{"id":17306,"date":"2014-07-07T06:22:10","date_gmt":"2014-07-07T06:22:10","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/?p=17306"},"modified":"2021-08-26T14:07:41","modified_gmt":"2021-08-26T12:07:41","slug":"mali-les-refugies-sont-divises-quant-a-lavenir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2014\/07\/07\/mali-les-refugies-sont-divises-quant-a-lavenir\/","title":{"rendered":"IRIN | Mali: Les r\u00e9fugi\u00e9s sont divis\u00e9s quant \u00e0 l\u2019avenir"},"content":{"rendered":"<h3>Les combats se sont encore une fois intensifi\u00e9s dans la r\u00e9gion de Kidal, dans le nord du Mali. Selon certaines informations, les affrontements survenus les 16 et 17 mai derniers entre les s\u00e9paratistes touaregs et l\u2019arm\u00e9e auraient fait 36 victimes. En d\u00e9pit de l\u2019\u00e9chec de la r\u00e9bellion men\u00e9e en 2012 dans le nord du Mali et de la perte de la majeure partie du territoire qu\u2019ils avaient bri\u00e8vement r\u00e9ussi \u00e0 contr\u00f4ler, les s\u00e9paratistes touaregs disent que la lutte pour la cr\u00e9ation d\u2019un Azawad ind\u00e9pendant n\u2019est pas termin\u00e9e. Des militants du Mouvement national pour la lib\u00e9ration de l\u2019Azawad (MNLA) vivant maintenant dans des camps de r\u00e9fugi\u00e9s situ\u00e9s au Burkina Faso voisin disent que leurs revendications initiales tiennent toujours.<\/h3>\n<p><em><strong>Article publi\u00e9 sur le site de l&rsquo;IRIN, le 22 mai 2014. Cliquez <a href=\"http:\/\/www.irinnews.org\/fr\/report\/100118\/s%C3%A9paratistes-et-sceptiques-les-r%C3%A9fugi%C3%A9s-sont-divis%C3%A9s-quant-%C3%A0-l-avenir-du-nord-du-mali\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">here<\/a> pour lire l&rsquo;article sur le site de l&rsquo;IRIN.<\/strong><\/em><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<p>Alassane Mohamed Acheikh, 25 ans, se d\u00e9marque parmi les Touaregs du camp de r\u00e9fugi\u00e9s de Mentao, dans le nord du Burkina Faso. Articul\u00e9 et passionn\u00e9, il prend r\u00e9guli\u00e8rement la parole pendant la r\u00e9union des r\u00e9sidents du camp organis\u00e9e pour faire conna\u00eetre les pr\u00e9occupations des r\u00e9fugi\u00e9s au monde ext\u00e9rieur. Il parle cependant \u00e0 la fois \u00e0 titre de r\u00e9fugi\u00e9 et \u00e0 titre de militant autoproclam\u00e9 du MNLA et s\u2019empresse de se corriger lorsqu\u2019il dit \u00ab nord du Mali \u00bb au lieu d\u2019\u00ab Azawad \u00bb.<\/p>\n<p>Interview\u00e9 en priv\u00e9, M. Acheikh raconte avoir grandi avec les histoires de la r\u00e9bellion de 1963. L\u2019arm\u00e9e malienne avait alors exerc\u00e9 de violentes repr\u00e9sailles en tentant de venir \u00e0 bout de la r\u00e9sistance dans le nord du pays.<\/p>\n<p>\u00ab Il y a, dans ces camps, des adultes qui ont \u00e9t\u00e9 rendus orphelins par ce conflit \u00bb, souligne M. Acheikh. Il estime que la d\u00e9cision du MNLA d\u2019organiser une insurrection en janvier 2012 \u00e9tait pleinement justifi\u00e9e par les \u00e9v\u00e9nements pass\u00e9s et la discrimination dont faisaient continuellement l\u2019objet les communaut\u00e9s touar\u00e8gues.<\/p>\n<p>\u00ab La communaut\u00e9 internationale devait \u00eatre mise au courant de ce qui se passait ici \u00bb, soutient M. Acheikh. \u00ab Il y avait eu tellement de faux accords, tellement de documents qui \u00e9taient rest\u00e9s au fond d\u2019un tiroir. La r\u00e9bellion \u00e9tait un moyen d\u2019attirer l\u2019attention du reste du monde. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ma famille n\u2019\u00e9tait pas d\u2019accord avec moi \u00bb, se rappelle M. Acheikh. \u00ab Je connaissais des gens qui avaient travaill\u00e9 en \u00e9troite collaboration avec le gouvernement. Ils ont presque d\u00fb payer de leur vie cette confiance mal plac\u00e9e. Ils comprennent maintenant qu\u2019on les a exploit\u00e9s. Ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019une fa\u00e7ade. \u00bb<\/p>\n<p>Zouda Ag Doho, un enseignant de Gao de 52 ans qui est aussi un sympathisant du MNLA et un r\u00e9fugi\u00e9 au Burkina Faso, s\u2019emporte lorsqu\u2019il parle des atrocit\u00e9s pass\u00e9es, et notamment des ex\u00e9cutions sommaires, des viols massifs et des nombreuses promesses bris\u00e9es. M. Ag Doho a r\u00e9cemment \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 pr\u00e9sident des r\u00e9fugi\u00e9s du camp de Sag-Nioniogo, en p\u00e9riph\u00e9rie de Ouagadougou, la capitale burkinab\u00e9. Il dit que les discussions au sujet du s\u00e9paratisme, de l\u2019autonomie ou d\u2019un nouvel arrangement conf\u00e9d\u00e9ral pour le Mali ne devraient pas \u00eatre interdites et soutient que le gouvernement de Bamako, relativement nouveau, n\u2019a pas encore formul\u00e9 de r\u00e9elles propositions pour l\u2019avenir du nord du pays et qu\u2019il court le risque de r\u00e9p\u00e9ter les erreurs du pass\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Nous nous retrouvons encore une fois dans un cycle de r\u00e9bellions et de repr\u00e9sailles \u00bb, estime M. Ag Doho. Il fonde peu d\u2019espoirs sur le gouvernement du pr\u00e9sident Ibrahim Boubacar Ke\u00efta (IBK) et sur sa capacit\u00e9 \u00e0 trouver une \u00ab solution d\u00e9finitive \u00bb.<\/p>\n<p>Il cite des initiatives pass\u00e9es dans le cadre desquelles des fonds destin\u00e9s au d\u00e9veloppement ont \u00e9t\u00e9 dilapid\u00e9s et des projets, plac\u00e9s entre les mains de Maliens du Sud. M. Ag Doho ne cache pas son m\u00e9pris lorsqu\u2019il parle de la corruption et de la cooptation facile des Touaregs qui ont afflu\u00e9 \u00e0 Bamako pour y travailler comme d\u00e9put\u00e9s, fonctionnaires ou m\u00eame ministres.<\/p>\n<p>Ces arguments sont fortement contest\u00e9s \u00e0 Bamako, tant par le gouvernement actuel que par les Touaregs qui ont n\u00e9goci\u00e9 leurs propres arrangements avec l\u2019\u00c9tat malien et consid\u00e8rent le MNLA comme mal avis\u00e9 et dangereux.<\/p>\n<p>Dans une r\u00e9cente interview publi\u00e9e dans Afrique Magazine, le pr\u00e9sident Ibrahim Boubacar Ke\u00efta a dit qu\u2019une minorit\u00e9 entravait le processus de paix. Il a ajout\u00e9 que le r\u00e9tablissement de la paix dans le nord du Mali d\u00e9pendait surtout de la volont\u00e9 des diff\u00e9rentes communaut\u00e9s de vivre ensemble paisiblement. Il a insist\u00e9 sur le fait que les Touaregs ont, comme les autres Maliens, \u00ab le droit de se sentir \u00e0 l\u2019aise sur leur propre territoire \u00bb et que leur culture devait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme faisant partie de l\u2019histoire et de l\u2019identit\u00e9 du Mali.<\/p>\n<p>M. Ag Doho, qui est chr\u00e9tien, maintient que l\u2019une des motivations initiales du MNLA \u00e9tait de faire face \u00e0 une infiltration soigneusement planifi\u00e9e du Nord par des islamistes radicaux alg\u00e9riens, principalement. Ceux-ci auraient en effet tent\u00e9 de tirer profit de la pauvret\u00e9 de la r\u00e9gion et offert aux jeunes d\u00e9favoris\u00e9s des occasions de faire de l\u2019argent en s\u2019impliquant dans le trafic de drogue et dans d\u2019autres activit\u00e9s criminelles. Selon lui, les autorit\u00e9s \u00e9taient, au mieux, indiff\u00e9rentes et, au pire, directement complices du d\u00e9veloppement de r\u00e9seaux ill\u00e9gaux. Le MNLA \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 s\u2019attaquer \u00e0 ces probl\u00e8mes, \u00ab mais il n\u2019avait pas le pouvoir n\u00e9cessaire pour y arriver \u00bb. M. Ag Doho parle avec m\u00e9pris du leader touareg v\u00e9t\u00e9ran Iyad ag Ghali et du r\u00f4le qu\u2019il a jou\u00e9 dans la cr\u00e9ation d\u2019Ansar Dine \u2013 pr\u00e9sent\u00e9 comme un faire-valoir du MNLA \u2013 et dans l\u2019alliance d\u00e9sastreuse de ce mouvement avec des groupes comme Al-Qa\u00efda au Maghreb islamique (AQMI) et le Mouvement pour l\u2019unicit\u00e9 et le jihad en Afrique de l\u2019Ouest (MUJAO).<\/p>\n<p>M. Ag Doho dit qu\u2019en d\u00e9pit de l\u2019intervention militaire fran\u00e7aise et de la dispersion des \u00e9l\u00e9ments djihadistes qui en aurait r\u00e9sult\u00e9, ces mouvements ont r\u00e9ussi \u00e0 se regrouper dans des r\u00e9gions comme le sud de la Libye et sont capables de r\u00e9sister aux op\u00e9rations de nettoyage men\u00e9es sans conviction par les soldats fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Les partisans du MNLA disent que le mouvement a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 de nombreuses reprises \u2013 \u00e0 tort \u2013 comme un ph\u00e9nom\u00e8ne exclusivement touareg. Ils citent comme exemples des combattants, des leaders et m\u00eame des prisonniers politiques appartenant \u00e0 d\u2019autres groupes ethniques.<\/p>\n<p>\u00ab Ce n\u2019est pas un probl\u00e8me touareg ; c\u2019est un probl\u00e8me qui concerne l\u2019ensemble du Nord \u00bb, soutient M. Ag Doho. \u00ab Il n\u2019y a pas de r\u00e9elles divisions entre les communaut\u00e9s ethniques du nord du Mali si ce n\u2019est celles qui ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es par des outsiders opportunistes qui souhaitent perp\u00e9tuer le mythe selon lequel les Tamasheq pratiquent l\u2019esclavage et m\u00e9prisent les autres Maliens. \u00bb<\/p>\n<p><strong> Scepticisme quant aux motivations du MNLA<\/strong><\/p>\n<p>D\u2019autres r\u00e9fugi\u00e9s touaregs se montrent beaucoup plus sceptiques quant \u00e0 l\u2019identit\u00e9 et \u00e0 la motivation du MNLA. Mohamed, 39 ans, un p\u00e8re d\u2019un enfant originaire de Gao qui a r\u00e9cemment quitt\u00e9 le camp de Sag-Nioniogo pour trouver un logement \u00e0 Ouagadougou, attribue son malheur \u00e0 la r\u00e9bellion.<\/p>\n<p>\u00ab Je n\u2019ai jamais soutenu la r\u00e9bellion ou le MNLA \u00bb, explique M. Mohamed. \u00ab Je ne comprends toujours pas ce qu\u2019ils veulent. Il ne faut pas oublier qu\u2019il y a de nombreux groupes diff\u00e9rents parmi les Touaregs et que certains travaillent simplement pour eux-m\u00eames \u00bb.<\/p>\n<p>Mohamed ajoute avoir des amis qui soutiennent le mouvement, mais il est surtout critique envers les dirigeants du MNLA et leur indiff\u00e9rence face au sort des r\u00e9fugi\u00e9s ordinaires. Plusieurs figures importantes du MNLA sont log\u00e9es dans des h\u00f4tels, voire, selon certaines informations, dans des \u00e9tablissements du quartier hupp\u00e9 de Ouaga 2000, la \u00ab nouvelle capitale \u00bb. Leurs conditions de vie sont d\u00e8s lors tr\u00e8s diff\u00e9rentes de celles des r\u00e9fugi\u00e9s de Djibo et de Sag-Nioniogo, par exemple. \u00ab Nous les cherchons, mais ils ne viennent jamais \u00e0 nous \u00bb, se plaint Mohamed.<\/p>\n<p>Il fait \u00e9galement \u00e9cho \u00e0 une plainte souvent formul\u00e9e par les non-Touaregs de Bamako. Ces derniers disent qu\u2019il n\u2019y pas de distinction claire entre les djihadistes et les combattants du MNLA et que le mouvement a fait des alliances et conserv\u00e9 des liens qui discr\u00e9ditent compl\u00e8tement sa cause.<\/p>\n<p><strong> Climat de m\u00e9fiance et de division<\/strong><\/p>\n<p>Mohamed Ahnou, un Touareg du Niger qui vit au Burkina Faso, a suivi, au fil des ans, les insurrections qui ont \u00e9clat\u00e9 au Mali et au Niger. Il a r\u00e9cemment visit\u00e9 le camp de Sag-Nioniogo et dit avoir \u00e9t\u00e9 choqu\u00e9 par les conditions et le niveau de d\u00e9gradation auxquels les r\u00e9fugi\u00e9s sont expos\u00e9s. Il a dit que le MNLA devait d\u00e9sormais prendre ses responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00ab L\u2019Azawad est un r\u00eave \u00bb, estime M. Ahnou. \u00ab Le gouvernement malien n\u2019acceptera jamais sa cr\u00e9ation. Le MNLA aurait d\u00fb laisser tomber le projet de l\u2019Azawad, mais il est trop tard maintenant. \u00bb<\/p>\n<p>M. Ahnou croit que dans sa rh\u00e9torique sur la promotion de l\u2019harmonie intercommunautaire, le MNLA fait semblant de ne pas voir la d\u00e9gradation encore plus marqu\u00e9e du climat de m\u00e9fiance et de division qui r\u00e8gne dans le Nord. \u00ab Voil\u00e0 ce qu\u2019a donn\u00e9 la r\u00e9bellion \u00bb, dit-il, ajoutant que le probl\u00e8me est trop profond\u00e9ment ancr\u00e9 pour que la signature d\u2019un accord de paix fasse une grande diff\u00e9rence. Selon lui, le Niger, qui est souvent cit\u00e9 en exemple parce que la communaut\u00e9 touareg y semble bien int\u00e9gr\u00e9e et l\u2019administration, plus d\u00e9termin\u00e9e, demeure fragile : la menace d\u2019une future d\u00e9gradation de la situation ne doit donc pas \u00eatre ignor\u00e9e.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s M. Ahnou, les perspectives sont peu r\u00e9jouissantes pour le Mali, m\u00eame \u00e0 plus long terme. \u00ab Je ne peux pas imaginer le Nord \u00eatre uni de nouveau comme il l\u2019\u00e9tait il y a de nombreuses ann\u00e9es. \u00bb <\/div><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les combats se sont encore une fois intensifi\u00e9s dans la r\u00e9gion de Kidal, dans le nord du Mali. Selon certaines informations, les affrontements survenus les 16 et 17 mai derniers entre les s\u00e9paratistes touaregs et l\u2019arm\u00e9e auraient fait 36 victimes. En d\u00e9pit de l\u2019\u00e9chec de la r\u00e9bellion men\u00e9e en 2012 dans le nord du Mali et de la perte de la majeure partie du territoire qu\u2019ils avaient bri\u00e8vement r\u00e9ussi \u00e0 contr\u00f4ler, les s\u00e9paratistes touaregs disent que la lutte pour la cr\u00e9ation d\u2019un Azawad ind\u00e9pendant n\u2019est pas termin\u00e9e. 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