{"id":15606,"date":"2014-04-10T12:34:43","date_gmt":"2014-04-10T12:34:43","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/?p=15606"},"modified":"2021-08-26T13:41:02","modified_gmt":"2021-08-26T11:41:02","slug":"la-liberte-le-syrien-qui-dessinait-sous-les-balles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2014\/04\/10\/la-liberte-le-syrien-qui-dessinait-sous-les-balles\/","title":{"rendered":"La Libert\u00e9 | Le Syrien qui dessinait sous les balles"},"content":{"rendered":"<h4>Article de Thierry Jacolet paru dans La Libert\u00e9, le 20 mars 2014.\u00a0<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-15622 alignright\" alt=\"lalibertelogo\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/lalibertelogo1.jpg\" width=\"134\" height=\"27\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/lalibertelogo1.jpg 465w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/lalibertelogo1-300x61.jpg 300w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/lalibertelogo1-150x30.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 134px) 100vw, 134px\" \/><\/h4>\n<h4><\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-large wp-image-15618 alignnone\" alt=\"caricatures\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/caricatures-1024x321.jpg\" width=\"1024\" height=\"321\" \/><\/p>\n<p>Les dessins de\u0301filent sur l\u2019e\u0301cran de l\u2019ordinateur comme autant de pie\u0300ces a\u0300 charge a\u0300 ajouter au dossier du re\u0301gime syrien. Le de\u0301luge de feu, l\u2019enfance meurtrie, les camps de re\u0301fugie\u0301s, le peuple ba\u0302illonne\u0301, la politique de la terreur, le silence occidental, a\u0300 l\u2019arme chimique de la Ghouta&#8230; Souris en main, Hani Abbas clique parfois sur une image pour l\u2019agrandir. Comme celle de ces habitants qui montent vers les nuages, seule issue de secours dans le camp verrouille\u0301 de Yarmouk, abandonne\u0301 a\u0300 la famine: \u00abVous vous rendez compte que les gens meurent de faim, que des gens paient de leur vie leur demande de liberte\u0301? J\u2019ai vu des choses atroces a\u0300 Damas.\u00bb<\/p>\n<p>Ce Palestinien ne\u0301 il y a 36 ans dans la capitale de\u0301vaste\u0301e n\u2019a pas assez de mots pour dire l\u2019horreur du massacre a\u0300 huis clos qui se de\u0301roule depuis trois ans en Syrie. Alors, il la dessine. Avec un sens de l\u2019humanite\u0301, de l\u2019humour (noir) et de l\u2019alle\u0301gorie qui fait mouche. \u00abJe voulais contribuer a\u0300 ma fa\u00e7on a\u0300 la re\u0301volution\u00bb, confie- t-il. Hani a choisi ses armes dans ce combat ine\u0301gal contre le re\u0301gime de Bachar al-Assad: le stylo pluto\u0302t que le lance-roquettes. L\u2019encre face au bain de sang.<\/p>\n<h4>Entre espoir et cole\u0300re<\/h4>\n<p>Le caricaturiste dispose d\u2019un autre atout hormis son talent: les re\u0301seaux sociaux qui diffusent ses \u0153uvres. D\u2019autant qu\u2019il ne dessine plus sous les bombes aujourd\u2019hui, mais dans la quie\u0301tude d\u2019une commune fribourgeoise. C\u2019est depuis un appartement d\u2019Estavayer-le-Lac, ou\u0300 il a trouve\u0301 refuge, qu\u2019il poste sur Facebook ses \u0153uvres, entre messages d\u2019espoir et indignation.<\/p>\n<p>Hani Abbas n\u2019est pas un reque\u0301rant d\u2019asile comme les autres. Ce sont ses talents de dessinateur qui lui ont ouvert les portes de la Suisse, ou\u0300 il a de\u0301barque\u0301 il y a un peu plus de quatre mois. \u00abJ\u2019ai re\u00e7u une invitation a\u0300 une exposition a\u0300 Gene\u0300ve, mais elle n\u2019e\u0301tait que pour une personne\u00bb, glisse-t-il. \u00abOn m\u2019a dit de laisser ma femme et mon fils de 5 ans a\u0300 Beyrouth. J\u2019espe\u0300re maintenant les amener ici pour leur donner une meilleure vie. En attendant, ils sont au moins a\u0300 l\u2019abri au Liban.\u00bb<\/p>\n<p>Ce Syrien a du\u0302 fuir la Syrie pour sauver sa peau. Car il ne fait pas bon e\u0302tre dessinateur de presse au pays de Bachar al-Assad. La liberte\u0301 d\u2019expression a fait place a\u0300 la liberte\u0301 de re\u0301pression en 2011, la seule autorise\u0301e. Evidemment, Hani est dans le collimateur des services secrets. Ce poil a\u0300 gratter de\u0301mange depuis 1998 les autorite\u0301s syriennes dans leurs uniformes rigides \u2013 il s\u2019est aussi fait remarquer avec son traitement satirique du conflit israe\u0301lo-palestinien. Ses dessins sont publie\u0301s dans la presse arabe et sur internet.<\/p>\n<p>\u00abAvant la re\u0301volution, le travail de dessinateur de presse e\u0301tait de\u0301ja\u0300 difficile et tre\u0300s de\u0301licat\u00bb, rappelle celui qui e\u0301tait aussi enseignant jusqu\u2019au de\u0301but de la guerre. \u00abIl y avait une ligne rouge a\u0300 ne pas franchir, lie\u0301e au pre\u0301sident et \u00e0 son entourage. Le travail est devenu plus s\u00e9rieux et plus expos\u00e9 quand les dessinateurs ont soutenu le peuple dans ses droits et ses revendications au changement et se sont oppos\u00e9s \u00e0 la r\u00e9pression.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>Sur un champ de mines<\/h4>\n<p>De\u0300s l\u2019embrasement du pays en mars 2013, Hani Abbas sait qu\u2019il marche sur un champ de mines. \u00abMais j\u2019avais besoin de faire sortir ma cole\u0300re. Comme un cri qui vient de l\u2019inte\u0301rieur. Je voulais parler de la liberte\u0301, des droits de l\u2019homme, de l\u2019autoritarisme.\u00bb Il veut tendre un miroir aux acteurs du conflit. \u00abChaque tueur et chaque victime peut voir son image dans mes dessins.\u00bb<\/p>\n<p>En fe\u0301vrier 2012, il publie sur Facebook le dessin d\u2019un militaire qui se baisse pour sentir une rose rouge \u2013 symbole de la contestation syrienne \u2013 alors que les autres militaires restent au garde-a\u0300-vous. Une image poe\u0301tique inspire\u0301e de la de\u0301fection d\u2019un officier de l\u2019arme\u0301e syrienne. Le dessin de trop. Hani Abbas en paiera le prix.<\/p>\n<h4>Compte en banque ferme\u0301<\/h4>\n<p>Son profil sur Facebook est viole\u0301 a\u0300 plusieurs reprises. Son compte en banque est ferme\u0301. Les services secrets lancent des investigations. Hani Abbas sait ce que le re\u0301gime re\u0301serve aux dessinateurs de presse et aux journalistes: assassinat, enle\u0300vement, prison&#8230; Il s\u2019e\u0301chappe avant que le pie\u0300ge ne se referme sur lui. \u00abComme les autorite\u0301s cherchaient a\u0300 m\u2019interroger, on m\u2019a conseille\u0301 de partir pour continuer de te\u0301moigner. C\u2019e\u0301tait une question de vie ou de mort.\u00bb<\/p>\n<p>Il quitte le quartier de Yalda, a\u0300 Damas, pour se cacher dans le camp palestinien de Yarmouk, au c\u0153ur de la ville, pensant e\u0302tre plus en se\u0301curite\u0301. Il de\u0301couvre l\u2019enfer: cinq mois sous un de\u0301luge de bombes. \u00abLe monde devenait fou autour de moi. J\u2019e\u0301tais terrifie\u0301. Je dessinais tout ce que je voyais et ressentais: la mort, la peur, les enfants en pleurs, les cris de douleur apre\u0300s le bruit des bombes. C\u2019e\u0301tait comme la fin du monde.\u00bb<\/p>\n<p>Les images des morts et des blesse\u0301s qui finissaient a\u0300 l\u2019ho\u0302pital en face de chez lui se bousculent dans sa te\u0302te. Hani se tait, les yeux embue\u0301s.<\/p>\n<p>Hani fuira en 2013 en Suisse via le Liban. \u00abMa famille me manque, mais au moins je suis libre ici.\u00bb Libre de continuer son combat a\u0300 distance. Dans l\u2019appartement staviacois qu\u2019il partage avec d\u2019autres reque\u0301rants, il se contente du minimum pour y parvenir. \u00abJe n\u2019ai besoin que d\u2019internet, d\u2019un ordinateur et de cigarettes. Oui, j\u2019ai commence\u0301 a\u0300 fumer a\u0300 cause du stress de la guerre\u00bb, s\u2019excuse-t-il presque.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<h4>LA DEMANDE D\u2019E\u0301RIC CANTONA<\/h4>\n<p>La Libert\u00e9, 20 mars 2014, Thomas Delley<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft  wp-image-15612\" alt=\"hani abbas\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/hani-abbas-1024x738.jpg\" width=\"265\" height=\"192\" \/>Hani Abbas s\u2019est fait un nom dans le monde du dessin de presse, entre publications a\u0300 l\u2019e\u0301tranger, expositions, concours, festivals internationaux. On le demande en Suisse, en Sue\u0300de, au Danemark. Me\u0302me l\u2019ancien footballeur Eric Cantona est tombe\u0301 sous le charme. Il a visite\u0301 l\u2019exposition du dessinateur syrien a\u0300 la Maison du Gru\u0308tli, a\u0300 Gene\u0300ve, au de\u0301but mars. \u00abJ\u2019e\u0301tais a\u0300 Fribourg quand il a souhaite\u0301 me rencontrer\u00bb, se souvient Hani. \u00abJe n\u2019en revenais pas. Je suis parti rapidement a\u0300 Gene\u0300ve pour le voir. Il aimerait monter une expo a\u0300 Paris. Mais moi je ne peux pas quitter la Suisse!\u00bb<\/p>\n<p>La Suisse, une prison? Une cage dore\u0301e a\u0300 co\u0302te\u0301 de Yarmouk. C\u2019est dans ce camp palestinien ferme\u0301 depuis l\u2019e\u0301te\u0301 passe\u0301 par le re\u0301gime qu\u2019Hani Abbas est ne\u0301 en 1977. Il y a aussi passe\u0301 les cinq derniers mois avant sa fuite en famille au Liban. Un camp tristement ce\u0301le\u0300bre au c\u0153ur de Damas, depuis que la famine y a pris ses quartiers. \u00abC\u2019e\u0301tait le quartier e\u0301conomique de Damas\u00bb, rappelle avec nostalgie Hani. \u00abLes gens y venaient de toute la ville pour y faire leurs achats.\u00bb<\/p>\n<p>La\u0300-bas, il devient professeur en 1999. Mais sa ve\u0301ritable vocation est ailleurs.<\/p>\n<p>\u00abJe voulais e\u0302tre dessinateur\u00bb, glisse- t-il. \u00abJ\u2019ai toujours aime\u0301 dessiner, depuis tout petit.\u00bb Mais il ne parvient pas a\u0300 se faire admettre dans un colle\u0300ge d\u2019art de Damas ou\u0300 il faut avoir ses entre\u0301es. Pas de quoi le de\u0301courager. \u00abL\u2019art vient de Dieu et non du colle\u0300ge\u00bb, se console-t-il. Dans ce cas, le Tout-Puissant avait des projets pour Hani a\u0300 voir la force qui se de\u0301gage de ses dessins. Et me\u0302me de ses croquis qu\u2019il gribouille dans son carnet spirale\u0301. Il montre une e\u0301bauche coince\u0301e entre des statistiques morbides sur les Palestiniens en Syrie et un texte en arabe. On devine l\u2019e\u0301croulement d\u2019un mur. Seul un pan tient en l\u2019air, comme s\u2019il flottait au-dessus des gravats, avec l\u2019inscription: \u00abFreedom\u00bb (liberte\u0301).<\/p>\n<p>\u00abJe dois encore le travailler. C\u2019est le prochain dessin que je publierai sur Facebook\u00bb, observe-t-il. Hani Abbas garde espoir. \u00abQuand la re\u0301volution sera finie, j\u2019espe\u0300re revenir en Syrie car c\u2019est mon pays.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Les dessins d\u2019Hani Abbas seront projete\u0301s le 29 mars a\u0300 Fribourg (route de la Vignettaz 57) par l\u2019association Point d\u2019Ancrage, a\u0300 l\u2019issue de la Marche pour la paix.<\/strong><\/p>\n<p><\/div><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les dessins de\u0301filent sur l\u2019e\u0301cran de l\u2019ordinateur comme autant de pie\u0300ces a\u0300 charge a\u0300 ajouter au dossier du re\u0301gime syrien. Le de\u0301luge de feu, l\u2019enfance meurtrie, les camps de re\u0301fugie\u0301s, le peuple ba\u0302illonne\u0301, la politique de la terreur, le silence occidental, a\u0300 l\u2019arme chimique de la Ghouta&#8230; Souris en main, Hani Abbas clique parfois sur une image pour l\u2019agrandir. 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