{"id":16720,"date":"2014-06-11T11:09:13","date_gmt":"2014-06-11T11:09:13","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/?p=16720"},"modified":"2021-08-26T14:07:51","modified_gmt":"2021-08-26T12:07:51","slug":"hcr-en-mission-de-sauvetage-avec-la-marine-italienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2014\/06\/11\/hcr-en-mission-de-sauvetage-avec-la-marine-italienne\/","title":{"rendered":"HCR | En mission de sauvetage avec la marine italienne"},"content":{"rendered":"<h2>Les vents et les vagues d\u00e9cident du destin de ceux qui fuient \u00e0 travers la M\u00e9diterran\u00e9e. Quand les rafales soufflent du nord au sud et que la houle se d\u00e9cha\u00eene au large de la c\u00f4te libyenne, les demandeurs d&rsquo;asile restent cach\u00e9s dans de petites maisons avec leurs passeurs. Mais quand le temps s&rsquo;\u00e9claircit et que les courants atmosph\u00e9riques soufflent du sud au nord, ils se regroupent au bord de la mer pour embarquer sur des bateaux pneumatiques gris et des barques en bois color\u00e9es et mettent le cap vers l&rsquo;horizon marin.<\/h2>\n<p><em><strong>Article de Greg Beals publi\u00e9 sur le site du <abbr class='c2c-text-hover' title='Haut commissariat des Nations unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s'>HCR<\/abbr>, le 21 mars 2014. Cliquez <a href=\"http:\/\/www.unhcr.fr\/53314425c.html?_ga=1.81381972.276338537.1383597137\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ici<\/a> pour lire l&rsquo;article sur le site du HCR.<\/strong><\/em><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<p>Ils viennent de Syrie, du Mali, du Soudan, de Gambie, de Somalie et de la R\u00e9publique centrafricaine, le pays le plus au sud parmi les pays d&rsquo;origine. Ils se poussent les uns contre les autres et contre les bords fragiles de leurs embarcations impropres \u00e0 la navigation. Ils ont pay\u00e9 1\u00a0500 dollars chacun pour embarquer sur ces bateaux le long des plages voisines de Tripoli, en Libye, et faire un aller simple vers un bout de terre italien sur l&rsquo;\u00eele de Lampedusa, la porte d&rsquo;entr\u00e9e pour l&rsquo;Europe.<\/p>\n<p>Les bons jours, leurs bateaux, \u00e9quip\u00e9s de moteurs d&rsquo;une puissance de 40 chevaux, peuvent filer quatre n\u0153uds \u00e0 l&rsquo;heure. S&rsquo;ils ont de la chance, les passeurs auront pr\u00e9vu une lumi\u00e8re \u00e0 bord d&rsquo;un des bateaux. S&rsquo;ils ont encore plus de chance, quelqu&rsquo;un aura un t\u00e9l\u00e9phone satellite pour appeler les autorit\u00e9s italiennes apr\u00e8s avoir d\u00e9pass\u00e9 les eaux territoriales libyennes de 12 milles.<\/p>\n<p>Si les eaux le long des c\u00f4tes sont invariablement calmes, les hautes mers sont souvent peu cl\u00e9mentes. Au fil des ann\u00e9es, des milliers de demandeurs d&rsquo;asile ont p\u00e9ri dans le bras de mer de 190 milles entre Tripoli et Lampedusa.<\/p>\n<p>Mais il a fallu une terrible catastrophe pour que des mesures soient prises. Celle-ci s&rsquo;est produite la nuit du 3 octobre 2013, lorsque 368 Erythr\u00e9ens ont p\u00e9ri apr\u00e8s que leur bateau a chavir\u00e9 \u00e0 port\u00e9e de vue de l&rsquo;\u00eele de Lampedusa, suivie peu apr\u00e8s de la noyade de 232 Syriens qui tentaient d&rsquo;atteindre l&rsquo;Europe. Leur mort a provoqu\u00e9 un toll\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral et a pouss\u00e9 le gouvernement italien \u00e0 lancer une mission de sauvetage.<\/p>\n<p>Une flottille de cinq navires de la marine, men\u00e9e par le \u00ab\u00a0San Giusto\u00a0\u00bb et compos\u00e9e de plus de 850 membres d&rsquo;\u00e9quipage, a \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9e et a depuis lors secouru plus de 10\u00a0000 personnes, dont plus de 600 femmes et 1\u00a0000 enfants. Cette semaine encore, les Italiens ont port\u00e9 secours \u00e0 au moins 2\u00a0000 personnes qui se trouvaient \u00e0 bord de plus d&rsquo;une douzaine d&#8217;embarcations surcharg\u00e9es, les embarcations profitant des conditions m\u00e9t\u00e9orologiques favorables pour entreprendre la travers\u00e9e.<\/p>\n<p>Il faut une journ\u00e9e au San Giusto, un avion de transport militaire de 8\u00a0200 tonnes, pour parcourir pesamment les eaux entre Lampedusa et la c\u00f4te libyenne. Le bateau est con\u00e7u pour accueillir jusqu&rsquo;\u00e0 500 personnes. Mais en mission il peut prendre 820 r\u00e9fugi\u00e9s, en plus de son \u00e9quipage normal de 300 marins. Les ressources sont utilis\u00e9es au maximum, mais il n&rsquo;y a pas d&rsquo;autre choix. \u00ab\u00a0Nous prenons autant de personnes que possible\u00a0\u00bb, explique Mario Mattesi, le capitaine du San Giusto. \u00ab\u00a0Nous n&rsquo;abandonnons personne\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mario Mattesi, qui conduit une Harley Davidson quand il est sur la terre ferme, a commenc\u00e9 dans l&rsquo;a\u00e9ronavale, pilotant des h\u00e9licopt\u00e8res pour la force de maintien de la paix de l&rsquo;ONU en ex-Yougoslavie en 1993 et en Somalie en 1994. Au cours de sa brillante carri\u00e8re, il a aussi command\u00e9 une fr\u00e9gate, mais le capitaine de 50 ans consid\u00e8re la protection des r\u00e9fugi\u00e9s comme l&rsquo;une des plus importantes missions auxquelles il a particip\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les personnes que nous sauvons sont absolument d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es\u00a0\u00bb, d\u00e9clare-t-il. \u00ab\u00a0Vous pouvez lire la peur et le stress sur leur visage, en particulier le visage des enfants. Ils sont pr\u00eats \u00e0 risquer leur vie simplement pour avoir une petite chance de vivre dignement et de dormir en paix\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Sauver des personnes terrifi\u00e9es et meurtries sur le plan \u00e9motionnel, entass\u00e9es dans des embarcations branlantes et les transf\u00e9rer vers de grands navires de la marine n\u00e9cessitent de la coordination et des comp\u00e9tences. Le radar du navire scrute la mer. Les h\u00e9licopt\u00e8res effectuent des missions de reconnaissance.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, les grands navires envoient de petits bateaux de patrouille chercher les migrants et les ramener vers les navires. Parfois les personnes en d\u00e9tresse sur les bateaux appellent la marine italienne \u00e0 l&rsquo;aide au moyen d&rsquo;un t\u00e9l\u00e9phone satellite. Le commandement italien note le signalement GPS de la compagnie de t\u00e9l\u00e9phonie et lance une op\u00e9ration de sauvetage.<\/p>\n<p>Ils ont toujours du travail, surtout quand il fait beau. R\u00e9cemment, un lundi matin \u00e0 11h52, le lieutenant Enea Naldi a d\u00e9coll\u00e9 du pont du San Giusto dans son h\u00e9licopt\u00e8re EH-101 et s&rsquo;est stabilis\u00e9 \u00e0 1\u00a0000 m\u00e8tres environ. A cette altitude, il peut scruter la mer sur un rayon de 80 milles. Il est rapidement descendu en-dessous des nuages, \u00e0 environ 300 m\u00e8tres d&rsquo;altitude, pour examiner de plus pr\u00e8s un petit bateau ballott\u00e9 par les vagues. C&rsquo;\u00e9tait un chalutier et l&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8re s&rsquo;est de nouveau \u00e9lev\u00e9 dans les airs.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quand la mer est d&rsquo;huile, nous pouvons les rep\u00e9rer [les bateaux des passeurs], d\u00e9clare le lieutenant Naldi. \u00ab\u00a0Mais quand il y a des vagues, ce n&rsquo;est pas facile\u00a0\u00bb. Le lieutenant Naldi explique que les bateaux en bois sont les plus faciles \u00e0 trouver dans l&rsquo;eau. En m\u00eame temps, trouver une personne pass\u00e9e par-dessus bord est quasiment impossible. Apr\u00e8s deux heures dans les airs, l&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8re est retourn\u00e9 vers le navire.<\/p>\n<p>Un autre jour, la fr\u00e9gate de sauvetage Grecale a localis\u00e9 une petite embarcation en bois au large de la c\u00f4te apr\u00e8s qu&rsquo;une personne \u00e0 bord a contact\u00e9 la Croix-Rouge italienne. Un skiff a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9, l&rsquo;\u00e9quipage s&rsquo;est muni des coordonn\u00e9es du bateau et a rapidement d\u00e9couvert 219 personnes entass\u00e9es sur une minuscule embarcation bleu et blanc.<\/p>\n<p>Les passagers comprenaient six familles syriennes, des Ethiopiens, des Maliens, des N\u00e9palais, des Nig\u00e9rians, des Pakistanais et des Soudanais. Ils ont \u00e9t\u00e9 achemin\u00e9s vers le San Giusto et confi\u00e9 aux soins de Tiziana Manisco, un m\u00e9decin de 30 ans.<\/p>\n<p>Dans le groupe se trouvaient deux femmes enceintes et un homme souffrant d&rsquo;une maladie cardiaque. La plupart se remettaient du mal de mer. Leurs v\u00eatements \u00e9taient tremp\u00e9s et beaucoup n&rsquo;avaient pas de chaussures. Certains avaient des blessures non soign\u00e9es.<\/p>\n<p>Le docteur Manisco les a examin\u00e9s et leur a donn\u00e9 des m\u00e9dicaments si n\u00e9cessaire. Beaucoup expriment leur reconnaissance envers le m\u00e9decin pour l&rsquo;attention qu&rsquo;il leur accorde. Il y a plusieurs mois, une femme qui avait accouch\u00e9 de jumeaux juste apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 secourue par le San Giusto a choisi d&rsquo;appeler ses fils \u00ab\u00a0Santino\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Giustino\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Au pont inf\u00e9rieur, Musio Rocco, 49 ans, a pr\u00e9par\u00e9 un repas typiquement italien pour les 219 personnes pleines de gratitude pour avoir \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9es de la mer. \u00ab\u00a0Ici nous faisons la cuisine avec amour\u00a0\u00bb, d\u00e9clare le chef cuisinier du navire dont l&rsquo;\u00e9quipe avait pr\u00e9par\u00e9 un \u00ab\u00a0pomodori gratinati\u00a0\u00bb (gratin de tomates). Il y aura des p\u00e2tes et de la pizza pour le d\u00eener <span class=\"arial\">\u2013<\/span> pas de porc pour les survivants majoritairement musulmans.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ici, \u00e0 bord, nous voulons qu&rsquo;ils sachent ce que c&rsquo;est d&rsquo;\u00eatre en Italie\u00a0\u00bb, affirme Musio Rocco. \u00ab\u00a0Ils mangeront la m\u00eame chose que nous.\u00bb.<\/p>\n<p><\/div><\/div>\n<p><strong>Pour une vision critique de l&rsquo;op\u00e9ration \u00ab\u00a0Mare Nostrum\u00a0\u00bb, voir<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>l&rsquo;article \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/international\/190514\/immigration-les-dessous-de-loperation-militaire-mare-nostrum\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Immigration: les dessous de l&rsquo;op\u00e9ration militaire Mare Nostrum<\/a>\u00a0\u00bb de Carine Fouteau, paru dans Mediapart, le 19 mai 2014 (r\u00e9serv\u00e9 aux abonn\u00e9es);<\/li>\n<li>le num\u00e9ro sp\u00e9cial de la revue Confluences \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.confluences-mediterranee.com\/-No-87-Automne-2013-\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">M\u00e9diterran\u00e9e: Mare Nostrum pour les migrants?<\/a>\u00ab\u00a0.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les vents et les vagues d\u00e9cident du destin de ceux qui fuient \u00e0 travers la M\u00e9diterran\u00e9e. 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