{"id":1699,"date":"2003-02-19T00:00:00","date_gmt":"2003-02-19T00:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/2003\/02\/19\/publicationhistoires-de-papiersparce-que-tout-le-monde-cherche-la-vie\/"},"modified":"2021-08-29T22:34:17","modified_gmt":"2021-08-29T20:34:17","slug":"publicationhistoires-de-papiersparce-que-tout-le-monde-cherche-la-vie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2003\/02\/19\/publicationhistoires-de-papiersparce-que-tout-le-monde-cherche-la-vie\/","title":{"rendered":"Publication |\u00a0\u00ab\u00a0Histoires de papiers\u00a0\u00bb. Parce que tout le monde cherche la vie"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"accroche\">Nous publions ci-dessous la pr\u00e9face du livre <em>Histoires de vie, histoires de papiers<\/em> (1), qui r\u00e9unit des t\u00e9moignages de jeunes sans-papiers. Elle ne peut que nous inciter \u00e0 le lire. (R\u00e9d.)<\/span><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/enbas.net\/index.php?id=laetitia-carreras-christiane-perregaux-histoires-de-vie-histoires-de-papiers\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-40725 size-medium\" src=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2003\/02\/Livre_Carreras-186x300.jpeg\" alt=\"\" width=\"186\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2003\/02\/Livre_Carreras-186x300.jpeg 186w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2003\/02\/Livre_Carreras-93x150.jpeg 93w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2003\/02\/Livre_Carreras.jpeg 1466w\" sizes=\"auto, (max-width: 186px) 100vw, 186px\" \/><\/a>Mes parents ont fait l\u2019exp\u00e9rience de ce que c\u2019est que de vivre, de survivre plut\u00f4t, dans un pays occup\u00e9 par une puissance ennemie. Je veux dire: ils ont fait l\u2019exp\u00e9rience de la quotidiennet\u00e9 difficile, douloureuse, hasardeuse, de gens devenus \u00e9trangers dans leur propre pays. Ce qu\u2019il est permis de faire et ce qui n\u2019est pas permis; ce qu\u2019il faut \u00e9viter de dire, de regarder ou d\u2019\u00eatre pour ne pas avoir d\u2019ennuis; ce qu\u2019il faut adopter comme attitude dans des moments d\u00e9licats, comme celui d\u2019une rafle en pleine rue dont on est involontairement t\u00e9moin<\/p>\n<p>Ils ont fait l\u2019exp\u00e9rience de la toute-puissance du moindre repr\u00e9sentant de l\u2019occupant, de son pouvoir absolu qui peut faire basculer votre vie, en une seconde, et vous conduire \u00e0 l\u2019arrestation, la d\u00e9portation et la mort. Ils ont v\u00e9cu l\u2019arbitraire et sa violence sourde, permanente, d\u00e9testable. Ils ont v\u00e9cu la peur diffuse et constante, celle qui nimbe tous vos faits et gestes, vos jours et vos nuits.<\/p>\n<p>Cette exp\u00e9rience parentale m\u2019a \u00e9t\u00e9 transmise plus tard, au cours de mon enfance, puis de ma jeunesse mais seulement par petites touches, avec de la g\u00eane \u00e0 la dire, presque de la honte. Avec ce sentiment \u00e9trange que le fait m\u00eame d\u2019en reparler \u00e9tait non seulement rouvrir des plaies douloureuses, mais pouvait permettre le retour du cauchemar \u00e0 sa seule \u00e9vocation, alors que la guerre \u00e9tait finie depuis quelques ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Je suis n\u00e9 apr\u00e8s la guerre. Je n\u2019ai donc pas v\u00e9cu cette exp\u00e9rience. Mais son r\u00e9cit est constitutif de ma culture, de mes rep\u00e8res, de mes choix, de mon refus absolu de l\u2019injustice et de l\u2019oppression.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 pourquoi ce livre est bouleversant. Les histoires de vie qu\u2019il pr\u00e9sente se passent \u00e0 Gen\u00e8ve, maintenant, chez nous, devant nous. La Suisse n\u2019est pas en guerre, elle n\u2019est pas occup\u00e9e et il n\u2019y a pas d\u2019hommes en noir assis dans d\u2019inqui\u00e9tantes voitures banalis\u00e9es sur votre chemin. Pourtant, la lecture de ces histoires de vie m\u2019a replong\u00e9 dans le souvenir de l\u2019exp\u00e9rience de mes parents. Les Sans-papiers ont une vie qui ressemble \u00e9trangement \u00e0 celle qu\u2019ils ont v\u00e9cue sous l\u2019occupation.<\/p>\n<p>C\u2019est cela, l\u2019intol\u00e9rable. Dans un pays d\u00e9mocratique, r\u00e9put\u00e9 fond\u00e9 sur le droit, et o\u00f9 effectivement, malgr\u00e9 toutes les limites et les d\u00e9ficits qu\u2019on leur conna\u00eet, il y a une d\u00e9mocratie et des droits, les Sans-papiers sont condamn\u00e9s \u00e0 vivre une vie de cam\u00e9l\u00e9ons, longeant les murs, ne faisant pas de bruit, adoptant les comportements de survie qui permettront d\u2019\u00e9viter l\u2019irr\u00e9parable. Les Sans-papiers ont l\u2019obligation de vivre le plus normalement possible une situation totalement anormale.<\/p>\n<p>Les enfants des Sans-papiers m\u00fbrissent trop vite \u00e0 devoir comprendre et assumer cette \u00abnormalit\u00e9 anormale\u00bb. Faire comme tout le monde, \u00eatre comme les autres et, \u00e0 tout moment, abruptement, se rappeler que c\u2019est tout le contraire: la course d\u2019\u00e9cole en France, elle n\u2019est pas possible pour eux, n\u2019est-ce pas. Pas plus que l\u2019invitation du copain \u00e0 faire une vir\u00e9e derri\u00e8re le Sal\u00e8ve. Faire des efforts inou\u00efs dans sa scolarit\u00e9 obligatoire pour r\u00e9ussir le mieux possible et finir dans une impasse, car l\u2019absence de titre de s\u00e9jour ferme tout acc\u00e8s \u00e0 une formation professionnelle ou sup\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Ces histoires de vie disent la violence de l\u2019Etat, l\u2019iniquit\u00e9 d\u2019une situation humaine et sociale, connue mais ni\u00e9e par les autorit\u00e9s, l\u2019exploitation \u00e9hont\u00e9e de ces \u00abganz unten\u00bb dans les entreprises de ce pays, le scandale de la spoliation des droits fondamentaux de la personne humaine. Mais ces histoires de vie disent aussi la force et la beaut\u00e9 des rencontres, des solidarit\u00e9s, des espoirs. Elles motivent le combat de celles et ceux qui croient que la Terre est aux Terriens et que la libre circulation des personnes est plus importante que cette dr\u00f4le de libert\u00e9 de riche que constitue la libre circulation des marchandises et des capitaux.<\/p>\n<p>Ce livre est utile, n\u00e9cessaire, r\u00e9sistant. Il fonde la revendication du droit \u00e0 la formation, du droit \u00e0 la dignit\u00e9, du droit d\u2019avoir des droits. Et, dans sa trame m\u00eame, il tisse le fil conducteur de notre commune condition humaine, celle de se relever, de se mettre en route, de croire \u00e0 un futur meilleur et de penser, fort au fond de soi, qu\u2019un autre monde est possible <i>\u00abparce que tout le monde cherche la vie\u00bb <\/i>(2).<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Bruno Cl\u00e9ment<br \/>\njournaliste et syndicaliste<\/p>\n<hr \/>\n<p>Notes:<\/p>\n<p>(1) Laetitia Carreras et Christiane Perregaux, Centre de Contact Suisses-Immigr\u00e9s (Gen\u00e8ve), Editions d&rsquo;en bas, 2002.<\/p>\n<p>(2) Parole de Jackeline<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous publions ci-dessous la pr\u00e9face du livre Histoires de vie, histoires de papiers (1), qui r\u00e9unit des t\u00e9moignages de jeunes sans-papiers. Elle ne peut que nous inciter \u00e0 le lire. (R\u00e9d.) 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