour la plupart \u00e9rythr\u00e9ens, dans l\u2019est du Soudan et dans la p\u00e9ninsule \u00e9gyptienne du Sina\u00ef, a d\u00e9clar\u00e9 Human Rights Watch dans un rapport publi\u00e9 aujourd\u2019hui. L\u2019<a href=\"http:\/\/www.hrw.org\/fr\/middle-eastn-africa\/egypt\">\u00c9gypte<\/a> et le <a href=\"http:\/\/www.hrw.org\/fr\/africa\/sudan\">Soudan<\/a> se sont mis en d\u00e9faut d\u2019identifier et de poursuivre comme il convient les trafiquants et tout responsable de la s\u00e9curit\u00e9 qui pourrait avoir agi en collusion avec eux, violant l\u2019obligation qui incombe aux deux pays de pr\u00e9venir la torture.<\/p>\n<p>Le rapport de 79 pages, intitul\u00e9 <a href=\"http:\/\/hrw.org\/node\/122899\">\u00ab\u00a0\u2018I Wanted to Lie Down and Die:\u2019 Trafficking and Torture of Eritreans in Sudan and Egypt\u00a0\u00bb<\/a> (\u00ab\u00a0\u2018Je voulais me coucher et mourir\u2019\u00a0: La traite et la torture d\u2019\u00c9rythr\u00e9ens au Soudan et en \u00c9gypte\u00a0\u00bb), explique en d\u00e9tail que depuis 2010, dans la P\u00e9ninsule du Sina\u00ef, des trafiquants \u00e9gyptiens ont tortur\u00e9 des \u00c9rythr\u00e9ens pour obtenir des ran\u00e7ons, commettant notamment des viols, infligeant des br\u00fblures et mutilant leurs victimes. Il d\u00e9crit \u00e9galement les tortures pratiqu\u00e9es par les trafiquants dans l\u2019est du Soudan, ainsi que 29 incidents dans le cadre desquels, selon les t\u00e9moignages recueillis par Human Rights Watch aupr\u00e8s des victimes, des agents de s\u00e9curit\u00e9 soudanais et \u00e9gyptiens ont facilit\u00e9 les exactions perp\u00e9tr\u00e9es par les trafiquants plut\u00f4t que de les arr\u00eater et de porter secours \u00e0 leurs victimes. Les responsables \u00e9gyptiens nient l\u2019existence d\u2019exactions commises par des trafiquants dans le Sina\u00ef, permettant que cette zone devienne un refuge pour trafiquants.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Depuis des ann\u00e9es, les responsables \u00e9gyptiens nient les effroyables violences qui se produisent sous leur nez dans le Sina\u00ef<\/em>\u00a0<em>\u00e0 l\u2019encontre des r\u00e9fugi\u00e9s <\/em>\u00bb, a d\u00e9plor\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.hrw.org\/bios\/gerry-simpson\">Gerry Simpson<\/a>, chercheur senior sur les r\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 Human Rights Watch et auteur du rapport. \u00ab\u00a0<em>Tant l\u2019\u00c9gypte que le Soudan doivent mettre un terme aux actes de torture et d\u2019extorsion dont sont victimes les \u00c9rythr\u00e9ens sur leur territoire, et il faut qu\u2019ils engagent des poursuites \u00e0 l\u2019encontre des trafiquants et de tout responsable de la s\u00e9curit\u00e9 qui agit en collusion avec eux.\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>Depuis juin 2013, les autorit\u00e9s \u00e9gyptiennes ont intensifi\u00e9 les op\u00e9rations de s\u00e9curit\u00e9 dans le Sina\u00ef en r\u00e9action aux assassinats et attaques perp\u00e9tr\u00e9s presque quotidiennement contre des policiers et des militaires par des groupes bas\u00e9s dans le Sina\u00ef. Les responsables de la s\u00e9curit\u00e9 devraient veiller \u00e0 ce que leurs op\u00e9rations de maintien de l\u2019ordre comprennent notamment l\u2019identification des trafiquants et l\u2019engagement de poursuites \u00e0 leur encontre, a soulign\u00e9 Human Rights Watch.<\/p>\n<p>Le rapport se fonde sur 37 entretiens r\u00e9alis\u00e9s par Human Rights Watch avec des \u00c9rythr\u00e9ens et 22 entretiens effectu\u00e9s par une organisation non gouvernementale en \u00c9gypte. Les personnes interrog\u00e9es ont d\u00e9clar\u00e9 avoir subi des violences pendant des semaines, voire des mois, soit \u00e0 proximit\u00e9 de la ville de Kassala dans l\u2019est du Soudan, soit aux abords de la ville d\u2019Arish dans le nord-est du Sina\u00ef, pr\u00e8s de la fronti\u00e8re isra\u00e9lo-\u00e9gyptienne. Human Rights Watch a \u00e9galement interrog\u00e9 deux trafiquants, l\u2019un d\u2019eux reconnaissant avoir tortur\u00e9 des dizaines de personnes. Le rapport se base \u00e9galement sur des entretiens r\u00e9alis\u00e9s par d\u2019autres organisations non gouvernementales en dehors de l\u2019\u00c9gypte aupr\u00e8s de centaines de victimes de tortures, ainsi que sur les d\u00e9clarations du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s (<abbr class='c2c-text-hover' title='Haut commissariat des Nations unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s'>HCR<\/abbr>) relatives aux entretiens qu\u2019il a effectu\u00e9s aupr\u00e8s de centaines de ces victimes.<\/p>\n<p>Les victimes ont expliqu\u00e9 que les trafiquants \u00e9gyptiens les avaient tortur\u00e9es afin d\u2019extorquer jusqu\u2019\u00e0 40 000$ \u00e0 leurs familles. Tous les t\u00e9moins interrog\u00e9s par Human Rights Watch ont confi\u00e9 qu\u2019ils avaient vu ou subi des violences de la part des trafiquants, notamment des viols commis tant sur les femmes que sur les hommes, des chocs \u00e9lectriques, des br\u00fblures aux parties g\u00e9nitales et autres parties du corps avec des fers chauds, de l\u2019eau bouillante, du plastique ou du caoutchouc fondu et des cigarettes, des passages \u00e0 tabac avec des barres m\u00e9talliques ou des b\u00e2tons, des s\u00e9ances de suspension au plafond, des menaces de mort et des privations de sommeil pendant de longues p\u00e9riodes. Dix-sept victimes ont signal\u00e9 qu\u2019elles avaient vu d\u2019autres personnes mourir des suites de tortures.<\/p>\n<p>Des proches ayant entendu les victimes crier dans leurs t\u00e9l\u00e9phones portables ont expliqu\u00e9 qu\u2019ils avaient rassembl\u00e9 et transf\u00e9r\u00e9 les importantes sommes d\u2019argent r\u00e9clam\u00e9es par les trafiquants.<\/p>\n<p>Depuis 2004, plus de 200 000 \u00c9rythr\u00e9ens ont fui la <a href=\"http:\/\/www.hrw.org\/reports\/2009\/04\/16\/service-life-0\">r\u00e9pression et la mis\u00e8re<\/a> auxquelles ils \u00e9taient confront\u00e9s dans leur pays pour se r\u00e9fugier dans des camps recul\u00e9s \u00e9tablis dans des zones frontali\u00e8res de l\u2019est du Soudan et d\u2019\u00c9thiopie, \u00e9chappant aux gardes-fronti\u00e8res qui avaient pour ordre d\u2019abattre les personnes quittant le territoire sans permission. Ces r\u00e9fugi\u00e9s n\u2019ont aucune perspective de travail dans les camps ou \u00e0 proximit\u00e9 des camps et jusqu\u2019en 2010, des dizaines de milliers d\u2019entre eux ont pay\u00e9 des passeurs qui les ont emmen\u00e9s en Isra\u00ebl via le Sina\u00ef.<\/p>\n<p>En 2011, Isra\u00ebl avait termin\u00e9 d\u2019\u00e9riger de vastes sections de la cl\u00f4ture de 240 kilom\u00e8tres pr\u00e9vue le long de sa fronti\u00e8re avec le Sina\u00ef pour les emp\u00eacher d\u2019entrer. Depuis lors, les trafiquants ont continu\u00e9 \u00e0 enlever des \u00c9rythr\u00e9ens dans l\u2019est du Soudan et \u00e0 les vendre \u00e0 des trafiquants \u00e9gyptiens dans le Sina\u00ef. Tous les \u00c9rythr\u00e9ens interrog\u00e9s par Human Rights Watch qui \u00e9taient arriv\u00e9s dans le Sina\u00ef en 2012 ont d\u00e9clar\u00e9 que les trafiquants les avaient emmen\u00e9s du Soudan en \u00c9gypte contre leur gr\u00e9.<\/p>\n<p>Human Rights Watch a re\u00e7u de nouvelles informations faisant \u00e9tat d\u2019un trafic d\u2019\u00eatres humains de l\u2019est du Soudan vers le Sina\u00ef pas plus tard qu\u2019en novembre 2013 et en janvier 2014.<\/p>\n<p>Des \u00c9rythr\u00e9ens ont confi\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch qu\u2019\u00e0 Kassala, ville recul\u00e9e de l\u2019est du Soudan proche des plus anciens camps de r\u00e9fugi\u00e9s d\u2019Afrique, des policiers soudanais les avaient intercept\u00e9s pr\u00e8s de la fronti\u00e8re, plac\u00e9s arbitrairement en d\u00e9tention et remis aux mains de trafiquants, y compris aux postes de police.<\/p>\n<p>Certaines victimes ont \u00e9galement signal\u00e9 qu\u2019elles avaient constat\u00e9 que des agents \u00e9gyptiens de la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9taient de m\u00e8che avec les trafiquants aux postes de contr\u00f4le entre la fronti\u00e8re soudanaise et le Canal de Suez en \u00c9gypte, au canal sous haute surveillance ou aux postes de contr\u00f4le situ\u00e9s sur l\u2019unique pont pour v\u00e9hicules enjambant le canal, dans des repaires de trafiquants, aux postes de contr\u00f4le dans les villes du Sina\u00ef, et \u00e0 proximit\u00e9 de la fronti\u00e8re isra\u00e9lienne.<\/p>\n<p>Bien que la traite des \u00eatres humains dans le Sina\u00ef et la gravit\u00e9 des violences commises soient largement connues, les hauts responsables \u00e9gyptiens ont \u00e0 diverses reprises ni\u00e9 l\u2019existence de ces faits. Les quelques rares responsables qui reconnaissent de possibles exactions d\u00e9clarent qu\u2019il n\u2019existe pas suffisamment de preuves pour ouvrir une enqu\u00eate.<\/p>\n<p>Selon un avocat repr\u00e9sentant des victimes de traite d\u2019\u00eatres humains, jusqu\u2019en d\u00e9cembre 2013, le procureur g\u00e9n\u00e9ral d\u2019\u00c9gypte n\u2019avait engag\u00e9 des poursuites qu\u2019\u00e0 l\u2019encontre d\u2019un seul complice de trafiquant du Sina\u00ef vivant au Caire. D\u2019apr\u00e8s des associations internationales qui suivent les cas de traite d\u2019\u00eatres humains au Soudan, les autorit\u00e9s soudanaises avaient ouvert 14 dossiers impliquant des trafiquants d\u2019\u00c9rythr\u00e9ens dans l\u2019est du Soudan. Fin 2013, le Soudan avait engag\u00e9 des poursuites contre quatre responsables de la police et l\u2019\u00c9gypte n\u2019en avait poursuivi aucun en lien avec la traite des \u00eatres humains et la torture.<\/p>\n<p>En ne proc\u00e9dant pas comme il se doit \u00e0 l\u2019ouverture d\u2019enqu\u00eates et \u00e0 l\u2019engagement de poursuites \u00e0 l\u2019encontre des trafiquants qui brutalisent sauvagement leurs victimes et \u00e0 l\u2019encontre des responsables de la s\u00e9curit\u00e9 qui auraient agi en collusion avec eux, ces deux pays violent les obligations qui leur incombent aux termes de la Convention des Nations Unies contre la torture, du droit international des droits humains et, dans le cas de l\u2019\u00c9gypte, des lois nationales et internationales relatives \u00e0 la lutte contre la traite des \u00eatres humains, a relev\u00e9 Human Rights Watch.<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9gypte devrait tirer parti de la pr\u00e9sence accrue de ses forces de s\u00e9curit\u00e9 dans le Sina\u00ef pour appr\u00e9hender les trafiquants, en particulier pr\u00e8s de la ville d\u2019Arish, et ouvrir une enqu\u00eate sur les responsables de la s\u00e9curit\u00e9 qui agissent en collusion avec eux au Canal de Suez et dans le Sina\u00ef. Le Soudan devrait ouvrir une enqu\u00eate sur la collusion existant entre de hauts responsables de la police et les trafiquants \u00e0 Kassala et autour de cette ville, entre autres aux postes de police.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>L\u2019\u00c9gypte et le Soudan laissent aux responsables de la s\u00e9curit\u00e9 pr\u00e9sum\u00e9s corrompus les coud\u00e9es franches pour travailler avec les trafiquants<\/em>\u00a0\u00bb, a fait remarquer Gerry Simpson. \u00ab <em>Le temps o\u00f9 l\u2019\u00c9gypte et le Soudan pouvaient pratiquer la politique de l\u2019autruche est largement r\u00e9volu et l\u2019heure a sonn\u00e9 pour ces pays de prendre des mesures concr\u00e8tes pour mettre fin \u00e0 ces effroyables violences<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Des victimes ont expliqu\u00e9 que lorsque les trafiquants lib\u00e8rent les \u00c9rythr\u00e9ens dont les familles ont vers\u00e9 une ran\u00e7on, la police \u00e9gyptienne des fronti\u00e8res intercepte souvent ces \u00c9rythr\u00e9ens et les renvoie devant des procureurs militaires, les d\u00e9tenant ensuite pendant des mois dans des postes de police du Sina\u00ef dans des conditions inhumaines et d\u00e9gradantes. Les autorit\u00e9s \u00e9gyptiennes privent les victimes de ce trafic des droits que leur garantit la Loi \u00e9gyptienne de 2010 relative \u00e0 la lutte contre la traite des \u00eatres humains, laquelle dispose qu\u2019ils devraient b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une assistance, d\u2019une protection et d\u2019une immunit\u00e9 contre toute poursuite.<\/p>\n<p>Plut\u00f4t que de se conformer \u00e0 la loi, les autorit\u00e9s les accusent de d\u00e9lits li\u00e9s \u00e0 l\u2019immigration et leur refusent l\u2019acc\u00e8s aux soins de sant\u00e9 dont ils ont besoin d\u2019urgence, ainsi que l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019agence de l\u2019ONU pour les r\u00e9fugi\u00e9s, le HCR, qui examine les demandes introduites par les r\u00e9fugi\u00e9s en \u00c9gypte. Les autorit\u00e9s \u00e9gyptiennes ont affirm\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises que tous les \u00c9rythr\u00e9ens intercept\u00e9s dans le Sina\u00ef \u00e9taient des migrants ill\u00e9gaux, et non des r\u00e9fugi\u00e9s, ignorant le fait que depuis la mi-2011, la plupart des victimes de traite d\u2019\u00eatres humains dans le Sina\u00ef ont \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9es du Soudan en \u00c9gypte contre leur gr\u00e9.<\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s \u00e9gyptiennes ne lib\u00e8rent les \u00c9rythr\u00e9ens plac\u00e9s en d\u00e9tention que lorsqu\u2019ils ont r\u00e9colt\u00e9 suffisamment d\u2019argent pour acheter un billet d\u2019avion pour l\u2019\u00c9thiopie. Et l\u00e0, pour beaucoup la boucle est boucl\u00e9e, car ils retournent vivre dans les camps de r\u00e9fugi\u00e9s pr\u00e8s de l\u2019\u00c9rythr\u00e9e o\u00f9 ils \u00e9taient au d\u00e9part inscrits comme r\u00e9fugi\u00e9s.<\/p>\n<p>Les bailleurs de fonds internationaux de l\u2019\u00c9gypte, notamment les \u00c9tats-Unis ainsi que l\u2019Union europ\u00e9enne et ses \u00c9tats membres, devraient exercer des pressions sur les autorit\u00e9s \u00e9gyptiennes et soudanaises pour qu\u2019elles ouvrent des enqu\u00eates et poursuivent les trafiquants, et pour qu\u2019elles enqu\u00eatent sur toute collusion entre les responsables de la s\u00e9curit\u00e9 et les trafiquants.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Il est trop tard pour les victimes de traite d\u2019\u00eatres humains<\/em><em>qui ont \u00e9t\u00e9 tortur\u00e9es et ont v\u00e9cu l\u2019enfer dans le Sina\u00ef <\/em>\u00bb, a not\u00e9 Gerry Simpson. \u00ab\u00a0<em>Mais la communaut\u00e9 internationale peut chercher \u00e0 emp\u00eacher que des centaines d\u2019autres \u00c9rythr\u00e9ens ne tombent entre les mains de trafiquants brutaux, tout en insistant sur le fait que les crimes pass\u00e9s ne devraient pas demeurer impunis.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pour des extraits d\u00e9taill\u00e9s de quatre entretiens de Human Rights Watch avec des \u00c9rythr\u00e9ens d\u00e9crivant les brutalit\u00e9s subies et la collusion des forces de l\u2019ordre, voir plus bas.<\/p>\n<p><\/div><\/div><\/p>\n<p><strong>S\u00e9lection de t\u00e9moignages d\u2019\u00c9rythr\u00e9ens interrog\u00e9s pour le rapport <\/strong><\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Ils m\u2019ont pendu par les bras, et la t\u00eate en bas par les chevilles. Ils m\u2019ont frapp\u00e9 et fouett\u00e9 sur le dos et la t\u00eate avec un fouet en caoutchouc. Ils m\u2019ont frapp\u00e9 sur la plante des pieds avec des tuyaux en caoutchouc. Ils ont vers\u00e9 de l\u2019eau sur mes blessures, puis m\u2019ont frapp\u00e9 dessus. Parfois ils m\u2019\u00e9lectrocutaient, me br\u00fblaient\u00a0avec des fers chauds et faisaient d\u00e9gouliner du caoutchouc et du plastique fondus sur mon dos et mes bras. Ils ont menac\u00e9 de me couper les doigts avec des ciseaux. Parfois, ils entraient dans la pi\u00e8ce, emmenaient les femmes et ensuite, j\u2019entendais les femmes hurler. Elles revenaient en pleurant. Au cours des huit mois, j\u2019en ai vu mourir six autres des suites de ces tortures.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p><em>Entretien de Human Rights Watch avec un jeune \u00c9rythr\u00e9en de 17 ans, enlev\u00e9 dans l\u2019est du Soudan en ao\u00fbt 2011 et remis \u00e0 des trafiquants dans le Sina\u00ef, lesquels l\u2019ont brutalis\u00e9 pendant huit mois jusqu\u2019\u00e0 ce que sa famille leur verse 13 000$.<\/em><\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Ils m\u2019ont battu avec une barre m\u00e9tallique. Ils ont fait d\u00e9gouliner du plastique fondu sur mon dos. Ils m\u2019ont frapp\u00e9 sur la plante des pieds et puis m\u2019ont forc\u00e9 \u00e0 me tenir debout pendant de longues p\u00e9riodes, parfois pendant des jours. Parfois, ils mena\u00e7aient de me tuer et me collaient un pistolet contre la t\u00eate. Ils m\u2019ont suspendu au plafond de fa\u00e7on \u00e0 ce que mes jambes ne puissent pas toucher le sol et ils m\u2019ont \u00e9lectrocut\u00e9. Un homme est mort apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 suspendu au plafond pendant 24 heures. Nous l\u2019avons regard\u00e9 mourir.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p><em>Entretien de Human Rights Watch avec un \u00c9rythr\u00e9en de 23 ans, enlev\u00e9 par des trafiquants pr\u00e8s du camp de r\u00e9fugi\u00e9s de Shagarab au Soudan en mars 2012 et remis \u00e0 des trafiquants \u00e9gyptiens dans le sud de l\u2019\u00c9gypte, lesquels l\u2019ont emmen\u00e9 dans le Sina\u00ef o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 retenu prisonnier pendant six semaines avec 24 autres hommes et huit femmes.<\/em><\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Je suis arriv\u00e9 \u00e0 Kassala [dans l\u2019est du Soudan]. Des policiers m\u2019ont interpell\u00e9 et emmen\u00e9 \u00e0 un poste de police. Ils m\u2019ont demand\u00e9 si j\u2019avais de la famille \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et j\u2019ai dit que non. Le lendemain matin, les policiers ont ouvert la porte et il y avait deux hommes qui se tenaient pr\u00e8s d\u2019eux dans l\u2019embrasure de la porte et qui me regardaient. Je parle un peu arabe, donc j\u2019ai un peu \u00e9cout\u00e9 ce qu\u2019ils disaient. L\u2019un des hommes a demand\u00e9 \u00e0 un policier, \u2018Ces hommes ont-ils de la famille qui peut nous payer\u00a0?\u2019 et il a r\u00e9pondu, \u2018Oui\u2019. Le lendemain, les policiers nous ont emmen\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 une voiture gar\u00e9e devant le poste de police. Les deux m\u00eames hommes se trouvaient dans la voiture. Les policiers m\u2019ont dit de monter dans le v\u00e9hicule et les hommes m\u2019ont conduit dans le d\u00e9sert \u00e0 environ une heure de l\u00e0.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p><em>Entretien de Human Rights Watch avec un \u00c9rythr\u00e9en de 28 ans \u00e0 propos de la fa\u00e7on dont la police soudanaise l\u2019avait remis aux mains de trafiquants en novembre 2011. Il a \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9 et remis \u00e0 des trafiquants en \u00c9gypte qui l\u2019ont sauvagement brutalis\u00e9.<\/em><\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Au Canal de Suez, le conducteur nous a dit de descendre du bus et on nous a dit d\u2019attendre dans une maison, \u00e0 environ 150 m\u00e8tres du bord de l\u2019eau. Juste apr\u00e8s la tomb\u00e9e de la nuit, des policiers \u00e9gyptiens \u2013 v\u00eatus d\u2019uniformes bleus \u2013 sont arriv\u00e9s et un peu apr\u00e8s, un bateau est arriv\u00e9. Les passeurs ont fait monter 25 d\u2019entre nous dans le bateau, tandis que les policiers se tenaient \u00e0 une cinquantaine de m\u00e8tres et regardaient. Nous avons travers\u00e9 le canal. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, il y avait trois soldats, portant des uniformes \u00e0 pois beige et des armes de petit calibre, et ils se tenaient \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de quelques hommes qui avaient l\u2019air d\u2019\u00eatre des B\u00e9douins. Sous le regard des soldats, les B\u00e9douins nous ont charg\u00e9s \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de deux pick-up civils, ils nous ont dit de nous coucher et nous ont recouverts de plastique.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p><em>Entretien de Human Rights Watch avec un Soudanais de 32 ans \u00e0 propos de la collusion des policiers et des militaires \u00e9gyptiens avec les trafiquants au Canal de Suez. Il a \u00e9t\u00e9 retenu prisonnier et sauvagement brutalis\u00e9 dans le Sina\u00ef en avril 2011.<\/em><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<p><strong>Voir \u00e9galement nos chroniques monde:<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>\u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.irinnews.org\/fr\/reportfrench.aspx?ReportID=99643&amp;utm_source=twitterfeed&amp;utm_medium=twitter\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Le Soudan et l\u2019\u00c9gypte impliqu\u00e9s dans le trafic d\u2019\u00eatres humains<\/a>\u00ab\u00a0, publi\u00e9 sur le site de l&rsquo;IRIN, le 13 f\u00e9vrier 2014;<\/li>\n<li>\u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/asile.ch\/chronique\/le-sinai-et-le-trafic-detres-humains\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Le Sina\u00ef et le trafic d\u2019\u00eatres humains<\/a>\u00ab\u00a0, publi\u00e9 dans le num\u00e9ro 140 de Vivre Ensemble;<\/li>\n<li>\u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/asile.ch\/2010\/09\/21\/erythree-la-guerre-un-instrument-de-repression\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00c9RYTHR\u00c9E | La guerre, un instrument de r\u00e9pression<\/a>\u00ab\u00a0, publi\u00e9 dans le num\u00e9ro 129 de Vivre Ensemble.<\/li>\n<\/ul>\n<p><\/div><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Selon des dizaines de personnes interrog\u00e9es, des trafiquants ont enlev\u00e9, tortur\u00e9 et tu\u00e9 des r\u00e9fugi\u00e9s, pour la plupart \u00e9rythr\u00e9ens, dans l\u2019est du Soudan et dans la p\u00e9ninsule \u00e9gyptienne du Sina\u00ef, a d\u00e9clar\u00e9 Human Rights Watch dans un rapport publi\u00e9 aujourd\u2019hui. L\u2019\u00c9gypte et le Soudan se sont mis en d\u00e9faut d\u2019identifier et de poursuivre comme il convient les trafiquants et tout responsable de la s\u00e9curit\u00e9 qui pourrait avoir agi en collusion avec eux, violant l\u2019obligation qui incombe aux deux pays de pr\u00e9venir la torture.<\/p>","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[155,162],"tags":[1159,1108],"ve_numero":[],"pays":[348,263,526],"ve_type":[1073],"ve_action":[1050],"class_list":["post-14375","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-documentation","category-publications","tag-documentation","tag-sinai","pays-egypte","pays-erythree","pays-soudan","ve_type-rapport-recherche","ve_action-documentation"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14375","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14375"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14375\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14375"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14375"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14375"},{"taxonomy":"ve_numero","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_numero?post=14375"},{"taxonomy":"pays","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pays?post=14375"},{"taxonomy":"ve_type","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_type?post=14375"},{"taxonomy":"ve_action","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_action?post=14375"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}