{"id":16092,"date":"2014-05-07T16:34:42","date_gmt":"2014-05-07T16:34:42","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/?p=16092"},"modified":"2021-08-26T13:41:02","modified_gmt":"2021-08-26T11:41:02","slug":"migros-magazine-ces-kosovars-qui-pulverisent-les-cliches-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2014\/05\/07\/migros-magazine-ces-kosovars-qui-pulverisent-les-cliches-2\/","title":{"rendered":"Migros Magazine | Ces Kosovars qui pulv\u00e9risent les clich\u00e9s"},"content":{"rendered":"<h4><strong>N\u00e9s en Suisse ou arriv\u00e9s tr\u00e8s jeunes, les Albanais de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration, souvent naturalis\u00e9s, m\u00e8nent une vie ordinaire entre \u00e9tudes, carri\u00e8res et cr\u00e9ations d\u2019entreprises. Portraits crois\u00e9s<\/strong><\/h4>\n<p><strong><em>Article de Laurent Nicolet et du photographe Matthieu Rod, publi\u00e9\u00a0<strong>dans le <em>Migros Magazine MM19 <\/em>du 5 mai 2014<\/strong> et sur le site <a href=\"http:\/\/www.migrosmagazine.ch\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">www.migrosmagazine.ch<\/a>. Pour lire l&rsquo;article complet sur le site de Migros Magazine, cliquez <a href=\"http:\/\/www.migrosmagazine.ch\/societe\/reportage\/article\/ces-kosovars-qui-pulverisent-les-cliches\">ici.<\/a>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<p>[caption id=\"attachment_16809\" align=\"aligncenter\" width=\"940\"]<a href=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/kosvars1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-16809 size-full\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/kosvars1.jpg\" alt=\" Les parents de Kaltrina et G\u00ebzim les ont encourag\u00e9s \u00e0 se former. Elle \u2028\u00e9tudie la m\u00e9decine, lui le droit. (Photos: Mathieu Rod) \" width=\"940\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/kosvars1.jpg 940w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/kosvars1-300x128.jpg 300w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/kosvars1-150x64.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 940px) 100vw, 940px\" \/><\/a> <br \/> Les parents de Kaltrina et G\u00ebzim les ont encourag\u00e9s \u00e0 se former. Elle \u2028\u00e9tudie la m\u00e9decine, lui le droit. (Photos: Mathieu Rod)[\/caption]<\/p>\n<p>Ni footballeurs ni d\u00e9linquants. On ne les retrouve ni en pages sport ni \u00e0 la rubrique des faits divers. Les Albanais de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration, originaires tr\u00e8s majoritairement du Kosovo, sont n\u00e9s en Suisse ou arriv\u00e9s tr\u00e8s jeunes. Ils m\u00e8nent des vies ordinaires. Souvent naturalis\u00e9s, ils font des \u00e9tudes, cr\u00e9ent des entreprises, font des enfants, entament des carri\u00e8res prometteuses. Le tout en s\u2019appuyant sur des structures familiales solides et traditionnelles. S\u2019approchant ainsi, paradoxalement, du mod\u00e8le de citoyen id\u00e9al tel que le promeuvent les milieux les plus r\u00e9ticents \u00e0 l\u2019immigration. Rencontres.<\/p>\n<blockquote>\n<h3>En Suisse, celui qui veut r\u00e9ussir r\u00e9ussit<\/h3>\n<\/blockquote>\n<h4><strong>Jeton, Shqiprim et Perparim Kryeziu<\/strong><\/h4>\n<p>[caption id=\"attachment_16805\" align=\"alignleft\" width=\"260\"]<a href=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/kosovars2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-16805\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/kosovars2.jpg\" alt=\" Les trois fr\u00e8res\u2028Kryeziu sont n\u00e9s d\u2019un p\u00e8re saisonnier dans la construction. \" width=\"260\" height=\"195\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/kosovars2.jpg 260w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/kosovars2-150x113.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 260px) 100vw, 260px\" \/><\/a> <br \/>Les trois fr\u00e8res \u2028Kryeziu sont n\u00e9s d\u2019un p\u00e8re saisonnier dans la construction.[\/caption]<\/p>\n<p>Les fr\u00e8res Kryeziu sont trois. Il y a Jeton qui est avocat, Shqiprim qui a fond\u00e9 au sortir de son apprentissage une entreprise de carrelage et Perparim qui est comptable dans une entreprise du village o\u00f9 il est n\u00e9, Granges-Marnand. Comme souvent, c\u2019est le p\u00e8re qui est arriv\u00e9 le premier, saisonnier dans la construction. En 1983, il fait venir sa femme et ses deux premiers fils, en bas \u00e2ge.<\/p>\n<p>\u00abJ\u2019ai eu la chance d\u2019\u00eatre scolaris\u00e9 depuis le d\u00e9but, raconte Jeton. Il ne me semble pas que j\u2019ai eu un parcours plus difficile qu\u2019un Suisse.\u00bb Ses parents poussent leur a\u00een\u00e9 \u00e0 faire des \u00e9tudes: \u00abBeaucoup de gens ont dit \u00e0 mon p\u00e8re, tu es fou, fais-le travailler, il te rapportera 3000\u00a0francs par mois. A moi, il m\u2019a dit, s\u2019il le faut, je mangerai du pain et du sel, mais tu \u00e9tudieras si tel est ton souhait.\u00bb<\/p>\n<h4><strong>Une image qui s\u2019am\u00e9liore petit \u00e0 petit<\/strong><\/h4>\n<p>En couple avec une Suissesse depuis quatorze ans, Shqiprim, lui, raconte n\u2019avoir pas h\u00e9sit\u00e9 longtemps avant de fonder son entreprise: \u00abJ\u2019ai compris qu\u2019en Suisse celui qui veut r\u00e9ussir r\u00e9ussit, qu\u2019on peut garder nos coutumes et r\u00e9ussir.\u00bb La client\u00e8le de Shqiprim est suisse \u00e0 95% tandis que celle de Jeton est majoritairement kosovare: \u00abEn droit p\u00e9nal, le juge doit prendre en compte la situation personnelle du pr\u00e9venu, notamment si dans sa culture ce qui lui est reproch\u00e9 n\u2019est pas une infraction \u2013 je ne parle \u00e9videmment pas de crime ou de trafics de stups.\u00bb L\u2019avocat estime que \u00abla responsabilit\u00e9 premi\u00e8re appartient aux Albanais, c\u2019est eux qui viennent ici, ils doivent faire l\u2019effort de s\u2019int\u00e9grer, pas s\u2019assimiler, s\u2019int\u00e9grer en apportant leurs valeurs, leurs connaissances\u00bb.<\/p>\n<p>Perparim raconte avoir \u00e9t\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9 par rapport \u00e0 ses fr\u00e8res: \u00abQuand ils ont commenc\u00e9 l\u2019\u00e9cole, ils \u00e9taient les premiers Albanais, c\u2019\u00e9tait les youyous, ils rencontraient beaucoup de probl\u00e8mes, moi je n\u2019ai rien subi de tout cela, parce qu\u2019on \u00e9tait plus nombreux et que \u00e7a devenait une habitude de voir des Albanais ici.\u00bb<\/p>\n<p>Selon les trois fr\u00e8res, la fa\u00e7on dont les Suisses regardent les Kosovars s\u2019am\u00e9liore: \u00abLa g\u00e9n\u00e9ration de nos parents n\u2019a pas eu assez de contacts avec leurs contemporains suisses, alors que les secondos kosovars grandissent avec les Suisses qui forc\u00e9ment en ont une vision plus juste.\u00bb Quant aux cinq Albanais de l\u2019\u00e9quipe suisse de foot, \u00ab\u00e7a aide, constate Jeton, mais j\u2019estime que les liens d\u2019amiti\u00e9 entre Suisses et Kosovars sont plus profonds qu\u2019un goal de Shaqiri en pleine lucarne.\u00bb<\/p>\n<p>Enfin, concernant la religion, une question qui taraude souvent les Suisses: \u00abM\u00e8re Teresa \u00e9tait albanaise, mais catholique, comme Skanderberg. Nous avons une culture musulmane depuis cinq si\u00e8cles et tant en Albanie qu\u2019au Kosovo de tr\u00e8s nombreuses communaut\u00e9s religieuses vivent en parfaite harmonie.\u00bb<\/p>\n<p>Perparim conclura en diagnostiquant que la communaut\u00e9 kosovare d\u2019ici r\u00e9unit \u00able bon c\u00f4t\u00e9 des Albanais \u2013 le sens de la famille, l\u2019entraide \u2013 et le bon c\u00f4t\u00e9 des Suisses \u2013 le s\u00e9rieux\u00bb.<\/p>\n<p>\u00abJ\u2019ai eu la chance d\u2019\u00eatre scolaris\u00e9 depuis le d\u00e9but, raconte Jeton. Il ne me semble pas que j\u2019ai eu un parcours plus difficile qu\u2019un Suisse.\u00bb Ses parents poussent leur a\u00een\u00e9 \u00e0 faire des \u00e9tudes: \u00abBeaucoup de gens ont dit \u00e0 mon p\u00e8re, tu es fou, fais-le travailler, il te rapportera 3000\u00a0francs par mois. A moi, il m\u2019a dit, s\u2019il le faut, je mangerai du pain et du sel, mais tu \u00e9tudieras si tel est ton souhait.\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<h3>Le vrai pays, c\u2019est le pays d\u2019accueil<\/h3>\n<\/blockquote>\n<h4><strong>Visar Qusaj et ses quatre enfants<\/strong><\/h4>\n<p>[caption id=\"attachment_16806\" align=\"alignleft\" width=\"260\"]<a href=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/kosovars3.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-16806 size-full\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/kosovars3.jpg\" alt=\"\" width=\"260\" height=\"195\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/kosovars3.jpg 260w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/kosovars3-150x113.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 260px) 100vw, 260px\" \/><\/a> Visar Qusaj est \u2028infirmier et met en sc\u00e8ne des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre avec une troupe d\u2019amis.[\/caption]<\/p>\n<p>Visar Qusaj a 16 ans quand il arrive en Suisse avec ses deux s\u0153urs et son fr\u00e8re: \u00abC\u2019\u00e9tait en 1992, le d\u00e9but de la guerre, mon p\u00e8re qui \u00e9tait saisonnier a d\u00e9cid\u00e9 de faire un regroupement familial. On parlait juste un peu d\u2019anglais, appris via le cin\u00e9ma, qu\u2019on utilisait les premiers mois pour communiquer.\u00bb<\/p>\n<p>Visar suit d\u2019abord les classes d\u2019accueil, puis les cours pr\u00e9paratoires aux \u00e9coles du personnel param\u00e9dical, encha\u00eene quelques mois de stage dans des EMS puis une fili\u00e8re acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e pour adultes au gymnase vaudois. Il devient enfin infirmier et s\u2019oriente vers la psychiatrie. Cela fait aussi dix-sept ans qu\u2019il met en sc\u00e8ne des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre, avec une troupe d\u2019amis: \u00abOn a jou\u00e9 d\u2019abord en albanais, puis en fran\u00e7ais, on monte des pi\u00e8ces d\u2019Arthur Miller, d\u2019Anouilh mais aussi d\u2019auteurs albanais comme Kadar\u00e9 ou Mehmet et Driton Kajtazi\u00bb, explique-t-il en d\u00e9bouchant une bouteille de blanc de Dardagny \u2013 \u00abvous avez devant vous le plus protestant des musulmans\u00bb.<\/p>\n<h4><strong>La culture albanaise en h\u00e9ritage<\/strong><\/h4>\n<p>P\u00e8re de quatre enfants \u2013 trois filles et un gar\u00e7on \u2013 il partage avec ses parents et son fr\u00e8re une villa au-dessus de Nyon: \u00abUne famille \u00e9largie avec trois g\u00e9n\u00e9rations sous le m\u00eame toit, \u00e7a reste tr\u00e8s albanais.\u00bb<\/p>\n<p>Evoquant l\u2019ind\u00e9pendance du Kosovo, Visar explique que \u00abc\u2019\u00e9tait important, quelque chose pour lequel on s\u2019est longtemps battu\u00bb. Pour autant \u00able vrai pays, c\u2019est le pays d\u2019accueil. J\u2019ai plus de pass\u00e9 ici qu\u2019au Kosovo.\u00bb<\/p>\n<p>Ce qui ne l\u2019emp\u00eache pas de transmettre \u00e0 ses enfants la langue et la culture albanaise: \u00abJe tiens \u00e0 ce qu\u2019ils soient attach\u00e9s \u00e0 ce qu\u2019ils sont. Apr\u00e8s, ils en feront ce qu\u2019ils veulent.\u00bb<\/p>\n<p>Pour lui, l\u2019image n\u00e9gative des Kosovars tient \u00e0 la m\u00e9connaissance et n\u2019est pas diff\u00e9rente de celle qui a pu accompagner les Italiens, les Espagnols, les Portugais \u00e0 leur arriv\u00e9e. \u00abLes premiers Kosovars \u00e9taient des saisonniers donc exclusivement des hommes. Voir cinq Albanais devant la Migros, \u00e7a pouvait faire peur.\u00bb<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, estime-t-il, les choses ont \u00e9volu\u00e9. M\u00eame si le nombre exact d\u2019Albanais en Suisse reste difficile \u00e0 quantifier <em>(lire ci-contre),<\/em> Visar les \u00e9value \u00e0 \u00ab300\u202f000, qui participent \u00e0 la vie sociale, culturelle et sportive de ce pays\u00bb. Et puis, ajoute-t-il, \u00abd\u2019un point de vue d\u00e9mographique on est en train d\u2019apporter quelque chose d\u2019important \u00e0 la Suisse. On dit que les enfants co\u00fbtent cher. Avec les quatre miens, je me consid\u00e8re comme l\u2019homme le plus riche du monde.\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<h3>Plus suisses que les Suisses<\/h3>\n<\/blockquote>\n<h4><strong>Merita Elezi<\/strong><\/h4>\n<p>[caption id=\"attachment_16807\" align=\"alignleft\" width=\"260\"]<a href=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/kosovars4.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-16807\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/kosovars4.jpg\" alt=\"Merita est n\u00e9e \u00e0 Gen\u00e8ve. Elle est dipl\u00f4m\u00e9e en sociologie, m\u00e9dias et journalisme. \" width=\"260\" height=\"195\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/kosovars4.jpg 260w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/kosovars4-150x113.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 260px) 100vw, 260px\" \/><\/a> Merita est n\u00e9e \u00e0 Gen\u00e8ve. Elle est dipl\u00f4m\u00e9e en sociologie, m\u00e9dias et journalisme.[\/caption]<\/p>\n<p>\u00abNous les secondos sommes aujourd\u2019hui plus nombreux que nos parents, plus suisses qu\u2019eux, peut-\u00eatre m\u00eame plus suisses que les Suisses.\u00bb Son pr\u00e9nom claque comme un programme: Merita. 25\u00a0ans, fra\u00eechement dipl\u00f4m\u00e9e en sociologie, communication et journalisme. Quand on lui demande d\u2019o\u00f9 elle vient, Merita Elezi n\u2019a qu\u2019une r\u00e9ponse: \u00abde Suisse\u00bb. \u00abOn reste attach\u00e9 au pays d\u2019origine de nos parents, mais la vie est ici, notre avenir est ici.\u00bb<\/p>\n<p>Son p\u00e8re, comme tant d\u2019autres, est venu au milieu des ann\u00e9es 70 en tant que saisonnier. En 1989, peu apr\u00e8s la naissance de Merita, il trouve un poste de secr\u00e9taire syndical \u00e0 Gen\u00e8ve. \u00abLongtemps nous n\u2019avons pas pu nous rendre au Kosovo, mon p\u00e8re \u00e9tait recherch\u00e9 par la police serbe.\u00bb<\/p>\n<h4><strong>Les \u00e9tudes comme priorit\u00e9<\/strong><\/h4>\n<p>\u00abLa premi\u00e8re fois que j\u2019y suis all\u00e9e, j\u2019avais 10\u00a0ans.\u00bb Deux s\u0153urs et un fr\u00e8re, tous n\u00e9s ici comme elle, tous de nationalit\u00e9 suisse, une assistante sociale, les deux autres dans la restauration: \u00abMoi j\u2019ai eu un parcours sans emb\u00fbche ni discrimination.\u00bb Un p\u00e8re \u00abtoujours dans les bouquins\u00bb, une m\u00e8re \u00abtoujours \u00e0 nous r\u00e9p\u00e9ter qu\u2019il n\u2019y avait pas plus important que les \u00e9tudes\u00bb: sa voie \u00e9tait trac\u00e9e.<\/p>\n<p>Merita balaie le st\u00e9r\u00e9otype voulant que des pressions soient exerc\u00e9es par leurs parents sur les filles kosovares: \u00abMon p\u00e8re n\u2019a jamais fait des distinctions entre mon fr\u00e8re qui \u00e9tait pourtant le seul gar\u00e7on et ses filles.\u00bb Et puis \u00e7a la fait sourire, ce proc\u00e8s d\u2019intention dans un pays \u00abqui a \u00e9t\u00e9 un des derniers \u00e0 accorder le droit de vote aux femmes et o\u00f9 ce sont encore les femmes qui accomplissent la majorit\u00e9 des t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res et occupent des emplois subalternes.\u00bb<\/p>\n<p>Si Merita a \u00e9pous\u00e9 un Albanais du Kosovo, c\u2019est \u00abpar amour\u00bb, quelqu\u2019un \u00abrencontr\u00e9 en vacances au bord de la mer\u00bb. Aujourd\u2019hui son mari est devenu suisse et s\u2019appr\u00eate \u00e0 effectuer son service militaire: \u00abJ\u2019aurais tr\u00e8s bien pu m\u2019imaginer \u00e9pouser un Suisse. Mon fr\u00e8re s\u2019est mari\u00e9 avec une Suissesse, ils ont deux enfants et quand c\u2019est arriv\u00e9, \u00e0 la maison, nous \u00e9tions les plus heureux du monde.\u00bb<\/p>\n<p>Face aux discours x\u00e9nophobes dans l\u2019air du temps, Merita dit ne pas se sentir concern\u00e9e: \u00abNous sommes n\u00e9s ici. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 la Suisse qu\u2019on a fait des \u00e9tudes, des CFC. Si on nous faisait partir, c\u2019est la soci\u00e9t\u00e9 qui perdrait ce qu\u2019elle a investi en nous.\u00bb Un jour, elle en est s\u00fbre, \u00ables Albanais, on n\u2019y fera plus attention\u00bb. Un jour, \u00abil y en aura un ou une au Conseil f\u00e9d\u00e9ral\u00bb. Puis elle confie un petit secret: \u00abMerita, c\u2019\u00e9tait le pr\u00e9nom d\u2019une chanteuse que mon p\u00e8re aimait beaucoup.\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<h3>Ce qui nous rassemble est plus important que ce qui nous diff\u00e9rencie<\/h3>\n<\/blockquote>\n<h4><strong>Elina Duni, chanteuse<\/strong><\/h4>\n<p>[caption id=\"attachment_16808\" align=\"alignleft\" width=\"260\"]<a href=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/kosovars5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-16808\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/kosovars5.jpg\" alt=\"Elina Duni est arriv\u00e9e en Suisse en 1991. Chanteuse, elle repr\u00e9sente aujourd\u2019hui la communaut\u00e9 albanaise de Suisse.\" width=\"260\" height=\"195\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/kosovars5.jpg 260w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/kosovars5-150x113.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 260px) 100vw, 260px\" \/><\/a> Elina Duni est arriv\u00e9e en Suisse en 1991. Chanteuse, elle repr\u00e9sente aujourd\u2019hui la communaut\u00e9 albanaise de Suisse.[\/caption]<\/p>\n<p>C\u2019est une ic\u00f4ne de la communaut\u00e9 albanaise en Suisse et une fiert\u00e9 nationale en Albanie. La chanteuse Elina Duni est arriv\u00e9e en Suisse en 1991, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 11 ans, de Tirana, avec sa m\u00e8re qui s\u2019\u00e9tait remari\u00e9e avec un Suisse. \u00abNous avons d\u00e9barqu\u00e9 \u00e0 Lucerne, un vrai choc, je ne parlais pas la langue, j\u2019arrivais d\u2019un pays ferm\u00e9 pendant si longtemps, o\u00f9 les \u00e9trangers \u00e9taient vus un peu comme des demi-dieux. Ce sont les Beatles qui m\u2019ont sauv\u00e9e, ils \u00e9taient mes seuls amis.\u00bb<\/p>\n<p>Huit mois plus tard, la voici \u00e0 Gen\u00e8ve o\u00f9 tout se passe mieux: \u00abIl y avait beaucoup plus d\u2019\u00e9trangers, je me suis tr\u00e8s vite adapt\u00e9e, j\u2019ai fait mes \u00e9coles jusqu\u2019\u00e0 la matu. Gen\u00e8ve, c\u2019\u00e9tait la ville qui m\u2019a vraiment adopt\u00e9e, o\u00f9 je me suis vraiment sentie \u00e0 la maison.\u00bb Aujourd\u2019hui elle habite Berne, encha\u00eene les albums et les concerts, dans un m\u00e9lange saisissant de jazz et de musiques traditionnelles, avec une voix \u00e0 faire fondre les glaciers et fleurir les d\u00e9serts. \u00abLa Suisse a \u00e9t\u00e9 ma chance: dans la musique que je fais avec mon quartette et mes musiciens suisses, j\u2019essaie de mettre mes deux mondes ensemble. Je suis un m\u00e9lange de ces deux cultures. J\u2019essaie toujours de dire que ce qui nous rassemble est plus important que ce qui nous diff\u00e9rencie.\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<h3>Merci \u00e0 notre p\u00e8re d&rsquo;avoir choisi ce pays<\/h3>\n<\/blockquote>\n<h4><strong>Kaltrina et G\u00ebzim Ilazi<\/strong><\/h4>\n<p>Ils sont fr\u00e8re et s\u0153ur. Lui est \u00e9tudiant en droit, elle en m\u00e9decine. Quand G\u00ebzim et Kaltrina Ilazi sont arriv\u00e9s \u00e0 Gen\u00e8ve, lui \u00e9tait \u00e2g\u00e9 d\u2019une ann\u00e9e, elle de deux ans et demi. Leur p\u00e8re travaillait d\u00e9j\u00e0 en Suisse dans la restauration: \u00abSon objectif, c\u2019\u00e9tait de bosser ici pour lancer un business l\u00e0-bas.\u00bb Puis la situation s\u2019est d\u00e9grad\u00e9e au Kosovo: \u00abAu moment de ma naissance, raconte G\u00ebzim, la sage-femme serbe de l\u2019h\u00f4pital ne voulait pas accoucher ma m\u00e8re, c\u2019est une dame du nettoyage qui s\u2019en est charg\u00e9e. Cet \u00e9v\u00e9nement a d\u00e9cid\u00e9 mon p\u00e8re \u00e0 tous nous faire venir clandestinement en Suisse.\u00bb La famille vivra d\u2019abord dans un studio aux P\u00e2quis. \u00abNous ne gardons pas un mauvais souvenir de notre enfance, nos parents ont tout fait pour nous prot\u00e9ger, on n\u2019a jamais senti que nous \u00e9tions des ill\u00e9gaux, c\u2019est juste qu\u2019on \u00e9tait quatre \u00e0 dormir dans la m\u00eame chambre.\u00bb<\/p>\n<p>Le p\u00e8re travaille comme serveur dans deux restaurants, cumule deux emplois. \u00abOn ne le voyait pas beaucoup, il avait le complexe de l\u2019immigr\u00e9 qui ne veut pas vivre aux crochets de l\u2019Etat, il n\u2019a jamais voulu faire de demande d\u2019asile.\u00bb Jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il trouve un emploi de ma\u00eetre d\u2019h\u00f4tel \u00e0 la mission diplomatique canadienne et puisse r\u00e9gulariser tout le monde. \u00abGen\u00e8ve, pour des enfants, c\u2019\u00e9tait magique, notre m\u00e8re nous emmenait tout le temps au parc. Et puis on n\u2019avait pas trop de difficult\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cole.\u00bb<\/p>\n<h4><strong>Le poids de l\u2019\u00e9tiquette kosovar<\/strong><\/h4>\n<p>Les \u00e9tudes sup\u00e9rieures, ils y ont \u00e9t\u00e9 plus qu\u2019encourag\u00e9s: \u00abNos parents nous disaient, il faut que vous r\u00e9ussissiez, nous on est en train de tout sacrifier pour \u00e7a.\u00bb Le fr\u00e8re et la s\u0153ur se souviennent d\u2019avoir souffert dans leur adolescence de l\u2019image des Kosovars colport\u00e9e par les m\u00e9dias: \u00abOn se disait, mince, ils n\u2019ont pas autre chose \u00e0 montrer?\u00bb \u00abLe r\u00e9sultat, raconte G\u00ebzim, c\u2019est qu\u2019on tra\u00eenait une \u00e9tiquette. Quand on me demandait dans ma classe de latin d\u2019o\u00f9 venait mon pr\u00e9nom et que je disais du Kosovo, je pouvais sentir le froid que \u00e7a jetait. J\u2019avais envie de leur dire, je suis aussi suisse que vous.\u00bb Tellement suisses que le fr\u00e8re et la s\u0153ur disent remercier leur p\u00e8re \u00abd\u2019avoir choisi la Suisse, un pays que la plan\u00e8te enti\u00e8re envie\u00bb.<\/p>\n<p><em>\u00a9 Migros Magazine \u2013 Laurent Nicolet<\/em><\/p>\n<p><\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N\u00e9s en Suisse ou arriv\u00e9s tr\u00e8s jeunes, les Albanais de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration, souvent naturalis\u00e9s, m\u00e8nent une vie ordinaire entre \u00e9tudes, carri\u00e8res et cr\u00e9ations d\u2019entreprises. Portraits crois\u00e9s Article de Laurent Nicolet et du photographe Matthieu Rod, publi\u00e9\u00a0dans le Migros Magazine MM19 du 5 mai 2014 et sur le site www.migrosmagazine.ch. Pour lire l&rsquo;article complet sur &hellip; <a href=\"https:\/\/asile.ch\/en\/2014\/05\/07\/migros-magazine-ces-kosovars-qui-pulverisent-les-cliches-2\/\">Continued<\/a><\/p>","protected":false},"author":8,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[160,496,499],"tags":[1158,206,485],"ve_numero":[],"pays":[264],"ve_type":[1061],"ve_action":[1046],"class_list":["post-16092","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualites","category-comptoir-des-medias","category-perles-comptoirmedias","tag-comptoir","tag-integration","tag-perles","pays-kosovo","ve_type-article-de-presse","ve_action-comptoir"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16092","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/8"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16092"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16092\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16092"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=16092"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16092"},{"taxonomy":"ve_numero","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_numero?post=16092"},{"taxonomy":"pays","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pays?post=16092"},{"taxonomy":"ve_type","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_type?post=16092"},{"taxonomy":"ve_action","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_action?post=16092"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}